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Pourquoi les champs nourriciers.

1-objectif du présent document

Expliquer les avantages et désavantages d’un champ nourricier.

2- introduction

La philosophie QDM comporte 4 volets : la gestion du cheptel, la gestion de l’habitat, la gestion du chasseur et la surveillance du cheptel.

Dans la gestion de l’habitat, l’introduction d’un champ nourricier est un outil de développement important pour atteindre notre objectif. L’aménagement d`un champ combiné à une bonne gestion forestière produira une recette gagnante à moyen et à long terme.

Voici une définition très simple d'un champ nourricier: c'est un champ d'une superficie très variée, qui permet de faire pousser une plante à partir de la semence (graine) jusqu'à sa maturité. La période de croissance peut être aussi courte qu'une trentaine de jours et le tout est réalisé dans un objectif de générer une alimentation de qualité pour une espèce faunique spécifique (cerf, dindon, sauvagine etc.).

3- développement

Photo : utilisation de disques et d'un QUAD (vtt) pour préparer la terre

Il est faux de croire que l’aménagement de champs nourriciers est le seul outil (nécessaire et obligatoire) pour les stratégies impliquant les principes QDM. Il n’y a pas de recette miracle ou de recette qui s’adapte à toutes les situations.

Pourquoi créer un ou des champs nourriciers si toutes les terres aux alentours sont exclusivement des terres cultivées et que vous êtes le seul avec des terres boisées. Vous avez le seul endroit où les chevreuils (cerfs de Virginie) peuvent trouver refuge. Dans ce cas, il serait probablement plus judicieux de consacrer des efforts pour créer et maintenir des sanctuaires et dortoirs pour que les chevreuils retrouvent des zones de sécurité et de repos. Un autre exemple : comment peut-on rivaliser avec les 200 acres en trèfle du voisin si vos champs totalisent 2 acres au total, avec le même trèfle? Vous devez questionner votre voisin agriculteur pour lui demander ses prévisions de récolte pour l’automne et s’il envisage d’épandre une bonne couche de purin lors de votre saison de chasse. Ceci aura pour effet de vous favoriser lors de l’ouverture de la saison à l’arc.

Un champ nourricier peut fournir une quantité de nourriture sur une longue période et surtout à des moments critiques pour le chevreuil. Pour les régions au nord, le chevreuil a tout avantage à trouver une nourriture de qualité juste avant l’hiver (après le rut) et au printemps qui tarde bien souvent à arriver. Le chevreuil a tendance à souffrir sévèrement lors des hivers trop longs. Les dernières réserves d’énergies qui lui restent sont fortement sollicitées. Au printemps et durant l’été, la femelle et son faon deviendront vite des visiteurs réguliers à vos champs. On pourrait facilement en déduire que les chances de survie pour tous sont grandement augmentées.

La régularité de la nourriture à tous les ans est aussi importante. La présence ou absence de grande quantité de pommes (naturelles) ou de glands de chênes/frênes sera facilement compensée par les champs nourriciers.

Lors d’une étude en Caroline du Sud, le docteur Grant Woods, bien connu dans le monde des champs nourriciers, a montré qu’il suffit de consacrer seulement 1% de la superficie du territoire en champs nourriciers de qualité pour avoir un effet direct sur la masse corporelle de l’animal et aussi sur les dimensions du panache (Référence #8). Pour sa part, Kent Kammermeyer affirme qu’une grande part du succès à la chasse est en corrélation très étroite avec le pourcentage consacrer aux champs nourriciers (Référence #3, Référence #4).

Si après analyse des conditions et du contexte s’appliquant à votre terre et celles des environs, l’idée de créer un ou des champs nourriciers fait partie de votre planification des activités de la prochaine année, vous devez savoir que les champs nourriciers demandent beaucoup de préparation et donnent rarement des résultats satisfaisants dès les premiers essais. Fréquemment, les pousses se font timides et le rendement n’est pas au rendez-vous. Mais comme tout nouveau défi, il suffit d’une bonne dose de patience et d’efforts pour voir la situation s`améliorer. En faisant de la recherche au niveau de la documentation disponible et en ne négligent pas son temps et son apport financier, les effets sur le cheptel se feront sentir à moyen terme, (3 à 5 ans). Si vous croyez que dans l’année ou celle suivant la création de vos champs, vous serez automatiquement devant un B&C de classe 150 à chaque détour, alors vous serez amèrement déçu. La plupart des expériences indiquent qu’il faut de 3 à 5 ans avant que les premiers indices d’améliorations soient visibles et vérifiables (par exemple, le poids des chevreuils récoltés). On est très loin du 150 B&C derrière chaque arbre!

