PRÉDATION
Depuis maintenant
huit ans, je chasse le chevreuil environ 60 jours par année
dans des secteurs où abondent les prédateurs. En fait, le
seul endroit où j’ai eu la chance de chasser des chevreuils
sans prédation se trouve sur une île dans le milieu du Golfe
St-Laurent, Anticosti. Ailleurs, les prédateurs sont le quotidien
du chevreuil. En réalité, le chevreuil n’est nulle autre
que la proie la plus hautement convoitée par la plupart des
grands prédateurs du continent nord-américain incluant notre
Québec. Les biologistes et scientifiques qui observent, étudient
et gèrent les populations de chevreuils tiennent en considération
ce fait. Curieusement; ce concept semble beaucoup moins intéresser
les chasseurs. Pourtant la sécurité gouverne presque tous
les comportements du chevreuil. La nourriture passe en second.
De fait, un chevreuil abandonnera la meilleure
nourriture disponible pour ce rabattre sur un lunch de deuxième
catégorie qui lui offrira une sécurité en béton.
Pour nous, chasseurs, connaître le chevreuil comme proie ne
peut qu’être profitable puisque, à chaque automne, nous
sommes l’un de ces plus sérieux prédateurs. Dans cette
article, je discuterai des effets de la prédation sur la
population générale de chevreuils et plus concrètement de
l’effet des prédateurs directement sur les
comportements des chevreuils pendant la saison de chasse.
Une liste complète des prédateurs possibles du chevreuil
pourrait en surprendre plusieurs. En effet, poser la question
à une salle comble de chasseurs, le loup, le coyote et
l’ours seront en tête de liste et habituellement les seuls
mentionnés. Ajustons cette liste selon l’endroit où le
chevreuil se trouve. En effet, le renard roux devient un prédateur
efficace durant les premiers jours de la vie des faons; à
Anticosti à tous le moins. Le lynx du Canada et le lynx roux
font de même sur le continent. Le couguar dans l’ouest
survit grassement sur un régime à haute teneur en chevreuil
et vous pouvez pariez que si nous entendons parler de plus en
plus de la ré-apparition du couguar au Québec, la récente
explosion des densités de population de chevreuils est
sûrement un incitatif. En voulez-vous d’autres ? Un pékan
mâle n’a aucun problème à se régaler d’un faon d’une
semaine ou moins. En Floride, on documente plusieurs cas de
crocodiles et d’alligators qui capturent des chevreuils
venant s’abreuver. Dans notre cas, nous nous en tiendrons
aux canidés et à l’ours noir.
Effets
sur les populations de chevreuil.
En écologie animale, nous savons que la proie et le prédateur
sont étroitement liés, à l’occasion le prédateur dépend
beaucoup plus de la proie tandis qu’à d’autres occasions
c’est l’inverse. Beaucoup d’exemples existent en littérature
scientifique où les prédateurs ont eu un effet considérable
sur les populations de proies disponibles dont le chevreuil.
Près de nous, nous n’avons qu’à nous rappeler de l’épopée
du chevreuil en Gaspésie durant les années 90. Plusieurs ont
crié au scandale devant l’inertie des instances
gouvernementales suite à l’effondrement de la population
de chevreuils face à l’envahissement territorial par un
super prédateur qu’est le coyote. Avec le recul, on
s’entend maintenant pour dire que cette effondrement est
plutôt un malheureux mélange de deux autres circonstances
qui ont favorisé l’établissement de ce prédateur au point
de presque éliminer complètement le chevreuil de toute la péninsule
gaspésienne. En réalité, l’abattage abusif des résineux
dans presque tous les ravages ancestraux fut le premier pas
vers l’étacompe. Aujourd’hui, la Gaspésie et le
Bas-St-Laurent sont devenus le royaume de l’orignal et cela
pour encore une bonne trentaine d’année au moins.
Tant que les forêts n’auront pas eu le temps de vieillir, la
rigueur de l’hiver sera le facteur déterminant suivi par la
prédation provenant des populations de coyotes.
En réalité, il est très difficile de départir clairement
qui de la qualité de l’habitat, de la rigueur de l’hiver
ou de la prédation a le plus d’effet sur la population de
chevreuils. Nous avons plutôt affaire à un système complexe
étroitement relié dont le prédateur, certaines années,
tire partie des deux autres éléments tandis que d’autres
années, il en sort perdant. Certains modèles décrivant les
relations prédateurs-proies sont particulièrement bien
établi chez les chercheurs spécialisés sur la question.
Dans les cas qui nous intéressent, soit des populations
d’ongulés à faible densité bien en bas de la capacité de
support du milieu, les populations de chevreuils sont
souvent contrôlé par les prédateurs (le coyote et le
chasseur) puisque dans beaucoup de régions plus nordique du
Québec, nous avons affaiblit un paramètre important pour la
survie du chevreuil en hiver soit le couvert forestier des
ravages. Les prédateurs peuvent décimer des populations de
proies dans des contextes précis comme la Gaspésie. Mais
dans bien des cas, ils ne sont qu’un facteur de contrôle
(Outaouais) et dans certains d’autres cas, ils ne réussissent
même plus à contrôler l’expansion des populations de
chevreuils comme c’est le cas de certains secteurs du
sud-est du Québec.
Dans tous les cas d’étude chevreuil-prédateur, nous
faisons face à un système écologique qui est inter-relié,
où aussitôt qu’un élément change, les autres réagissent
positivement ou négativement. La relation proie-prédateur
est sensible, complexe et surtout jamais stable.
Que peut-on faire de concret pour diminuer l’effet de la prédation.
D’expérience, je crois que chaque chasseur, sérieusement
impliquer dans la gestion du cheptel de chevreuils sur son
territoire et ceux environnant, doit lui-même devenir un
chasseur ou trappeur de canidés. De plus, il peut aussi
s’assurer de prélever son ours annuellement. Un contrôle
sportif des trois principaux prédateurs ne peut qu’aider à
la survie et à l’augmentation des populations de
chevreuils. Du point de vue de l’habitat, nous pouvons aussi
intervenir en minimisant les coupes à blanc pour préconiser
des coupes sélectives. En forêt de feuillus ou mixtes, protéger
au maximum la repousse de conifères pour améliorer le
couvert thermique et visuel. En forêt de conifères,
l’inverse est de mise, soit de protéger ou stimuler la
repousse de feuillus pour introduire plus de nourriture.
Effet journalier des prédateurs sur le
chevreuil.
