Les chroniques de Louis Gagnon

La prospection
 

Durant ma première semaine de guidage de la saison 2001, mon chasseur, un client de longue date, me demanda de chasser un endroit précis de mon territoire où, deux ans plus tôt, il avait eu la chance de prélever un beau mâle mature. Plutôt que de lui accorder cette faveur, je choisis de tester durant quelques jours,  deux autres endroits  qui étaient moins achalandés par les chasseurs résidents. Malgré une continuelle pression de la part de mon chasseur, j'obtempéra à sa demande initiale qu'à la quatrième journée de son séjour.

Ce tree-stand magique n'avait rien de particulié à première vue. Situé sur un plateau, couvert d'une forêt mature ayant subit une coupe de jardinage; l'endroit était traversé par un vieux chemin forestier en repousse qui avait comme avantage de décourager les chasseurs  en VTT de s'y aventurer. Ce plateau d'environ 150 acres de superficie, était ceinturé par des chemins forestiers qui attiraient bon nombre de chasseurs. Pourtant, bon an mal an, j'y faisais récolter un à deux beaux mâles matures toujours à partir du même arbre.

Cette journée fatidique pour mon chasseur se déroula sans heurt. L'observation de chevreuils commença tôt pour atteindre son ''peak'' d'activité entre 9h00 et 12h00. A 13h30, une détonation provenant de l'est me figea sur place. A l'aide de mon GPS, je conclus que ce coup de feu ne pouvait être que mon chasseur. Utilisant des radios pour communiquer entre nous, je pus rapidement constater qu'il venait d'abattre un douze pointes de plus de 160 pouces selon le système de mesurage B&C. A mon arrivée sur les lieux, il me raconta son histoire de chasse en précisant que 16 chevreuils dont 8 mâles différents s'étaient exposés à lui durant cette matinée. Ce site d'affût avait de nouveau procuré une journée d'effervescence hors du commun à mon chasseur.

Ma connaissance approfondie du secteur, due à une prospection sérieuse, m'a permis de choisir le site d'affût parfait dans un territoire pourtant utiliser par multitude d'autres chasseurs. Comme guide de chasse pour chasseur de chevreuil trophée, ma ''job'' consiste principalement à prospecter sur une base régulière et trouver les petits secteurs particuliers qui sont utiliser intensément par plusieurs mâles matures. À ce petit jeu, vous l'aurez deviner, pour devenir performant, un guide doit devenir maître dans l'art de prospecter et mieux comprendre les déplacements naturels des chevreuils.

Pourquoi mettre tant d'emphase sur la prospection? Selon plusieurs études biologiques réalisées sur l'utilisation  du territoire et les déplacements naturels des mâles matures, un mâle âgé de 3.5 ans et plus  passerait 90%  de son temps (plus de 20 heures par jour) sur seulement 10% de son territoire total. De plus, à l'automne venu, comme ce mâle doit communiquer régulièrement avec les autres mâles environnants, ce 10% de territoire est souvent le même ou sinon il est voisin du 10% de l'habitat préférentiel des autres mâles matures avoisinants. Donc, si un mâle adulte, en milieu agro-forestier ou forestier utilise un territoire de 500 à 1000 acres variant  selon la disponibilité alimentaire, il est tout à fait légitime de penser que 90% de son temps sera investi sur une surface de 50 à 100 acres qui elle à son tour sera utilisé par d'autres mâles du secteur.  Si vous chasser à l'aveuglette sans prospection organisée et planifiée en fonction des comportements du chevreuil; vous avez 90% de chance de chasser sur une portion de terrain où les bucks matures   y passeront que seulement 10% de leur temps (moins de 4 heures par jour). En terme de chasseur, la prospection sert premièrement à repérer des mâles matures  et finalement trouver ce fameux 10% de territoire qui englobe généralement leurs sites de couchage ainsi que leurs principaux couloirs de déplacement.

