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Les enclos à chevreuils : est-ce vraiment la peste?

Si vous cherchez un sujet qui est matière à débat durant vos soupers de chasseurs, amenez le sujet des enclos ou parc à chevreuils. En effet, la grande majorité des gens qui s’intéressent à la nature, et encore bien plus les chasseurs, déplorent les enclos à chevreuils. Beaucoup de personnes, effectivement ne peuvent comprendre le plaisir que certains retirent à aller chasser des animaux privés de leurs seuls défenses : la fuite et la cachette.

Évitons le sujet de la chasse derrière les enclos et remontons le temps avant l’ère des colliers télémétriques super sophistiqués et des caméras de surveillance abordables. Les enclos à chevreuil n’ont certainement pas juste du négatif. En effet, sans ces fameux parcs à chevreuils, les chasseurs, le grand public et beaucoup de chercheurs nageraient encore dans la pleine noirceur sur beaucoup de sujets sur le chevreuil que nous considérons aujourd’hui comme des évidences quand au comportement du chevreuil. Les enclos ont permis d’en connaître beaucoup plus sur presque tous les aspects de la vie des chevreuils. Voici plusieurs exemples qui vous aideront à mieux comprendre l’importante contribution des enclos à chevreuils dans votre vie de chasseurs.

Commençons par les comportements reliés au rut :

Des chercheurs de renoms comme Jhon Ozoga, Louis Verne et Bill Severinghaus ont passé la majorité de leur carrière à documenter les activités de grattages, de frottages et du dépôts des hormones en bénéficiant d’enclos de recherche de grande superficie où ils pouvaient tout contrôler ou presque. Ils ont pu jouer avec le ratio mâle-femelle dans l’enclos pour en voir les effets. Ils ont vu, les premiers, de leurs yeux les comportements de séduction, les comportements d’agressions, les comportements de soumissions etc. Nous sommes devenus de meilleurs chasseurs à la lecture de leurs découvertes. Dans la même ordre d’idée, des photographes de renoms comme Leonard Lee Rue, Mike Biggs et Charles Alsheimers ont passé des décennies à photographier sous enclos la vie des chevreuils. Ils ont approvisionné tous les magazines de chasse et d’autres ont pris la relève aujourd’hui comme Mark Raycroft, Bill Kinney et Goerges Barnett pour ne nommer que quelque-uns. Aujourd’hui plus de 95% des photos de chevreuils en page couverture, en double page, en pleine page et en demi page de magazines de chasse viennent d’enclos. Ces photographes sont devenues des spécialistes du comportements social des chevreuil puisqu’ils ont passé des mois en enclos parmi des populations de chevreuils de tous les types.

Les comportements reliés au repos :

Ces mêmes chercheurs et photographes sont aussi ceux qui ont mis en lumière l’incroyable montant de temps que les chevreuils passent coucher soit à ruminer, à dormir ou en sécurité à se reposer simplement. Ils ont pu voir si la température, la pression barométrique, le vent, la présence humaine, l’approche du rut etc ont un influence notable sur les comportements reliés au repos. Nous savons aujourd’hui les chevreuils passent près de 70% du temps couchés avant le rut, ce % descend à 30% durant le rut pour les bucks et il remonte à près de 90% en hiver dans les ravages de qualité. Le chasseur sait maintenant pourquoi il est si difficile de récolter un gros buck en octobre.

L’effet de l’âge sur le comportement des bucks et le potentiel de développement des cornes:

Avant l’avènement des enclos, peu de choses étaient connues au sujet de la croissance des cornes. On a cru longtemps qu'un cerf de 2 pointes était âgé de 1.5 ans, qu’un 4 pointes était âgé de 2.5 ans et ainsi de suite. On croyait aussi qu’à 4.5 ans, les cornes avaient atteint leur plein potentiel. Ce qui est complètement faux. On ne savait pas que la qualité de la nourriture jouait un rôle primaire d’une importance capitale pour la grosseur du panache. On ne savait pas non plus les effets physiologiques d’un hiver difficile sur le chevreuil. On n’aurait jamais cru qu’un buck pouvait rapetissé de panache une année suivant un hiver difficile et augmenté de nouveau son panache deux ans plus tard. Nous n’avions aucune idée, qu’un mâle pouvait gagné jusqu’à 20 pouces de cornes en score B&C en l’espace d’un an. Ce fut aussi les premières fois qu’on pouvait observer un buck de sa naissance jusqu’à sa suprématie sur le cheptel. De se fait, nous avons compris l’importance de l’établissement de la hiérarchie pour diminuer les risques élevés de blessure mais aussi pour favoriser la fécondation de la majorité des femelles par les bucks dominants.

