Les chroniques d'Étienne Lemieux

Bonjour à tous

Je suis heureux de mettre la main à la pâte pour le site Chevreuil.net. Je suis étudiant en environnement et aménagement forestier à l’Université Laval afin de devenir Ingénieur Forestier. Je suis un chasseur, passionné pour la faune et la flore depuis mon enfance. Vous le découvrirez, je suis un fervent amateur de l’aménagement faunique et vous comprendrez pourquoi, j’en suis convaincu ! Je vais tâcher de vous renseigner sur le milieu forestier en lien avec le chevreuil.  Vous trouverez prochainement des renseignements portant sur la foresterie mais aussi des conseils pour acheter et aménager un territoire forestier propice aux gros gibiers.

 

Étienne Lemieux

Quattre articles produits par Étienne Lemieux :

1- L'aménagement du gros gibier.

2- L'évaluation d’un lot forestier

3- L'aménagement intensif de l’habitat du cerf de Virginie

4-L’aménagement du gros gibier

Introduction :

Nombreux sont les chasseurs qui rêvent d’avoir beaucoup de gibiers sur leur terre et de le garder chez eux. Ces gens dépensent de fortes sommes en appâts et leurres tandis que leurs succès sont souvent sporadiques. Ces personnes oublient l’élément essentiel, l’habitat du gibier. Sachez-le, il est possible de rendre ces rencontres avec le chevreuil beaucoup plus fréquentes, soit en aménageant son milieu de vie, la forêt!

Coupes forestières et aménagement faunique :

Avez-vous déjà remarquez des orignaux ou des cerfs de Virginie en bordure des coupes forestières? Il n’en serait pas surprenant car les coupes forestières bien effectuées permettent au gros gibier de trouver de la nourriture en grande quantité car la régénération y est abondante. Par exemple, une coupe totale bien régénérée fournit facilement de 10 à 20 fois plus de nourriture qu’un peuplement mature. D’autres études donnent des chiffres encore plus haut! C’est pourquoi le gibier se concentre particulièrement dans ces zones. La nature est très généreuse dans la production de graines et c’est pourquoi la régénération est aussi abondante. Évidement, avec le temps, la sélection naturelle supprime les tiges de faible vigueur pour former un peuplement mature. La coupe forestière est le moyen le plus facile pour l’homme de créer une source de nourriture abondante et ce, sur plusieurs années. Il est donc très facile de comprendre que le gibier recherche des endroits où il trouvera beaucoup de nourriture à proximité d’un abri.

Aménagement forestier :

L’aménagement forestier est un outil incontournable afin d’améliorer la qualité de vos peuplements, assurer une belle régénération en espèces désirées, réduire l’impact des maladies et insectes ravageurs, limiter l’impact du chablis sur les peuplements surannés et finalement, augmenter la quantité du gros gibier de votre territoire.  De plus, vous aller rentabiliser votre lot avec les profits de la  coupe du bois. Via les agences de mises en valeur des forêts privées (organisme du Ministère des ressources naturelles faune et parcs du Québec (MRNFP)) vous élabore gratuitement un plan d’aménagement prescrit par un ingénieur forestier, vous donnent des subventions pour les traitements sylvicoles.  Ils peuvent même vous trouver des contractants pour faire vos travaux si vous n’êtes pas un habile bûcheron!

Concept d’habitat :

Le chevreuil n’est pas différent des autres animaux, ils passent la majeure partie de leur vie à se nourrir et à se reposer. C’est donc pourquoi il faut favoriser un habitat répondant très bien à leurs activités. On peut diviser les aires d’habitat pour le cerf en deux parties, les aires d’abris et les aires de nourriture. Comme vous le savez probablement tous, la régénération dans des peuplements matures est peu abondante et la seule nourriture se retrouve dans les cimes, hors d’atteinte du chevreuil. La quantité de soleil au sol contrôle la régénération qui est la nourriture pour le gibier et c’est pourquoi l’ouverture du couvert amène la régénération.

Nourriture privilégiée :

La nourriture habituelle du chevreuil est diverse mais principalement de jeunes branches et rameaux d’arbres et d’arbustes.  Il adore aussi les plantes herbacées et ligneuses, glands de chêne ou faines de hêtre américain. Pourquoi le gibier préfère les jeunes rameaux, très simple. Les jeunes rameaux sont tendres et renferment une quantité impressionnante de substances nutritives comparativement aux rameaux plus vieux.  Les essences arborées les plus populaires pour le chevreuil sont l’érable rouge, l’érable de Pennsylvanie, l’érable à sucre, le bouleau jaune, le bouleau blanc et le peuplier. En hiver, le sapin et le cèdre sont favorisés.  Cependant, ils ne raffolent pas de l’épinette ni du mélèze, c’est à tenir compte lors de l’aménagement forestier!