Faire pousser une plante n’est pas une mince affaire et chacune d’elles ont des besoins et caractéristiques très différents. Certaines plantes annuelles exigent souvent une rotation pour éviter les maladies. D’autres plantes vivaces peuvent survivre de 3-5 ans avec un bon entretien régulier. La période d’ensoleillement et la durée de croissance sont aussi des facteurs à considérer.

Le fait de créer un champ bien vert n’est pas l’objectif ultime en soit; il faut choisir des plantes adaptées et nutritives pour répondre aux besoins du cerf. Certaines plantes apportent un haut taux de protéines et d’énergies. Certaines plantes peuvent fournir jusqu’à 30-35% de protéines dépendant de la période de l’année mais aussi du stade de croissance. Si on considère que le chevreuil exige une diète d’environ 16% de protéine par jour (Référence #10, Référence #8), c’est un atout important pour sa santé et son développement. Les feuilles, tiges etc. de la forêt produisent généralement un taux de protéine bien souvent sous les 10%.Sur une base annuelle, un champ peut produire de quelques 2 tonnes à plus de 10 tonnes (22,000 livres) par acre (208pi x 208pi) par année.

Photo : une section de trèfle

Ce tonnage peut sembler important, mais il faut savoir qu'un chevreuil consomme entre 1 tonne et 1,5 tonnes par an (6 à 10 livres par jour). (Référence #7, Référence #9). Heureusement, le chevreuil ne sera pas à plein temps dans le champ. Il pourra bénéficier aussi des feuilles, tiges etc. de la forêt. Évidemment, le type de sol, le choix de la plante et des conditions météorologiques influencent directement les résultats. Ces résultats se traduisent par la disponibilité d`une nourriture de qualité en tout temps sur une période de 4-9 mois par année selon les secteurs et les rigueurs hivernales. De plus, u n champ nourricier d’un acre qui donne 2 tonnes de fourrage (4,400 livres) représente une masse équivalente de nourriture retrouvée sur une superficie de 50 acres de forêts en régénération ou 75 acres de forêts mixtes pré-mature (Référence #4,, Référence #11).

Pour réaliser un champ nourricier, un minimum d’équipement est nécessaire. Et plus la surface cultivée est importante, plus l’équipement devient imposant et coûteux

Photo : rotoculteur

Évidemment, pour des surfaces inférieurs à 0,5 acre, il est toujours possible de le faire manuellement ou même utiliser de l’équipement adapté pour les VTT.

Photo : réservoir d'herbicide avec l'aide d'un QUAD (vtt)

Il faudra cependant y consacrer une bonne dose d’énergie pour la réalisation du projet. L’idéal est de commencer avec une surface plus restreinte, de bien s’habituer aux différentes étapes, aux préparatifs et à la charge de travail en lien avec le contexte (surface, type de sol, météo, accès etc.). Pour alléger la tâche, faire le travail à plusieurs peut devenir agréable et motivant au même titre que les parties de chasse.

Exemple de calcul

Pour donner une idée de l’ampleur de la tâche (et des prix), voici un exemple concret pour 1 acre d’un champ déjà existant et pour une durée efficace et conservatrice de 3 ans:

  • 200$ pour labourer le champ à l’aide d’un rotoculteur (réalisé par un tracteur);
  • 200$ pour le test de sol, l’herbicide, la chaux granulaire et l’engrais;
  • 50$ pour les semences de types vivaces;
  • 100$ pour l’entretien, les semences ("frost seeding"), coupes régulières, la chaux et les engrais pour les années suivantes (deuxième et troisième année).

