http://www.journaldemontreal.com/auteur/patrick-campeauVoici une photo du poil de l’orignal que j’ai récolté l’automne dernier. Regardez à la base des pilosités. Bien que ces larves mesurent moins d’un millimètre, elles se nourriront du sang du roi de la forêt pour atteindre la taille d’un 10 cents le printemps suivant.

Les prochains mois ne seront pas faciles pour plusieurs espèces d’animaux.
Imaginez: en plus des rigueurs de l’hiver, occasionnées par les accumulations de neige et le froid intense, de la prédation, de la rareté de la nourriture dans certains cas et du braconnage dans d’autres, le roi de la forêt devra survivre aux attaques d’un minuscule adversaire!
INDÉSIRABLE
La tique d’hiver est un satané parasite qui affecte l’orignal. Elle s’en prend également à l’occasion au caribou. N’ayez crainte, elle ne dégrade en rien la venaison récoltée durant la saison de la chasse, ne pique l’homme que dans très rare cas et n’est pas reconnue comme un vecteur de maladies infectieuses pour l’humain.
ÉVOLUTION
En juin, les femelles tiques pondent leurs œufs sur le sol. À la fin de l’été, ces derniers éclosent. Puis, l’automne venu, alors que les larves mesurent moins d’un millimètre de long elles grimpent sur les plantes jusqu’à leur extrémité. Lorsque les grands cervidés se frottent à cette végétation, ces pestes adhèrent à leur pelage et migrent jusqu’à la surface de leur peau. Selon les dires des techniciens de la faune interrogés, ces intrus ne sautent pas.
Dès qu’elles se sont agrippées à leur hôte, les tiques prennent un premier repas de sang. Moins de 15 jours plus tard, elles se transforment en nymphes d’une taille de 2 mm. Puis, en janvier, ces insectes sanguinaires se nourrissent à nouveau et deviendront des adultes mesurant 5 mm. Vers la fin de l’hiver, ils sucent encore une fois ou deux le liquide organique rouge qui coule dans les veines de ces grands mammifères. Après s’être accouplés, ces parasites de 1,5 cm ou si vous préférez, de la taille d’une pièce de 10 cents, se laissent tomber au sol à l’arrivée du printemps.
EFFETS
Lorsque vous et moi avons une démangeaison, nous utilisons nos doigts et nos ongles pour nous gratter afin d’apaiser l’inconfort. Les pauvres orignaux infestés, pour leur part, n’ont d’autres choix que de se toiletter avec leur gueule ou de se frotter à des arbres. Le désagrément est tel, qu’ils s’arracheront beaucoup de poils.
Les cervidés incommodés perdront alors de l’énergie, car ils devront compenser les pertes sanguines et se gratter continuellement, ce qui interférera avec leur alimentation. La régulation de leur température corporelle deviendra problématique, elle aussi.
Les spécimens les plus fortement accablés perdront du poids, risqueront d’avorter et même de mourir.
VARIATION
Il faut savoir que l’impact de ces calamités varie d’une année à l’autre, en fonction des printemps hâtifs, de la clémence de l’automne, de la présence de la neige et du réchauffement climatique.
Normalement, plus la densité d’orignaux est grande, comme dans le Bas-du-Fleuve, par exemple, plus les infestations sont importantes.
Les plus récentes études tendent à montrer qu’il n’y a pas trop d’effets notables sur les populations. Pour l’instant…