Autre que la question de contrôle des populations, les prédateurs
rendent les chevreuils beaucoup plus difficiles à chasser et
à plusieurs occasions peuvent même vous faire manquer complètement
un week-end ou une semaine de chasse. La présence de prédateurs
près ou directement sur votre territoire, rend le chevreuil
beaucoup plus nerveux et même à l’occasion le pousse à
quitter momentanément le secteur. J’ai observé à
plusieurs occasions ce phénomène avec le loup, en Alberta
,en Saskatchewan et même en Outaouais. Les loups, chassent
souvent en grosse meute composée de cinq individus ou plus et
pratiquent une chasse en embuscade basé sur la création
d’un mouvement de panique des chevreuils vers une direction
donnée où quelques individus bien positionnés peuvent
attaquer par surprise. Les jeunes chevreuils s’y laissent
prendre régulièrement mais les plus vieux, plus expérimentés
choisiront souvent de se tapir en forêt dense si l’habitat
le permet et laisseront passer la meute. Où encore éviteront
d’utiliser les sentiers majeurs pour s’enfuir, sachant
que des prédateurs y seront probablement embusqués. Suite au
passage d’une meute de loups en activité de chasse, j’ai
vu des superficies de plus de 500 acres se vider presque littéralement
de leurs chevreuils. Les quelques individus qui y
restaient, avaient choisi des touffes de bois dense et ne
s’aventuraient en milieu ouvert qu’à la faveur de la
nuit. Deux amis à moi, passionnés du chevreuil, ont régulièrement
observé ce même phénomène soit Bernard Fiset dans
l’Outaouais et Dominic Imbeau en Alberta. Ce dernier me
disait d’ailleurs qu’il se faisait un devoir de trapper
les canidés à chaque année. Tandis que Fiset donne le
droit d’accès à sa terre à un trappeur chevronné qui en
plus y chasse l’ours le printemps venu.
Vous allez me dire que vous n’êtes pas concerné car vous
n’avez pas de loup dans votre région ! Détrompez-vous car
le même phénomène est observable avec le coyote.
L’automne dernier, nous avons eu la malchance de voir
l’effet spontané de la visite d’une meute de coyotes sur
deux des terrains que je chassais dans l’Outaouais. En
effet, sur notre terre, le matin de l’ouverture de la
saison, l’un de mes chasseurs observa quatre coyotes
traversant une immense étang à castor asséchée. Le groupe
était divisé sur une distance d’environ 300 mètres. Avant
leur apparition, un jeune ours noir sorti de la forêt en
panique en se dirigeant vers le chasseur. Puis deux femelles
chevreuils et un faon de l’année firent de même. Ce
n’est que quelques minutes plus tard que les coyotes firent
leur apparition. Moins de 30 minutes plus tard, environ 400
mètres
plus à l’est, ma conjointe observa une femelle chevreuil
paniquée, se tirer à l’eau devant notre maison et
traverser le lac (environ 1000 pieds) à la nage pour
finalement sortir de l’eau au pied de notre demeure.
Ma conjointe me raconta qu’elle était sur la galerie pour
observer la scène et que les coyotes se mirent à hurler à
tue-tête dans différentes directions autour du lac. Ont-ils connu du
succès ? Je ne pourrais le dire. Je peux
confirmer que les deux jours suivants furent très tranquille
en terme d’activité pour le chevreuil et que la plupart des
chevreuils s’étaient réfugiés sur le dessus d’une
montagne très densément boisée.
J’avais observé le même phénomène quelques semaines plus
tôt durant la saison d’arc sur une autre terre. Nous
tentions de prélever une femelle à l’arc pour un projet de
QDMA et les coyotes chantaient au alentour depuis quelques
heures. Nous bénéficions d’un magnifique champ de trèfle,
aménagé dans les règles de l’art, en milieu forestier.
Plus d’une douzaine de chevreuils y sortaient journalièrement.
Ce soir-là, aucun. Le lendemain, nous décidions d’y passer
la journée et encore une fois, les coyotes manifestaient tout
le tour de nous et de nouveau aucun chevreuil ne voulurent s’aventurer à découvert. Ce n’est que trois jours plus
tard que la situation est revenu à la normale lorsque enfin
la meute de prédateurs avaient quitté les lieux pour
probablement visiter un autre garde-manger .
Les ours noirs ne sont pas en restent. Quoique ces derniers
peuvent avoir un effet important sur la population de jeunes
faons, ils deviennent beaucoup moins efficaces en période
automnale. Par contre, lorsqu’un chasseur décide
d’utiliser une technique de chasse relié à l’utilisation
d’appât, l’ours noir devient automatiquement un compétiteur
qui non-seulement s’accapare une part importante de l’appât
dédié aux chevreuils mais en plus, il effraie la grande
majorité des chevreuils utilisant le site. Nous voilà donc
revenu au même point que le coyote ou le loup.
Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour diminuer au
maximum l’effet à court terme de la visite d’un groupe de
coyotes ou de loup sur le territoire ou encore d’un ours sur
nos appâts ? Je crois que oui mais la réponse est complexe et
demande réflexion.
La solution passe principalement par le type d’habitat que
vous décidez de chasser, de la manière que vous voulez préparer
votre chasse et finalement, quel technique vous voulez
utiliser. Premièrement, assurez-vous de chasser des
territoires offrant assez de forêts au couvert dense pour
permettre aux chevreuils de toujours retrouver ces couverts de
protection à quelques bonds de ces gardes-manger. Plus les
garde-manger naturels ou artificiel (appât) seront près
d’une zone forestière dense, moins vous serez handicapé
par la fréquente visite des prédateurs. Si vous chassez une
région bien pourvue en prédateur, évitez de chasser des
territoires où les situations de restriction de mouvement
sont fréquents. Par exemple, les rivières d’importance et
les grands lacs sont favorables au succès des prédateurs
lors d’une poursuite. De grands bûchers de quelques
centaines d’acres vont dans le même sens, non seulement ils
favorisent la vitesse de déplacement des prédateurs et la
facilité de repérer leurs proies mais ils leurs procurent
multiples autres denrées comme de nombreux rongeurs en période
estivale pour ainsi bien les nourrir à l’année longue.
D’un point de vue plus comportemental (éthologique), la
plupart des prédateurs cités précédemment misent sur l’élément
de surprise pour capturer le chevreuil. L’une des stratégies
d’évitement du chevreuil est justement d’éviter les
situations qui le rendront vulnérable à ces attaques
surprises. Comment s’y prend-t-il ?
D’abord, pour battre les prédateurs naturels,
notre chevreuil y va de deux gestes simples qu’il alterne ou
utilise en combinaison. Le premier, très efficace, est
de se cacher et le deuxième est de se sauver. Quoique la
plupart des chasseurs se représente le chevreuil avec la
queue dans les airs bondissant à gauche et à droite pour se
sauver, ce comportement est le dernier recourt qu’il utilise
lorsqu’il s’est fait débusquer de sa cachette ou
lorsqu’il n’a pas eu le temps de se glisser sous un
couvert plus dense pour laisser passer le prédateur en
question. L’art de se camoufler sous couvert est inné au
chevreuil et se dernier commence à le mettre en pratique dès
les premiers jours de sa naissance. Durant les premières
semaines de leur vie, les faons passent plus de 95% de leur
temps cachés dans les hautes herbes des sous-bois en
attendant le retour de leur mère pour la téter. En vieillissant, le faon suit pas à pas sa mère et apprend les
rudiments plus avancés de la cachette. Ceux qui ne retiennent
pas la leçon vont vite faire partie du menu principal de
l’un des nombreux prédateurs qui sillonnent le territoire.
