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La gestion de votre territoire pour une meilleure recolte de bucks adultes

La gestion de votre territoire pour une meilleure recolte de bucks adultes

A l'été 2001, j'écrivais mon premier article pour la revue Aventure Chasse et Pêche. Peu de monde me connaissaient à l'époque. Dans cet écrit, je  vous avais présenté une gestion novatrice des populations de chevreuil qui faisait rage chez nos voisins du sud. Basée sur l'abstention de récolter de jeunes mâles de 1.5 et 2.5 ans et  jumelée à l'augmentation de la récolte de femelles, cette philosophie tentait de vendre le concept d'une chasse de qualité appuyée sur la récolte de beaux individus (3.5 ans et plus) plutôt qu'un succès de chasse élevé mais représenté par plus de 80% de mâles de 1.5 ans (daguet). Cette idée venait d'une association de chasseur  qui s'appelait QDMA ( Quality Deer Management Association).  Aujourd'hui, cette même gang de passionnés est en train de gagner son pari même dans les états ultra-conservateurs comme la Pennsylvanie où, grâce à eux, il est maintenait impossible pour les 1 200 000 chasseurs  de récolter un buck n'ayant pas au moins 4 pointes sur un coté.

Dans cet état, avant la nouvelle régulation, 90% des mâles récoltés avaient 1.5 ans. Les bucks de 3.5 ans  et plus représentaient environ 3 % de la population de mâles soit un chevreuil sur 250 tout sexe confondu. Avec la nouvelle gestion, on devrait sauver environ 90 000 mâles de 1.5 an par année et à ce rythme, on croit ainsi diminuer la population de chevreuils de la Pennsylvanie de 20% en 5 ans mais augmenter le nombre de mâles de 2.5 ans et plus de plus de 50%.

Si ça marche au sud, ça doit marcher au nord. Après 4 ans d'exécution de cette philosophie sur notre terre dans l'Outaouais, deux années de séminaires hivernaux à travers le Québec et une première année de stage pratique sur le terrain, je m'aperçois que cette pratique commence à faire son chemin même au Québec.  À titre d'exemple, l'an dernier sur notre territoire, nous avions un grattage qui fut visité par pas moins de six bucks différents  incluant quatre mâles de 3.5 ans et plus. À l'achat de cette terre en 1998, nous n'avions aucun grattage sur le terrain. Ce printemps, j'ai visité plusieurs  terres lors de mes consultations privées, parmi celles-ci, quelques-unes avaient un grand potentiel pour produire des chevreuils de qualité voir même des trophées mais... aucun grattage et très peu de frottages de l'année précédente existaient sur ces terrains.

Toujours la même  histoire, la plupart des chasseurs ne comprennent pas la nécessité de préserver les jeunes mâles et de récolter plus de femelles. Avec la nouvelle vague de création de champs riches en milieu forestier, beaucoup croient que cet apport protéique important va suffire à contre-balancer les autres déficience majeures comme le rapport des sexes et  la structure d'âge de la population.

Pour vous illustrer le problème dans son entier, j'ai pensé vous présenter un concept  d'écologie des populations animales  développé par un scientifique européen du nom de Liebig. Son principe, la loi du minimum, fut imagée à l'aide d'une vielle chaudière perforrée sur le coté par quelques trous. Notre chaudière a trois trous, le premier est dans le bas de cette dernière, suivi, juste au dessus, par un autre trou et finalement un dernier trou beaucoup plus haut. Si nous voulons remplir le sceau avec de l'eau, il ne sert à rien de boucher les deux trous du haut avant celui du bas sinon l'eau continuera juste à couler par terre. Maintenant, revenons à nos chevreuils. Chaque trou est un problème que fait face une population de chevreuil en particulier. Par exemple,  le trou du bas  pourrait être le rapport des sexes trop dé balancé en faveur des femelles, le trou du milieu lui sera la structure d'âge de la population de mâle (trop jeune) et finalement le trou du haut sera la qualité alimentaire de l'habitat. Dans ce cas précis,  rien ne sert de boucher le trou du haut, soit le coté nutrition par la création de bons champs nourriciers si vous ne boucher pas les deux autres ouvertures.  Chaque population de chevreuils a des besoins distincts selon la gestion en place, ainsi le trou du bas, qui est toujours le premier à devoir être bouché avant d'espérer faire monter le niveau d'eau dans la chaudière, pourra être différent d'une population à l'autre.

