Arme à chargement par la bouche :
Les dix commandements du tir à 300 verges :
La maîtrise des tables balistiques.
Pour chaque combinaison de vitesse, poids et morphologie de projectile existe une table de tir qui décrit la trajectoire de vol de celui-ci. Étant donné la trajectoire courbe relativement prononcée des projectiles d’armes à chargement par la bouche, il est nécessaire de prévoir la chute du projectile en rapport avec la distance pour mieux estimer le point d’impact de celui-ci. Ceci implique que le tireur maîtrise exactement la vitesse moyenne de sortie du projectile à la bouche et qu’il possède la table de tir du projectile spécifique issue de cette vitesse mesurée. Pour ceci, il est utile d’avoir un chronographe et de mesurer sa vitesse moyenne sur une séquence de 5 tirs. Certains logiciels gratuits sur internet peuvent fournir la table de tir, où le tireur peut ajuster sa charge en fonction d’une vitesse déjà décrite par une table de tir provenant du fabriquant (Hornady et Barnes ont des tables de tir pour leurs projectiles).
Le tireur doit donc être capable de lire sur ces tables que son « zéro » étant à 100 verges (ou plus à son goût), et qu’il doit utiliser sa MIL-DOT de télescope pour corriger d’un nombre X de pouces à 200, 250 et 300 verges.
Pour obtenir une précision décente à ces distances élevées, l’arme doit présenter certaines qualités essentielles :
- Canon en-tolérance et uniforme sur sa longueur.
- Détente ajustée à basse pression avec très faible course pour minimiser le mouvement de la main lors du tir. La détente Accu-Trigger de Savage est incroyable.
- Scellement arrière de la culasse avec tolérance minimum pour minimiser le recul des gaz et favoriser une ignition instantanée.
- Crosse avec prise ergonomique pour favoriser la capacité de répéter le geste.
- Arme suffisamment lourde pour diminuer le recul qui évitera le recul anticipé (couramment appelé "flintch").
- Un bon bipode (ou croix de tir) permet de stabiliser le tir en situation de chasse.
Autrement dit, ce n’est pas nécessairement le fusil à 200$ en vente qui va pouvoir accomplir toutes ses fonctions. L’investissement dans une arme de bonne qualité avec de très strictes tolérances mécaniques permettent d’aller chercher le maximum du potentiel propulsif/projectile. Au risque de faire des mécontents; Thompson Center, Knight et Savage sont actuellement les seules armes permettant des tirs de la sorte. CVA commence à s’en approcher avec les nouveaux canons Bergara, mais les tolérances de la culasse et la détente de ces armes sont encore trop larges.
Le télescope
Comme l’arme, ce ne sont pas tous les télescopes qui peuvent permettre un tir à ces distances. Sans initier une discussion de marque de commerce, le télescope doit être de grande ouverture et très clair pour pouvoir clairement distinguer une cible qui devient minuscule à ces distances. Pour pouvoir bien identifier le point de visée à ces distances, un télescope avec un grossissement minimum de 14X avec MIL-DOT devient un outil indispensable. Il faut aussi que le tireur puisse ajuster la parallaxe du télescope à la distance du tir le plus exactement possible. Le tireur doit aussi bien maîtriser l’utilisation d’un réticule MIL-DOT (voir http://www.eabco.com/Reports/MildotRep01.htm). Certaines compagnies maintenant font des MIL-DOT modifiés très bien adapté aux muzzleloaders avec en exemple le Burris Ballistiplex 4.5-14X42. En l’instar d’un télescope à croix multiples MIL-DOT, un télémètre peut très bien faire l’affaire pour l’évaluation des distances.
Le projectile
Ce ne sont évidement pas tout les projectiles qui sont faits pour tirer à ces distances; certains ne sont tout simplement pas suffisamment aérodynamique et/ou stable en vol pour grouper convenablement à ces distances. Lorsqu’on veut tirer à ces distances, il faut dans un premier temps oublier les projectiles de pistolets; ceux-ci ont étés conçus pour des tirs à courte distance et pour une expansion rapide favorisant une pénétration maximale de moins de 30 cm à bout portant. Un pistolet est une arme d’autodéfense, et lorsqu’un individu tire sur une cible vivante (avec un projectile de pistolet genre Hornady XTP), il ne veut pas rendre inapte l’individu derrière la cible. Les projectiles à favoriser sont ceux avec une jaquette de cuivre et un embout en polymère de type « spitzer », et plus particulièrement ceux avec un « boat tail ». On pense ici aux Hornady SST, Barnes TMZ, Parker, Scopions PT-Gold, etc.… Le poids de ceux-ci a aussi une importance, ceci car le poids influence le recul ressenti, et le recul ressenti a une influence sur la précision. Après le premier tir de la série, si le recul est trop « frappant », le tireur a tendance à anticiper le recul des tirs subséquents et perdre de la précision. Règle du pouce, au-dessus de 300 gr, le recul commence à être désagréable et le « flintch » commence à être plus marqué. Un autre facteur important est le diamètre externe du projectile à sabot. Plus celui-ci est de gros diamètre, meilleur sera le scellement des gaz dans le canon et plus le sabot sera mince, et plus ceux-ci se s éparera rapidement à la sortie de l’arme favorisant une précision accrue. Il est donc actuellement avantageux de sélectionner des projectiles à sabot de calibre .45’’ en l’instar de ceux de calibre .44’’ ou .40’’. Les fabricants de sabot travaillent actuellement d’arrache pied pour développer des sabots se séparant rapidement à la sortie de l’arme tout en donnant la possibilité d’un projectile de plus petit diamètre avec un meilleur coefficient balistique, donc un avenir prometteur à ce niveau.