Ma prospection se déroule principalement en deux étapes distinctes. La première est celle du bureau et nécessite l'utilisation de plusieurs types de cartes pour tenter de dénicher de futur sites potentiels qui justifieront une visite sur le terrain. Personnellement, j'utilise trois types de cartes soit la topographique 1/20000, la photo aérienne et finalement l'éco-forestière. 90% de ma prospection de bureau se fait à l'aide d'une topo 1/20000 et de photographies aériennes. Si à ma première excursion, le site est prometteur alors je pousse plus loin mon investigation à l'aide des cartes mentionnés précédemment.

Sur ma carte topographique 1/20000, je cherche deux particularités précises. Je préconise la découverte de secteur avec peu d'accès motorisées. Je note des secteurs avec plus de 500 mètres de superficie forestière sans route, sentier de V.T.T. ou si possible sentier pédestre. Beaucoup de sondage ont montré que seulement 10% des chasseurs s'aventurent plus profondément qu'un demi kilomètre en forêt hors des sentiers battus. (CARTE 1) Deuxièmement, je priorise la concentration d'habitat variés sur une petite superficie de terrain. Plus votre territoire renferme des habitats diversifiés, plus nombreuses seront les zones de transition. Ces transitions,  entre deux habitats différents qui se rencontrent, favorisent  l'établissement d'une zones forestières denses. Ces zones, en plus de servir de garde-manger naturel pour le chevreuil,  servent également de couloir de déplacement pour ces derniers qui s'y sentent plus confortable dû à la protection qu'offre le couvert. Je note les zones où trois habitats ou plus se rencontrent et se chevauchent. Beaucoup de lots boisés privés de plusieurs régions à chevreuils du sud du Québec offrent ces caractéristiques. Ces lots ont en général été perturbé en petites parties à la fois par de petites coupes à blanc réalisées sur une période de dix ans. Ce genre de territoire offre les meilleures conditions qu'une population de chevreuils peut espérer en milieu forestier soit une grande diversité d'habitat confinée sur une petite surface de territoire où nourriture, couvert de sécurité, couloirs de déplacement et eau se chevauchent.

Après avoir repérer quelques secteurs prometteurs dans une région donnée alors je commence  mes premières visites sur les terrains convoités. Si le temps  et la température me le permettrent, je ferai cette visite à la fin de la saison de chasse et plus particulièrement après les premières neiges. Quoique à cette occasion, je ne fermerai pas les yeux sur les frottages toujours très visibles, cette première tournée n'a pour but de m'assurer que le chevreuil est bien présent dans le secteur visé et que les habitats rencontrés sont bien ceux déjà visionnés à partir de mes photos aériennes. De plus à cette date, je consentis un effort considérable pour repérer une ou des pistes dont la grosseur ne laisse aucun doute dans mon esprit quant à l'auteur de cette trace. Alors débute mon traquage, je suis cette piste jusqu'à ce qu'elle me mène à une ou des couchettes. Cette manière de faire est la seule efficace que je connaisse et qui m'assure à 100% que j'ai trouvé le site de couchage d'un mâle mature. Cette donnée figure parmi les plus importantes à tenter d'obtenir durant votre prospection. La raison est simple. Juste après la saison de chasse, si vous découvrez un site de couchage d'un mâle mature, non seulement vous savez qu'il a survécu à la dernière saison de chasse mais en plus, vous savez maintenant où ce dernier se terrait pour contrer la pression de chasse. Quelques études, effectuées à l'aide de colliers télémétriques fixés à des mâles matures, ont démontré que les sites de couchage changent peu au courant de la saison automnale tant que la neige n'est pas assez épaisse pour chasser les chevreuils vers leur site de ravage. La majorité de mes connaissances sur les sites de couchage me vient directement de ma prospection d'après saison (décembre). Non seulement je n'ai pas à me soucier d'effrayer le mâle que je recherche mais je vais aussi me tenir debout dans sa couchette pour tenter d'avoir une meilleur compréhension du choix de l'emplacement de cette dernière.  Cette manière de faire m'a aidé à comprendre mieux les besoins de sécurité ainsi que les dispositifs de fuite de ces mâles adultes. 

