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Lettre ouverte aux députés fédéraux de la région de la Capitale-Nationale - Tribune libre - Québec Hebdo
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Le gouvernement du Canada a déposé il y a quelques jours le projet de loi C-19. L’adoption de ce projet de loi aurait pour effet de soustraire les armes à feu sans restriction du Registre canadien des armes à feu et d’empêcher les provinces d’utiliser les données existantes pour implanter un tel registre sur leur territoire respectif. Il est de mon devoir de vous informer que je suis contre l’adoption de ces mesures pour des raisons de santé publique.
Sujets : Institut national de santé publique du Québec , Canada , Région de la Capitale-Nationale
Au Canada, les armes à feu causent environ 800 décès par année, principalement des suicides commis dans une résidence privée, avec une arme à feu sans restriction, comme un fusil de chasse ou une carabine. Le plus souvent, les victimes présentaient un état dépressif ou un problème d’ordre personnel. En fait, pour les personnes aux prises avec ce type de problèmes, l’accessibilité à une arme à feu au domicile est un élément facilitateur pour concrétiser les pensées suicidaires. Ce phénomène vaut également pour les homicides entre conjoints. Globalement, ces données démontrent bien que la problématique des décès causés par une arme à feu concerne toute la population et non seulement le milieu criminalisé.
Pour prévenir les décès causés par des armes à feu, il faut rendre ce type d’arme moins accessible aux personnes susceptibles d’en faire une mauvaise utilisation. C’est ce que permet de faire le registre canadien sur les armes à feu, en rendant disponibles aux policiers les informations fournies par les propriétaires d’arme à feu pour obtenir un permis ou pour enregistrer leurs armes. Ces informations permettent de lier chaque arme à son propriétaire, ce qui a pour effet, d’abord, d’inciter les propriétaires d’armes à feu à se conformer aux règlements sur l’achat, l’entreposage, la vente, le prêt ou le don d’une arme à feu et, ensuite, de soutenir les policiers dans l’exercice de leurs fonctions, en leur permettant par exemple d’exécuter une ordonnance d’interdiction de possession d’arme à feu auprès d’une personne en détresse. Ces effets sur les propriétaires et sur les policiers ont pour résultat de réduire le nombre d’armes à feu mal entreposées, perdues, possédées illégalement, ou gardées à domicile, et ce faisant, de rendre les armes à feu sans restriction moins accessibles aux personnes dépressives, en état de crise ou aux enfants. Tout cela, sans empêcher l’utilisation légitime des armes à feu par les propriétaires, pour la chasse ou le tir par exemple.
L’obtention d’un permis de possession d’arme à feu et l’enregistrement des armes à feu sont deux mesures nécessaires et complémentaires. Au Canada, elles sont obligatoires depuis 1998, pour les armes à feu sans restriction. L’Institut national de santé publique du Québec estime que l’implantation de ces mesures a permis de prévenir, en moyenne, 250 suicides et 50 homicides par année, au Canada.
Pour toutes ces raisons, je vous réitère la nécessité que le projet de loi C-19 soit examiné de près puisque son adoption suppose en réalité d’abolir des mesures reconnues efficaces pour sauver des vies.
Le directeur régional de santé publique de la Capitale-Nationale,
François Desbiens, M.D.
une commande de son boss?