En effet, ce n’est que lorsque le faon commence à suivre sa
mère que leur taux de mortalité s’accroît considérablement.
Par contre, se cacher ne suffit pas car certains prédateurs,
ceux de la famille des canidés, ont le sens de l’odorat très
développé. Lorsqu’une meute de loups ou de coyotes a pris
à partie un chevreuil en particulier, ils utilisent leur nez
pour se maintenir sur la trace du chevreuil poursuivit. Évidemment, la meute travaille aussi en
embuscade, un peu
comme les chasseurs utilisent la technique de la battue pour
pousser du chevreuil vers leurs tireurs. Ceci est une des
principales raisons pourquoi cette technique de chasse n’a
que peu d’effet sur des chevreuils plus âgés particulièrement
si elle est déployé avec peu de préparation. Les vieux
chevreuils opteront pour rapidement se dissimuler et laisser
passer les loups, coyotes, chiens ou chasseurs. Lors
d’une tentative d’approche ou d’attaque, le chevreuil,
par sa vitesse d’accélération fulgurante, ces pattes
beaucoup plus hautes et la connaissance approfondie de son
territoire, il essaiera simplement de mettre assez de distance
entre lui et ses poursuivants pour briser le contact visuel et
également permettre à son odeur de s’évaporer ou de se mélanger
avec celle de d’autres chevreuils utilisant le même système
de trails. Ainsi les prédateurs le pourchassant n’ont que
peu de chance de diminuer la distance les séparant de leur
proie.
Se cacher est souvent plus efficace que n’importe lequel
autre stratégie d’évitement. Comprendre comment le
chevreuil se cache peut devenir très utile pour le chasseur.
C’est principalement l’habitat dans lequel le chevreuil se
trouve qui dictera si il doit se cacher ou se sauver.
Ils choisissent des habitats et des canaux de déplacement qui
leur permettre de rester camoufler au maximum ou encore de se
sauver à toute allure pour atteinte des zones denses quasi
impénétrables autres que par les sentiers subtiles qu’ils
connaissent. Le système de défense du cerf de Virginie est
axé majoritairement sur sa vitesse de déplacement fulgurante
à courte distance et son étroite connaissance du milieu où
il vit. Plusieurs études de réintroduction ou de déplacement
de chevreuils ont clairement démontré ce point. En effet,
des chevreuils qui avaient été relâchés récemment dans un
nouvel habitat, ont échoué quand ils ont été poursuivis
par des chiens tandis que les chevreuils résidents s’échappaient
sans problème de ces derniers.
Le chasseur ne doit pas comprendre dans cet exemple qu’en
chassant les sentiers bien établis, il augmente considérablement
ses chances de récolte d’un buck mature. Au contraire, ces
fameux sentiers semblent moins utilisés que les autres par
les vieux chevreuils des deux sexes car ce habituellement sur
ces sentiers que la majorité des embuscades sont montées par
des prédateurs comme le loup ou le coyote. En effet, ces
derniers ne chassent que rarement un individus en particulier,
ils tuent souvent le premier à faire un erreur. Les vieux
chevreuils ont appris que sur des territoire à forte prédation,
éviter les gros sentiers de chevreuils ancestraux pour ce
concentrer à utiliser des bandes de forêts plus dense,
ainsi, ils sauveront leur peau. D’autant plus que ces
sentiers majeurs, sont pour la plupart, régulièrement utilisés
par les prédateurs pour ce déplacer rapidement sans bruit
d’un secteur de chasse à l’autre.
Lorsqu’un chevreuil est poursuivit, j’ai régulièrement
observé qui avaient tendance à effectuer un saut de côté
d’un à deux mètres dans des touffes de bois plus serrées
comme pour dissimuler leurs traces ou pour prendre avantage
d’un sentier de chevreuils mieux entretenu. Selon un
chercheur de l’ouest canadien spécialisé dans les stratégies
déployées par le chevreuil pour contrer la prédation, ce
genre de saut de coté est régulièrement employé
lorsqu’il croise d’autres pistes de chevreuils pour mélanger
son odeur à celle des autres chevreuils. De plus, ce
comportement serait utilisé principalement en forêt plus
dense pour aussi couper le contact visuel possible en la proie
et le prédateur. Ce comportement met souvent fin à la
poursuite ou retarde tellement la horde de loups ou coyotes
qu’il devient impossible pour ces derniers de reprendre le
temps perdu sur leur proie. En d’autres occasion, la stratégie
est simplement de faire un large cercle pour remonter dans le
centre de leur terrain. Ce comportement est utilisé plus fréquemment
par les femelles qui ont généralement pas un aussi grand
domaine vital que les mâles. Plutôt de se pousser dans un
territoire qui leur ait inconnu, elle feront la boucle pour
tenter de dissimuler leur odeurs et déboussoler les
poursuivants.
L’appâtage à outrance est une autre méthode de chasse qui
favorise la prédation puisqu’elle concentre le gibier. De
plus en plus nombreuses sont les études provenant d’états
américaines où l’appâtage sans restriction est permise.
Ces études arrivent très majoritairement au même
conclusion. Cette technique est la source de nombreux conflits
entre propriétaires ou chasseurs de petites terres (200 acres
et moins), les chasseurs augmentent le succès de chasse sur les jeunes
chevreuils mais se classent souvent bons dernièrs pour la récolte
de vieux individus mâles ou femelles, elle favorise l’établissement
de fortes populations d’ours noirs qui profitent de la manne
alimentaire pour mettre quelques kilogrammes de gras supplémentaires
en banque pour l’hiver. Les femelles ourses auraient une
meilleure productivité (plus de jeunes) et les jeunes de un an
et demi, un meilleur taux de survie à leur premier hiver en
hibernation. L’appâtage en petite quantité sur de nombreux
sites auraient une meilleure incidence sur le succès de
chasse pour des chevreuils âgés des deux sexes et semblerait
intéressé moins les ours.
Il y a sûrement plusieurs autres adaptations et comportements
non connus ou non documenté qui existent et assurent une
protection adéquate au cerf de Virginie. Selon le stimuli du
moment, ce dernier utilisera simplement le comportement
particulier qui lui assure le plus de chance de succès pour
contrer efficacement le danger potentiel venant d’un
prédateur naturel ou un chasseur.