La forme des coupes et superficie:

Pour la même superficie, une coupe de forme irrégulière amène un plus grand périmètre qui accentue la zone de transition, zone de la coupe la plus utilisé par le gibier selon plusieurs études. L’intensité du broutage dans la zone de bordure se situe entre 5 à 10 fois plus élevée. Pour ce qui est de la superficie, elle en doit pas être trop grande dans le cas des coupes totales. Les animaux doivent lutter pour leur survie et étant craintifs de nature, ils s’exposent donc très rarement à des endroits dénudés de végétation sur une longue distance pour éviter que ces prédateurs ne les repèrent.  Une coupe totale de 1 hectare (100m *100 m)  peut-être une surface maximale adéquate chez le cerf. Avec un effet de forme, le gibier se sentira beaucoup plus en sécurité. Des études sur l’orignal démontre que son habitat idéal consiste 30% de source d’abri à 70% du territoire en source de nourriture. Attention, une coupe partielle (Éclaircie, jardinage) constitue selon ce calcul une aire de nourriture. De plus, une étude sur le chevreuil confirmerait ces chiffres mais en augmentant les coupes partielles et les coupes totales doivent être de plus faible dimension, soit 1 hectare maximum.

Effet de bordure

Procédures :

  1. L’idée première est de sélectionner des peuplements d’abris (peuplements jeunes et denses où le gibier se réfugie) tel une cédrière, aulnaie ou sapinière. On retrouve souvent ces habitats près des secteurs humides. Dans ces endroits, le gibier se sent en sécurité à toute heure du jour car il peut détecter ses prédateurs facilement par son ouie si développée.

 

  1. Autour des ces aires d’abris, il s’agit de créer des aires de nourritures. La coupe forestière et le moyen le plus facile d’apporter cette nourriture. En ouvrant le couvert arboré, le soleil va frapper le sol et permettre une abondante régénération. Les essences se régénèrent avec la quantité de soleil au sol, ce concept s’appelle la tolérance à l’ombre. C’est un concept important et très connu par les forestiers.  Dépendamment de la croissance, vous pouvez être assurés d’avoir de la nourriture pour 10 à 15 ans et ce, sans effort.

 

  1. Ainsi, de multitudes de peuplements d’abris entourés de coupes forestières amène un territoire hétérogène et morcelé qui constitue l’habitat idéal pour le gros gibier. Le gibier trouvera nourriture et abri en grande quantité et ce,  à proximité. Ce type de gestion favorise les zones de transitions et  zones de bordures, où le gibier aime circuler.

Types de coupes :

Une multitude de type de coupes existent et le type de coupes est déterminé essentiellement par la nature, la santé de vos peuplements et vos objectifs soit l’augmentation faunique. Dans le cas des coupes totales, les superficies doivent être petites pour assurer une utilisation totale des aires de coupe. Une forme irrégulière est à privilégier afin d’augmenter la zone de transition et créer un sentiment de sécurité chez le gibier. Les coupes partielles s’avèrent aussi un bon choix dans les forêts à structure d’âge non uniforme (innéquienne) ou afin d’éclaircir le couvert dense du même âge (équienne). Rappelez-vous que les types de coupes ne sont pas toujours faciles à déterminer, un ingénieur forestier des agences de mises en valeur des forêts privées vous aidera!

Voici quelques exemples de coupes appropriés à nos objectifs

Peuplement

Traitement

Cédrière non mature

Aucun, zone d’abri

Sapinière à sapins mature

Petite coupe totale de forme irrégulière, coupe totale par bande, coupe totale en damier

Érablière à bouleaux jaunes mature

Coupe de Jardinage

Cas des terres privées :

Ce n’est pas parce que votre terre est petite qu’il ne faut pas procéder à des coupes. L’idéal, c’est de faire touts les traitements possibles pour chacun de vos peuplements afin d’assurer grande une croissance et une bonne vigueur. Ne vous détrompez pas, garder un arbre mature sur pied assure une faible croissance, est susceptibles aux maladies et insectes, et risque de mourir dans les 15 prochaines années. Voici un exemple d’un bon aménagement forestier sur une terre privé de 100 acres ( environ 35 hectares).

