Les chroniques de Charles-Henri Dorris

Suite des chroniques de Charles-Henri Dorris :

5 articles de Charles-Henri Dorris :

  • Vos céréales, avec sans lait ?
  • Le rattling
Pour voir les articles précédents de Charles-Henri Dorris :
  • Les lignes d'odeurs, vous connaissez? (21 mars 2009) go

  • La prospection printanière en milieu agricole. Mais quand ????? (22 fév. 2009) go

  • Pensez autrement ! (10 mai 2009) go

4ème article :

 
Vos céréales, avec ou sans lait ?

Le 17octobre 2004, 18h30, le téléphone sonne chez moi. Un ami me demande de lui vendre une chasse aux chevreuils à l’arc pour les 2 derniers jours de cette saison réservée aux archers, dans la zone 7.
Cet ami  est découragé et désire récolter un cerf avant la saison de chasse au fusil. Le sexe de la bête ainsi que l’envergure de la bête ne le préoccupe guère.

L’idée de guider sur mes propres spots ne m’enchante guère. Après tout, mes cerfs ne sont pas si nombreux. Son propre spot n’étant qu’à plus ou moins 30 kilomètres de chez moi, je lui offre plutôt d’aller le guider là bas. Le chasseur est catégorique; les cerfs ont déserté son secteur depuis 2 semaines. Pourtant, plusieurs cerfs fréquentaient son secteur tout au long des mois d’août et septembre. Mais une fois le champ de soya battu, les cerfs ont abandonné le secteur au profit, tout probablement, des champs de maïs des terres voisines.Qu’à cela ne tienne, j’accepte d’aller l’aider mais sans lui garantir de résultats. Si j’avais su, j’aurais pu lui promettre le total, car nous allions réussir.

Le vendredi 18 octobre nous nous rencontrons sur sa terre afin d’y faire une prospection rapide en fonction du dernier week-end autorisant la récolte des femelles. En arrivant, je constate de mon véhicule que le soya a bel et bien été récolté. Étant en avance d’une heure sur le rendez-vous avec mon client, j’en profite pour marcher le pourtour du champ en question. La pluie intense des derniers jours ainsi que celle qui tombe en ce moment me force à enfiler mon imperméable et mes bottes de pluie.

En longeant le boisé adjacent, je remarque plusieurs sentiers de cerfs qui donnent sur le champ. Les premiers sentiers rencontrés sont libres de traces, par contre à mesure que j’avance le long du boisé je remarque de belle traces fraîches; à un point tel que j’ai l’impression que les cerfs y étaient venus ce même après-midi. Ma curiosité est piquée à un tel point que je dû m’éloigner dans le champ pour comprendre.

La récolte du soya remontait à plus de 20 jours. Les plants secs déchiquetés par la batteuse cachaient des fèves de soya bien humides. Je savais que normalement ces mêmes fèves de soya, peu nombreuses suite au passage de la batteuse et surtout sèches, n’avaient que très peu d’attraits pour les cerfs. Le champ de maïs, pas très loin chez le voisin aurait normalement eu la cote de popularité auprès des cerfs à cette période. Mais pourtant les traces étaient nombreuses.

Image de champ de soya

Je terminai ma prospection avec l’ami en question. Il me fit visiter son boisé. Je remarquai une grande concentration de traces dans les mêmes sentiers que ceux menant au champ de soya. Bien que mon chasseur était un adepte de la chasse aux sites appâtés, je lui ai partagé mon idée.

Les chevreuils sont des animaux opportunistes. Toute source de nourriture facile répondant à leurs besoins et à leurs goûts est priorisée. C’est pourquoi les appâts, tels que pommes, carottes et maïs sont un attrait très puissant sur les cerfs. Mais une fois la saison bien amorcée, la pression de chasse a souvent pour conséquence de les motiver à éviter les sites appâtés, surtout le jour.

Le site de mon client avait subi ce sort. De plus, depuis la coupe du champ de soya avoisinant son terrain de chasse, les visites s’étaient faites rares, même de nuit. Un système dépressionnaire de 2 jours consécutifs de pluie avait par contre humidifié de nouveau les fèves de soya laissées au sol par la batteuse 15 jours auparavant. Cela avait eu pour effet de fournir une nouvelle source de nourriture aux chevreuils du secteur. L’humidité dans la nourriture des chevreuils joue un rôle important. Durant l’hiver les chevreuils développent un système digestif leur permettant d’ingérer pratiquement que de la nourriture sèche ou avec peu d’humidité. Mais en automne comme en été, le contraire s’applique. Les fèves reposant sur le sol du champ de mon client, avaient depuis seulement quelques heures, justement atteint le degré d’humidité requis pour une digestion optimale. C’est justement sur cet aspect que j’allais jouer mes cartes.

