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APPROCHE STRATÉGIQUE D'UN NOUVEAU SECTEUR DE CHASSE À L'ORIGNAL par Charles Henri-Dorris

Nous sommes le 15 septembre 1999. La chasse n'a débuté que depuis 10 minutes lorsque mon père entend mon coup de carabine. Mon père qui sait à quel point je me suis préparé pour ce séjour n'est pas surpris. Il est certes un peu déçu car il n'a même pas eu le temps d'atteindre son poste d'affût avant d'entendre le coup de carabine.
 
Récolter le premier matin d'un séjour de quatre jours dans une réserve faunique n'est pas vraiment plaisant pour tout le groupe. Par contre lorsque cette chasse se produit sur une réserve avec une densité d'orignaux s'élevant à moins de 3 orignaux par 10 kilomètres carrés, disons que la «pilule» passe un peu mieux.
 
Je chassais le secteur 27 de la réserve Rouge Matawin dans Lanaudière. Un secteur pauvre en orignal. Les 2 groupes qui nous ont précédés et les 2 qui nous suivirent n'obtinrent pas de succès dans cette zone.
 
Comment expliquer notre succès par rapport aux insuccès des autres groupes dans le même secteur? Il faut être au bon endroit.
 
La Prospection
À cette époque, je n'étais pas encore guide de chasse à l'orignal, mais j'étais très allumé. Il y a toujours le facteur chance; mais lorsque la chance nous sourit chaque année dans des secteurs à faible densité d'orignaux, dans de nouveaux secteurs et même de nouvelles régions, il y a matière à réflexion. Chaque année et ce depuis que je chasse et guide, je ne chasse que très rarement le même secteur. À vrai dire, il m'est arrivé seulement 3 fois en 26 ans de chasse et 12 ans de guidage de retourner à deux reprises dans un même secteur.
 
Avec le temps j'ai développé une approche stratégique de prospection d'un nouveau secteur de chasse. Que je chasse en réserve faunique, particulièrement les réserves à faible ou moyenne densité, sur une pourvoirie, une Z.E.C. ou sur des terres publiques, ma façon de prospecter demeure toujours la même.

La première étape :
La familiarisation avec les réseaux de chemins et des sentiers du secteur que je chasse.
 
En réserve faunique les cartes fournies sont excellentes pour les chemins numérotés. Mais pour les chemins secondaires et les sentiers, je visite « Google Hearth » afin de valider s'ils sont encore présents. Avec le temps les chemins forestiers se font envahir par la végétation arbustive. Ces disparitions de chemin peuvent devenir un vrai cauchemar si vous projetez un parcours de chasse fine avec retour par un de ces chemins à la noirceur.
 
Il m'est arrivé exactement ce problème en 2012 et je dus marcher à l'aide de mon GPS en pleine noirceur durant 1h30 dans une foret mature ayant subie des coupes forestières 35 ans auparavant. La végétation y était tellement abondante que mon fils qui n'avait pas de lampe de poche ou frontale, a dû me suivre en tenant le derrière de mon manteau afin de ne pas me perdre.
 
Les cartes Écho-forestières et certaines autres peuvent donner des informations précieuses sur les réseaux de chemins. Mais encore une fois soyez prudents avec les dates d'édition des cartes.
 
Pour les plus familiarisés, utilisez les captures d'image que l'ont peut faire à partir d'un ordinateur. Je vous suggère d'en faire plusieurs avec des rapprochements ‘'zoom'' différents.
 
Ensuite faites les plastifier pour les apporter avec vous lors de vos visites de secteurs.
 
La deuxième étape :
Identifier à l'avance à partir de votre domicile et à l'aide des cartes, les secteurs propices.
 
L'orignal doit manger et se reposer. Je cherche toujours à identifier les meilleurs peuplements forestiers servant de couverts nourriciers. Marquez sur vos cartes les bûchers récents avec repousse adéquate, les forets matures d'essences mélangées et les feuillus ayant une bonne repousse arbustive en sous étages. Je priorise par la suite les couverts de nourriture adjacent à ceux de repos.

Forêt en régénération
Sachez cependant que dans des secteurs comprenant plusieurs couverts d'anciennes coupes forestières (forêt en régénération), les orignaux utilisent souvent les mêmes couverts pour les deux raisons énumérées plus haut. Souvent dans ce cas, les traces dans les chemins sont rares ou absentes. Autrement dit, s'il y a beaucoup de nourriture dans un couvert fort en feuillus et une strate d'arbre procurant assez d'ombre au sol, les orignaux locaux peuvent y demeurer pendant quelques jours sans faire de grand déplacement.
 