Peuplements :

Peuplement Superficie Densité Traitement Description
Érablière à bouleaux jaunes mature innéquienne 10 hectares Normale Coupe de jardinage (coupe partielle de 30%) Récolte des vieilles tiges et des tiges malades
Tremblaie à sapins matures (70 ans), régénération en érables à sucres 5 hectares Élevée Coupe de succession (coupe partielle (% Variable)) Récolte des peupliers faux-trembles, laisse la régénération en érables à sucres
Sapinière à bouleaux blancs mature (70 ans) 5 hectares Normale 8 Coupe totale  de 0.5 hectares de formes irrégulières (100%) Effet de forme, zone de transition
Cédrière non mature (30 ans) 2 * 2.5 hectares Normale Aucun traitement Zone d’abri conservé
Sapinière à sapins de 18 ans 2  * 2.5 hectares Normale Aucun traitement Zone d’abri conservé
Pinède blanche pure (110 ans) 2 hectares Élevée Coupe progressive d’ensemencement Coupe des gros pins blancs (70%), 10 ans plus tard, coupe finale des pins
Pessière rouge  à pruches (30 ans) 3 hectares Élevée Éclaircie commerciale Récolte de la pruche, laisse l’épinette rouge sur pied

Calcul :

Aire de nourriture / Aire totale = 71% (Coupe totale = 14% et Coupe partielle =57%)

Aire d’abri / Aire totale = 29%

Conclusion :

En créant ce type d’aménagement, il est certain que le gibier des environs appréciera ce nouveau garde-manger bien rempli surtout si les territoires adjacents sont mal aménagés. Vous pouvez être assuré que ce type d’aménagement va augmenter relativement la quantité de chevreuil. Établir un bon habitat couplé à une bonne gestion du cheptel, c’est sans aucun doute la clé du succès pour augmenter et assurer le maintient d’un cheptel de chevreuils. Désolé mais votre saline et vos pommes ne sont pas de taille devant un bon aménagement faunique!

 Exemple d’un territoire bien aménager pour la faune :

Exemple d’un cerf dans la zone de bordure d’une coupe par bande de 5 ans, régénération abondante, excellente source de nourriture

 

Références et liens:

Fondation de la faune

http://www.fondationdelafaune.qc.ca/html/Fpublications.html

http://www.fondationdelafaune.qc.ca/html/GuidesTech.html

Agences régionale de mise en valeur des forêts privées

http://www.mrn.gouv.qc.ca/forets/privees/privees-agences.jsp

FAPAQ

http://www.fapaq.gouv.qc.ca/fr/Documentation/documentation.htm

Caractéristiques des peuplements forestiers recherchés par le cerf de Virginie en hiver à la

limite nord de son aire de répartition Dumont, Ouellet, Crête, Huot 1998

Étienne Lemieux

8 avril 2004 


 

L'évaluation d’un lot forestier

Introduction :

Pour un chasseur, être le propriétaire d’une terre privée est un avantage considérable surtout lorsque sa superficie est importante. Vous avez le contrôle sur la pression de chasse, sur l’aménagement faunique et forestier de votre lot. L’achat d’une terre privée est un événement important puisqu’il demande un investissement monétaire considérable. Une personne voulant acheter un lot à bois se posera assurément une question : Combien cela vaut-il ? La question est complexe et je vais tenter de vous guidez dans l’estimation de la valeur du territoire afin de ne pas vous laisser avoir par l’actuelle flambée des prix des lots boisés. Cependant, l’évaluation de la valeur monétaire est complexe et demande certains efforts de votre part.

Prémisse:

La valeur d’un lot peut provenir de diverses sources :

1- La superficie

2- Valeur du fond de terrain

3- Valeur faunique

4- Valeur du bois sur pied

Je suis de l’avis qu’il faut toujours en avoir pour son argent. Dans cette optique, j’estime que l’on ne doit pas payer plus que la valeur du lot une fois exploité et l’impôt déduite. Par exemple, si j’investi 1000$, je m’attends à recevoir 1000$ une fois l’impôt déduit par la vente du fond de lot et la valeur de la ressource forestière.

Développement :

1.    La valeur d’une terre varie, bien évidemment, selon la superficie. Généralement, on calcule le prix à l’hectare. Sur les contrats de ventes, les superficies sont estimées et elles comportent souvent des erreurs. Avec la technologie actuelle, la superficie peut être calculée facilement avec un petit GPS de type Garmin de moins de 300$ avec une très bonne précision. Ce petit investissement vous assure de la superficie réelle du lot en question.

2.    La valeur du fond de terrain est variable selon les régions. Elle est moins chère en région éloignée et plus chère à proximité des grands centres. Par exemple, un fond de lot  des 100 acres (33hectares) sans bois peut se vendre 35,000$ en Estrie par exemple, tandis qu’un lot totalement boisé mature en Abitibi peut se vendre le même prix. Une de ces raisons est l’offre et la demande amis aussi, la productivité plus élevé dans le sud du Québec. Il faut cependant ne pas se laisser avoir par la flambée des prix. Un lot déboisé (fond de lot) à prix raisonnable se situerais plus autour de 200$ par acre ou 500$ par hectare en moyenne.

