Les chroniques d'Alain Jr. Madore
Pris les culottes à terre !…
Le 20 Nov. 2001 il est 11h45 .
Tout va mal, je reviens chez-moi après un avant midi de chasse infructueuse. À vrai dire depuis la dernière fin de semaine il ne se passe plus rien et je viens de m’apercevoir qu’on m'a volé mon VTT en mon absence ce matin. Je me dis que la chasse c’est fini pour cette année.
Je dois vous dire que depuis le début de la saison, j’ai vu et filmé des bucks magnifiques mais mon objectif était cet empereur qui se promène sur un de mes territoires en me laissant des signes dignes de sa magnifique ramure, douze pointes symétriques d’une ampleur à faire rêver ainsi que deux magnifiques pointes retombantes qui, je me dois vous le dire, lui donne toute sa prestance. J’ai eu la chance de l’apercevoir à quelques reprises depuis les trois dernières années. Je croyais même l’avoir récolté en 1998. Mais c’est plutôt là que je l’ai aperçu pour la première fois, et ce à ma grande surprise, après la saison en allant chercher mes miradors ( Je vous raconterai ma saison 1998 dans un prochain article). Revenons à nos moutons, euh ! Chevreuils… Comme je le disais, tout allait mal car ma saison allait de malchance en malchance. Aucun de mes partenaires réussissait à avoir un tir parfait tout en filmant. Quand vous verrez les bucks qu’on a vu... des huit pointes et des dix pointes, c’est déprimant ! Donc, étant infructueux à filmer mes partenaires, cela signifiait moins de temps pour moi à chasser. Puis la malchance continuait, obligé de travailler la fin de semaine d’ouverture de la vraie saison, celle du Rut et de plus, des intrus sur mon territoire occasionnant ainsi une pression de chasse non prévue ! Tout allait à merveilles.
Puis arrive ce 20 Nov. C’en était trop !.. J’abandonne !.. Ma saison est FINIE !…
Frustré, je rente chez moi pour voir mon fils et ma conjointe (qui va être contente d’apprendre ça, la fin de ma saison et non mon VTT disparu.)
Ce même après-midi, il est environ 14h00, ma conjointe me dit d’aller prendre un peu d’air ! Ça ferait sûrement passer ma mauvaise humeur. Puis, je me retrouve dehors et pas beaucoup de temps devant moi pour planifier quelques choses d’intéressant. Je décide dons d’aller voir le territoire chez un de mes bons copains à Wickam. J’arrive sur les lieux. Il est déjà presque 15h00, plus précisément 14h40. Je traverse la partie de terre cultivée puis j'arrive à un endroit que j’aime beaucoup : "la bouteille de bois". Ce que je veux dire par "bouteille de bois", c’est une partie boisée reliée au grand bois qui entre parmi des terres cultivées. C’est un endroit stratégique pour un buck. Il peut ainsi observer ce qui se passe au champ sans se montrer le bout du nez, sauf la nuit tombée. Et Dieu sait qu’un gros buck occupe le territoire et il y a moi qui s’en doute un peu. Il y a des traces qui voyagent d’une île de bois voisine à la bouteille pour ainsi joindre le grand bois. Mais il y a un problème... l’heure. Il est 14h50, pas question de déranger cette petite partie de bois car si quelque chose s’y trouve, il n’y restera pas longtemps. Je décide donc de ne rien déranger et de m’installer sur un monticule de branches et de terre laissée par les travaux d’irrigation.
Je me fais une cache de fortune avec des branches, installe ma caméra vidéo et me voilà prêt à peut-être voir ce qui fait ces fameuses traces. 15h10, ne pouvant rester à rien faire, je me décide à faire une séance de rattling, car il y a un léger vent qui est en ma faveur. À peine quelques minutes plus tard, j’aperçois quelques choses à l’orée du bois. Non... pas déjà un chevreuil ! C’est plutôt de la neige qui commence à tomber et ça se dirige vers moi. Je relève donc mon collet de manteau et m’écrase bien au chaud pour attendre patiemment.
Tout à coup, j’entends un bruit juste à côté de moi, je me sors la tête de mon collet puis, quelle surprise, un magnifique buck est là à peine 50 pieds de moi, debout dans les labours. Il sort tout juste de la bouteille de bois et cherche qui sont ces intrus dans son territoire. Le temps que je me réveille un peu. Qu’est-ce que je fais ? J’active la caméra ou je m’épaule pour tirer. Les secondes passent, puis Monsieur Le buck décide d’avancer pour aller voir plus loin. Je n’ai pas d’autre choix, j’épaule car si je filme, je n’aurai probablement que des images. ( C’est ça les plaisirs de faire de la vidéo.) Un coup épaulé, je positionne le réticule de ma lunette sur Monsieur et qu’est ce que je vois ? Un V blanc, un cou et un derrière de tête portant un magnifique rack. Plus il avance, plus je me dis qu’il faut que je provoque les choses car je ne peu tirer avec le chevreuil dans cette position et être sûr de mon coup. Je décide donc d’émettre un bleat de femelle ( cri de la femelle ). Monsieur s’arrête sur le coup ! Puis se retourne. Parfait le coffre est là et Bouuum….
