Les chroniques de Pierre Chabot

Où tirer ?

Cet article vise à répondre à deux questions fondamentales soit: où doit-on tirer et comment retrouver ce chevreuil ? Un trop grand nombre de chevreuils se retrouvent blessés et non retrouvés par les chasseurs à chaque année et la cause est souvent due à un manque d'expériences, de la négligence ou même à un manque d'éthique du chasseur.

Mais où doit-on tirer pour en finir avec l'inquiétude de l'après coup ? Tous les chasseurs ont vécu le type d'expérience que je vais vous raconter.  

Une femelle sort du boisé avec son faon et poursuit sa route sans trop d'inquiétude. La femelle s'arrête. Elle lève la tête pour sentir une branche puis se baisse la tête pour sentir le sol ce qui s'est révélé par la suite être un grattage. Elle poursuit son chemin. Quelques minutes plus tard, un jeune buck (4 pointes) sort du boisé du même endroit ou la femelle était sortie. Le jeune buck s'arrête au dessus du grattage. Il baisse la tête. Vous vous épaulez et vous apprêtez à tirer. Un bonne partie de son corps est caché par un gros chêne. La tête et le cou sont visibles. Votre coeur bat a plein. L'adrénaline fait son chemin. Tire ou tire pas ? Vous attendez que le jeune buck se déplace. Il décide de continuer sa route. Vous visez et tirez. Le buck se sauve à toute allure Vous tentez de viser à nouveau mais il vous est impossible de tirer avec efficacité. Vous le laissez s'enfuir à travers bois. Vous le voyez finalement à 150 mètres, vous vous épaulez et tirez. Le chevreuil saute et s'enfuie de nouveau.

Le stress s'installe. Vous êtes empressé d'aller voir si vous avez atteint le chevreuil. Puis finalement, vous vous persuadez que vous l'avez raté. Vous attendez ce qui semble être 20 minutes interminables.

Vous vous rendez a l'endroit où vous l'avez aperçu lorsque vous avez tirer. Vous ne voyez rien. Absolument rien. Le stress se mêle à l'incrédulité. Le pessimisme vous a envahi. Vous cherchez maintenant depuis 5 minutes un indice qui pourrait vous laissez croire que vous l'avez touché. Toujours rien.

Tout d'un coup, une touffe de poil de chevreuil sur le sol. Vous observez attentivement et trouvez quelques gouttes de sang sur les feuilles mortes. De cet endroit vous tentez de trouver la ligne de tir en direction de votre mirador. Vous trouvez du sang sur les feuilles à environ 11/2 pied de hauteur. Le sang est rouge clair.  Vous trouvez un peu de sang avec ce qui semble être un agglomérat de sang sur une branche qui ressemble à du tapioca rouge.

Vous suivez la piste de sang. Quelques gouttes, aucun amas de sang. Vous croyez que vous l'avez peut être atteint juste sous le ventre. Le pessimisme rend le chasseur malheureux. Vous poursuivez la recherche et puis plus rien. La piste que vous avez suivi s'est rendu jusqu'à l'endroit où avez avez tiré le deuxième coup. Vous cherchez et ne trouvez toujours rien. Une recherche interminable d'une heure.

Vous vous rendez à votre camp de chasse, l'air débité et coupable. Ce qu'il y a de pire que de rater un chevreuil, c'est d'en blesser un sans le retrouver. Vous racontez votre histoire à vos copains de chasse et l'un d'eux se porte volontaire pour poursuivre avec vous les recherches après le dîner.

De retour sur les lieux, vous poursuivez la recherche comme Colombo à la recherche d'un indice. Votre copain trouve une trace de sang à quelques mètres de l'endroit où vous aviez tiré le deuxième coup. Par la suite, vous trouvez une deuxième trace de sang et puis voilà ... un chevreuil mort étendu près d'un arbre. Quelle joie partagée entre le chasseur et son complice. Croyez moi, le stress négatif se transforme en euphorie d'avoir non seulement abattu votre buck, mais surtout de l'avoir trouvé.

Vous avez sûrement attendu de telle histoire. Malheureusement, elles ne finissent pas aussi bien que l'aventure que j'ai connue cette année.

 1- Où tirer ?

