Les chroniques de Louis Gagnon
Prévisions de chasse aux chevreuils 2008
En janvier 2008, déjà beaucoup de membres assidus de chevreuil.net commençaient à se poser des questions sur la rigueur de l’hiver en cours. Jusque - là rien de nouveau car à chaque tempête que l’hiver amène, plsusieurs chasseurs s’inquiètent davantage pour leur futur saison de chasse que la saison du Canadien…
L’hiver fut s’en contredit l’un des plus durs des derniers 50 ans et le plus dur des 15 dernières années pour la plupart des régions du Québec. En fin mars, deux philosophies de chasseurs s’affrontaient régulièrement et débattaient de la nécessité du nourrissage d’urgence dans certains ravages du Québec voir la totalité si possible. Plusieurs fervents d’un bord ou l’autre de la philosophie perdirent quelques plumes au passage mais sûrement pas autant que le nombre de chevreuils total que l’hiver apporta.
Le but de cet article n’est pas de prouver aujourd’hui qui avait tort et qui avait raison. Car les deux groupes resteront possiblement sur leur position. D’autant plus que la survie du chevreuil en milieu nordique est principalement dû à un juste mélange de nourriture de qualité sous un couvert de haute qualité pour conserver leur énergie et se défendre convenablement contre les possibles prédateurs. Certains hivers plus cléments en terme d’accumulations permettront aux chevreuils de survivre dans des habitats de moindre qualité. D’autres hivers très froids sans neige nécessite une forêt complètement différente où des barrières verticales contre le vent seront plus appropriées qu’un toit forestier pour retenir la neige. Des quantités d’études furent réalisées sur le sujet et il semble que quelques consensus émergent parmi les résultats des chercheurs et ont tendance à appuyer la thèse du laisser aller naturel si les forêts de qualité existent.
Les études les plus marquantes concluent qu’en période d’expansion de population comme le Québec a connu depuis au moins 15 ans, les chevreuils ont tendances à coloniser des habitats de qualité marginale qui sont souvent déficients en terme de couvert et/ou de nourriture. Non seulement, le chevreuil est plus vulnérable à la prédation et au stress alimentaire dans pareil habitat mais au moindre hiver plus difficile, ce sont les premières populations qui sont touchées et souvent ces pochettes de chevreuils disparaissent complètement en un seul hiver.
D’autres études montrent que les deuxièmes populations de chevreuils à mourir suite à un hiver difficile sont celles qui occupent des habitats surpeuplés depuis quelques années et plus et où les chevreuils commencent à souffrir de sous-alimentation comme les zones 4-5-6- et certaines parties de la 7 et la 8. Les faons de ces populations sont moins gras à l’approche de l’hiver, les femelles aussi et les mâles de ces populations au rapport des sexes fortement débalancés en faveur des femelles sont surtaxés durant le rut et entrent en période hivernale avec pratiquement aucune réserve adipeuse.
Par contre, on retient presque partout où ces études ont eu lieu, qu’il est difficile de prédire l’effet précis d’un hiver versus un autre hiver tellement les variables sont nombreuses et difficilement chiffrables d’un secteur à l’autre. Vous avez juste à penser que la disponibilité des aliments riche en énergie comme les noix des chênes, des hêtres, le blé d’inde, le feuillage estival affecteront aussi directement la préparation adéquate du chevreuil pour l’hiver. Ce qui veut dire qu’un été pluvieux comme le dernier peut avantager un recouvrement plus rapide des populations versus un été sec qui raréfie une quantité surprenante d‘aliment de premier plan pour le chevreuil.
Aujourd’hui, en septembre 2008, la plupart des amateurs plus sérieux ont au moins retourné à une ou quelques occasions sur leur territoire pour soit rafraîchir une saline, poser un ou des tree-stands ou préparer un cache etc… À part quelques régions précises comme le Témiscamingue, les environs de Montréal et l’Estrie, la plupart des gars ont constaté la très nette diminution du cheptel de chevreuil. Cette diminution est telle plus importante que nos yeux laissent entrevoir ? Cette baisse assurée va t-elle avoir comme avantage de faire bouger plus ou moins le chevreuil durant l’automne ? Certaines espèces de gibiers comme l’orignal peuvent-ils prendre avantage de cela pour augmenter leur population et leur distribution au détriment des populations plus faibles de chevreuils ? Autant de questions où je vais tenter de vous donner une réponse fondée sur ce que je connais mais aussi basée sur ce que les chercheurs ont remarqué au cours des dernières décennies au nord-est de l’Amérique du Nord suite à des hivers difficiles.