Finalement un mot sur son dernier grand prédateur, le
chasseur. Nous ne sommes qu’un autre danger sur la liste déjà
longue des ennemis potentiels du chevreuil. Dans ce sens, le
chasseur ne doit pas utiliser de techniques de chasse se
rapprochant des comportement utilisés par les prédateurs
naturels du chevreuil. Le chevreuil âgé aura tôt fait de
s’ajuster. Quand un chasseur se déplace lentement en
faisant de la chasse fine, il réussit une imitation parfaite
du prédateur. Automatiquement, le chevreuil adulte moins
curieux et plus expérimenté maintient discrètement une
distance qu’il trouve confortable en se cachant sous un
couvert dense si il ne s’y trouve pas déjà. En d’autres
termes, il se déplacera lentement devant vous pour ce mettre
à l’abri et vous ne vous en rendrez même pas compte. Dans
les milieux chassés toujours de la même manière, il se
concentre à identifier les embûches humaines et à les éviter
(il s’éloigne des vieux miradors ancestraux, quitte les
salines à la fin de l’été et visite les sites d’appâtage
la nuit venu seulement). Dans des secteurs sans ou avec peu de
prédation depuis des générations, le chevreuil mature aura
moins tendance à fuir aussi rapidement pour la recherche
d’une couvert de très haute densité mais choisira souvent
l’immobilité totale derrière un simple arbuste, une souche
ou un obstacle partiel. Ce ne sera que lorsque la menace
humaine deviendra trop sérieuse, qu’il se déplace
rapidement à couvert plus dense pour décourager
l’agresseur (c’est de cette façon que la plupart des
chasseurs voient leurs chevreuils). Finalement, quand la
pression des chasseurs devient trop difficile à éviter en
continuant ses activités régulières, il arrête simplement
tous ses déplacements diurnes pour devenir presque complètement
nocturne. Dans la grande majorité des habitats
agro-forestiers de l’est de l’Amérique du Nord, les mâles
adultes, qui ont la chance d’atteindre l’âge vénérable
de 4.5 ans et plus, deviendront à plus de 80% nocturnes selon
la quantité et la qualité du couvert disponible. Une trop
grande pression de chasse est le pire ennemi du chasseur qui
recherche un trophée ou un mâle de qualité. Non seulement,
ils sont peu nombreux à survivre à plusieurs années de
chasse en milieu densément chasser mais les quelques rares
individus qui restent rencontrent plus de hiboux durant leurs
activités que de chasseurs.
Le fait de devenir presque nocturne apparaît pour plusieurs
chercheurs en comportement animal comme l’adaptation la plus
récente du chevreuil et la plus ponctuel. Ce n’est plus un
secret pour personne que les chevreuils en milieu 100%
forestier sont beaucoup plus diurnes que ceux en milieu
agro-forestier. Ce phénomène est principalement dû à la
pression de chasse plus élevé et la ressource alimentaire
qui se retrouve concentré en milieu plus ouvert.
De bien connaître le comportement du chevreuil et surtout de
toujours garder en tête que ce dernier est une proie depuis
des milliers d’années fera de vous un bien meilleur
chasseur. Jamais un chevreuil sacrifiera sa sécurité au détriment
de son estomac. Par contre, un grand mâle pourrait omettre
certaines règles de base en matière de survie lorsque le rut
arrivera…mais cela est une autre histoire.
Louis Gagnon
9 juillet
2006
Remonter
L'ouest
canadien
17 Novembre 2003. il est 7 h 00 du matin, il fait moins 22
Celsius. J’ai encore 15 minutes de VTT à rouler avant de déposer
mon client le long du bûcher qui le mènera à son arbre.
Environ 30 minutes plus tard, débutera une autre journée
d’attente pour ce chasseur qui scrutera la transition entre
une vielle coupe et une forêt mixte de longues épinettes
blanches et de gros trembles. Les premières heures sont
toujours les plus longues et les plus froides. En milieu
forestier, dans l’ouest canadien, ce n’est généralement
que vers 9 h 00 que les chevreuils commencent à bouger. Cette
journée restera marquer comme un haut fait dans la mémoire
de ce chasseur. M’étant basé presque exclusivement sur une
augmentation anormale de l’activité des chevreuils dans ce
bûcher, la veille en fin de journée, je conclus que ce
secteur de coupe à blanc devrait servir de scène à une
bonne compétition entre quelques bucks pour les yeux doux
d’une femelle en chaleur. Résultats: A la fin de la journée,
mon client avait vu 13 bucks différents donc sept plus âgés
que 2.5 ans, cinq femelles et en prime deux orignaux, un lynx
et un loup noir. Pas mal pour neuf heures de chasse. Évidemment,
j’aurai pu aussi vous introduire l’ouest canadien avec une
journée à … ce les gelés pour finalement réussir à voir
un ‘’flag’’ blanc à la course à quelques centaines
de mètres de vous dans le fond d’un champ, car ce scénario
est également possible. J’aurai pu aussi vous raconter
l’histoire de deux de mes chums qui après trois jours à se
promener en pick-up à travers les milliers de km de rangs, sillonnant
ainsi terre privée après terre privée pour finalement se
faire mettre dehors de quelques-unes pour avoir passer illégalement
sans permission, alors, ils décidèrent de rentrer dans notre
Québec francophone avec un goût amer. Il y a aussi celui du québécois
qui va dans l’ouest depuis plusieurs années et ramène son
buck à chaque saison. Malheureusement, ce dernier, un huit
pointes de 15 pouces de large, soit un mâle de 2.5 ans,
contribuera encore à détériorer la réputation que les
‘’ frenchmen’’ ou les ‘’Québecker’’ ont
si maladroitement acquise au court des années.
Photo à venir
Pourquoi mettre tant de scénarios différents pour une
destination similaire et pourquoi mettre de l’emphase sur
notre réputation et nos tendances? Parce que plus de la moitié
des chasseurs que je connais reviennent désappointés de
l’ouest canadien et je crois que plus de 75 % des chasseurs québécois
qui reviennent déçus, le sont, parce’qu’ils sont mal préparé
et oublient de mettre toutes les informations dans leur
contexte. Les deux principales raisons de l’insatisfaction
de plusieurs sont à mon avis les suivantes: la persistance à
chasser trop au sud et par le fait même être confronter à
l’obligation de trouver des propriétaires terriens qui les
laisseront chasser et la deuxième raison vient du fait que
peu de chasseurs québécois ont la discipline de résister à
la tentation d’un jeune et petit mâle de 2.5 ans ou un
moyen mâle de 3.5 ans.