En connaissant les sites de couchage des mâles adultes, vous pouvez commencer à figurer les déplacements naturels de ces derniers pour avoir accès à leur nourriture ou aux femelles selon la période de l'année. Plusieurs autres études en milieu naturel avec peu, moyennement ou beaucoup de pression de chasse, stipulent que lorsqu'un mâle à la chance d'atteindre 4.5 ans et plus, il devient nocturne à plus de 85% de son temps. Les mêmes études font également état d'une autre statistique fort intéressante; le 15% des activités effectués de jour le serait très près ou directement au alentour du site de couchage. Vous comprenez maintenant pourquoi je m'efforce de repérer adéquatement ces endroits. Si je n'ai pas pu faire cette exercice pour repérer les sites de couchage alors je m'efforce de les repérer sur ma carte éco-forestière ou ma photo aérienne. Les zones de prélédiction seront par beau temps; des dessus de montagne plus dense que la moyenne environnante et par temps pluvieux et venteux; des flancs conifèriens protégés des intempéries ou des ''swamps'' dense et peu humide. D'autres secteurs peuvent être utilisés comme ''chambre à coucher'', l'endroit doit simplement protéger  de manière efficace son occupant. Toutes les habitats quasi impénétrables sans  alerter tous ses occupants peu faire l'affaire. Règle générale, la majorité des chasseurs évitent ces secteurs comme la peste dû principalement à la difficulté d'y pénétrer sans faire de tapage.

Mes premières excursions de prospection se terminent généralement avec l'arrivée de la saison froide. Même si certaines  années, l'arrivée de la neige se fait attendre et que les accumulations  ne sont pas assez importantes pour pousser la majorité des chevreuils dans leur ravage, je n'investis pas plus de temps en prospection car le peu de neige au sol m'empêche de repérer les vieux grattages, ce qui me forcera de toute manière à retourner au printemps.  Je profite plutôt de la saison froide, pour visionner avec précision les cartes éco-forestières des quelques secteurs à fort potentiel que j'ai retenu suite à ma première visite. J'en profite également pour rencontrer les propriétaires de ces terres et tenter de négocier un droit d'accès pour la prochaine saison.

Sur ma photo aérienne et ma carte éco-forestière, je recherche les petits sites potentiels de nourriture. Car peu importe si vous chasser tôt en saison qui coïncide au pré-rut ou en plein coeur de la saison d'accouplement, les zones de nourriture sont aussi importantes à localiser que les sites de couchage. Rappelez-vous que ramener à sa plus simple expression, la vie d'un chevreuil se résume ainsi: il dort, il se nourrit et trois semaines par année, il recherche la compagnie du sexe opposé pour se reproduire. Si votre territoire fait parti d'un secteur agro-forestier, les champs de luzerne, trèfle, soya et blé d'inde seront notés. Je sélectionne les champs les plus petits et éloignés des principaux chemins. Si je suis en milieu forestier, je cherche les jeunes coupes (moins de dix ans), les chablis, les étangs à castor, les concentrations de chênes et de frênes matures mais avant tout, les concentrations de zones de transitions. 

