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Comment récolter « proprement » votre chevreuil.

Pas de deuxième chance pour les blessés !

Plusieurs études ont montré que moins de 5% des animaux récoltés à la chasse présentent de vielles blessures. On peut donc postuler que la plupart des animaux blessés, même assez légèrement, succombent rapidement. À la vue de ces chiffres, on comprend pourquoi il est ESSENTIEL pour tous ceux qui décident une fois par année de troquer l’appareil photo pour une carabine, un fusil, un arc ou une arbalète, de s’assurer de l’efficacité optimale de leur tir. Minimiser les chances de blessure et assurer une mort quasi-instantanée à l’animal chassé devrait être l’obsession de tout chasseur qui se respecte. Il n’y a pas grand chose de plus déprimant que d’entendre un « chasseur » se vanter d’avoir essayer un tir sur un animal mal placé, trop loin ou à la course …. Pour s’assurer d’un tir mortel à tout coup, il faut évidemment connaître parfaitement son arme et en avoir pratiqué le maniement de longues heures. Il faut aussi savoir exactement où viser et aussi connaître les conséquences de ce choix.

Où viser pour faire une récolte efficace

Un peu de physiologie 

Le sang circule dans les artères, du cœur vers les poumons puis vers le reste du corps. Ce sang est alors très oxygéné et pâle et il est poussé avec force dans les artères par la pompe cardiaque. La rupture d’une artère produit donc un jet de sang rouge pâle sous pression avec des bulles d’air si l’hémorragie origine d’un poumon. Après avoir traversé les différents organes pour y déposer de l’oxygène et ramassé les « déchets », le sang devient beaucoup plus foncé et il retourne lentement au cœur par les veines. Même dans les grosses veines, la pression sanguine est assez faible. La rupture d’une veine entraîne donc un saignement foncé beaucoup moins important que la rupture d’une artère de même dimension.

Pour mourir, l’animal doit perdre rapidement environ un tiers de son volume sanguin. Chez un ruminant comme le chevreuil, le volume sanguin total équivaut à près de 7% du poids vif. Par exemple, un chevreuil de 100 kg a environ 7 litres de sang « dans le corps ». Chez cet animal, la perte rapide de 2,3 litres de sang entraînera donc une mort très rapide.

Les zones vitales et les autres

Si elles sont atteintes par un projectile, toutes les zones identifiées sur ces images entraîneront la mort. Une blessure à la moelle épinière (en jaune) paralysera instantanément l’animal, mais celui-ci devra en plus recevoir un coup de grâce immédiatement.

 

Normalement, une balle ou une flèche qui atteint le bas des poumons sectionnera plusieurs grosses artères et à cause de l’importante pression sanguine dans celles-ci, au moins deux litres de sang très clair et plein de bulles se retrouveront presque instantanément dans la cage thoracique. Cette hémorragie interne massive entraînera en quelques secondes le coma et la mort par manque de sang au cerveau. Une blessure au devant du cou qui sectionnerait les grosses artères qui irriguent le cerveau (carotides) aurait le même effet, mais dans ce cas, l’hémorragie serait surtout externe et on observerait pas de bulles. Une blessure au cœur sera aussi fatale, mais dans ce cas, l’hémorragie ne serait pas aussi rapide et l’animal aurait sans doute le temps de courir quelques dizaines ou centaines de mètres avant de s’écrouler. Finalement, un tir directement au cerveau entraînera une mort instantanée, mais sans hémorragie : la qualité de la venaison pourrait en souffrir parce que la saignée sera alors insuffisante. En outre, le cerveau est une cible TRÈS petite et les risques de blesser l’animal sont assez élevés (nez, oreilles …).