Voyons le premier problème rencontré soit celui du
non-respect des terres privées et forcément celui de la
difficulté de trouver une place disponible et adéquate pour
chasser. Comme mise en situation, je demande toujours aux
chasseurs que je dirige dans l’ouest, " allez-vous
chasser sur n’importe lequel terre en Estrie sans demander
de permission et/ou louer une terre ?" Nous
connaissons la réponse et par respect, elle est la même dans
l’ouest. Ce qui m’amène à vous dire que pour une première
chasse, vous devez planifier au moins 3 à 4 jours de
recherche et de prospection pour trouver un secteur de chasse.
Pour la recherche, il est donc primordiale que l’une des
personnes du groupe parle couramment l’anglais pour vous
introduire aux propriétaires terriens lorsque vous choisissez
de chasser au centre ou au sud des provinces. Pour la
prospection, comme on retrouve le chevreuil presque partout
soit de la frontière canado-américaine jusqu'aussi loin au
nord au niveau de Fort-Mcmurray en Alberta, au nord des deux
parcs suivants soient: Meadow lake provincial park et de
Prince Albert National Park en Saskatchewan et finalement
jusqu’à the Pas au Manitoba; le territoire est donc
immense. La population de chevreuils en terme de densité
pourrait se comparer à l'Outaouais agricole soit d'environ 4
à 5 chevreuils au km2 avec des pochettes renfermant près du
double entrecoupées régulièrement de grande zone où vivent
très peu de chevreuils. Cette distribution inégale de
l'abondance du chevreuil rend la prospection obligatoire pour
localiser adéquatement les sites à fort potentiel de trophée.
Après six saisons de chasse de plus de 40 jours dans
l’ouest, je crois fermement que les plus beaux secteurs de
chasse se trouvent en forêt publique plus au nord plutôt que
les secteurs agricoles ou agroforestiers.
Voici quelques raisons pour expliquer ce phénomène. Quoique
les secteurs agricoles de l'ouest canadien soutiennent une
plus grande population de chevreuils que les grandes forêts
boréales plus au nord, le chevreuil y est plus petit ( plus
jeune), plus nocturne et sa population souffre d’un débalancement
du rapport des sexes en faveur des femelles. En général, en
milieu agricole, au sud et au centre de ces provinces,
les vieux chevreuils sont plus rares, le chevreuil en général
bouge la première heure du jour et les dernières 15 minutes
de la journée et comme la pression de chasse y est plus élevé,
beaucoup plus de femelles y sont rencontré, ce qui nous
rappelle nos propres populations de chevreuils. A titre
d’exemple, il n’est pas rare en secteur agricole de voir
15 à 20 chevreuils par jour dont 4 à 5 mâles mais tous des
1.5 et 2.5 ans. De ce fait, beaucoup de québécois vont
prendre un gros 2.5 ans qui aura huit à dix pointes et
environ 16 pouces de large. Dans presque 100% des cas, le
premier 3.5 ans à passer à portée de carabine sera récolté
et aura un pointage d’environ 130 B&C. On est loin des
monstre de rêve ornant les pages de magazines…
Donc au sud et au centre, en plus d’avoir des problèmes
d’accessibilité, notre réputation est entachée par notre
forte tendance à y récolter des jeunes chevreuils que les résidents
ont eux-même déjà laissés passer pour une récolte future.
Les chasseurs de l’ouest ont compris depuis belle lurette
qu’une femelle a plus de viande et de meilleure qualité
qu’un jeune mâle. Beaucoup ridiculisent la récolte d’une
jeune mâle de 2.5 ans et moins. Comment réagiriez -vous si
l’un de vos invités abattrait un jeune mâle de 1.5 ans ou
2.5 ans sur votre territoire quand vous appliquez les règles
de QDM depuis plusieurs saisons?. Dans l’ouest, ces jeunes mâles,
quoique beaucoup plus gros que les nôtres, sont rarement prélevés
par les résidents. Alors, ils ne peuvent pas comprendre
qu’un chasseur voyageant plus de 3000 km et dépensant plus
de $1500.00 apposera son permis sur un chevreuil qui
n’approche même de près les standard qu’un mâle mature
peut atteindre sur ces sols de prélédiction.
(photo#2 à
venir)
Finalement la dernière raison qui me pousse à favoriser le
nord au détriment des zones du centre et du sud; la saison de
chasse dure dans la plupart des zones concernées jusqu’à
un mois et une semaine débutant aussitôt que le premier
novembre. Voici donc un exemple désagréable mais concret de
ce que j’ai vécu dans deux secteurs très populaire de la
Saskatchewan soit les terres agroforestières au alentour de
Spiritwood et celle d’Hudson bay. Dans les deux cas, j’y
ai vu régulièrement des signes évident de chasse de nuit,
de non-respect des clôtures, barrières et champs agricoles,
de rapport des sexes débalancés et de jeunes populations de
chevreuils. Un matin, dans un certain champ dont l’accès était
libre à tous, j’avais rencontré trois groupes de chasseurs
en camion et deux à pied. Le chevreuil dans ce secteur était
tellement nerveux que le lendemain de l’ouverture pour les non-résidents
canadiens, les chevreuils avaient complètement disparu des
champs juste quelques minutes après les premières lueurs du
jour.
En réalité, les zones de chasse 56 à 69 représentent le
meilleur potentiel trophée de la Saskatchewan. Ces zones sont
presque à 100 % couverte de forêt publique libre d’accès
à tous les résidents canadiens sans exception. La plupart
des pourvoyeurs y sont regroupés dans ces immenses forêts
mais ils ne détiennent que des droits exclusifs d’y guider
des chasseurs américains en nombre contingenté. Le canadien
non-résident de la Saskatchewan peut y chasser librement sans
guide. De plus, comme mentionné précédemment, ces zones
ouvrent au début de novembre pour fermer vers le 5 décembre.
Vous y avez donc accès durant les meilleurs dates possibles
contrairement aux zones agroforestières et agricoles plus au
sud qui ouvre pour le canadien non-résident que durant la
dernière semaine de novembre…ce qui est trop tard pour
tirer pleinement avantage du rut.
Au Manitoba, le même principe existe entre les chevreuils
forestiers et ceux agroforestiers ou agricoles. Les forêts
publiques commencent sensiblement plus au sud que la
Saskatchewan et de très bonne opportunité y sont présentes
à partir du nord du village de Dauphin dans l’ouest pour se
rendre aussi haut que the Pas, ce qui inclut le parc
provincial Duck Mountain et la forêt provinciale de Porcupine;
deux immenses forêts publiques ravagées partiellement par
des feux de forêt qui ont crée des habitats de grandes
qualités pour le chevreuil. Au Manitoba, le non-résident
canadien peut chasser tout le mois de novembre. (Carte
provenant du pamphlet de Saskatchewan et du Manitoba)
Revenons au deuxième problème que rencontre les chasseurs québécois
dans l’ouest du pays. Pour récolter un gros chevreuil, vous
devez absolument sans aucune exception toujours accepter de
laisser passer tous les jeunes et moyens bucks que vous
verrez. J’ai une connaissance à moi qui chasse l’ouest
depuis maintenant trois ans avec succès, il n’a jamais récolté
plus gros que 130 B&C soit la grosseur d’un beau buck québécois.