Lorsque je crois avoir localiser les principaux sites alimentaires ainsi que les possibles zones de couchage alors j'attends le printemps pour retourner corroborer tout ceci sur le terrain. Je visite les garde-mangers et marche attentivement les parties de territoire qui séparent les aires de nourriture des sites de couchage. A cette date, je prend aussi une attention spéciale pour faire une petite visite aux topographies traditionnellement utilisées par les chevreuils pour passer d'un secteur à l'autre. Je pense entre autre aux dos d'âne, aux entrées des vallées (selles), aux flancs de colline en terrain forestier et finalement à toutes les zones de drainages (étangs, ruisseaux et petites rivières). En milieu forestier, les ''trails'' d'accès au sites d'alimentation ainsi que celles directement dans ces sites sont souvent plus subtiles. La concentration de crottins frais jumelée à l'observation de nombreuses espèces d'arbustes broutées sont les signes les plus sûrs de la présence d'une bonne utilisation de l'habitat par les chevreuils du territoire. Durant cette exercice, la densité du couvert est ma principale préoccupation. Les chevreuils sont des bêtes qui aiment les forêts denses. Ce seront ces zones embroussaillées qui serviront de couloirs de déplacement diurne pour la plupart des chevreuils utilisant le secteur. Si vous trouvez peu ou pas de signes( grattages et frottages) de la dernière saison du rut, votre secteur n'est probablement pas occupé de façon régulière par des mâles matures.

Durant vos sorties sur le terrain, commencez à noter l'alignement de tous les sentiers de chevreuils rencontrés. Notez également les fins des sentiers majeurs car elles vous diront l'origine et la destination de la ''trail'', ce qui, à mon sens,  est plus important comme information que le sentier lui-même. De cette façon, si je décide de chasser sur un sentier majeur, je choisirai une portion où plusieurs sentiers se rencontrent pour former ce couloir de déplacement et ce sera autant que possible à proximité d'un site de couchage connu

Durant votre prospection forestière, si vous ne notez aucun sentier majeur mais plusieurs  petits sentiers subtiles, vous avez possiblement affaire à une population de chevreuils de  faible ou de moyenne densité qui semble utiliser le territoire de manière plus égale. L'habitat trop homogène du secteur rend se type de terrain difficile pour localiser efficacement les zones propices à l'établissement d'une affût efficace.

Allons un peu plus loin dans notre prospection. Imaginons que vous avez  deux ou trois territoires qui semblent rencontrer vos besoins de chasseur de mâle mature. Maintenant, seul les grattages et les frottages de l'automne précédent vous indiqueront si oui ou non, votre secteur fut visité par plus d'un mâle mature. Ici, je m'explique. Les chevreuils sont des animaux sociaux qui doivent communiquer entre eux. Contrairement à orignal, le cerf de Virginie communique  peu à l'aide de son. Plus de 90% de ses échanges avec les autres chevreuils se feront au niveau olfactif par le dépôt d'odeur sur les frottages et les grattages qu'il aura fait ça et là sur son territoire. Les frottages et les grattages  doivent être disposés dans des endroits stratégiques pour favoriser une communication efficace au plus haut point. Suivant cette logique, il est plutôt monnaie courante de trouver des petits secteurs denses près des sites de nourritures et des sites à forte concentration de femelles, où il y aura une densité importante de grattages et de frottages. Ces petits aimants à buck seront visités beaucoup plus fréquemment par tous les mâles environnants et, comme mentionné précédemment,  ils seront situés majoritairement sur des zones de convergence qui mènent aux petits groupes de femelles.  Ces petits couloirs de déplacement utilisés principalement par des mâles matures se retrouvent souvent dans des transitions denses entre deux habitats. En terme de frottages, recherchez des gros frottages (4 pouces et plus) qui semblent être utilisés depuis plusieurs saisons. N'allez pas croire que les petits frottages n'ont pas d'importance, mais les faits ont prouvé que seul les mâles matures frotteront des gros arbres tandis que les petits frottages peuvent être faits par des bucks de toutes les classes d'âge. Si vous avez la chance de repérer de très gros frottages (6 pouces et plus) bien utilisés , vous avez une certitude que ce secteur est régulièrement fréquenté par plus d'un mâle mature. 