Ces derniers ont cependant aussi la fâcheuse tendance de développer (pour le chasseur moins courageux) des projectiles qui entrent librement dans le canon, ces derniers donnent un niveau de précision suffisant à moins de 100 verges et presque uniquement avec de la vrai poudre noire comme propulsif.
Il est aussi important de noter dans cette section que ce ne sont pas tout les projectiles précis sur cible qui maintiennent leur intégrité à l’impact sur un animal avec une vitesse au-dessus de 2000 FPS; en fait très peu d’entre eux en ont la capacité. Actuellement, les Barnes (de cuivre), les « Bonded » Shockweaves de Thompson Center et les Scorpions de Harvester sont le seuls connus de disponible facilement au Québec qui ont cette qualité jusqu’à des vitesses oscillants dans les 2300-2400 FPS.

Le propulsif
Au cours des dernières années, certains nouveaux propulsifs sont apparus pour ce type d’arme; certains étaient orientés vers les performances, d’autres vers la facilité de chargement, et d’autre vers le « marketing ». On parle de marketing pour ceux qui clament 5000 coups sans nettoyage et une précision redoutable; une bonne veille .308 ne fait pas ceci. Sans faire un développé exhaustif sur ceux-ci, il est bon de concevoir qu’une charge non compressée n’offre que peu de scellement des gaz d’ignition et des délais au bris de l’inertie du projectile (déplacement initial de celui-ci) . Ceci provoque une plus grande variabilité de vitesse à la bouche et une dispersion sur cible « haut-bas » plus élevée. Bien entendu, tout les propulsifs pastillés n’offrent pas de compression de la charge; ceci lié au vide d’air présent dans l’environnement de la pastille. Pour ce qui est des propulsifs à faible délai; le meilleur étant la vraie poudre noire. Celle-ci s’allume en clignant des yeux et offre beaucoup moins de variation de vitesse lorsque le canon est bien nettoyé entre les coups. La poudre noire est cependant très malpropre en combustion et offre des performances balistiques limitées. Lorsque combiné à un projectile-sabot standard, le Pyrodex P et le T7 FFFG offrent un déplacement initial très rapide avec des performances très acceptable, mais nécessite un entretien entre chaque coup. Le Pyrodex RS et le T7 FFG ont une montée en pression plus lente et plus variable, ceci sans offrir une pression moyenne réellement amoindrie par rapport à leur petit frère. Le nouvel arrivé BlackHorn209, lorsque combiné avec le système d’ignition approprié, offre un déplacement initial et montée en pression très rapide, une variabilité de vitesse très basse (ceci bien que la vitesse soit environ 10% plus élevé que tous les compétiteurs pour la même charge), sans avoir de nettoyage à faire entre les tirs. Ce propulsif nécessite cependant un entretien plus méticuleux du bouchon de culasse et un projectile fermement scellé dans l’âme de l’arme. Mes meilleurs groupements ont étés faits avec 120 gr de celui-ci et un projectile Scorpions PT-Gold; ceci avec une vélocité fulgurante de 2150 FPS… Ceci s’approche de très près de celle de la poudre sans fumée utilisée en conjoncture au fusil Savage 10ML. Il est aussi à noter qu’une charge élevée a tendance à ruer son tireur considérablement et de provoquer l’anticipation des tirs suivants.

Le train d’ignition
Un des paramètres les plus importants pour obtenir une précision accrue est le train d’ignition. Si celui-ci est trop faible, il y aura un délai d’ignition (ou une variabilité de l’ignition qui occasionne une variation de vitesse à la bouche) qui ne sera pas nécessairement audible, mais qui sera présente quand même. Au cours de ce délai, le tireur bouge légèrement, ce qui est problématique et occasionne une dispersion normalement « gauche-droite ». Lié aussi à cette variabilité d’ignition, une variation de vitesse du projectile à la bouche qui occasionne une dispersion « haut-bas ». Donc, toutes les belles publicités d’amorces plus faibles pour obtenir moins d’encrassement (Win T7, Federal Fusion, Rem Kleanbore, etc…) sont à prendre avec du recul. La théorie que le projectile commence à se déplacer avant l’ignition si l’amorce est trop forte et que l’encrassement augmente a été démolie scientifiquement à plusieurs reprises. En choisissant l’amorce la plus puissante, la dispersion diminuera considérablement. Les amorces suivantes sont très recommandées: Fed209A, Win209, Cheditte et CCI209M (ma préférée).
