Les chroniques d'Alain Jr. Madore
8 octobre 1998
Nous sommes à trois jours de l’ouverture de la deuxième saison de chasse à l’arc dans la zone 7. C’est la saison que j’attends avec impatience depuis des mois, parce que c’est la période qui coïncide normalement avec la fin du pré rut et la période du rut chez le chevreuil. Pour ceux qui s’adonnent aux techniques d’appel et à l’utilisation de leurres olfactifs c’est lors de cette période précise que la réponse du chevreuil et son intérêt pour ces techniques est à son apogée. De plus, cette saison 1998 s’annonce très bonne, car les dates de chasse couvrent, pour une des rares fois la période du pré rut.
C’est pour cette raison que j’arrive tout juste du bois. J’ai fait aujourd’hui une petite tournée sur mon territoire question de voir ce qui si est passé depuis deux semaine. Mais il n’y avait à mon grand étonnement aucun signe réel d’activité, aucun grattage, aucun frottage sauf ceux laissés lors de la perte des velours en début de saison qui sont normalement des arbustes branchus qui ont subi un mauvais sort ayant les branches cassées contrairement aux frottages territoriaux qui sont des arbres de différentes grosseurs qui sont frottés ou même épluchés.
J’ai malgré tout décider de provoquer les choses en simulant trois grattages autour de mon mirador car je sais que ce territoire est normalement occupé par un buck dominant et sûrement pas n’importe lequel. Vous auriez dû voir les frottages qui étaient sur ce territoire l’année passée. Des cèdres, mais pas n’importe quels cèdres. Au bas mot, six à dix pouces de diamètres. Tout bon chasseur sait très bien que seul un gros buck dominant possédant un panache de grande envergure peut laisser une telle signature. Un frottage sur une jeune plaine ou encore un petit sapin peu très bien être fait par ce même buck que par un jeune daguet ou spike, si vous préférez. Pour produire mes faux grattages j’ai utilisé deux leurres odorant, le premier étant un gel de buck territorial que j’ai appliqué dans mon grattage et sur une branche au dessus de celui-si et l’autre étant une urine de femelle en chaleur que j’ai disposé sur un terreau hydrofuge qui garde l’urine en surface. Le tout, bien sûr disposé dans un grattage d’environ 1.5 pieds par 3 que j’ai fait à l’aide d’une branche d’arbre cassée. J’ai effectué ces grattages dans une forme triangulaire à environ dix à quinze mètres de mon mirador, dont deux directement dans des sentiers très utilisés par les chevreuils qui vont se nourrir dans un champs de maïs à environ 40 mètres de mon mirador.
Le lendemain,
Je décide donc de retourner sur mon territoire pour voir si je pouvais trouver des signes d’activités frais, car selon la date de la nouvelle lune qui sera le 18 nov. le pré rut devrait être commencé ou sur le point de commencer. Une surprise m’attendait à mon arrivée et tout une !… Je n’avais plus trois grattages mais bien cinq grattages. Mes trois grattages avaient été retouchés et deux de plus apparaissaient au sol. C’est donc avec fierté que j’ai rafraîchi tous les grattages et j’ai quitté le territoire en essayant de laisser le moins de traces possibles. J'attendais le samedi matin avec impatience.
Samedi matin,
Il est 5h30 du matin. Mon compagnon de chasse passe me chercher et tout en nous rendant à notre territoire, je m’empresse de lui raconter en détail ma surprise du jeudi. Arrivés sur les lieux, on s’habillent, sortons tout l’attirail car j’ai mon arc, mes calls, mes leurres et mon sac à dos contenant ma caméra vidéo ainsi que mon support pour celle-ci. Marc n’en revient jamais de tout le matériel que j’apporte avec moi.
Le soleil commence à apparaître à l’horizon en même temps que nous atteignions le champ de maïs qui nous sert de chemin d’accès à nos miradors. À peine une centaine de pieds plus loin, quand surprise, on peut apercevoir un bon nombres de silhouettes de chevreuils au loin dans le champs. Après quelques minutes d’observation nous prenons la décision de retourner sur nos pas et d’utiliser le sentier dans le bois. Mais que ferions nous pour un chevreuil ? Le sentier était presque impraticable suite au verglas qui a fortement touché notre région. Ce trajet dura une heure au lieu de vingt minutes pour finalement apercevoir mon mirador.

C’est donc avec douceur que nous franchissons les derniers mètres. Rien ne semble occupé l’endroit. Quand, comme un fantôme venu de nulle part, apparaît juste devant nous parmi les jeunes repousses à l’endroit précis de l’un des mes grattages, un chevreuil ! Et tout un !
Nous avons eu tout juste le temps de bien voir le panache de ce monstre comme il empruntait notre sentier en direction contraire bien évidemment pour disparaître !
Je venais de voir l’auteur des ces frottages si imposants. Ma tactique fonctionnait mais je doutais d’avoir la chance de le revoir bientôt, car normalement, c’est ce genre de buck ou plutôt machine de survie qui devient nocturne à la moindre présence humaine.