Photo : utilisation de disques et d'un QUAD (vtt) pour préparer la terre

Certains éléments ne sont pas considérés dans le calcul :

  • tout l’équipement loué, acheté ou emprunté d’un ami pour faire toutes les tâches;
  • 3 jours d’ouvrage pour 1 homme la première année, 1 jour pour les autres années;
  • l’essence pour votre auto et le temps de déplacement;
  • toutes les lectures, recherches et préparations.

Cela revient à 450$ pour la première année (200$+200$+50$) et pour la 2e et 3e année, 200$ de plus (100$+100$), pour un total de 650$ pour un champ de 1 acre.

Si on considère un tonnage moyen de 2 tonnes par an (4,400 livres), donc 13,200 livres pour 3 ans, on peut en déduire que pour moins de 0.05 $ (5 cents) la livre (650$/13,200 livres), on peut nourrir pendant 4-9 mois par année et à des moments critiques notre gibier préféré.

Pour ceux qui préfèrent dégager une petite surface déjà boisée à l’aide de machinerie lourde, notez qu’une pelle mécanique muni d'un peigne peut dégager un champ d’un acre en 4-8 heures à un tarif de 105-125$/h. Il est judicieux de placer les branches et les arbres en bordure du champ en tenant compte de l’orientation du vent (majoritairement ouest/nord). Ces débris deviendront naturellement des obstacles pour diriger les allés et venus des cerfs. De plus, ceci génèrera des abris appréciés pour la petite faune dont les emplacements sont souvent limités dans les forêts surpeuplés de cerfs de Virginie.

4- conclusion

Si vous envisagez de créer un ou des champs nourriciers, vous trouverez dans les prochains pamphlets toutes les informations pour vous aider à le faire.

De plus, il faut déterminer :

  • quels sont les besoins que vous désirez combler;
  • comment optimiser les résultats par rapport aux champs nourriciers;
  • quelles seraient les zones de votre lot qui pourraient facilement être converties en champ nourricier;
  • quelle est la qualité de ces zones;
  • quels seraient les plants sélectionnés, adaptés pour le type de sol, le niveau de PH etc;
  • quels sont les équipements disponibles dont vous aurez besoin;
  • combien de temps et d’argent que vous pouvez y consacrer;
  • qu’est-ce que vous pouvez apporter comme différence par rapport à vos voisins.

Avant d’entreprendre des travaux, il faut planifier pour limiter les impacts sur l`environnement local (cours d’eau, zone de nidification etc.). Il serait inconcevable de modifier l`environnement aux détriments d’aménagements pour votre gibier préféré. De plus, vous devrez vérifier les règlementations locales (en ce qui concerne les cours d’eau et la coupe de bois) auprès de votre municipalité ou du ministère concerné.

Il est toujours frustrant les premières fois de voir des résultats souvent mitigés, mais combien il est satisfaisant de regarder votre champ bien garni qui comblera les besoins de notre gibier. La satisfaction n`a d’égal que tous les efforts investis.

5- éléments importants à faire

  • Une bonne préparation est de mise;
  • Une recherche est primordiale pour se documenter si vous n’avez pas les connaissances et expériences dans le domaine agricole;
  • La superficie de votre ou vos champs, devrait correspondre à 2% à 5% de votre terre. C’est suffisant pour la majorité des cas (Référence #4, Référence #7, Référence #8). Toutefois, il est recommandé d’y aller progressivement selon vos capacités;
  • Une bonne dose de patience est indispensable. Autant pour obtenir des résultats concluants au niveau de la qualité et quantité de nourriture générée par vos champs, que de voir apparaître des changements (ex. poids) sur le cheptel. Un délai de 3 à 5 ans est courant.

6- éléments importants à ne pas faire

  • Croire qu’avec un champ nourricier, vous pouvez subvenir aux besoins d’une surpopulation du cheptel local. Une récolte intensive de cerf sans-bois sera probablement fort pertinente (gestion du cheptel) en complément aux champs nourriciers (gestion de l’habitat);
  • Il n’y a pas de recette miracle et encore moins, une recette identique pour toutes les situations.

