Un exclos à sapin transformé en piège mortel

Article de Patrick Veilleux

L’homme dans un besoin constant de performance, fait face à des augmentations de coûts de production tel le pétrole, la main d’œuvre et les divers produits et équipements qui par le biais de l’augmentation du pétrole subissent eux aussi des augmentations significatives. L’agriculture n’échappe pas à ce concept. Toutefois, celle-ci se voit également dépendante des agissements de la nature : les précipitations, les heures d’ensoleillement et la température elle-même constitue une partie intégrante de l’équation rendement. Depuis quelques années, l’absence d’hiver rigoureux sur une base régulière, de meilleurs plans de gestions ciblés par zone ainsi qu’une agriculture bénéficiant du besoin de la performance de l’homme, ont contribués au développement démographique des populations de chevreuils au Québec. Cette population grandissante soustrait des points au rendement souvent obligatoire des PME agricoles du Québec. Nous nous attarderons dans cet article a un cas particulier dont le produit fini est le sapin de Noël.

Pour se prémunir des agressions et du surbroutage des tiges annuelles, les producteurs ont plus souvent qu’autrement recours à des clôtures à chevreuil d’une hauteur qui varie de 7 à 10 pieds. Ces clôtures, placées tout autour du champ de sapin, ont simplement pour but d’empêcher les cerfs d’accéder aux sapins. Malheureusement, parfois l’inverse se produit et les cerfs qui ont su pénétrer dans l’enclos demeurent prisonniers de celui-ci.

Au début du printemps 2008, j’ai entrevu des chevreuils qui gambadaient dans un enclos à sapin de Noël. Ne trouvant pas normal la présence des cerfs à l’intérieur, j'ai approché. Après avoir presque atteint la clôture de 8 pieds de haut, j’ai constaté qu’il y avait des carcasses qui y jonchaient le sol. Intrigué, je pris sur moi de pénétrer dans l’enclos afin d’en avoir le coeur net. Le pire m’attendait, maintes carcasses étaient ci et là, tous étaient morts de faim, de prédation ou s’étaient blessées mortellement en tentant de s’évader. J'ai compté près d’une vingtaine de cerfs trépassés.

Les carcasses qui jonchent le sol sont omniprésentes

Les cerfs adultes n'ont pas eu plus de chance que les jeunots

Vraisemblablement à bout, ce faon à rendu l'âme les pattes croisées dans la clôture

Plusieurs d'entre eux ont servit de buffet

La différence d'avancement de putréfaction entre les carcasses laisse supposer que cette atrocité à perduré pendant plusieurs semaines

Sur cette photo, l'on peut ressentir le niveau de panique des captifs par le biais de morceaux de panse sur la broche de la clôture à carreaux.

Je me permis de tenter de trouver la brèche qui avait laissé entrer tous ces chevreuils. C’est avec regret que je vis la barrière de l’enclos ouverte, l’erreur n’était pas intentionnelle mais belle et bien humaine. Les chevreuils entraient par-là mais ne savaient pas retrouver leur chemin de sortie. Atterré, je rentra alors chez moi pour y appeler la seule ressource pouvant réellement intervenir dans une telle situation, soit les agents de la faune. L’agent fut très courtois, je lui décrivit la situation et il me demanda avec précision le lieu et divers détails que je lui ai volontier relaté. La journée même, l’agent a été sur place pour confirmer mes dires, faire sortir les cerfs survivants qui restaient, fermer la barrière et rencontrer le propriétaire du champ en question. Le propriétaire était navré et n’avait aucune connaissance sur ce qui s’était produit dans son enclos. L’agent a compté finalement 19 carcasses dans la superficie qu’il a parcourue. Dans ce dossier, l’agent m’a démontré la promptitude à réagir de son service, l’efficacité et bien entendu, son implacable politesse.

Emprisonné dans un tel enclos, les chevreuils se retrouvent sans ressources devant l’absence de nourriture de qualité, varié et de source d’eau. De plus, le couvert forestier absent ne leur permettait pas de s’abriter adéquatement. Pendant ma triste exploration dans l’enclos, j’ai vu à plusieurs reprises des traces de coyote et/ou de chien errant. Ces derniers avaient beau jeu, plusieurs cerfs ne pouvant s’échapper ont sûrement servit de buffet. La forme géométrique de l’enclos a certes une impacte sur leur capacité à retrouver la sortie. Une forme polygonale avec plusieurs coins leur est néfaste surtout quand la sortie n’est pas situé dans un de ces coins. La jointure de deux pans de clôture qui forment le coin, forment un entonnoir, si la sortie est dans un coin, elle sera donc beaucoup plus facilement retrouvé.

Comment éviter que de telle situation ne se produise :

Évidemment, la première recommandation est de toujours laisser la barrière fermée d’un tel enclos et de la refermer à chaque fois. Il est souhaitable d’avoir un enclos de formes régulières comme un rectangle ou un carré. De plus, lorsque cela le permet, il est avantageux de placer la barrière près d’un coin de l’enclos. Ainsi, si des cerfs pénètrent dans l’enclos, il sera beaucoup plus facile de les faire sortir étant donné qu’un coin agit à titre d’entonnoir. Il y a aussi une autre solution qui consiste à construire un sautoir leur permettant de sortir de l’enclos mais de ne pas y entrer. Sur l’autoroute 73 entre Saint-Joseph de Beauce et Beauceville, un tel sautoir a été conçu. L’autoroute étant clôturée pour éviter que les cerfs n’y accèdent, bénéficie d’un sautoir pour permettre aux individus qui malencontreusement se sont retrouvés sur l’empattement de l’autoroute, de retourner à la forêt adjacente.

En terminant, l’homme devant ses obligations de performer, avant d’imposer des infrastructures ou des changements à la nature, devrait toujours se demander quels impacts auront ses interventions et de quelles façons il pourrait minimiser les impactes néfastes de ses actions. Évidemment, s’informer à des gens connaissants dans le domaine, de la législation en placent dans la région sont des incontournables. Si l’on est témoin d’une atrocité du genre, n’hésiter pas à contacter les services de protection de la faune. La faune, la flore et l’eau sont toutes des ressources dont l’homme a tendance à oublier quelles sont tarissables et étroitement reliées à nous et nos agissements.

Patrick Veilleux

29 avril 2009

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