Le chargement
Le point le plus important de cette section est que le projectile doit toujours être assis fermement sur la charge propulsive. Chaque tireur a une force physique différente et une routine particulière, donc une méthode de chargement différente. La méthode en tant que telle (bien que certaines soient plus appropriées que d’autres), a beaucoup moins d’importance que la régularité de celle-ci. Ce qui est très important d’illustrer est que le tireur de précision effectue d’une façon routinière les mêmes gestes avec une exactitude accrue. Le tireur qui change de baguette de chargement, de propulsif, d’amorce ou de projectile d’une fois à l’autre ne pourra pas atteindre des tirs précis et régulier à longue distance. Même l’attitude mentale et la force physique ont leur importance; c’est donc rarement lors d’un mauvais matin (physiquement ou mentalement) qu’on atteindra les objectifs de dispersion à 200 ou 300 verges.
La technique de tir La technique de tir est exactement la même qu’avec une carabine moderne à quelques exceptions près. L’arme est souvent plus légère et le recul plus prononcé, ce qui occasionne souvent l’anticipation du coup pour les tireurs de carabine (pour laquelle le recul est souvent moindre). La position doit être confortable et stable avec la concentration du tireur à son apogée pour à chaque fois « serrer la crosse tranquillement avec son doigt sur la détente en retenant sa respiration de façon à ce que le coup qui part soit une surprise ». Un appui au tir est un outil indispensable pour ces distances, et le tir sans celui-ci ne permettra pas au tireur d’aller chercher son plein potentiel. Un article très intéressant sur le sujet résume bien les techniques. http://cc2847.jbo.ca/2847armee/Instruction/OREN406/OCOM05.asp
La pratique La seule phrase importante concernant la pratique pour le tir de longue distance est la suivante « avoir effectué le même geste des centaines, voire des milliers de fois ». Peu à peu le geste devient plus régulier, plus routinier, la combinaison de charge mieux ajustée, et la dispersion amoindrie. Les tireurs de longues distances vont souvent aux champs de tir et il n’est pas rare de les voir consommer 3 à 5 lb de propulsif annuellement. Mais quelle satisfaction d’effectuer un tir propre à longue distance sur un gros gibier lors du « moment de vérité ». Il ne faut pas oublier que la pratique est un élément important et agréable de la préparation d’une chasse; les après-midi au champ de tir sont rarement ennuyeuses…
La situation de chasse
Dans cette section, il est primordial de comprendre que tous les éléments discutés ci-haut doivent être réunis ensemble pour obtenir la meilleure combinaison arme-charge-télescope et réaliser qu’un gros gibier n’est pas une cible immobile… Autrement dit, il s’ajoute les facteurs suivants: inconfort lié aux intempéries, adrénaline lié au stress, possibilité de modification de la charge (contamination lente mais assurée par l’humidité de l’air), instabilité lors de tir d’un « three stand », etc… Donc les performances développées aux champs de tir seront amoindries. Le raisonnement suivant peut être utilisé pour déterminer la distance maximale de tir: La dispersion sur cible doit être inférieure de la moitié du diamètre du vital de l’animal chassé à la distance maximale de tir. Donc en assumant que le vital d’un chevreuil est de ± 10’’, la dispersion doit être sous 5’’ pour pouvoir effectuer un tir à cette distance. Si le tir provient d’un « tree stand » sans appui, on coupe encore de moitié la dispersion permise. En exemple: comme mon tir habituel à 250 verges oscille normalement autour d’une dispersion de 5’’, je me permets sur un chevreuil des tirs à 200 verges uniquement si je suis au sol avec un appui. Du haut d’un « three stand » sans appui, je ne dépasse pas 150 verges. Sur un gibier plus volumineux comme un orignal, il faut ajouter à ceci le facteur énergie cinétique, raison pour sélectionner un projectile plus lourd qui maintien bien son énergie cinétique à longue distance et raison aussi pour utiliser la charge la plus élevée possible afin de tirer avec une précision accrue. Il est donc primordial que le tireur maîtrise parfaitement son arme, maîtrise les balistiques de sa charge et les techniques d’évaluation de distance pour pouvoir proprement abattre le gibier à longue distance.

En Conclusion:
Mes charges favorites sont celles avec lesquelles je tire le mieux, et sont très différentes de celles de ma partenaire de chasse (ma femme). Mes limites de distances de tir sont liées à ma charge utilisée (combinaison poudre-projectile) et au nombre de pratiques effectuées récemment; ceci illustre donc que chaque individu aura ses propres limites de tir et que celles-ci seront différentes au fil des saisons qui passent. Il est uniquement du ressort de notre bon jugement et de notre esprit sportif de les respecter. Bon tir.
Mathieu Racette
13 avril 2009

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