7- contraintes

  • Ce n’est pas tous les sols qui sont propices à la culture. Parfois, cela exige plusieurs années juste pour reconstruire un sol adéquatement;
  • Chaque plante a des caractéristiques et besoins différents. Vous devez tenir compte de cela en plus des conditions de vos sols et des amendements que vous devez apporter;
  • Ne surestimez pas vos capacités! Il est préférable d’aborder les champs nourriciers de façon progressive afin de ne pas vous décourager.

8- références (internet, livre etc.)

  1. Lien internet : http://www.outdooralabama.com/hunting/game/deer/deerfoodplots.pdf , Effective Food Plots for White-tailed Deer in Alabama by Chris Cook and Bill Gray Wildlife Biologists
  1. Revue : Quality Whitetails, the journal of the Quality Deer Management Association, octobre 2006, vol.13 no.5, ‘The logic of food plots’ par Kent Kammermeyer, page 80-84

 

  1. Livre : Quality Whitetails: The Why and How of Quality Deer Management, by Karl V. Miller and R. Larry Marchinton, 1995, ISBN-10: 0811713873, ISBN-13: 978-0811713870

 

  1. Livre : Planting Food Plots for Deer and Other Wildlife, by John Weiss, 2002, ISBN-10: 0970749341, ISBN-13: 978-0970749345

 

  1. Livre : Deer Management 101: Manage Your Way to Better Hunting, by Grant Woods, Bryan Kinkel and Robert Bennett, 2004, ISBN-10: 0974696803, ISBN-13: 978-0974696805

 

  1. Livre : Quality Deer Management: The Basics and Beyond, by Charles J. Alsheimer,2002, ISBN-10: 0873493354, ISBN-13: 978-0873493352

 

  1. Livre : Quality Food Plots - Your Guide to Better Deer and Better Deer Hunting, Kammermeyer, Miller and Thomas from Quality Deer Management Association (QDMA), 2006, ISBN 0-9777104-1-6

 

  1. Livre : Grow 'Em Right; A Guide to Creating Habitat and Food Plots, by Neil Dougherty, Craig Dougherty, 2003, ISBN-10: 0972935606, ISBN-13: 978-0972935609

 

  1. Lien internet : http://www.qdma.com/articles/details.asp?id=58 , Intensively Managed Pine Plantations, Barren Wastelands or Potential Deer Habitat? By Scott Edwards, Steve Demarais, and Andy Ezell

 

  1. Browse occurrence, biomass, and use by white-tailed deer in a northern New Brunswick deer yard, by Shawn F. Morrison, Graham J. Forbes and Steven J. Young, [email protected] , Can. J. For. Res. 32: 1518–1524 (2002) DOI: 10.1139/X02-081

 

  1. Lien internet : http://www.utextension.utk.edu/publications/pbfiles/PB1743.pdf , PB1743 Growing and Managing Successful Food Plots for Wildlife in the Mid-South, University of Tennessee, Craig A. Harper, Associate Professor, Forestry, Wildlife and Fisheries

9- photos, graphiques etc.

Photo : épandeur ventral et sacs d'engrais

Photo : épandeur à main et semence

Photo : épandeur à main et semence

Photo : épandeur à main et semence

Photo : épandeur à main et semence

Photo : un exclos pour témoin

Photo : une zone de chicory

Photo : tondeuses et montage rustique avec l'aide d'un QUAD (vtt)

Photo : résultat de quelques passages des tondeuses

Photo : épanadeur d'engrais frontal avec l'aide d'un QUAD (vtt)

10- remerciements et crédits

Les auteurs conservent tous les droits. Pierre Chabot et les sites Chevreuil.net et WhitetailCanada.com possèdent cependant les droits de diffusion et de traduction.

Si vous avez des questions, des commentaires constructifs, des références web à ajouter etc. par rapport à ce pamphlet, vous devez communiquer avec nous via courriel, à cette adresse

[email protected]

11- FAQ foire aux questions

Section vide volontairement.

Michel Couture
Collaborateurs : Brodeur, Luc, Gauthier, Michel et LeBihan, Yann
16 novembre 2008


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