  • Le cou :

Comme à chaque année, cette question accompagne bon nombre de nos soupers entre copains de chasse. L'un d'entre nous ne jure que par viser le coup. Pour lui, c'est l'endroit fatal où le chevreuil ne peut survivre longtemps. Un coup fatal et le chevreuil tombera dans l'amas de feuille. À mon avis, cette perception est fausse. Le lendemain d'un nos soupers où l'on discutait effectivement de ce sujet, l'un de mes copains de chasse nous retrouva au camp sur l'heure du dîner et nous apprend d'un air malheureux qu'il a raté un beau buck de huit pointes. Il nous raconte son histoire. Le chevreuil était à bonne distance, il visa le coup et le chevreuil s'est enfui. Aucune trace de sang après maintes et maintes recherche. Il y a pensé toute la semaine et cette expérience a hanté quelques nuits de mon copain. Un tir au coup est mortel ou bien le chevreuil survit à sa blessure.

Pour que le coup soit fatal, le tir doit sectionner la moelle épinière, la jugulaire ou la carotide. Dans le cas de notre copain. Après vérification, il s'est aperçu que son télescope était désajusté. Le désajustement du télescope n'est pas une chose rare. La carabine est si souvent malmenée en forêt que c'est une chose plutôt habituelle. D'autre part, ce qui bouge le plus chez le chevreuil c'est le cou et la tête. À moins d'être un tireur d'élite, je vous suggère d'éviter le cou. Quant aux archers, oubliez le cou !

  • Les parties vitales :

En ce qui me concerne, les parties vitales sont le coeur et les poumons. Les deux dessins ci-dessous présentent les parties vitales du chevreuil. Certains peuvent croire que le coeur est le meilleur endroit pour une blessure mortelle. Je crois qu'il est préférable d'atteindre les poumons. Un chevreuil visé au coeur continuera plus longtemps sa route puisque le sang continue de se rendre aux poumons et l'oxygène au cerveau.

Le "National Bowhunter Education Manuel" indique que les poumons sont le meilleur endroit et le plus facile à atteindre comme coup fatal. 

Dans l'exemple que je vous ai cité au début d cette chronique. J'avais atteint le chevreuil dans la partie inférieure du poumon. Les résidus de sang trouvés au premier endroit étaient composé de sang clair rempli de bulles d'air ce qui signifiait que je l'avais atteint aux poumons. Si j'avais pris conscience de cet élément au moment où j'avais trouvé cet indice, ma confiance aurait dû être décuplée car un chevreuil atteint aux poumons ne souffrira pas trop longtemps et les chances de le retrouver sont excellentes.

Image tirée de la revue "Whitetail Bowhunter" édition spéciale de 1996

Quelques conseils :

Soyez confiant. Quand vous épaulez et tirez, soyez un chasseur confiant. Vous devez être confiant d'atteindre le chevreuil mortellement. Ne perdez jamais cette confiance même après avoir tiré. Un bon tir, c'est d'abord une question de MENTAL surtout quand vient la pression et le stress liés à la vision du buck.

Ne tirez que si vous êtes confiant d'atteindre la cible dans une zone vitale. C'est une question d'éthique. Ne tirez pas sur un chevreuil qui est à une distance trop éloignée de vous. Cette distance est relative à l'arme que vous utilisez et votre habileté. 

Si le chevreuil est en position de face, regarde ou marche vers vous, ils serait préférable d'attendre une meilleure position pour tirer si la distance est trop grande. Tôt ou tard il devra bifurquer de son chemin ou prendre une nouvelle direction. Soyez patient. Votre objectif n'est pas d'atteindre un chevreuil mais de l'atteindre mortellement. Si vous visez un chevreuil qui se présente de front, visez le poitrail pour atteindre les parties vitales.

 

En position trois-quart, pour viser la cage thoracique et atteindre les parties vitales, vous devez viser l'épaule opposée.

2- Comment retrouver ce chevreuil ?

La confiance est encore ici un élément fondamental. Ne perdez pas confiance facilement. 

