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L'adaptation du cerf de Virginie à nos hivers

La digestion chez le chevreuil :

Les chevreuils sont d’abord des brouteurs, mais ils peuvent rapidement s’adapter à d’autres types  de régime alimentaire. Ruminants comme les bovins, ils possèdent quatre compartiments gastriques distincts. Quand ils se nourrissent, ils avalent rapidement sans les mastiquer les aliments disponibles qui s’accumulent alors dans le rumen (deuxième compartiment gastrique), sorte de grosse cuve à fermentation. Ils vont ensuite se mettre à l’abri afin de régurgiter, grâce à leur réseau (premier compartiment gastrique) qui sert de « pompe à régurgitation », ces aliments qu’ils mastiquent longuement avant de les réavaler. : c’est la la rumination. Par la suite, les aliments séjournent de nouveau dans le rumen et sont en partie fermentés par les protozoaires et les bactéries qui s’y trouvent. Cette fermentation produit une certaine quantité de chaleur qui permet, entre autres, au chevreuil de combler en partie ses besoins énergétiques durant les journées froides d’hiver. Après un certain temps, ce mélange d’aliments fermentés et de bactéries transite à travers le feuillet (troisième compartiment gastrique) où une partie de l’eau est réabsorbée. Les aliments aboutissent ensuite dans la caillette (quatrième compartiment gastrique et véritable estomac) puis dans les intestins pour y être digérés et absorbés. La digestion des ruminants est très efficace et généralement moins de 5% des aliments ingérés se retrouvent dans le fumier.

Les mâles adultes qui ont réussi à passer à travers l’hiver engraissent rapidement durant le printemps et l’été. Cependant, pendant le rût à l’automne, ils peuvent perdre jusqu’à 25% de leur poids, ce qui hypothèque leurs chances de survie durant les hivers particulièrement rigoureux ! Les biches qui allaitent mangent beaucoup durant l’été, mais elle doivent patienter jusqu’à l’automne et au sevrage des faons pour refaire leurs réserves de graisse en prévision de l’hiver et de la prochaine gestation. Cette frange de la population est donc particulièrement sensible à la qualité de l’environnement à l’automne.

Adaptation à l’hiver :

Adaptations physiologiques :

Sous nos latitudes, les chevreuils ont toujours beaucoup de difficulté à combler leurs besoins protéiques et surtout énergétiques durant l’hiver. Malgré une fourrure dix fois plus épaisse que pendant l’été, dès que la température extérieur baisse sous -5 à –10 degrés Celsius, les chevreuils brûlent plus de calories qu’ils n’en obtiennent de leur alimentation. Ils maigrissent alors rapidement. Plus ils sont petits, plus ils souffriront du froid, car les animaux plus massifs ont un meilleur rapport « masse musculaire-surface corporelle » et perdent donc moins de chaleur par unité de surface corporelle. Par exemple, un chevreuil pesant moins de 40 kg aura beaucoup de difficulté à survivre à un hiver le moindrement froid et long. La sélection de lignées plus massives est donc favorisée dans le nord de l’aire de distribution du cerf de Virginie. Durant un hiver normal, les chevreuils peuvent perdre facilement jusqu’à 25% de leur poids sans conséquence notable pour leur santé. Par contre, s’ils perdent plus de 40% de leur masse corporelle, rien ne pourra les sauver et ils mourront avant le retour du printemps. Pour s’adapter aux grands froids, les chevreuil réduisent leur activité physique d’au moins 50% et leur prise alimentaire de plus de 30%. Ils deviennent alors beaucoup plus sédentaires et entrent dans un état de semi hibernation afin de diminuer au maximum leurs besoins énergétiques. Durant ces périodes de disette, la flore normale du rumen (bactéries et protozoaires) peut avoir de la difficulté à s’adapter rapidement à un nourrissage d’urgence et souvent les animaux les plus faibles mourront de faim avec le rumen plein d’aliments non digérés ! Durant les hivers les plus difficiles la malnutrition et le froid commencent à tuer les faons en février tandis que les plus gros peuvent résister quelques semaines de plus.

Le ravage :

C’est surtout le retour des journées froides et non les premières chutes de neige qui déclenche les migrations vers les ravages d’hiver. Même si la qualité ou la quantité de nourriture disponible n’a pas une influence primordiale sur ces migrations saisonnières, il semble que plus l’environnement est hostile, plus le départ vers le ravage se fera tôt et plus les chevreuils diminueront rapidement leur métabolisme de base. Les animaux réussissent ainsi à se mettre à l’abri du vent froid, mais aussi des accumulations de neige trop importantes qui empêchent les plus petits de se nourrir convenablement. Dès que la couche de neige au sol dépasse 70 % de la hauteur de leurs pattes, les chevreuils commencent à avoir de la difficulté à se déplacer. Les plus petits ont alors besoin de « l’aide » des plus hauts sur pattes pour ouvrir le chemin. Grâce au réseau de sentiers du ravage, les déplacement rapides sont beaucoup plus faciles ce qui permet, entre autres, aux chevreuils de fuir les prédateurs. Quand les conditions deviennent vraiment très difficiles, même les gros mâles abandonnent leur refuge pour se joindre au groupe dans le ravage. Plus le couvert de neige s’épaissit, plus la surface du ravage diminue ce qui entraîne un baisse importante des réserves alimentaire disponibles pour le groupe. Il faut noter que le cèdre blanc, s’il est disponible en quantité importante (1,5 à 3 kg par jour et par chevreuil), est le seul aliment suffisamment riche pour combler les besoins énergétiques des chevreuils durant l’hiver. Malheureusement, les animaux doivent souvent se rabattre sur des espèces de moindre qualité comme la pruche ou même le sapin.

Le vrai tueur = les hivers qui ne finissent pas !

Même si le froid et l’épaisseur de la neige peuvent mettre à rude épreuve une population de chevreuils, le danger le plus grand auquel ils devront faire face est le retour trop tardif du printemps, surtout si l’hiver a commencé tôt. En effet, comme on l’a dit, les chevreuils réussissent assez bien à supporter le froid et la famine pendant quelques mois grâce surtout à l’état de semi-hibernation dans lequel ils se trouvent en hiver. Vers la mi-mars, lorsque les journées allongent et que la température se réchauffe, ils sortent de cet état de torpeur et leur besoins énergétique montent alors en flèche. Les jeunes reprennent leur croissance et les fœtus des biches gestantes entrent en phase de développement rapide. Les besoins en protéines et en énergie des animaux amaigris et affaiblis par plusieurs mois de disette devient alors énorme. Une dernière tempête de neige peut alors faire des ravages importants dans toutes les franges de la population, mais ce sont surtout les jeunes qui succombent en nombre important.

Conclusions :

Les chevreuils ont survécu à des milliers d’hivers et se sont adaptés tant du point de vue physique que comportemental au froid et à la neige de nos hivers nordiques. Pourvu que le cheptel soit en santé et en équilibre avec l’écosystème dans lequel il évolue, il devrait réussir à passer à travers encore bien d’autres tempêtes de neige !!!

Références choisies :

Widlife ecology. W.H. Freeman. 1973.

White-tailed deer ecology and management. Lowell K. Halls. A wildlife management institute book. 1984.

Whitetail intrigue. John Ozoga. Edited by Patrick Durkin. Krause publication
 

Denis Harvey, médecin vétérinaire
2004


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