Après avoir appâté pendant plus d'une semaine sur mon spot, ma gamespy me montrait deux femelles, un spike, un beau six, et un gros huit qui ne venait que la nuit.
Dans la 27, la saison est courte en crime et tu n'a pas grande chance de te reprendre si tu fais une erreur.
Lundi après midi, après deux jours a n'avoir vu que les femelles, j'étais installé dans mon affut au sol quand je commence à entendre au loin des voix puis des cris; enfin bref des gens qui parlent plus que fort! D'ailleurs c'est fou comme certaines personnes ont tellement la frousse de rencontrer un ours qu'ils se privent de plein d'opportunités de voir des animaux...
Quelques minutes plus tard j'entends passer (sans les voir ) mes bruyants randonneurs en avant de moi sur un vieux chemin de bois à 150 m environs.
Autant vous dire que j'étais plus que déconfit surtout que tablais pour justement ne pas avoir ce type mésaventure en semaine.
Chaque fois que je viens au poste je met plus de 15 minutes pour faire les derniers 200 m...
Ça prends encore un bon 5 mn avant que le silence revienne et en T.... je me demande si je dois rester car il me reste à peine plus d'une heure de jour.
Tout compte fait, je décide de rester, boire la coupe jusqu'à la lie comme on dit...
Le temps passe et alors qu'il reste peut être 15mn de chasse et que je m'apprête à retirer ma flèche sur mon arc, j'entends du bruit en arrière de moi. Sur que c'est encore des suisses qui se courent après je me retourne et là je vois mon six pointes qui descends la colline en plein dans mon dos direct sur moi!
Faut vous dire que je chasse dans le fond d'une coulée très sale et escarpée des deux bords et le challenge dans ce coin c'est le vent qui est plus que tournoyant surtout quand il est faible comme ce soir.
De l'état de calme dépité, je passe malgré moi en moins d'une seconde à l'état de surexcité.
Je comprends pas pourquoi il m'arrive par ce chemin alors que chaque fois, les pistes et les photos me montraient qu'il se pointait le museau par le bout de la coulée; c'est à dire, franchement de coté voire de ¾! D'ailleurs mon tas de branches et bois mort qui me sert de cache avait été fait en conséquence.
Alors qu'il continue d'avancer d'un bon pas direct sur moi, Je fais des prières pour qu'il me passe un peu plus loin pour aller sur les pommes et qu'il me contourne à bon vent. Arrivé à environs 10m, il se déroute un peu et descend à ma droite...à mauvais vent! Je capote, je suis sur qu'il va m'éventer et va m'envoyer son flag dans le nez.
Alors qu'il passe derrière une épinette qui est à moins de 10m de moi, il s'arrête net. Je le vois à travers les branches qu'il hume l'air mais il ne bouge pas. Je laisse aller une bouffer d'air et je vois par la boucane de mon haleine que le vent oscille entre un bord puis l'autre. Autant vous dire que j'ai le métabolisme dans le piton et je commence à manquer d'air car je fais de l'apnée depuis 2 bonne minutes! L'intensité quand à elle, se fait de plus en plus sentir... Le cerf est peut être rester 3 (vrais) bonnes minutes sans bouger, et moi de même, ni un clignement de d'oeil, la respiration à minima et le coeur au maxima.
Enfin il se décide et sort de derrière l'épinette pour aller sur les pommes.
Je me dis que le plus dur est fait; Je l'ai déjoué et il est là dans mon couloir de tir, la suite n'est qu'une formalité.
Lentement, j'accroche mon déclencheur sur la loupe, j'attends qu'il baisse la tête pour manger, j'étire et aligne l'oeilleton avec la mire de mon arc sur le petit triangle de poils noir juste au défaut de son antérieur. Je pose le doigt sur le déclencheur et lâche ma flèche.
Après des heures et des heures de pratiques, du gibier déjà abattu, de tes années d'expériences etc.. des fois le petit, tout petit détail auquel pourtant tu penses à chaque fois te trahit. Dans mon cas, le bord du col de ma veste que je roule TOUJOURS pour qu'il n'entrave pas la course de la corde, était ressorti et au moment où j'ai déclenché s'est fait embarqué.
A ce moment tout s'est déroulé comme dans un mauvais rêve. J'ai bien senti que quelque chose n'a pas fonctionné en sentant mon arc faire un bond dans ma main mais c'est surtout de voir la réaction de mon chevreuil partant sur trois pattes (l'arrière en l'air) qui m'a fait réaliser le fiasco! Je l'ai suivi du regard jusqu'au moment qu'il disparaisse dans le sale en le voyant boité bas et se léchant de temps en temps le ventre.
Je vous avoue que vu la passion et l'éthique que j'ai pour cette chasse, le coup de massue vient de tomber et c'est un peu dans un état comme un lendemain de brosse que j'attends jusqu'à la noirceur pour aller sur la shot et essayer de trouver ma flèche.
Je l'ai trouvé avec du beau sang rouge vif, pas d'odeur de panse ou d'intestin et au sol pas mal de sang. L'espoir renait!
Je décide de rentrer à la maison et le lendemain à la première heure après 14 heures depuis la blessure, j'ai bon espoir de le retrouver.
Pour en finir, je l'ai retrouvé après plus de trois heures de pistages assez difficiles dans du bois sale et en terrain montagneux à 2.5 km (gps en main) du spot d'où je l'avais tiré, toujours vivant! J'espère qu'il s'en tirera ou bien qu'il fera le bonheur d'une bande de loups car il y en a dans le coin.
La morale de cette histoire (si il y en a une..), c'est que j'ai toujours (personnellement) eu une sorte de condescendance à l'égard des chasseurs qui blessaient et qui perdaient leur gibier.
Si tu as la passion de ta chasse et que tu te prépares physiquement, mentalement et que tu connaisses tes capacités propres ainsi que celle de ton arme, cela ne doit pas arriver!
Je chasse depuis l'age de 16 ans toujours avec la même passion que ce soit à la sauvagine comme au gros gibier. J'ai bien déjà et malgré moi perdu des canards, mais jamais de gros gibier sauf jusqu'à ce Lundi.
On dit qu'à la chasse, on apprend tout le temps et bien je vous le confirme; j'ai appris deux choses: Que la chasse est la plus belle école d'humilité car autant tu peux avoir de superbes succès comme de très cuisants échecs et ce, même avec de l'expérience et surtout de voir malgré le temps qu' Ô combien cette putain de passion de la Chasse est toujours aussi vive comme aux premiers jours!
Bonne fin de saison à tous et toutes! Pour moi c'est fini pour cette année mais déjà dans ma tête, je prépare mes stratégies pour l'année prochaine, justement sur des spots que la poursuite du buck blessé m'a fait découvrir!