Après deux visites sur le terrain, j'ai déjà assez de données accumulées pour bien évaluer les déplacements naturels des chevreuils utilisants le secteur. Connaissant les principales informations pour commencer à élaborer ma stratégie de chasse: site de couchage, concentration de la nourriture, localisation des femelles, lieux de grattages et frottages communicatifs ainsi que les couloirs de déplacement entre les différents sites d'intérêts pour les mâles matures, il ne me restera seulement qu'à évaluer deux points des plus capitaux qui décideront souvent du succès ou de l'échec de mes efforts. Ce sont la pression de chasse environnante ainsi que les vents dominants et l'influence de ces derniers sur les déplacements journaliers des chevreuils utilisant le territoire.

Avez-vous déjà remarquer qu'après une saison de chasse seulement, vous connaissez les principaux points névralgiques d'entrée et de sortie des chasseurs sur le territoire. Vous savez également quelles techniques de chasse utilise chaque groupe de chasseurs vous entourant en plus de connaître avec passablement d'exactitude la plupart des miradors du secteur. Cette pression de chasse, vous l'avez apprise malgré le fait que vous utilisez le territoire que quelques jours par année et que vos sens n'ont rien de comparable avec ceux du gibier tant convoité. Imaginez maintenant que votre survie dépendait de la connaissance de l'utilisation du  territoire par vos voisins chasseurs ! Il est fort à parier que vous y porteriez encore plus d'attention.  Cette situation est pourtant celle du chevreuil. Heureusement ce dernier à des sens olfactifs et auditifs beaucoup plus puissant que les vôtres pour détecter tous les éléments humains sur son territoire. En plus, il vit sur ce terrain 24 heures par jour. Pensez-vous toujours que ce dernier ne connait pas les principales installations de chasse sur son territoire et n'en tient pas compte lors de ces déplacements? Si votre réponse est oui, vous continuerez à faire partie du 90 % des chasseurs qui prélèvent des mâles de 2.5 ans et moins. Parmi une bonne dizaine d'études sur les taux de survie des mâles chevreuils, on constate que dans les secteurs soumis à une pression de chasse moyenne à élevée, un faon mâle a seulement 7% de chance d'attendre l'âge de 3.5 ans. Par contre, si ce dernier fait partie de ce groupe sélect de 7% et par le fait même devient un mâle mature, il a maintenant 70% de chance de survivre jusqu'à 5.5 ans. Pour réussir l'exploit, il doit s'adapter rapidement et éviter toutes installations et odeurs humaines. Il devient alors presque nocturne à 100% du temps ou encore n'utilise que des zones forestières denses que la grande majorité des chasseurs évitent. 

D'où l'importance capitale de bien jauger la pression de chasse pour faire exactement comme les chevreuils et simplement chasser toutes ces parcelles de terrain souvent repoussantes pour la grande majorité des chasseurs. Ce sera ces parties de territoire qu'utiliseront les mâles matures pour se déplacer de leur site de couchage vers leur zone de nourrissage. Ce seront les mêmes zones qui seront les plus utilisées pour déposer les odeurs sur les grattages et les frottages. Dans ces couloirs de déplacement dense et souvent évités par la confrèrerie de chasseur, la découverte de vieux frottages et grattages en bonne quantité durant votre prospection printanière sera de très bonne augure.