Certains s’exclameront qu’il n’est pas chanceux…comme
chasseur. Pourtant non, il n’a jamais chassé plus que 2
jours. Il est tout simplement incapable de s’abstenir de
passer un chevreuil banal de l’ouest de peur de revenir sans
chevreuil. Le meilleur conseil que je peux vous donner
serait de regarder le plus possible de photos de gros bucks en
comparaison de la grosseur de leur corps et d’avoir
une image assez précise d’un buck faisant 150B&C. Allez
relire l’article….. et finalement vous faire à
l’idée que vous reviendrez possiblement sans chevreuil plutôt
que récolter le genre de chevreuil qui ne rencontre pas vos
standards. Pourquoi tant d'emphase sur le fait de bien évaluer
le panache d'un buck? Parceque les chevreuils de l'ouest ont
un corps proportionnel au panache et il est très facile de
sous ou de surévalué un trophée à plus de 100 mètres sous
l'effet de l'excitation. Ajoutez quelques broussailles devant
l'animal pour compliquer la situation et vous comprenez mieux
la problématique.
(photo 3 et 4
à venir)
A quoi ressemble un mâle mature au nord de ces provinces et
quelles sont les meilleurs dates pour en récolter un ?
Commençons par regarder les chiffres de la pourvoirie où je
guide depuis maintenant six ans. Le cœur de notre
territoire est situé exactement au début des habitats
forestiers dans le nord de Lac la Biche en Alberta. Notre succès
de chasse avoisine les 70% et pourrait être de 100% si les
exigences des clients réguliers n'augmentaient pas année après
année. Les dimensions moyennes des mâles constituant
notre récolte sont les suivantes: environ 250 livres éviscéré
et un pointage frisant les 150 B.C. Pour le chasseur moins
difficile, un mâle de 8 à10 pointes avoisinant les 140 B.C
ne représente pas à mon avis un très grand défi à réaliser.
Les deux semaines de la mi- novembre (10 nov-22nov) couvrent généralement
la période du rut. Les conditions météorologiques froides
et un peu de neige au sol peuvent stimuler considérablement
les mouvements des chevreuils et rendent la chasse
hallucinante. Durant ces dates, j'ai vu régulièrement 5 à 6
bucks matures par jour. Règle générale durant cette période,
nous chassons les concentrations de femelles avoisinant la découverte
de signes majeurs de mâles dominants. Durant ces deux
semaines, nous récoltons toujours 2 à 3 chevreuils au
pointage supérieur à 170 B.C avant déduction. Quel sont
donc vos chances de faire le livre des records qui demande un
minimum de 170 B.C. net après déductions? Nous avons tué
130 chevreuils au cours des 6 dernières années et seulement
7 d'entre eux entreront dans le livre des record. Notre succès
est de beaucoup supérieur à la moyenne des autres
pourvoiries qui lui à son tour est de beaucoup supérieur aux
chasseurs indépendants. On estime qu'un mâle mature (3.5 ans
et plus) sur 500 fait le fameux livre des records dans l'ouest
canadien. Au nord, en forêt, on évalue ce ratio à environ
un mâle adulte (3.5 ans et plus) sur 150. Par contre,
n’oubliez pas que beaucoup de chevreuils qui ne font pas le
livre, dû à leur asymétrie, sont beaucoup pus imposant que
ceux qui pourraient entrer dans le fameux livre.
La dernière semaine de novembre (23 nov-30 nov) offre une
qualité de chasse comparable à la première semaine de
novembre ou légèrement moindre. La frénésie du rut fait déjà
partie de l'histoire. Les mâles recommencent à manger et la
plupart des femelles ont été servies. Pour connaître du
succès durant cette période, vous devez localiser les
sources de nourriture et vous assurez d'être bien positionné
sur les sentiers de gagnage qui mènent à cette bouffe.
Ça paraît assez simple à première vu mais n'y croyez
surtout pas. J'ai vu des chevreuils, en milieu agricole,
marcher jusqu'à 5 km pour avoir accès à une source de
nourriture en particulier. Trouvez le bon sentier et voir le
chevreuil que vous désirez récolter durant les heures légales
peut vite devenir un casse-tête en milieu agricole. Encore un
fois en forêt, le problème est moins grand puisque après
le rut, les mâles matures retournent habituellement sur
le même territoire que durant le pré-rut. Chassez de nouveau
les zones de frottages et de grattages redevient l'une des
stratégies efficaces.
Comment procéder pour augmenter votre succès de chasse?
Bien préparer et organiser veut dire qu'après avoir choisi
son secteur de chasse, vous devez faire vos réservations
d'avion, d'hôtel et de camion au moins trois mois à
l'avance. A cette fin, vous trouverez à la fin de cette
article, les adresses nécessaires. Vous devez également vous
procurer des cartes routières et topographiques du secteur.
A mon avis, trois jours de prospections avant la chasse est un
minimum. Rappelez-vous que vous êtes en territoire totalement
nouveau sans aucune idée du développement routier, des
perturbations forestières et des distances entre votre
secteur de chasse et les principales convéniences. Donc, les
premiers jours serviront à découvrir les principaux accès
à la forêt, les pochettes de chevreuils ici et là et
finalement la marche en forêt pour la découverte des signes
et l’évaluation du potentiel commencera après avoir
repérer trois ou quatre concentrations de chevreuils
intéressantes. A titre d’indication, en pleine forêt sur
une route, je ralentis et commence à me poser des questions
si je croise environ quatre à cinq traces ou sentiers de
chevreuils ou plus au kilomètre de route.
C'est à l'aide de vos cartes topographiques que vous pourrez
commencer votre prospection et avoir une idée des meilleurs
secteurs. En forêt, les cerfs de l'ouest affectionnent les
collines adjacentes aux ''swamps''. Les jeunes bûchers, les
flancs de rivières. Tous changements brusques d'habitat et de
topographie sont recherchés. Vous comprendrez que la
connaissance d’une carte topographique et de la boussole ou
le GPS sont presque obligatoires.
Tous les secteurs de fortes exploitations forestières ou de
feux récents sont à mon avis les plus productifs. (photo 5 :
photo de coupe forestière de l’ouest)Dans l’ouest, la
plupart des coupes ont un chemin en bordure de la zone coupée.
Par contre, le fond de la coupe à blanc est inaccessible par
vtt ou camion et est de loin le secteur au plus grand
potentiel pour observer du chevreuils de jour sur une base régulière.