Dans ce cas, il faut y pénétrer lors de vos visites de terrain afin d'aller valider la quantité d'orignaux le fréquentant. Nul besoin de marcher loin à l'intérieur de ces mêmes couverts pour souvent y trouver de nombreux signes de présences tels que broutages, frottages, souilles, traces au sol et surtout les excréments .Ensuite restera à déterminer les meilleurs couverts de votre secteur pour anticiper où seront les orignaux durant la chasse. Notez sur une échelle de 1 à 10 chaque couvert que vous aurez visité.
 
Oui, il faut savoir analyser les excréments d'orignal afin de savoir à quoi ressemble leurs excréments durant la période que vous chasserai. Les excréments changent de texture et de forme durant les mois de septembre et d'octobre. Je détermine souvent par ceux ci à quel moment de l'automne ils y sont.
 
Pour ce type de couvert, une seule piste fraiche dans les chemins me permet de savoir s'il y a des orignaux présents.
 
Les femelles et les veaux demeurent souvent dans un même habitat durant 4 à 5 jours. Ce sont souvent les mâles qui marchent les chemins entre ces couverts afin de valider la réceptivité des différentes femelles.
 
Votre but: chasser où sont les orignaux au moment précis de votre chasse.
 

La troisième étape :
L'analyse des sommets de montagnes

Les grands mâles les utilisent pour la sécurité qu'ils procurent et pour leurs permettre d'entendre loin autour d'eux. Sur leurs promontoires tout au long de la journée, ils pourront entendre les femelles appeler une fois que la température baisse en fin de journée. S'ils n'entendent pas ce qu'ils souhaitent, ils partiront en recherche vers les plateaux et les vallées où les orignaux se nourrissent la nuit.
 
J'analyse avec beaucoup d'attention les peuplements du pourtour des sommets. Ciblez les habitats les plus propices autour des sommets. Allez y faire une prospection à pied. Rayez de votre carte les peuplements de pourtours non propices ou non marqués d'indices. Chercher les signes classiques de rut, surtout les frottages, pas nécessairement de broutage, et tentez de découvrir par où circulent plus souvent les grands mâles du secteur durant leurs descentes vers les sites nourriciers. Les énormes frottages sur des arbres parfois de la grosseur d'un poteau de téléphone sont la majeure partie du temps dans ces corridors de déplacement. Ils se comparent quelque peu aux lignes de frottages que font les mâles chevreuils sur leurs sentiers primaires.
 
Prévoir où s'installer pour la chasse de fin de journée est vraiment important lors des automnes chauds. Plus vous serez proches du corridor de déplacement, meilleures seront vos chances de succès. Les déplacements des mâles après une longue journée de repos sont rapides et vers une destination précise. Être au bon endroit est plus important qu'au petit matin car la nuit vient vite et le temps vous manquera.

La quatrième étape :
L'indentification d'un possible secteur de rut.
 
Il n'est vraiment pas facile d'identifier un secteur de rut à partir d'une carte. Des hypothèses peuvent être émises, mais sans visite sur le terrain il est presque impossible d'identifier à coup sûr des secteurs de rut de façon régulière. De plus, il n'y a pas nécessairement de vrais secteurs de rut partout. Il y a des régions du Québec où j'ai réussi des chasses sur des mâles matures, après quelques jours complets de chasse en déplacements, sans jamais avoir trouvé une souille. Ou même les vestiges d'une vielle souille.
 
Si vous avez la chance et le talent d'interprétation pour en cibler un, n'hésitez pas, mais ne mettez pas le secteur de rut au premier plan de votre recherche, sinon vous risquez d'être déçu. N'oubliez pas que vous êtes sur un nouveau secteur et en connaitre beaucoup sur un secteur peut prendre plusieurs jours, voir quelques semaines.
 
Dans les régions à faible densité d'orignaux un secteur précis peut servir de zone de rut à un mâle précis pendant la durée de son règne mais une fois celui ci mort ce secteur peut ne plus être un secteur de rut.
 
La cinquième étape :
La prospection sur le terrain
 
À votre arrivée, que se soit en pourvoirie, dans une réserve Faunique ou une Z.E.C, posez toujours des questions aux gens sur place. Les lieux de récolte des années précédentes me procurent beaucoup d'informations.
 
Si un orignal fut récolté deux ans auparavant sur un chemin particulier, il y a une raison. Prenez en note ces endroits, vous irez plus tard y jeter un coup d'œil. Sans chasser directement où les récoltes ont été enregistrées, je porte toujours une attention au secteur de cette récolte.
 