 Il ne vous restera qu'à évaluer l'effet du vent sur l'utilisation de ces couloirs par les chevreuils. En effet, non seulement vous devez penser à la manière d'accéder à ces sites prometteurs sans éveiller les soupçons mais vous devez en plus savoir si ces couloirs sont utilisés à bon vent seulement ou en tous temps. Je vous explique le tout plus en détail. Quoique les chevreuils ne marchent pas toujours le vent de face, la tendance des déplacements de jour est définitivement à bon vent particulièrement en territoire à forte pression de chasse ou à proximité des zones qui nécessitent une exposition en milieu plus ouvert. En milieu agro-forestier, un mâle adulte pourra se rentrer au champ nourricier à mauvais vent mais rendu à proximité, il essaiera de le contourner à bon vent avant de risquer une exposition pour s'y nourrir ou aller à la rencontre d'une femelle. Dans ce cas, un vent provenant de la même direction depuis quelques jours forcera les chevreuils  à utiliser un autre secteur nourricier si il leur est impossible de contourner l'endroit pour en vérifier la sécurité. En tenant compte de ce fait, vous comprendrez pourquoi par tel vent, les chevreuil préfèrent utiliser tel champ plutôt qu'un autre. En milieu forestier, le même phénomène existe. J'ai souvent vu un secteur se vider de ces chevreuils pour quelques jours à la suite d'un vent provenant d'une direction opposée. Alors, ils utiliseront une autre source alimentaire mieux disposée du point de vue de la sécurité. Une bonne prospection vous permettra de contrer le coup et de pouvoir vous ajuster pour chaque vent. Les mêmes notions de densité de couvert seront utilisées mais seul  la destination aura changée. En comprenant bien l'effet de la pression de chasse et l'utilisation du territoire en fonction des vents, vous aurez la chance de chasser des chevreuils aux déplacements naturels donc beaucoup plus prévisibles.

Si j'ai bien fait ma prospection de décembre et du printemps, je retournerai sur le terrain quelques jours seulement avant l'ouverture de la saison de chasse. Comme je n'utilise pas de saline ou de techniques d'appâtage, qui sont bien connues pour être inefficace pour les mâles matures, je n'ai aucune raison d'aller mettre des odeurs indésirables ou de créer du dérangement inutile les semaines précédant l'ouverture de la saison. Dans les faits, je retourne près de mon secteur de chasse environ une semaine avant l'ouverture pour vérifier si dans un premier temps, il n'y a aucun changement dans la géographie des lieux. Je veux simplement m'assurer qu'aucune nouvelle coupe forestière n'est apparût, qu'aucune nouvelle incursion humaine due à la pression de chasse est en train d'avoir lieu ou que les champs agricoles ont les mêmes cultures que l'année précédente. Si je suis dans un secteur où certains arbres à fruit comme le chêne, le frêne et le pommier peuvent influencer les déplacements des cerfs selon les années de fortes productions de fruit, j'en prends note et je m'ajuste en conséquence.  Finalement, j'en profite pour m'assurer que les signes de la présence de mâles matures que j'avais repérés le printemps passé sont de nouveau rafraîchis. Rappelez-vous qu'une semaine avant la saison de chasse, les mâles sont en pré-rut et ils doivent frotter depuis plus d'une quinzaine de jours. A cette date, dans les secteurs au sexe-ratio bien balancé, les grattages et les frottages ancestraux des années antérieures devraient commencer à être de nouveau revisités. Si vous ne trouverez aucun signe frais, seulement trois choses peuvent expliquer ce résultat: soit que vous avez mal fait votre prospection, soit que certains éléments environnants ont changé ou finalement que le ou les mâles localisés précédemment, à l'aide de signes, sont mort durant la dernière hiver.

Cette manière d'aborder votre saison de chasse et votre territoire vous procurera plusieurs avantages importants. D'abord, elle suppose que vous chasserez soit à l'affût sur le vif ou encore à l'affût à un endroit pré-déterminé à l'avance mais sans aménagement. La seule préparation acceptable sera de nettoyer un très subtil sentier donnant accès à votre affût sans mener trop de train et à la limite; préparer quelques lignes de tir discrètes si vous êtes un archer. Cette façon de préparer votre chasse, basée sur les déplacements naturels du chevreuil, coûte peu pécuniairement et énergiquement parlant. De plus,  les énergies investis annuellement seront comme un placement à intérêt composé, les données s'accumuleront avec les saisons diminuant de manière proportionnelle votre temps de prospection. Avec l'expérience et les saisons, vous apprendrez à connaître quel affût sera plus efficace tôt en saison versus d'autres qui pourraient vous procurer plus d'activité vers la fin de votre saison  coincïdant souvent avec le début du ''peak du rut''.