Les grands mâles ont vite adapté leurs déplacements pour
utiliser ces fonds de bûchers en fonction du vent pour ainsi
détecter si une femelles en chaleur s’alimente dans le
secteur de coupe. Simplement s’embusquer dans le fond d’un
bûcher à bon vent constitue une stratégie très valable
dans l’ouest.
Au risque de me répéter, peu importe quelle province
vous choisissez, pour augmenter vos chances de succès, prévoyez
un voyage d’au moins dix jours dont les trois premiers
seront consacrés à la prospection d'avant chasse. Trop de
chasseurs se sont rendus dans l'ouest pour chasser le
chevreuil sans prévoir de prospection et sont malheureusement
revenus sans gibier et en prime un goût amer de leur expérience.
Vous commencez à comprendre que le succès n'est pas garantie
et nécessite une bonne préparation. On ne se rend pas dans
l'ouest canadien pour chasser un huit pointes de 120 B.C., ce
genre de chevreuil existe au Québec à des coûts moindre.
Vous allez chasser les provinces de l'ouest pour avoir la
chance de prélever un mâle d'au moins 140 B.C.
Voici un petit truc pour vous aider à choisir votre secteur
de chasse. En lisant régulièrement le magazine Big Buck qui
se spécialise à raconter des histoires de chasse aux
chevreuils principalement récoltés dans l’ouest canadien,
vous apprendrez le nom d’un paquet de village où des
monstres furent abattues. Si il y avait un gros chevreuils
dans un secteur… il y en a possiblement d’autres. De plus,
vous pouvez feuilleter le livre des records Boone et Crockett,
dans la section Manitoba, Saskatchewan, vous aurez tous les
noms des villages le plus près de la récolte de chaque
chevreuils trophées enregistrés. Vous pouvez également y
aller au hasard en fonction des accommodations comme les
motels et restaurants car les forêts boréales au nord de la
limite de l’agriculture renferment presque tous des
populations intéressantes de chevreuils.
Après tant de mise en garde, voici une exemple concret de la
manière de fonctionner qui vous aidera à réussir une
semaine de chasse de rêve sans anicroche et peut-être
couronné par la récolte d’un buck de grande classe. Après
avoir choisi un secteur qui peut vous intéresser. Commander
les cartes topographiques du secteur et étudier le système
routier secondaire. A votre arrivée, les premiers jours,
mettez du gaz dans le camion et ramoner les chemins forestiers
à la recherche de signes (traces) de la présence de
chevreuils. Il m’arrive régulièrement de conduire environ
une heure à tous les matins pour avoir accès à une
concentration de chevreuils importante sans grande pression de
chasse. Donc, votre budget en gas doit être assez permissif.
Comme déjà mentionné, repérer quelques concentrations de
chevreuils avant de mettre un pied dans le bois. Une autre
manière efficace est d’analyser le type de forêt. Tous les
forêts d’âge moyenne à mature de tremble sont parmi les
habitats de choix pour le chevreuil. (Photo6 : photo semi-aérienne
de l’habitat montrant des type de forêt propice) Si vous
avez des swamps ou des entremêlement de conifères au
travers, vous avez en plus des possibilités de zones de
repos. Des blocs de coupe ou de feu sont des zones de
nourritures importantes. Une zone de perturbation majeure
comme une coupe à blanc qui s’appuie sur une forêt mature
de conifères et de trembles est un billet vers le succès.
Pour connaître les compagnies forestières et la localisation
des secteurs de coupes récents, je vous suggère de faire des
appels à des bureaux environnementaux régionaux dont la
liste se trouve sur la même brochure que celle de la réglementation
de la chasse dans ces provinces. Le biologiste régional
vous indiquera le ou les secteurs découpe et la compagnie qui
exécute les travaux.
Maintenant parlons technique de chasse. Quoique la plupart des
techniques de chasse plus agressives comme l’utilisation
d’urine, le call et la chasse fine sont toutes plus
efficaces dans l’ouest qu’au Québec, dû principalement
à un meilleur rapport des sexes, ce ne sont quand même pas
les plus efficaces dans l’ouest pour des mâles de grandes
tailles. La chasse à l’affût après une bonne
prospection rapporte beaucoup plus de dividende particulièrement
sur les vieux chevreuils. De cette manière, vous laissez ces
derniers commentent des erreurs à votre place. Soyez
donc prêt à vous asseoir au sol ou dans un arbre pour de
longues périodes de temps. Il va sans dire que vous devez être
vêtu très chaudement de la tête jusqu’au pied pour des
températures qui oscillent souvent au alentour de -15 C. A la
pourvoirie où je travaille, nous avons remarqué une étroite
corrélation entre la patience du chasseur et son succès. En
d’autres termes, plus un chasseur est capable de rester
longtemps à l’affût sur le même site plus son succès est
élevé. Évidemment, si vous gelez, vous ne pouvez pas être
patient. Donc la qualité de l’habillement est primordiale.
Une chasse dans l'ouest est plutôt ennuyeuse comparativement
à une destination comme Anticosti où la chasse fine est le
technique de prédilection. En contre partie, si vous avez la
chance de voir un chevreuil de 300 livres avec une coiffure
proportionnelle à son corps, vous comprendrez soudainement la
raison de la popularité de cette destination. Je vois un ou
deux chevreuils par saison rencontrant ces normes et à chaque
fois la vision d'une telle rencontre me motive à continuer
mon métier de guide dans ce coin de pays où les géants y
vivent.
Question budget. Un voyage en Saskatchewan ou au
Manitoba basé sur 4 chasseurs; billet d'avion ($500-$600)
location de camion pour 10 jours ( $1000 / 4 = $250), permis(
$150), hôtel occupation double( $500) nourriture et essence
($350), le tout pour environ $1800 par chasseur.