3.    La valeur faunique est le prix que vous êtes prêt à dépenser seulement pour la présence du gibier sur ce lot. Par exemple, un lot à Matane ne vaut pas le même prix que celui au Lac st-Jean même si la composition arborescente est semblable. Ceci est dû à la demande élevée d’achat dans cette région réputé pour la quantité et qualité du cheptel d’orignaux.

4.    La valeur du bois sur pied est la plus importante et la plus difficile à évaluer par un novice. Pour évaluer la valeur de ce bois, vous devrez fournir des efforts afin de s’assurer de la juste valeur du bois ou vous référez à un professionnel d’une entreprise privée de votre région.

  

Méthodologie d’évaluation de la valeur du bois

                       

4.1. Premièrement, vous devez identifier et séparer les différents types de peuplements présents sur le lot. On entend par peuplement l’ensemble des arbres ayant une uniformité jugée suffisante, quant à sa composition floristique, sa structure, son âge, ses caractéristiques biophysiques pour se distinguer des peuplements voisins, et pouvant ainsi former une unité élémentaire sylvicole ou d’aménagement. Par exemple, « ErBj B2 90 » signifie une Érablière à bouleau jaune de densité de classe « 40% à 60% de recouvrement de cime», de hauteur « 2 », soit de 18 à 21 mètres et l’âge du peuplement de 90 ans. On sait donc qu’on a une érablière à bouleau jaune mature de bonne densité et hauteur et que sa valeur est probablement élevée. Vous pouvez vous procurer les cartes écoforestières de votre lot où les peuplements sont identifiés auprès du Ministère des ressources naturelles faune et parcs1 pour un vingtaine de dollars.

 

4.2.Détermination du volume de bois

À partir de la carte écoforestière, on peut déjà avoir une idée du volume s’il n’y a pas eu de récolte depuis la fabrication de la carte. Par exemple, vous pouvez vous faire une idée du volume par exemple d’une sapinière à sapin de densité « A » soit 81-100%, de hauteur « 2 » soit de 18 à 21 mètres de hauteur et de 60 ans d’âge. Évidemment, ce cas démontre un bon volume qui  peut varier de 175 à 250 m3/ha. Déjà, un ordre de grandeur est établi. Sachez qu’un peuplement de 200 m3/ha constitue un volume supérieur à la moyenne québécoise. Mais pour être plus précis, un inventaire d’exploitation doit être fait.

Déterminer le volume par essence de votre terre est plus complexe. Normalement, les groupements forestiers effectuent ces inventaires une fois que vous possédez votre terre et que vous être reconnu producteur forestier puisque vous bénéficiez d’aide financière du gouvernement. Cependant, vous pouvez toujours demander un inventaire d’exploitation d’un lot à vos frais à une société d’aménagement forestière. Cependant, je vais vous donner une méthode grossière mais simple afin de se donner une idée du volume sur pied.

  

Méthodologie de l’inventaire d’exploitation

Pour avoir une précision du volume sur pied, on doit effectuer un inventaire. C’est la méthode utilisée par les professionnels pour évaluer le volume. Ici, seulement un inventaire du volume marchand nous intéresse. Étant donné que vous n’êtes pas forestier, l’inventaire le plus facile à faire afin de connaître le volume est de faire des parcelles circulaires de 11,28 mètres de rayon dans laquelle vous ferez le dénombrement du nombre des tiges par essences et classes de diamètre pair. Étant donné que vous voulez que vos placettes soient les plus précises possible, il faut faire les placettes-échantillons dans un endroit représentatif de la moyenne du peuplement. Vous pouvez utiliser une règle afin d’estimer le diamètre de la tige à 2 centimètres de précision. Noter bien qu’il faut estimer le diamètre à hauteur de poitrine, soit à 1,30 mètres de hauteur. Lorsque vous terminer la parcelle, vous additionner la quantité de tige de la même classe de diamètre pour chaque essence. Pour vous faciliter la vie, je vous laisse un chiffrier « excel » qui détermine le volume par essences et par classe de diamètre. Le résultat final, soit le volume solide est exprimé en mètre cube par hectare (m3/ha). Conseil, prenez note de la qualité des arbres!

Par la suite, vous multiplier le volume à l’hectare (m3/ha) par la superficie de vos peuplements en hectare que vous avez déjà évaluez au début. Ceci donne finalement un total en mètre cube de bois.

 

Exemple réaliste

Essence

Volume / ha (m³/ha)

Superficie (ha)

Volume (m3)

Sab

46

35

1610

boj, 2 faces claires

10

35

350

Boj, 2 faces claires

40

35

1400

Ers, 3 faces claires

15

35

525

Tho

45

35

1575

 

 

4.3.            Valeur des arbres

 Chez les résineux :

L’essence constitue le facteur majeur de la variation des prix. Par la suite, la longueur des billes fait varier le prix. Plus les billes qui ont été tronçonnées sont longues, plus le prix au mètre cube est élevé.  La présence de carie et de pourriture à l’intérieur des tiges peut réduire la valeur des billes. La valeur n’est généralement pas influencé par la présence de nœuds sur la bille.