 En procédant ainsi, l'analyse et la prospection de mon territoire m'a porté autant de fruit en dix ans de guidage à Anticosti qu'en  cinq ans en Alberta et dans l'Outaouais québéçois. Dans les trois endroits, j'ai toujours pu observer l'effet de la pression de chasse sur les déplacements diurnes du chevreuils. Sans exception, j'ai toujours su tirer mon épingle du jeu parce que je connaissais les principaux sites de couchage, de nourriture, les axes majeures de déplacements et les besoins des mâles matures selon la période de l'année. En jumellant toutes ces connaissances, et tenant compte de la pression de chasse et de l'effet du vent, il n'y a aucune raison pour que le succès ne soit pas au rendez-vous pour vous aussi.

Je termine cet article en  vous expliquant ma théorie sur  l'efficacité du fameux ''tree-stand'' qui sert d'introduction à ce papier. Je n'ai pas chassé ce secteur avant la deuxième journée consécutive de vent venant de l'est. Je connaissais, à moins de 1.5 km de là, une ''swamp'' de plus de un km carré remplies de signes majeures de bucks. Tard à la fin novembre de ma première saison de guidage en Alberta, plus précisément durant le post-rut, plusieurs traces de bucks m'ont conduit à des couchettes dans différents secteurs de cette tourbière. Le premier groupe important de femelles, à proximité de ce sanctuaire à buck, semblait concentrer leur activité sur le plateau d'environ 150 acres où se situait mon ''tree-stand''. A ma première saison, comme guide dans ce secteur, j'avais chassé les principaux couloirs d'accès que pouvaient utiliser les bucks pour accéder au coeur du plateau. Mes succès furent mitigés car il y avait entre autres trop de possibilités pour concentrer les déplacements des bucks. A ma deuxième saison, je choisis d'investiguer à fond le plateau pour finalement découvrir un vieux chemin en repousse, inconnu des chasseurs locaux qui à partir d'un unique arbre donnait une ligne de tir de près de 500 pieds de chaque coté. Du sol, j'avais une visibilité réduite à moins de 100 pieds dû à la densité de la broussaille.  J'y installa mon tree-stand à environ 18 pieds du sol. C'est à ce moment que nous avons commencé à comprendre la dynamique de déplacement des bucks du secteur. Le poste d'affût ne devenait productif que par vent d'est sur quelques jours consécutif. En effet, le vent poussait les odeurs des femelles vers le bas de la vallée en direction de la swamp.  Donc, aussitôt qu'une femelle entrait en eostrus, cette dernière attirait plusieurs bucks dans le secteur qui provenaient pour la plupart de la tourbière. Comme ces derniers devaient traverser à un moment ou l'autre une grande route forestière où s'exerçait une pression de chasse assez importante; en conséquense, ces bucks attendaient la nuit pour croiser le chemin et visiter le plateau. Ce qui expliquait mon faible succès de chasse dans les couloirs de déplacements quoique densément boisés et remplis de signes de bucks matures. Par contre, une fois à l'intérieur du plateau, au coeur du domaine des femelles, ils y voyageaient de jour sans trop de méfiance puisque la végétation y était assez dense au niveau du sol et pratiquement aucun chasseur y pénétrait. Il suffisait simplement de trouver l'arbre qui nous donnerait une visibilité accrue sur la longueur du vieux sentier et attendre que les femelles aidées par le vent exécutent le travail pour nous. Maintenant, tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas de changements majeurs dans les habitats environnants, je connais ma destination de chasse par vent d'est.

Louis Gagnon

POUR REVENIR AUX ARTICLES DE LOUIS GAGNON >>

 

DOSSIER : lg-prospection.html

Supporter nos commanditaires !

Décalque Chevreuil.net

 
Copyright 2007© Chevreuil.net. Tous droits réservés.