Voici donc quelques exemples particuliers. À Anticosti, où la pression de chasse est contrôlée et le prélèvement de femelles est libéral, le trou du bas se situe au niveau de la nourriture en place de piètre qualité qui diminue le poids corporel moyen des chevreuils. Dans la zone 7, avant l'ouverture de la chasse au fusil et à la poudre noire, l'amélioration de la qualité des ravages et le contrôle de la prédation pouvaient être les premiers problèmes à solutionner. Par contre, dans quelques années, le trou du bas, sera comme dans la plupart des autres zones limitrophes, ce sera le rapport des sexes suivi par la structure d'âge qui deviendront les premiers à colmater. Sur notre terre dans la zone 10, maintenant que le trou du rapport des sexes a été bouché, nous commençons à s'attaquer au trou de la nutrition en créant entre autres des petits champs ça et là.

En réalité, le rapport des sexes suivi de la structure d'âge sont les trous du bas les plus communs lorsque la loi du mâle est en place depuis plusieurs décennies. A titre d'exemple, dans les zones 4-5-6 et 8 où les densités de population de chevreuils sont élevés dus à des hivers plus cléments et des habitats de hautes qualités, le succès de chasse globale y est lui aussi plus élevé mais le prélèvement de beaux mâles matures de 3.5 ans et plus, toutes proportions gardées, y semble plus bas que dans les zones moins populeuses  comme la 10, la 9 et certaines parties de la 3. Dans ce cas, la pression de chasse trop élevée sur la strate de mâles en place contribue à garder bas  le pourcentage de mâles qui réussissent à survivre à deux  saisons de chasse et plus.

Une gestion basée sur la loi du mâle équivaut jusqu'à un certain point à la gestion forestière en place. Lorsqu'on pratique une coupe à blanc, la repousse est bonne et dense mais les tiges sont petites et sans valeur commerciale pendant plusieurs décennies. Si on pratique une coupe de jardinage et ne prélevons qu'un certain pourcentage d' individus matures, nous aurons toujours un certain prélèvement sur une base régulière. Nos forêts auront des arbres de toutes les structures d'âge. Évidemment, l'appât du gain et l'indiscipline en ont décidé autrement. Aujourd'hui, beaucoup de régions du Québec sont en rupture de stock.

La gestion du chevreuil me rappelle beaucoup celle de nos forêts où le prélèvement éhonté sur la strate mâle a laissé en place une population de mâles matures décimés à moins d'un individu par plus de 1000 acres de terre. Peu de gens veulent entendre parler d'une interdiction de prélever de jeunes mâles en répétant qu'ils ne tueront rien car ils ne voient que ce type d'individu. Pensez-vous que la Pennsylvanie était différente ?  D'autres espèrent  une nouvelle position du gouvernement en faveur d'une gestion plus saine. Arrêtez de rêver, la faune au Québec est l'une des  dernières préoccupations du gouvernement. De plus, ne vous leurrez pas, les changements de cap important, comme ceux de l'état de Pennsylvanie, furent mis en place grâce aux lobbys puissants des compagnies d'assurances automobiles, des compagnies forestières et de l'union des agriculteurs en place; on est loin des chasseurs.

Au Québec, pour le moment, la solution passe par la création de petits groupes de chasseurs s'associant pour contrôler une portion de terre plus grande (400 acres ou plus) et y instaurer un système de gestion basé sur la philosophie QDM. J'entends déjà tous ces chasseurs durant mes cliniques me dirent que leurs voisins sont des ignorants, des braconniers, des grands galops, tir vite, etc. Ne sommes-nous pas, à l'occasion, l'image de nos voisins ? Dans mon coin, nous sommes en train de montrer l'exemple et à chaque saison, un nouveau groupe de chasseurs s'autodiscipline, cesse de prélever de jeunes mâles et applique plus massivement au tirage au sort pour obtenir des permis pour l'abattage de femelles. Seules l'association et l'éducation vaincront. Le gouvernement peut mettre une gestion globale en place mais rien nous empêche de mettre notre propre micro gestion sur nos terres. En terminant, pour ceux qui croient que cette gestion fonctionne que pour les riches seulement, je vous répondrez ceci. Pour avoir une bonne chance de prélever un mâle mature sur une base régulière, vous devez aller à Anticosti, dans l'ouest canadien, où chez un pourvoyeur ayant adopté la gestion QDM depuis plusieurs années ou encore posséder une terre assez grande pour exercer un contrôle sur la pression de chasse et le prélèvement. Toutes ces options ne sont-telles pas synonyme de richesse ? Si ce n'est pas votre cas comme la plupart d'entre nous d'ailleurs, qu'attendez-vous pour contacter vos voisins limitrophes de territoires de chasse pour entreprendre votre nouvelle gestion ?  

Colmatez le trou du bas sans tarder, le succès viendra.
 

Louis Gagnon
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