Le samedi matin, j’installai mon client sur un sentier de cerfs d’où je suspectais le retour des chevreuils après une nuit à manger aux champs. Malheureusement aucun chevreuil ne passa devant mon tireur.
J’avais pris soin de lui installer un deuxième stand sur un sentier de soir. À environ 150 mètres du champ, dans son deuxième affût mon client vis passer une biche accompagnée de 2 faons, mais l’action se passa trop loin pour un tir d’archer. De mon coté, je profitai de la dernière heure de la journée pour passer en voiture afin de vérifier s’il y avait présence de chevreuils au champ. Qu’elle ne fut pas ma surprise d’y compter sept chevreuils dans la dernière demi-heure, mais aucun mâle.

À son retour à la maison, mon client me téléphona pour me raconter sa chasse. Je lui recommandai de retourner à son site appâté pour la dernière passe matinale et de m’attendre à 13h30 pour développer une stratégie de chasse pour la dernière soirée. Je savais très bien que ses chances à son site appâté étaient pratiquement nulles, mais son envie de chasser était forte. Alors plutôt que de risquer de contaminer  le territoire en chassant de façon inappropriée, les secteurs chauds, il était mieux de chasser un endroit déjà contaminé.

Arrivé sur les lieux bien avant l’heure convenue, j’ai exploré tout le pourtour du boisé d’où sortaient les chevreuils. Je pris mon temps pour analyser chaque sortie au champ. Je finis par choisir les 3 sorties les plus pistées de la soirée précédente. Je pris bien soin de remonter le boisé par la sortie centrale des trois. Je fis une superbe découverte. Après 45 mètres de marche dans le sentier, j’ai remarqué que les 3 sentiers convergeaient en un carrefour. Un site d’embuscade extraordinaire pour la situation immédiate. Je ne fis ni une ni deux et j’ai installé à bon vent un mirador portatif à 20 mètres de l’intersection.

Mon chasseur était arrivé depuis plus d’une heure et ayant vu mon véhicule se demandait bien ce que je faisais au lieu d’aller à sa rencontre. Quand, finalement il me vit arriver, je lui lancé : «tu vas tirer ce soir». Il s’habilla chaudement et surtout étanchement, car la pluie continuait à tomber. Je l’emmenai à son perchoir. Avant de le quitter, je pris soin de lui faire un dépôt d’odeur. Une odeur de pommes mélangées à d’autres substances qui attire à coup sur la curiosité des cerfs. Exactement à la croisée des trois sentiers. Je pris soin d’enlever les feuilles sur le sol sur un diamètre de 2 mètres et ensuite y vaporiser généreusement du Buck-Site de Buck Expert. Le but était d’y faire arrêter les cerfs, afin de permettre un tir efficace.

À 18h05 le téléphone sonne chez moi. «Je viens d’abattre mon chevreuil». Quatre chevreuils se suivaient en file indienne, quand mon ami les remarqua. Une belle biche accompagnée de 2 faons suivis d’une biche d’un an et demi en fin de peloton. Son tir fut facile car la dernière moins pressée, se mit le nez sur le Buck-Site que j’avais vaporisé au sol.

Image d'une récolde de femelle

En octobre, il faut continuellement suivre l’évolution de la nourriture chez notre plus difficile animal à chasser au Québec. L’humidité présente dans l’alimentation de nos chevreuils joue un rôle capital. Mon article, sans être basé sur une étude scientifique, est plutôt le résultat, de mes observations personnelles et de mes résultats. Je n’ai pas la prétention de connaître l’alimentation des cerfs de virginie à 100%, mais par contre, j’ai la conviction de la connaître en situation de chasse.
À vous d’essayer maintenant de les suivre par le ventre. J’espère par cette histoire vous a allumé sur l’importance de la nourriture humide dans votre recherche de site de nourriture à chevreuil durant votre chasse. Car après tout, une nourriture humide se digère mieux qu’une nourriture sèche.