 La valeur se calcule facilement en multipliant le volume de bois par son prix au mètre cube.

 

Chez les feuillus :

L’évaluation du prix des billes de feuillus nobles est beaucoup plus complexe tandis que le prix des billes de feuillus de faibles valeurs qui se vendent pour les copeaux ou pour la pâte calcule au mètre cube ou à la tonne. Premièrement, l’essence constitue le facteur déterminant dans l’évaluation du prix. Les feuillus nobles ont une grande valeur mais le prix des billes chute rapidement avec les défauts tel les nœuds, la coloration, fente, pourriture et rectitude. Les principaux feuillus nobles comprennent : le bouleau jaune, bouleau blanc de bonne qualité, érable à sucre, le chêne, le frêne blanc, l’orme et le tilleul. Les feuillus de faibles valeurs sont généralement le bouleau blanc de mauvaise qualité, le peuplier, l’érable rouge.

Les feuillus de faible valeur sont souvent destinés à la pâte ou aux copeaux. Ils  sont achetés par les compagnies de la même façon que les résineux ou acheté à la tonne.

Les prix des feuillus nobles varie très fortement avec sa qualité. Pour évaluer la qualité d’une bille quant à ses noeuds, on imagine la bille divisée en 4 faces. On associe un prix à la quantité de face « clair de nœuds (sans nœud) ». Par exemple, les billes de bouleaux jaunes d’une longueur de 10 pieds  clair de noeuds vaux 5 fois le prix de la même bille avec 1 face clair de nœuds.

 

 

Tableau réaliste

Prix approximatif par essence

Essence

Exigences

$/m3

Cerisier tardif

8 pieds, 8"+, 4 faces claires

380

Bouleaux blanc et jaune

9 pieds, 14"+ 4 faces claire, bille de pied

371

Érable à sucre

9 pieds, 14"+ 4 faces claire, bille de pied

371

Bouleaux blanc et jaune

9 pieds, 10"+4 faces claires

200

Érable à sucre

8 pieds, 8"+3 faces claires

162

Pin blanc

14pieds, 14"+, 1 défaut

124

Pin blanc

12pieds, 14" 3 faces claires

119

Pin blanc

8 pieds, 8"

81

Sapin / épinette

16 pied, 5"+

76

Peuplier faux-tremble

4 faces claires, 14"+

71

Sapin / épinette

8 pieds, 4"+

52

Bouleaux blanc et jaune

8 pieds, 8"+2 faces claires

51

Thuya

10 pieds, 6"+

48

Hêtre

8pieds, 10"+3 faces claires

45

Érable rouge

8pieds, 10"+3 faces claires

45

Peuplier faux-tremble

0 face claires, 8"+

43

Bouleaux blanc et jaune

10"+, 1 face claires

41

Mélèze

12 pieds, 8 pouces

28

Pruche

14 pieds, 8"+

27

Pruche

12 pieds, 8 pouces

23

 

Résultat final de la valeur du bois sur pied

Enfin, vous pouvez ensuite multiplier le nombre de mètre cube de bois que vous avez trouvé par essence par sa valeur au mètre cube afin d’obtenir un total en dollars.

Exemple réaliste

Essence

Volume / ha (m³/ha)

Superficie (ha)

Volume (m3)

Prix ($/M³)

$

Sab

46

35

1610

52

83720

Boj, 4 faces claires

10

35

350

200

70000

Boj, 2 faces claires

40

35

1400

51

71400

Ers, 3 faces claires

15

35

525

162

85050

Tho

45

35

1575

48

75600

Total

156

35

5460

 

385770

 

Notez bien que cette valeur est brute et ce ne sera pas la valeur que vous aurez dans vos poches si vous récoltez tout le bois car une bonne partie est donné à l’entrepreneur forestier qui effectue la coupe de bois.

Pour connaître la valeur nette du bois, il faut déduire les coûts de l’entrepreneur forestier et du transport du bois simulé ici à 120 kilomètres.

Exemple réaliste

Superficie (ha)

35,00

Volume (m³)

5460,00

Total des revenus ($)

385770,00

Coûts

 

Tarif de récolte ($/m³)

37,00

Coût de récolte ($)

202020,00

Tarif du transport routier ($/m³)

14,50

Coût du transport routier ($)

79170,00

Tarif de la construction de chemin d'hiver ($/km)

5000,00

Longeur prévu du chemin (km)

0,50

Coût de la construction de chemin ($)

2500,00

Total des coûts

283690,00

Profit ($)

102080,00

Valeur du bois à l'hectare

2916,57

 

Discussion :

Si nous faisons l’addition des diverses valeurs, nous allons obtenir le prix du lot à l’hectare brut. Il ne faut pas oublier l’imposition des gouvernements simulé à 50% pour obtenir la valeur nette à l’hectare.