TOUTES les autres parties (en rouge sur les images) de l’animal devraient être évitées à tout prix sinon l’animal ira mourir au loin après beaucoup de stress et de souffrances. Il ne sera souvent  jamais retrouvé et  servira de festin aux coyotes du coin ! Le sang s’écoulant de ces mauvaises blessures est généralement veineux, donc foncé, et l’hémorragie est beaucoup plus lente surtout si l’animal est très excité (les vaisseaux sanguins sont contractés). Avec ce genre de blessure, il est fortement recommandé de ne pas poursuivre l’animal blessé à moins d’être certain de pouvoir l’achever rapidement. S’il est laissé tranquille, il devrait se coucher assez vite et se « détendre » un peu, ce qui entraînera une dilatation des vaisseaux sanguins (vasodilatation), une reprise ou une augmentation de l’hémorragie et la mort. Par exemple, une blessure au foie produira du sang presque noir, et si elle est assez importante, elle devrait tuer l’animal en 15 à 30 minutes. Par contre, si  le rumen ou les intestins sont perforés, l’hémorragie sera mineure et rapidement contrôlée à moins qu’un rein ou la rate n’ai été atteints en même temps. Quand les compartiments gastriques sont perforés, il est fréquent que l’on retrouve du contenu intestinal mêlé au sang. L’animal meurt alors de péritonite aiguë plusieurs heures plus tard. Finalement, une blessure à l’épaule, conséquence d’une mauvaise évaluation de la distance ou d’un manque de précision du tir, n’empêchera généralement pas l’animal de courir sur une longue distance, même sur trois pattes et il y a des fortes chances qu’il ne soit plus localisable par la suite.

En résumé :  

  1. Soyez complètement à l’aise avec l’arme utilisée (manipulation, portée, précision …)
  2. Ne JAMAIS «  tenter votre chance » avec  un tir. Laissez passer l’animal si vous n’êtes pas absolument certain de l’atteindre mortellement du premier coup.
  3. Visez la moitié inférieure de la cage thoracique afin d’atteindre les poumons et/ou le cœur. Si la moelle épinière est atteinte, portez le coup de grâce à la tête le plus rapidement possible.
  4. Ne vous fiez pas seulement à la quantité de sang retrouvée, mais plutôt à son aspect (couleur, bulles …). Une blessure superficielle sur un animal qui s’est couché peut paraître beaucoup plus grave, au premier abord, qu’elle ne l’est vraiment. Au contraire, une grosse hémorragie interne peut passer presque inaperçue jusqu’à ce que vous retrouviez l’animal mort quelques mètres plus loin !
  5. Ne poursuivez pas immédiatement un animal qui souffre d’une hémorragie veineuse ou qui semble être encore capable de fuir, laissez-le tranquille un certain temps.
Une fois le chevreuil retrouvé 

Une fois retrouvé, l’animal doit être approché avec prudence :  

1-      Vérifiez que l’animal est bien mort avec une approche lente, par derrière et du côté du       dos pour éviter les éventuels coups de pattes. Ne pas tirer sur les bois, mais plutôt vérifier si l’animal respire puis le toucher pour s’assurer qu’il n’a plus de réaction. Au besoin, donner le coup de grâce à la tête immédiatement. NE JAMAIS trancher la gorge d’un animal pour l’achever ; c’est une technique inefficace et surtout inhumaine. Il est inutile de vouloir saigner l’animal. Normalement un coup porté aux poumons a déjà fait le travail.

2-      Déchargez votre arme dès que vous êtes certain de ne plus en avoir besoin.

3-      Apposez votre permis immédiatement, c’est la loi !

4-      Éviscérez (videz) l’animal le plus vite possible : plus il fait chaud et/ou plus la recherche de l’animal a été longue, plus le temps presse. Dans le passé, près de 50% des chevreuils n’étaient pas vidés assez rapidement et/ou adéquatement, ce qui se traduisait par une perte moyenne de 25 à 50% de la venaison (Warner 1977). J’ose espérer que l’époque où on faisait le tour du village durant 2 jours avec un chevreuil mal vidé sur le capot chaud d’un véhicule est complètement révolue !!!

Une fois l’animal vidé et transporté au camp, pendez-le par les pattes arrières dans un endroit frais et bien ventilé pour permettre aux muscles des cuisses de se vider complètement et à la carcasse de refroidir le plus rapidement possible. Au besoin, placez un rondin dans la cage thoracique pour bien l’ouvrir. Il est important, si vous tenez à une viande de qualité, de laisser « vieillir » votre animal assez longtemps (plus ou moins deux semaines selon le poids), dans un endroit sec et très frais avant de faire boucherie.

Sur ce, bonne chasse et bonne bouffe.  

Denis Harvey, médecin vétérinaire
Octobre 2004


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