Mangez-vous vos céréales avec ou sans lait ? ;-)

Bonne chasse.
  • Charles-Henri Dorris
    Formateur spécialisé
    dans la chasse au chevreuil
     

6 juin 2010

Pour de plus amples informations sur les cours offerts :
Lesdorris@hotmail.com
819-293-6494

 

5ème article :

Le rattling

J’étais perché à 28 pieds dans un arbre depuis environ  45 minutes, quand j’entendis au loin des bruits ressemblant à quelqu’un  qui frappe 2 objets de métal très fort l’un contre l’autre. Après avoir écouté cela pendant un bon 10 minutes, je constatais que les sons se déplaçais de gauche à droite dans le champ de blé d’inde encore debout que je surveillais. Je fini par me convaincre qu’à 6h45 le matin du 6 novembre il ne pouvait s’agir que d’un combat de deux chevreuil mâles. Bien que dans le passé, j’avais souvent eu du succès avec la méthode d’appel qu’est le rattling, jamais, avant ce 6 novembre 2005, je n’avais été témoin d’un combat.


À l’aide de mes jumelles, j’ai pu réussir à voir les 2 combattants pendant quelques brèves secondes. Les plants de maïs sa faisaient brasser comme des petits brins d’herbes. J’ai eu beau essayer d’attirer les 2 bucks à portée d’arc  avec mon propre rattling mais en vain. Qu’à cela ne tienne, 5 jours plus tard, à seulement 100 mètres de ce même perchoir, je tuais mon septième buck  récolté avec le rattling.

Le rattling est de loin, selon moi, la meilleur méthode d’appel qu’un chasseur de chevreuil peut utiliser. Cependant, quelques règles de base doivent être connues pour ne pas se décourager lors de l’utilisation de cette technique. Dans les prochaines lignes, je vous livrerai quelques unes des mes observations et connaissances sur le sujet.

Depuis que je m’intéresse aux cerfs de virginie, j’ai lu bon nombres d’étude ce gibier. Il fut un temps ou aucune chronique portant sur le cerf ne m’échappait.

Que disent les études sur l’effet de l’imitation de combat de buck.

Les études dont j’ai pris connaissances ont prouvé une chose bien concrète en ce qui concerne les heures propices à la méthode d’appel du rattling. Le matin remporte tous les honneurs face aux réactions des mâles. La période se situant avant 9h00 le matin est encore meilleure que plus tard durant l’avant midi. Personnellement au Québec, toutes mes récoltes ayant été faite avec le rattling l’ont été avant 9h00 le matin. De plus, le rattling fonctionnera mieux à l’arrivée d’un front froid. Un autre facteur qui fut prouvé par les études et mes observations personnelles, est la présence d’un couvert nuageux complet. Cela augmentera vos probabilités de réussite.

Mais encore, où devriez-vous vous installer pour tenter d’imiter un combat dans le but d’attirer un buck ? Les meilleures places pour réussir avec cette technique seront près des sites nourriciers des femelles .Ils faut déterminer d’avance ou serons vos femelles au petit matin. Inutile de faire du rattling où il n y a pas de femelles. S’il n’y a pas de femelles dans les parages, il n’y aura pas de compétition. Autre facteur à considérer : un ratio mâle/femelle qui va de, équilibré à un ratio de 1 mâle pour 4 femelles  est un bon ratio pour espérer obtenir du succès avec le rattling. Dans le cas contraire, il n’est pas impossible d’obtenir des réactions, mais de façon vraiment plus sporadique. De plus avec un ratio très débalancé en faveur des biches adultes, le rattling pourrait fonctionner mais avec des approches différentes.

J’offre de la formation sur la chasse aux cerfs de virginies depuis maintenant 5 ans. Durant ces formations, je rencontre beaucoup de chasseurs. Voici quelques observations que j ai pu faire au sujet du rattling en discutant avec de nombreux chasseurs.

Les défauts

Le succès n’arrive pas assez vite. Souvent, les chasseurs essaient le rattling que 2 ou 3 fois durant leur carrière. Pour avoir du succès il faut l’utiliser de façon régulière, à chaque sortie de chasse. Le même principe que pour appeler l’orignal. Un chasseur d’orignal appellera la bête tous les jours de sa chasse et ce, autant le matin que le soir. Pourquoi ne pas en faire autant pour le chevreuil. Pour avoir personnellement récolté 9 bucks à ce jour en utilisant le rattling, je peux vous dire que jamais je ne partirais à la chasse sans ma paire de bois préférée.