Des hivers difficiles et mêmes très difficiles, j’en ai connu trois à l’île d’Anticosti comme guide et disons que c’est le deuxième dans l’Outaouais depuis 10 ans. D’avance, je peux vous dire que le dégât a l’air plus sérieux à nos yeux qu’il est en réalité. Pourquoi? Simplement parce que le chevreuil est une espèce qui ne se déplace pas pour le fun. Ce qui veut dire que la majorité de ces déplacements sont exclusivement pour se nourrir et mettre du gras en banque. Cette mortalité massive a libéré une quantité de territoire de qualité qui seront lentement remplis par les survivants. Par contre, les survivants des habitats de mauvaise qualité ne changeront pas de territoire pour autant. Ils prendront les meilleurs spots se trouvant sur leur territoire de mauvaise qualité.
Cette diminution majeure de chevreuils non seulement libère des secteurs mais elle donne à la végétation un peu de répit de brouttage intensif fait par les chevreuils. Ce surplus de nourriture inhabituelle pour le chevreuil se traduit par une diminution marquée des déplacements de ces derniers pour la quête de nourriture. Alors, non seulement, il y a moins de chevreuils au kilomètres carrés de disponible mais en plus ils se déplaceront moins qu’à l’accoutumé laissant ainsi croire qu’il reste encore moins de chevreuils que la réalité.
Pour contrer cet effet, le chasseur devra inévitablement changer son approche. Les chasseurs n’utilisant que des appâts comme stratégie de chasse seront les premiers à souffrir, suivi de ceux qui sont nombreux sur de petits territoires. En effet, lorsque les chevreuils ont faim, ils prennent à l’occasion des risques, particulièrement chez la strate des jeunes chevreuils plus inexpérimentés. Dans le contexte d’un premier automne de chasse après une saison hivernale très difficile, ces derniers n’auront pas à prendre de risque puisque la nourriture naturelle de qualité sera abondante. Tous les chasseurs en souffriront un peu à beaucoup mais plus particulièrement les chasseurs du dimanche…ceux qui sont attentif à presque rien et qui ne sauront pas s’ajuster.
Qu’en sera-t-il de la saison 2010, en terme de récolte de mâles de 2.5 ans; le genre de huit pointes de 12 à 15 pouces de large pesant environ 165-175 lbs ? Ce sera très maigre car dans les zones à forte mortalité de chevreuils, les faons ont presque tous passés dans l’autre monde… Après une saison de chasse où beaucoup de chasseurs baisseront leur standard de peur de ne pas récolter, beaucoup des survivants y laisseront leur peau ce qui en gardera beaucoup moins qu’à l’habitude sur le terrain. 2010 sera une année difficile pour la récolte des mâles de 3.5 ans et ainsi de suite.
Il est également possible que dans certains secteurs où l’habitat disponible qui est partagé par des orignaux et des chevreuils, ce dernier perdra sa suprématie au détriment de l’orignal. En effet, certains secteurs de la zone 3 ont perdu beaucoup de chevreuils et presque aucun orignal. Les orignaux vont en profiter du point de vue nourriture et par le fait même retarderont la reprise possible du secteur par les chevreuils. L’avenir nous dira si le chevreuil reprendra sa place avec autant d’abondance dans ces secteurs.
En bref, les secteurs fortement touchés par la rigueur du dernier hiver auront des résultats de chasse possiblement pire que ce que la population réelle des chevreuils avaient à offrir. Le succès sera étroitement lié à la chasse naturelle des meilleures zones alimentaires naturelles. Plus que jamais, le chasseur plus sensible aux déplacements du chevreuil et à son utilisation de l’habitat aura tôt fait de se rapprocher et même concentrer 100% de ces activités de chasse dans des zones de transitions qui seront le nerf de la guerre. Concentrez-vous sur vos meilleurs garde-manger et n’oubliez pas votre vent.
Bonne saison!
Louis Gagnon
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