Les effets génétiques :

Photo prise dans un enclos: Pierre Chabot

Sur ce point de vue, les enclos jumelés avec l’arrivée du décodage de l’ADN ont permis de comprendre que les qualités corporelles des femelles sont aussi importantes que celles des bucks pour produire des méga-bucks. De plus, nous savons maintenant que même dans des populations de chevreuils bien balancées, les jeunes mâles de 1.5 ans sont des reproducteurs non seulement potentiels mais actifs.

Les facteurs de stress :

Grâce à l'élevage en enclos, nous savons maintenant qu’au moins six facteurs créent des stress importants chez les chevreuils et jouent des rôles non seulement sur le taux de survie mais aussi sur le développement des cornes et des corps des chevreuils. Ces facteurs sont le stress environnemental (température, maladie, parasite), le stress alimentaire, le stress social (surpopulation), le rapport des sexes, la prédation et le rut. Pour les éleveurs, la très grande majorité ont des problèmes de mauvaises alimentation, de surpopulation et de manque de couvert de qualité créé par le surbroutage. Ces stress ont fait réaliser à plusieurs éleveurs toutes les difficultés à produire des mégabucks sans être obliger de les vendre à plus de $20 000.00 le buck pour justifier l’investissement. Dans la même ordre d’idée, certains de ces éleveurs ont vite réalisé et pour cause, qu’il y avait plus de $$$ dans l’urine que dans les cornes trophées.

Les effets de la nutrition :

L’expression, nous sommes ce que nous mangeons n’a jamais été aussi vrai. Nous avons appris qu’une bonne nutrition doit être présente autant que possible à l’année longue. Qu’un chevreuil moyen mange environ 1.5 tonnes de végétation par année. Que malgré sa facilité à tirer avantage de toutes les sources de nourritures possibles, le chevreuil peut devenir accros à certains sources de nourriture à haute teneur en protéine comme les trèfles blancs, la chicorée, la luzerne, les brassicas.

Ce ne sont qu’un très petit sommaire des connaissances qui sont reliées directement à l’élevage des chevreuils en enclos. Que vous les aimiez ou non, ils furent bénéfiques pour les chercheurs et indirectement pour les chasseurs et pour le chevreuil lui-même. Les recherches ont aidé à mettre certaines législations en place pour protéger l’espèce et améliorer sa gestion. Je comprends très bien la très grande majorité des chasseurs qui plissent du front lorsque le sujet des enclos fait surface et je suis le premier à m’en offusquer quand des chasseurs appellent encore cela de la chasse, quand des chasseurs s’en servent pour se promouvoir, quand des compagnies productrices de produits dérivés appelle leur enclos des centres de recherche et lorsque ces derniers deviennent des chercheurs quand ça prend 8 ans d’étude universitaire pour former convenablement un chercheur.

Pour moi, ils font pas la différence entre le mot recherche et marketing etc… Mais comme dans la plupart des domaines, où il y a de l’homme et des $$$ en jeu, il y a de « l’hommerie ». Il est tout à fait possible selon moi de faire de la bonne business honnête avec des chevreuils en enclos convenablement bien traités et de la bonne recherche utile avec les mêmes enclos. Alors qu’on aime ou pas, les chevreuils d’élevage ont permis d’ouvrir plusieurs lumières sur le gibier le plus prisé au monde et à moins que des maladies comme Chronic Wasting Disease prennent encore plus d’ampleur, ces installations sont là pour rester.

Louis Gagnon

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