Lorsque vous avez tiré, attendez au moins un bon vingt minutes avant de descendre de votre mirador et d'aller traquer l'animal. Le stress est à son paroxysme et ils vous est difficile de patienter. Vous savez que vos copains ont sûrement attendu que vous avez tiré et vous supposez qu'ils sont tous aussi impatients que vous d'attendre le dénouement. Cette pression peut sembler intenable mais résistez. Si vous traquez l'animal trop vite, vous risquez de lui donner l'adrénaline nécessaire pour poursuivre sa fuite. Pendant ce temps d'attente, donnez vous des points de repère. À quel endroit était le chevreuil lorsque vous avez tiré ? A-t-il pris la fuite dans la direction où il se dirigeait lorsque vous avez tiré où il a fait demi-tour ? S'il a poursuivi sa route, c'est un bon signe que vous l'avez atteint. Remémorez vous l'endroit où vous l'avez vu la dernière fois. Donnez vous un point de repère, une roche, un arbre particulier, un repère que vous pourrez plus facilement retrouver dans le bois une fois que vous serez à sa recherche. Dans sa fuite, quel était son tracé ? Poursuivait-il sa route à toute allure et semblait-il bifurquer de droite à gauche en titubant ?  

Une fois descendu de votre mirador, allez directement à l'endroit où vous l'avez aperçu lors de votre tir. Recherchez les indices. Y a-t-il des traces de sang ou du poil ? Dès cet instant, attachez à hauteur de votre regard un ruban de couleur pour marquer les endroits où vous avez découvert un indice. Remarquez s'il y a des résidus à l'endroit où l'animal a été touché. Le sang est-il de couleur clair, vous l'avez atteint probablement au coeur ou aux poumons. S'il est de couleur clair et rempli de bulles d'air, vous l'avez atteint probablement aux poumons. Si vous l'avez atteint au foie, le sang sera de couleur plus foncé. Attendez-vous pas à retrouver beaucoup de sang. Examinez non seulement le sol mais également les branches aux alentours. Cela pourra également vous aider pour déterminer l'endroit où vous avez atteint l'animal. Faites-vous une ligne imaginaire entre votre mirador et l'endroit où le chevreuil a été atteint et observez les indices. 

Lorsque vous poursuivez la recherche des indices, regardez les traces de sang sur les feuilles au sol et les branches. Marquez régulièrement avec un ruban les indices retrouvés. Ils peuvent vous aider lorsque vous ne retrouvez pas la piste. Imaginez alors une ligne imaginaire de poursuite. Si vous ne retrouvez pas de sang, arrêtez vous et regardez attentivement ce qui pourrait être le sentier de fuite du chevreuil. Voyez vous des pistes ou des traces ? Poursuivez cette piste et vous pourrez peut-être y redécouvrir des indices. Dans l'exemple que je vous ai cité au début de cette chronique, lorsque j'ai tiré mon deuxième coup, le chevreuil a probablement pompé énormément de sang à son coeur et fait un bond important. C'est à cet endroit que j'ai perdu les traces de sang. Nous l'avons retrouvé en poursuivant tout simplement les pistes de chevreuils dans les feuilles. Je vous rappelle que l'hémorragie interne est fatale mais ne laisse que peu de traces de sang. Soyez donc patient et persévérant.  Recherchez des gouttelettes infimes. Évitez de marcher dans les traces du chevreuil. Vous pourriez alors retourner des feuilles marquées d'indices importants. N'hésitez pas à demander de l'aide. Vos coéquipiers devraient vous aider. C'est une question d'éthique et de respect envers vous même et le chevreuil.

La recherche peut prendre des heures, alors soyez confiant et persévérant. Ne cédez pas à la panique. Vous avez fait le guet pendant de longues heures. Vous vous êtes préparé pour cette chasse depuis des semaines. Alors, relevez ce défi de trouver cet animal blessé. Cela fait partie de la chasse !

Je vous invite également à tirer avantage d'un conducteur de chien de sang pour trouver votre gibier lorsque vous avez tout tenté.

Association des Conducteurs de Chiens de Sang du Québec

 

UN CHIEN DE SANG C'EST...

...un chien éduqué pour pister les gros gibiers blessés. Il est spécialisé pour suivre la piste d'un gibier dégageant une odeur de blessure, qu'il y ait du sang ou non.

Bon tir et bonne recherche !

Pierre Chabot

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Références : Deux bons articles que je vous conseille :

Principes & stratégies de l'après-coup, Québec Archer, chasse et pêche, par André Veilleux,  Hiver 1998.

The only shot to take, Whitetail Bowhunter, par M.R. James, Editor/Founder, hiver 1996.

POUR CONSULTER LES AUTRES ARTICLES DE PIERRE CHABOT >>

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