 Valeur

Brute

Taux d'imposition (50%)

Nette ($/ha)

Valeur du fond de lot par hectare ($/ha)

500,00

0,5

250,00

Valeur faunique par hectare ($/ha)

0,00

0,5

0,00

Valeur forestière par hectare ($/ha)

2916,57

0,5

1458,29

Total ($/ha)

3416,57

0,5

1708,29

Conclusion :

Dans ce cas, il a été estimé que la valeur du lot se situe à 1708,29$ par hectare net. Malgré qu’il peut exister des variations dues à diverses causes, l’analyse rationnelle demeure la meilleure méthode. En abordant rationnellement l’analyse financière du terrain, vous réduisez énormément le risque d’erreur.

Conseils 1 : Avant l’achat d’une érablière à des fin de récolte de bois, vérifier auprès du vendeur et effectuer un examen visuel des érables à sucres afin de vérifier si elles ont déjà été exploitées pour la sève. Les entailles dans le bois ne tuent pas les érables, mais une coloration chimique incruste le bois sur une longueur de quelques mètres dans la bille de pied et cette dernière perd presque toute sa valeur d’autant plus que la bille de pied est celle qui vaut la plus cher dû au diamètre élevé et l’absence de nœud.

Conseil 2 : Lors de l’achat d’un lot, porter attention au relief. Un lot en bas de pente humide à l’excès aura nécessairement une productivité plus faible et seulement les essence hydrophiles croîtront sur ces sols tels le thuya, le mélèze et l’épinette noire.

Conseil 3 : Vérifier s’il y a présence de champignons, carie (pourriture) et chancres sur les troncs. Ces défauts indiquent une perte de qualité des tiges qui en résultera en une baisse du prix des billes.

1 http://www.mrn.gouv.qc.ca/forets/connaissances/connaissances-inventaire-cartes-liste.jsp

 

Annexe 1

Tableau des codes d’essences. Pour télécharger l'application Excel, cliquez ici !

Code

Nom Officiel

Ancien nom

Sab

Sapin baumier

 

Epb

Épinette blanche

 

Epn

Épinette noire

 

Epr

Épinette rouge

Épinette jaune

Bop

Bouleau blanc

 

Boj

Bouleau jaune

Merisier

Err

Érable rouge

 

Ers

Érable à sucre

 

Tho

thuya occidental

Cèdre

Pig

Pin gris

 

Pib

Pin blanc

 

Pir

Pin rouge

 

Mel

Mélèze

Épinette rouge

Pru

Pruche

 

Chr

Chêne rouge

 

Frn

Frêne noir

 

Fra

Frêne d'amérique

 

Til

Tilleul

 

Pet

Peuplier faux-tremble

 

Peb

Peuplier Baumier

 

Heg

Hêtre américain

 

 Étienne Lemieux

4 novembre 2004

L'aménagement intensif de l’habitat du cerf de Virginie

Cette chronique s’adresse aux chasseurs de cerfs de Virginie sérieux désirant augmenter leur succès quant à la récolte de mâles matures. De plus, cette chronique va dans l’optique du QDM et incite ce type de gestion.

 

Introduction

La chasse aux chevreuils est une activité très prisée par les chasseurs québécois. Il existe de nombreuses techniques et stratégies afin de multiplier ces rencontres avec cet animal. Combiné à une bonne gestion, l’aménagement de l’habitat s’avère un moyen efficace d’augmenter le gibier sur le territoire. Comme nous le savons, les cerfs doivent s’alimenter continuellement pour survivre à l’hiver québécois. L’exploitation forestière amène une quantité impressionnante de nourriture pour le gros gibier. Sur une grande superficie, cette nourriture attirera le gibier sur votre territoire (surtout lorsque vos voisins de lot n’effectuent aucun aménagement pour le cerf) et augmentera la survie des cerfs. Cependant, un chasseur ne peut surveiller l’ensemble de son territoire en même temps. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, bon nombre de chasseurs utilisent un site appâté. Les chasseurs sérieux savent qu’un site appâté de nature « artificiel » tel le bon vieux « tas de pommes » ou « tas de carottes » n’attirent que très rarement les mâles matures qui sont très rusés. En période d’accouplement ou en dehors de celle-ci, les mâles matures conservent une prudence élevée face à ces sites d’appâts conventionnels. C’est pourquoi j’utilise le moins possible cette option. N’oubliez pas que les grands mâles ont atteint le stade de la maturité parce qu’ils ont su reconnaître les sources de dangers. C’est pourquoi, il faut changer d’approche surtout dans les secteurs où la pression de chasse est forte. D’autres types d’aménagements non-conventionnels s’offrent à vous qui sont plus efficaces pour la récolte de mâles mature.