Une fois sur le terrain, il faut éviter de vouloir en faire trop. Mieux vaut, bien prospecter que de courir partout. Allez y étape par étape et ne chercher pas à les bruler.
 
Lors de la première visite sur le terrain
Effectuez tout d'abord une visite en camion ou en VTT de tous les chemins et sentiers du secteur. Laisser le temps à votre cerveau de positionner la carte du réseau de chemin dans le contexte visuel de ce que vous voyez. Souvent les terrains sont plus ou moins montagneux que vous aviez imaginé. Il est bon de faire ce trajet à deux personnes. Un chauffeur et un compagnon qui prend des notes sur la carte en portant une attention particulière aux traces dans les chemins. (Notez les sur votre carte).Ralentissez lorsque vous passer dans les couverts ciblés propices sur votre carte. Un premier coup d'œil vous donnera une bonne idée s'il faut y revenir plus tard approfondir les recherches ou les rayer des sites prometteurs.
 
Après avoir fais une première tournée vous devriez déjà avoir remarqué des couverts avoisinant les chemins que vous aviez ciblés comme propices qui ne le sont pas. D'innombrables causes peuvent en être la raison; nouvelles coupes forestières, nouveaux chemins et travaux de débroussaillage ayant jeté un garde-manger au sol ne sont que des exemples. Il n'y a malheureusement aucune carte précise à 100% et toujours à jour. À moins qu'une forêt mature n'ait subie aucune perturbation depuis fort longtemps.
 
La recherche des signes sur le terrain.
Il est maintenant temps d'attacher vos lacets pour partir à la recherche des signes. Débutez par le secteur qui aura attiré le plus votre attention lors de votre tournée en véhicule et ainsi de suite pour les autres secteurs retenus comme propices. Pénétrer dans le couvert afin d'y faire un dénombrement des signes de présences énumérées précédemment dans l'article. L'utilisation d'un GPS est fortement recommandée pour ne pas perdre son chemin mais surtout pour enregistrer les signes importants de votre recherche. Ces mêmes signes seront vos points de destination une fois le temps de la chasse.
 
Le temps que vous y consacriez et votre détermination à couvrir le plus de terrain possible sera votre meilleure prospection pré chasse. Plus vous aurez ciblé d'endroits propices, meilleures seront vos chances de croiser le fer avec un orignal durant votre séjour de chasse. Je recommande de ne jamais se fier qu'à un seul site prometteur. Les mâles matures peuvent parcourir plus de 15 kilomètres par jour lorsqu'ils sont en recherche d'accouplement. Il ne faut pas se fier qu'en ayant trouvé un secteur marqué de plusieurs signes, il sera toujours occupé par des orignaux. Les femelles restent rarement plus de 4 à 5 jours dans un même secteur. Elles se déplacent régulièrement afin d'éviter de sur-brouter un garde manger et pour éviter d'être ciblées par les prédateurs. Les mâles en font tout autant dans leurs recherches.
 
La durée de l'exercice variera selon la superficie de votre secteur de chasse. Mais dites-vous qu'on ne connaît jamais trop son secteur.
 
L'interprétation des pistes dans les chemins forestiers
 
Il est souvent très efficace de chasser un chemin forestier surtout quant celui ci traverse des couverts propices aux orignaux. Les chemins forestiers sont majoritairement développés par les compagnies forestières qui par leurs coupes de bois, développent de véritables garde-mangers pour les orignaux.
 
Durant mes visites sur le terrain, je prends le temps de noter de façon mentale ou de les noter sur mes cartes, la direction des pistes ou des traces de passage sur les chemins. En analysant sur la carte les couverts avoisinants, je peux interpréter d'où ils arrivent et où ils vont. Lorsque je remarque qu'il y à plus d'une bêtes qui est passer dernièrement je descend du véhicule et prend le temps d'effacer les traces sur une distance variable. De cette façon lord de mes prochaines visites je ne me fais pas induire en erreur par l'interprétation de veilles traces. Il m'est arrivé de constater que certains tronçons de chemins sont de véritable  passage régulier pour les orignaux du secteur. Dans ces cas, ces tronçons peuvent être propice à chasser en tout temps.
 
Soyez prêt à faire du millage. Les orignaux marchent parfois de grandes distances pour changer de secteur nourricier ou de repos.

Connaitre au préalable la direction probable d'un orignal vers un site déjà identifié par vos observations vous permettra en situation de chasse de déterminer leur destination probable et de les intercepter avant leur arrivée ou simplement si vous avez découvert un site de repos, aller sur place et tenter de les séduire par vos appels.