Pouha! La fumée me revient au visage car j’ai tiré face au vent. Lorsqu'elle se dissipe, j’aperçois Monsieur le buck légèrement plus écrasé mais embrayé comme un 4x4, la queue collée aux fesses qui avance pour rejoindre l’autre extrémité du labour. Puis il disparaît !
Je suis sûr de mon coup. Il y avait à peine 80 pieds qui nous séparaient et à voir sa démarche, il n’y avait aucun doute que mon fusil Knight, calibre 50, avait fait son boulot. Je dois dire que j’étais content, car c’était la première fois que j’avais la chance de l’utiliser moi-même pour abattre un gibier. Je possède des fusils à poudre noire depuis plusieurs années mais j’ai seulement vu mon père et quelques copains de chasse avoir du succès avec eux ayant toujours eu du succès à l’arc par le passé.
Environ quinze minutes passent puis, je me décide à aller jeté un coup d’œil pour voir s'il y a bien du sang. Et oui du sang, des poils et les traces changeantes de Monsieur Le buck. Et quelles traces ! Je suis maintenant convaincu que c’est un gros buck car la distance entre les traces arrières et celles avant sont assez distancées et ne se rejoignent pas. Tout en dissipant ce rush d’adrénaline... «j’y pense mon VTT !»… Je dois rejoindre quelqu’un pour me donner un coup de main. Tout en laissant tout le temps voulu à Monsieur Le buck pour s’endormir en paix, je me dirige vers la maison de mon copain pour trouver de l’aide. Je sais, on devient lâche un peu avec la technologie. Mon grand père ou son frère aurait embarqué sur leur dos leur trophée et l’aurait ramené avec honneur !
Rendu chez mon copain... Surprise, il n’est pas là. Seulement sa femme et sa fille sont présentes. Je tente donc de rejoindre un autre de mes copains passionnés de chasse comme moi. Il me dit qu’il arrive dans deux minutes !.. Il faut au moins qu'il prenne le temps de se rendre. De plus je lui ai seulement dit que j’avais tiré un beau buck pas plus.
Une vingtaine de minutes plus tard j’aperçois mon copain qui arrive. Puis, il me dit : " Yé-tu gros ?". " Je ne sais pas trop" que je lui réponds. J’ai eu le temps de manigancé une histoire avant son arrivée. Tout en lui racontant mon aventure, nous nous rendons sur les lieux. Son fils nous accompagne tout attentif lui aussi ayant récolté son premier buck à l’arc cette année. Il était fait comme on dit. Il était atteint du virus du buck !
Une fois sur les lieux, on aperçoit deux chasseurs dans le champ même où était mon buck. Ah non ! Pas encore une malchance. Les deux chasseurs étaient des connaissances, des compagnons de chasse qui possèdent des territoires voisins à mon copain. Ils nous racontent qu’ils viennent de tirer un buck qui traversait le champ en boitant, il y a à peine 15 minutes. Le doute m’envahi tout d’un coup… "Non c’est pas vrai !", me dis-je en me dirigeant subitement vers l’endroit où a disparu MON buck. Tout en avançant, je remarque des traces et du sang qui me remet en confiance. Puis les détails qui me sont apportés m'indiquent que se n’est probablement pas MON buck. Les "flash light" allumées, on avance pas à pas sur le sang. Nous avons déjà franchi environ 200 pieds depuis le lieu d’impact. Tout en avançant, je distingue la direction des traces qui se dirige directement vers le fausset de ligne. Je me dis alors qu'il faut qu’il soit là car si tout est comme prévu il ne devrait pas être loin. Yéeee!..
Il est là, étendu de tout son long, juste de l’autre côté du fausset. Denis me dit comme je lève la tête de Monsieur Le buck . « Je ne sais pas trop ?.. J’aurais du m’en douter avec toi !»
Monsieur Le buck porte huit belles pointes égales et une belle pointe retombante sur la corne de gauche. Il y a aussi une petite pointe de chaque côté qui ne fait cependant pas un pouce comme le demande le ministère de la faune. Son envergure intérieure doit faire vingt et quelques pouces et les bases, tout prêt de six pouces.
Quelle joie de voir ce magnifique buck... mais en même temps quelle déception car je n’ai pas les images encore une fois ce qui étaient mon objectif (vous comprendrez en lisant le récit de ma chasse en 1998 ). Mais finalement, je crois que le 20 novembre est une belle date et qui il y a un Dieu ou peut être mon grand-père qui nous guette là haut !…..
Alain jr. Madore
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