 

Champs nourricier

Premièrement, le champ nourricier, communément appelé « food plot », offre une quantité impressionnante de fourrage pour le cerf. L’attraction du cerf est élevée et à court terme. Le coté négatif de cette tactique est que les coûts sont importants, que le temps à investir est élevé et que le tout est à recommencer après une ou quelques années. Ce sujet a été abondamment traité par des gens qualifiés de ce domaine et ne sera pas revu ici.

 

Type de couvert et essences

Un bon amalgame de couvert de repos et de couvert d’alimentation est un « plus value ». La littérature a souvent démontré que la structure de la forêt est bien plus importante que les essences forestières qui la compose. Comme je l’ai déjà dit dans un article précédent, l’agencement des différents peuplements d’abris et de source de nourriture influence beaucoup plus pour le cerf que les essences présentes. Il demeure tout de même que certaines essences sont plus populaires que d’autres pour le chevreuil. En dehors de l’hiver, les essences les plus populaires au broutage des pousses sont les différentes érables, bouleaux, la viorne et le sorbier.

La gestion des arbres, contrairement aux plantes du milieu agricole, se fait sur une période de temps très grande. Ainsi, lorsqu’on reboise des arbres pour la production de fruits, il faut donc penser à long terme et s’armer de patience. Les avantages de cette technique sont qu’ils nécessites un faible coût et un minimum de temps à y consacrer. De plus, une fois les arbres en production de fruits, la production sera soutenue, année après année, avec un minimum d’effort.

 

Tolérance à l’ombre

La tolérance à l’ombre est un concept très important en aménagement forestier. Chaque essence possède un seuil de tolérance à l’ombre. Autrement dit, chaque essence à un besoin minimum de lumière afin de se régénérer et croître. Sous ce seuil, la mort de l’essence aura lieu. Par exemple, le peuplier faux-tremble et le bouleau blanc sont des essences intolérante à l’ombre. Elle nécessite donc des condition de plein ensoleillement et c’est pourquoi on retrouve souvent ces essences dans les coupes totales. L’érable à sucre et le sapin baumier sont des essences tolérantes à l’ombre et se régénère bien sous couvert avec une faible quantité de lumière. La venue d’essence intolérantes à l’ombre se fera à mesure que l’ouverture du couvert augmentera. De plus, il faut comprendre qu’une augmentation de la lumière au sol favorise une quantité plus importante de la régénération des essences présentes. Par exemple, sous couvert dense, il y est probable de trouver 1000 semis d’érable à sucre par hectare tandis qu’après une éclaircie de 30% du volume, on peut retrouver de 10 à 100 fois plus de semis qui constitueront une nourriture abondante pour le gibier.

 

Le chêne

Certains types d’arbres offrent des fruits prisés par le cerf de Virginie tel le pommier, le chêne ou le hêtre. Par exemple, les chasseurs de l’Outaouais savent bien que les chênaies rouges sont des peuplements très achalandés à l’automne. Ces peuplements sont des sites précis, prisés par les cerfs et où ces derniers sont peu méfiants comparativement aux sites d’appâts conventionnels d’où la probabilité plus forte d’y rencontrer un grand mâle. Le chêne rouge est adapté à survivre à travers le temps sur des sites secs et sur dépôts minces. C’est pourquoi on retrouve souvent les chênaies au sommet des collines. Il est à noter que l’aire de distribution du chêne est adapté à survivre sur l’ensemble du sud du Québec. Cependant, il est difficile de penser d’introduire une plantation de chênes dans l’unique but d’attirer les cerfs puisque le délais avant que les arbres produisent une bonne quantité de glands qui serait susceptible d’attirer le cerf est long, soit 40 ans. Cependant, si l’on travaille à partir d’un peuplement existant, il est possible, par des coupes partielles, de favoriser une régénération accentuée sur le chêne rouge. Le chêne rouge est une essence semi-intolérante à l’ombre et nécessite donc une ouverture partielle du couvert pour assurer sa régénération et sa croissance. De plus, la germination des semences est maximale sur le sol où le minéral est exposé. Par exemple, après une coupe partielle qui enlève 30% de la surface terrière ( » 30 % du volume), le passage de la machinerie ou un brassage de la litière va favoriser la germination naturelle du chêne rouge. L’ensemencement des glands en forêt donne aussi de bon résultats. Les glands ne doivent pas être enfoncés trop profondément. Cependant, ils doivent être recouverts par le minéral sinon, les écureuils et les vers détruiront une bonne partie des glands. Notez que la germination s’effectue mieux lorsque le gland est mis en terre sur le coté.