Comme vous pouvez l’imaginer, ma journée de chasse fut longue et pénible étant hanté par cette vision de ce trophée. Nous avons quand même vu des chevreuils et des bucks mais qui ne me disait tout simplement rien suite à cette aventure. Le soir venu, je voyais toujours ces images dans ma tête et la nuit s’annonçait longue. Elle fut si longue que le matin venu, mon compagnon ayant attendu et même frappé à plusieurs reprises à la porte, était parti sans moi. Tout à coup me réveillant en sursaut j’aperçois l’heure 5h50 !… je me lève, m’habille à toute vitesse, ramasse mon arc et au diable la caméra j’ai raté ma chance de toute façon. C’est avec surprise que Marc me voie arriver pendant qu’il s’habille. Je lui raconte mon cauchemar pendant que j’enfile mes vêtements de chasse. Arrivé au champ de maïs, le soleil est déjà levé et on aperçoit encore les chevreuils qui sont là à manger. Marc me regarde et me dit : «qu’est-ce qu’on fait ?» « On continu» que je lui réponds ! Le pire qui peut arriver, c’est qu’ils vont fuir vers le bois ! Tout en avançant, une femelle se lève la tête, elle vient de nous voir ! Puis une autre et une autre et oups… un buck !… Un magnifique huit pointes qui vient de se lever et un autre tout aussi imposant. Que faire ?… Tout juste le temps de se regarder que les deux bucks sont déjà en direction du bois et les femelle emboîtent le pas une à la suite de l’autre. Maintenant il n’y a plus de problème... il n’y en a plus un seul.
Je rejoignis donc mon mirador vers 6h45. Le temps de rafraîchir mes grattages et de grimper, il était finalement 7h00.
Une demi-heure passa, le silence complet mis à part les écureuils qui s’engueulent comme à l’habitude. C’est donc après cette période d’attente (car je patiente toujours au moins 30 minutes avant de faire quelques bruits que se soit) que je décide de faire une séance de rattling, plus précisément de sparring. Cela signifie, un rattling léger comme deux bucks qui s’entraînent en vu des gros combats du rut. À peine une première séance terminée, j’entends un buck qui se frotte le panache dans les branches. Non ce n’est pas vrai !.. Pas une deuxième chance !…
Quelques secondes de silences et je fais entendre deux petits grunts courts !… Quand, tout à coup j’entend le buck me répondre en s’avançant dans ma direction. Quelle surprise quand j’aperçoit ce monstre apparaître au même grattage où il m’avait quitté la veille. Il s’y arrête et quel spectacle, il urine et se met à gratter le sol. On aurait dit un souffleur à neige. La terre s’élève deux ou trois pieds dans les airs et tout ça devant mes yeux à peine à quinze mètres. Puis, il continue son chemin dans ma direction. «Le prochain arrêt, c’est le bon» me dis-je.« Ne regarde plus le panache et concentre-toi !» Comme il se dirige au deuxième grattage, j’étire mon arc… Puis, plus que deux ou trois mètres… Il est là, avançant parfaitement, positionné à 90 degrés. 
Je place ma mire de dix mètres derrière la patte dans le tiers du bas et décoche flutchhh…Dans le mille. La flèche fait une pénétration complète. Le buck fait deux sauts et s’arrête comme s'il se demande ce qui vient de se passer. Il se met tout à coup à osciller comme si il avait pris un verre de trop et tombe. Mon cœur se met d’un seul coup à battre à un rythme d’enfer… «C’est pas vrai !» Il est là, à pas plus de trente mètres, couché sur le sol. Je me rassoie sur mon mirador regarde
l’heure 7h55 et repense à toute cette aventure qui finalement prend la tournure d’un rêve plutôt qu’un cauchemar.
Quelques minutes passent qui me paraissent des heures quand je décide d’aller rejoindre Marc, mon compagnon de chasse. Lorsque j’arrive non loin de son mirador, Marc me fait signe qu’un chevreuil n’est pas loin. Je continue en lui disant que ce n’est pas grave car la chasse est fini pour ce matin. Il me regarde d’un air songeur. Il me dit alors : «c’est toi qui as tiré ? Je crois que je t’ai entendu tout à l’heure». Il y a au plus 750 pieds qui nous séparent et on aurait pu entendre une mouche voler ce matin tellement c’était tranquille. «Puis, c’est quoi ?» «Bof ! un six pointes !… C’est fait !… de toute façon je n’aurais jamais revu mon gros buck d’hier» Un peu surpris, Marc descend et on se dirige aux camions pour ramener les arcs et chercher les cordages. Je lui raconte du même coup mon histoire tout en gardant le six pointes comme résultat. Rendu à mon mirador, je regrimpe pour ainsi indiquer à Marc la direction où serait parti mon buck. Marc se dirige dans cette direction quand j’entend tout à coup, «il est là !.. Calvaire ! As-tu vu la grosseur !… Un six pointes hein !… J’aurais du m’en douter !» Puis, je le rejoins et reprends mon récit tout en admirant ce magnifique 11 pointes de 22 pouces et quelques de largeur qui fut mesuré à 152.75 net Pope & Young.

Ce fut une chasse mémorable qui restera marquée dans ma mémoire à jamais. Le seul malheur fut de ne pas avoir ma caméra. Les images auraient été tout simplement superbes. Ce sera pour une prochaine fois !
Alain jr. Madore
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