Un deuxième défaut, c’est le choix des bois. En un certain temps de la saison, il est important de comprendre que certains bucks voudrons défier les combattants, même si le son des bois n’est pas exact ou autrement dit, naturel. Avez-vous déjà remarqué, quand vous avez abattu votre chevreuil que les bois sont plus tôt bruns pâles et humides et que quelques jours plus tard, les bois blanchissent en séchant. Le son provoqué par des bois humides n’est vraiment pas aussi clair et sec que les bois secs. Un trempage d’un  minimum de 48 heures est requis pour humidifier les bois. Faites en le test et vous serez surpris de la différence. Par contre de nos jours plusieurs amateurs ou pro de la chasse utilisent avec succès des bois synthétiques. Le choix du matériel utilisé pour ces bois synthétiques donne un son qui ressemble beaucoup à ceux des bois humide. En plus ces bois sont plus légers. Dans le même ordre d’idée la grosseur des bois est tout aussi importante. Personnellement, j’utilise des bois massifs provenant d’un mâle de 10 pointes relativement longue. Le panache en question obtient un score Boone and Crockett d’environ 140 points. Il ne faut pas avoir peut de prendre des gros bois. Bien des chasseurs à qui je parle de rattling me posent la même question. «N’as-tu pas peur de faire fuir les jeunes mâles avec cela ?» Sachez une chose justement, ce sont les jeunes mâles qui répondent le mieux au rattling par leur curiosité et leur audace à vouloir venir voler la biche pour laquelle les combattants sont au prise. Pire que cela certain guide et pourvoyeur de l’ouest canadien préfère ne pas faire de rattling en présence de client pour éviter la tentation d’abattre un sujet trop petit. Notez que les vrais gros mâles sont rarement faciles a attirer avec le rattling. Les mâles d’un maximum de 3 ans et demi sont les plus vulnérables au son des combats.


Le troisième défaut est celui relatif aux séances trop courtes et trop faibles. Les mêmes études auxquelles je faisais allusions plus haut ont démontré que les séances agressives et longues d’environ 2 minutes donnaient le plus de résultats. Allez-y à fond. J’aime le rattling très agressif. Autant au Québec que dans l’ouest j’ai obtenu mes meilleurs résultats en imitant un combat à la mort. J’effectue des séances de 2 à 3 minutes suivies d’une pause de 10 minutes, suivies du même manège, pendant une heure. Suite à cela, j’attends 30 minutes et je recommence. Lorsqu’il y a présence de mâles à portée auditive du combat, les chances sont bonnes qu’ils tentent d’investiguer la scène. Surveillez vous les amis, car un buck excité qui s’en vient au combat arrive souvent très vite. J’ai toujours mon arme en main suite à une séquence de rattling. Il m’est déjà arrivé de me faire prendre à ma deuxième séance avec les bois dans les mains par un buck qui me reluquais à 28 pieds de moi.

Je fais du rattling dans mon stand et ce, parfois même à 35 ou 40 pieds de haut. L’important  est d’attacher les bois à une corde qui est capable de toucher le sol. Suite à chaque brassage de bois dans mes mains, je glisse les bois vers le sol. Deux minutes plus tard, je fais sauter les panaches en l’air pour qu ils cognent le sol très fort et que les bois s’entrechoquent. Cette technique peut, dans certains cas, donner le coup de grâce si un mâle est attiré mais demeure sous couvert afin de voir et sentir les sujets sur place. Quand le sol est gelé, le fait d’envoyer les bois fort vers celui-ci imite très bien les pas nerveux et agités des deux combattants. Mais même sans cette dernière petite approche, j’ai récolté et vu plusieurs bêtes en étant perché à plus de 24 pieds en l’air. N’en demeure pas moins qu’être au sol est l’idéal. Mais votre odeur corporelle peut vous trahir.

L’idéal mais...

Certaine études ont démontré que le fait d’être perché permettait au chasseur de voir plus de buck que s’il était installé au sol. Par contre, vous pouvez aussi utiliser la méthode de chasse avec un intercepteur. Placez un tireur à plus ou moins 100 mètres sous le vent de votre position et pratiquez la méthode d’appel du rattling.

En terminant, si vous n’avez jamais expérimenté le rattling, n’attendez plus ! Cette technique de chasse augmente l’excitation et la satisfaction de la récolte de façon incroyable. La récolte sur un site appâté n’apporte rien de comparable à l’utilisation de cette technique.

Bonne chasse !



  • Charles-Henri Dorris
    Formateur spécialisé
    dans la chasse au chevreuil
     

6 juin 2010

Pour de plus amples informations sur les cours offerts :
Lesdorris@hotmail.com
819-293-6494

 

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