 

Le pommier

Contrairement au chêne, le pommier bien taillé produit des fruits beaucoup plus tôt en âge. De plus, le pommier est un arbre qui investit beaucoup plus dans la production de fruits que pour sa croissance. Le pommier est une espèce intolérante à l’ombre. Elle nécessite donc des conditions maximales de lumière. De plus, l’achat de pommiers de fortes dimensions permettra de « gagner » du temps avant la première année de production de fruits. Il est donc plausible de s’attendre à une production de pommes et une croissance suffisante des arbres (afin de diminuer la vulnérabilité des arbres au broutage) en moins de 10 ans. L’introduction de pommiers dans des ouvertures peut donc s’avérer une tactique qui semble naturelle pour les cerfs et efficace pour attirer les cerfs près de votre site tout en assurant un minimum de méfiance chez ce gibier si nerveux et surtout chez les grands mâles. L’ajout d’une petite quantité de pomme sous ces arbres peut augmenter le potentiel d’attraction tout en conservant l’aspect naturel du site. Je le répète, conserver l’aspect naturel est nécessaire si l’on désire avoir la plus grande probabilité de récolter un mâle mature. Bien sûr, la taille du pommier va favoriser la production de pommes. Attention, il faut cependant assurer une croissance de l’arbre en jeune âge afin de diminuer les risques de surbroutage des pommiers.

 

Le hêtre américain

Le hêtre américain produit des fênes que les cerfs et ours se nourrissent. Cependant, chasser dans un peuplement où le hêtre est en majorité est très difficile et comporte des désavantages. Par exemple, le feuillage des hêtres ne laisse passez que peu de lumière et ne favorise pas une abondante régénération, la nourriture accessible par les cerfs. De plus, la chute des feuilles ne se font pas à l’automne et bloque la vision du chasseur dans ce peuplement. Il est donc difficile de repérer les cerfs. Ici, les désavantages sont probablement plus nombreux que les avantages.

 

 

Reboisement

Indépendamment de l’essence et du type de plant utilisé pour le reboisement, il importe de planter ou transplanter les plants lorsque ces derniers sont en période de dormance (lorsque les plants ne sont pas en croissance). Par exemple, la plantation doit toujours se faire avec des plants dont le débourrement n’a pas débuté afin de maximiser leur survie. Le début du printemps est une excellente saison pour effectuer la plantation si ne l’on ne peut garder les plants en dormance dans un endroit réfrigéré. À l’inverse, le moi de juin et juillet sont les pires mois pour transplanter des plants qui ne sont pas maintenu en dormance artificiellement. Cette règle est la plus importante à retenir. La situation est d’autant plus critique lorsque l’on transplante des arbres provenant d’un milieu naturel car les racines sont endommagées contrairement aux plants en pots.

Lors de la transplantation d’arbres provenant du milieu naturel, il est important de conserver la terre autour des racines afin de ne pas détruire les fines racines. Ces micro-racines sont celles qui absorbes l’eau et les éléments minéraux nécessaire à sa croissance contrairement aux racines principales qui servent qu’au support du tronc. C’est pourquoi il importe de conserver une bonne « motte de terre ».

Bien sûr, comme il a été dit plus haut, le site doit être propice à l’essence reboisée et les besoins en eau et en lumière doivent être satisfaits. Le site internet de « Sylvic of North America », situé en annexe, fournit une bonne quantité d’information sur la sylviculture de tous les arbres de l’Amérique du Nord. De plus, il peut aussi être intéressant de limiter la compétition autour des plants par la coupe de ces derniers. L’ajout de mesures de protection face au broutage peut-être nécessaire afin de maximiser le taux de survie des plants. L’installation de clôtures est préférable tant et aussi longtemps que la cime sera susceptible d’être détruite par le broutage dans les secteurs où la pression des cerfs sur le milieu est élevée.

 

Conclusion

Moyennent un certains investissement de temps, il existe des alternatives aux sites appâtés artificiellement qui vous permettrons, sans aucun doute, de créer une source très concentrée de nourriture dans une superficie réduite sans pour autant rendre le gibier très méfiant comme c’est le cas de l’appâtage traditionnel. Bien sûr, les précautions de bases telles l’orientation du vent doivent être respectées. Bref, pour augmenter la probabilité de récolter des mâles matures, l’utilisation de nouvelles approches va sans aucun doute permettre d’augmenter vos chances de succès.

 

Annexe

 

Sylvic of North America :

http://www.na.fs.fed.us/spfo/pubs/silvics_manual/table_of_contents.htm

 

Étienne Lemieux

24 juin 2005

DOSSIER : Etienne-Lemieux.htm

 

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