De retour à la maison
Une fois de retour à la maison, retournez sur votre carte. Rayez les couverts considérés non propices. Ensuite indiquez sur votre carte avec les coordonnées GPS les signes d'importance découverts durant vos recherches. À ce moment vous devriez être en mesure de faire une interprétation passablement précise des déplacements des orignaux dans votre secteur de chasse. Si des chemins forestiers sont empruntés durant ces déplacements, vous n'aurez qu'à valider la régularité de ceux-ci lors d'une ou plusieurs autres visites subséquentes.
 
Dans plusieurs cas, chasser directement aux abords des chemins forestiers à l'affut ou en déplacement peux rapporter plus que chasser un seul couvert propice avec un faible champ de vision.
 
Je vous conseille de vous familiariser avec les types de couverts forestiers qu'utilisent les orignaux. La nutrition de l'orignal, les couverts de repos et les différentes phases du rut devraient aussi faire partie de vos études avant et après votre prospection. Si vous êtes en mesure de connaitre des lieux propices pour toutes éventualités, vous serez par le fait même en mesure de savoir où ils peuvent être sur votre secteur pour chaque condition de chasse.
 
J'ai déjà par le passé à cause d'un excès de confiance, négligé la prospection de certains secteurs de chasse. J'ai quand même obtenu souvent du succès car je suis un tenace marcheur. Mais je vous avoue qu'avec l'âge qui me gagne lentement, je ne néglige plus jamais la prospection. De cette façon, je chasse plus souvent et plus rapidement des couverts propices et perd moins de temps à bruler mon énergie à chercher. Après tout, le but de la prospection est d'anticiper où sera votre trophée lors de votre prochaine chasse.
 
Comprenez vous maintenant pourquoi j'avais récolter mon orignal en moins de 10 minutes de chasse du début de l'article. Simplement parce que ma chasse avait été faite en 3 visites sur le secteur et que j'y avais mis l'effort de recherche nécessaire. Un gros détail ne vous avait pas été donné en début d'article. Au moment de mon tire j'étais dans une coupe de jardinage non accessible à 800 mètres de la route. Ces interventions forestières avaient été faites 6 ans avant.  La compagnie forestière y avait accéder par l'autre coté de la montagne qui était dans la zone voisine. J'avais découvert le pot au rose à l'aide d'une carte forestières et je m'étais tailler un sentier bien dissimuler sur plus de 800 mètres pour y accéder.
 
La prospection est la forme de chasse que je préfère depuis plusieurs années. Plus vous serez curieux et meilleurs vous deviendrez pour prospecter vos nouveaux secteurs de chasse. On ne ressent en plus aucune pression durant la prospection car nous avons une impression d'avoir beaucoup de temps devant nous.

Truc du guide.
Prévoyez plusieurs plans. Le but de la prospection est de cibler les endroits propices pour la chasse. Ne vous limitez jamais à la découverte d'un seul site propice, même si celui ci ne vous impressionne vraiment pas ces nombreux signes. Plusieurs facteurs sur les qu'elles nous n'avons aucun pouvoir influences le choix des couverts utilisés par les orignaux. Qui vous dira si les frottages que vous avez découverts ont été faites en début septembre et que par la suite ces mâles que vous chasser en fin de septembre sont rendus sous un autre couvert?

Truc du guide.
Température chaude. Informer vous sur les couverts utilisées par les orignaux durant les front chaud. La période de rut est souvent durant des périodes chaude du moi de septembre. Sachez identifier ces couverts et les trouver dans votre secteur. De cette façon vous pourrez placer près de ceux ci au lever du jour avant l'arrivée des orignaux. Durant les chaleurs anormales le temps de chasse propice diminue considérablement. Une fois le mercure dépassant les 14 degrés les orignaux hyperventile et ne sont pratiquement plus réactionnelle.
 
Truc du guide
L'Aulnaie croisé est un couvert très peu connu pour sa capacité de fraicheur qu'ils procurent aux orignaux. Souvent pratiquement impénétrable tellement les arbres sont entremêlés, une aulnaie croisée peut servir de cachette de jours aux orignaux de votre secteur. Les femelles fréquente des couverts plus jeunes que les mâles qui doivent s'y faufiler avec leurs panaches. J'y ai découvert souvent des beaux frottages témoignant de la régularité que certains mâles y vont pour s'y coucher. En plus dans un aulnaie croisé il y a toujours du feuillage a porté des orignaux.

Chales-Henri Dorris

 


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