Pour ce montant d’argent multiplié par 4 pour le groupe de
chasseur soit un total d’environ $7000, imaginez-vous
maintenant quel grandeur et qualité de terre privée vous
pourriez louer au Québec et en Ontario. Malgré ce
montant, la qualité de chasse que ces provinces peuvent vous
offrir reste une aubaine lorsque le tout est bien préparé et
que le chasseur s’autodiscipline pour éviter la récolte
d’un jeune individus. Aucune terre de l’est, même bien gérés
et aménagé, n’arrivera à compétitionner la qualité de
chasse des prairies canadiennes. Les sols sont parmi les plus
riches au monde, le chevreuil y vit de la frontière américaine
jusqu’aux territoires du Nord-ouest, le nombre de chasseurs
est très bas comparativement à celui de l’est et
finalement, ces derniers peuvent chasser plusieurs autres
grands gibiers comme le cerf mulet, le wapiti et l’orignal
lui aussi plus nombreux qu’au Québec. Devant ce constat, si
vous avez 1500 à 2000$ de budget annuel à investir, c’est
la destination pour garnir votre mur de trophée. (Photo 7: de
succès de chasse)
Avion: Aircanada: www.aircanada.com
ou 1-888-247-2262 ou Westjet: www.westjet.com
ou 1-877-956-6982
Camion: Budget: 1800-268 8900, Hertz: 1-800-263 0678,
National: 1800-227 7368, Avis: 1 800-321-3652 et Discount: 1
800 263 2355
Saskatchewan: www.se.gov.sk.ca
ou 1-877-237-2273
Carte de la Saskatchewan map: (306) 787-2799
Manitoba: www.gov.mb.ca/conservation/wildlife/huntingg/
Carte du Manitoba map: (204) 945 6666 ou 1-877-627-7226
Louis Gagnon
10
DÉCEMBRE 2005
Remonter
Le
Call du chevreuil
Chez la famille des
ruminants, plusieurs points caractérisent et différencient le
chevreuil des autres gros gibiers d’intérêt comme
l’orignal et le wapiti. L’un de ces points importants pour
le chasseur; le chevreuil nous apparaît comme un animal sans
voix. A son opposé, l’orignal, un mastodonte plutôt
expressif, a tôt fait, durant le rut, de manifester ses humeurs
à l’aide d’appels plutôt intenses qui parfois frisent la
soumission selon le sexe. Le Wapiti, un autre gibier imposant,
lui aussi émettra sans relâche des appels, son cri ahurissant
et à consonance métallique, vous glacera le sang dans les
veines. Ces comportements d’appel bien connus depuis des
lunes, aident les chasseurs sérieux dans leur quête d’une
venaison de qualité. D’ailleurs ces deux gibiers vivent dans
des habitats plus ouvert et ont tendance à réunir et dominer
des petits harems de femelles durant le rut.

À l’opposé, le
chevreuil vit principalement sous couvert forestier dense et
n’a aucunement une stratégie de dominance sur un groupe de
femelles. Il partage simplement un grand territoire avec
d’autres mâles du secteur et le temps venu, il compétitionnera
avec ces derniers pour chaque femelle qui tombera en chaleur. Il
a simplement choisi durant son évolution de développer des
moyens de communication différents et plus efficaces en
fonction du type de vie qu’il préconise. Mammifère qui a
besoin de socialiser à l’occasion, le chevreuil reste quand même
un solitaire par nature. Son besoin de communiquer à favoriser
un développement complexe d’odeur à base d’hormones qui
lui servent mieux qu’un appel par ci par là.
Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas la possibilité et le
capacité de communiquer vocalement. Au contraire, plusieurs évidences
scientifiques ont clairement démontré la richesse du
vocabulaire auditif chez le chevreuil dont la plupart des sons
restent subtiles à l’oreille humaine. Ces mêmes sons peuvent
probablement être entendus sur une bonne distance par les
principaux intéressés que sont nos chevreuils.
Avant d’exploiter plus à fond le vocabulaire du seigneur des
gibiers, je me dois de vous faire réfléchir sur quelques réalités
qui vous aideront à mieux saisir la philosophie de l’appel en
situation de chasse.
La plupart des études
autant fondamentales que commerciales portant sur la
vocalisation du chevreuil furent réalisées en milieu contrôlé
donc dans des enclos. Est-ce réellement important de le
mentionner? Oui puisse qu’il y a une différence majeure en
les deux ‘sortes’ de chevreuils. Le chevreuil enclôturé,
vit en densité beaucoup plus élevée que le chevreuil en
milieu naturel. De plus, il n’a pas à se préoccuper de la
possible prédation naturelle qui fait partie prenante de la vie
du chevreuil sauvage. Finalement, le cheptel d’élevage est généralement
constitué d’un rapport des sexes mieux balancé
comparativement à celui en milieu sauvage où un rapport d’un
mâle pour environ six femelles et plus est devenu
malheureusement la norme. Quel est le rapport avec l’appel?
Figurez-vous qu’il y a eu quelques études fort intéressantes
sur le niveau de communication chez le cheval et le chevreuil en
milieu d’élevage comparativement au milieu sauvage. Les résultats
chez les deux espèces vont dans le même sens.
D’abord chez la gente chevaline, on n’a noté que les
chevaux sauvages du nord-ouest américain et canadien sont
beaucoup moins vocaux que ceux d’élevage. On croient que le
risque de prédation et la densité de population plutôt faible
chez les animaux sauvages semblent diminuer les vocalisations
chez cette espèce comparativement aux chevaux d’élevage
beaucoup plus auditifs. Chez le chevreuil, la même observation
et les mêmes conclusions furent réalisées. En effet, les
cerfs de Virginie d’élevage communiquent beaucoup plus fréquemment
entre eux et avec un volume plus élevé que ceux en milieu
naturel. Les raisons évoquées par les éthologistes(scientifique
qui étudie le comportement animal) vont tout à fait dans le même
sens que le cheval. On croit qu’en élevage, le chevreuil
communique plus dû au fait que chaque individu vit en étroite
relation avec son voisin et que cette promiscuité rend
l’utilisation de la communication vocale performante. De plus,
le chevreuil d’élevage perd beaucoup de sa méfiance légendaire,
ce qui le rendrait encore plus auditif.
Comme la plupart des compagnies d’appeaux à chevreuil
utilisent des séquences vidéos filmées en milieu contrôlé,
le spectateur(nous) est souvent impressionné par l’étendue
des communications entre les chevreuils et le haut taux de réponses
de ces derniers à l’écoute de sons de chevreuils provenant
d’un appeau.
Malheureusement, dans la réalité que fait face le commun des
chasseurs que nous sommes, le chevreuil sauvage est beaucoup
moins auditif et son niveau de méfiance face à tous stimulis
provenant de son milieu environnant est très élevé. De plus,
la loi du mâle, qui prévaut depuis plus de trente ans, a rendu
la présence de mâles matures un évènement rare en soi. Tous
ces faits réels rendent les différentes techniques d’appels
beaucoup moins performantes que veulent nous le laisser croire
ces mégas compagnies gravitant autour de l’industrie de la
chasse aux chevreuils.
Je ne vous cite pas cette petite état des faits pour vous déconseiller
l’achat ou encore l’utilisation des appeaux comme outil
valable de chasse. Au contraire, je vous les ai signifié pour
vous mettre en garde contre un excès d’optimiste qui forcément
vous mènera vers un désappointement rapide.
Les chevreuils sauvages communiquent vocalement et répondrent
à l’appel mais dans des circonstances précises.
Contrairement à beaucoup d’autres personnes qui oeuvrent dans
le domaine du chevreuil et de sa chasse, j’ai très peu
d’expérience en milieu contrôlé (élevage). Mon expertise
se résume à environ trois mois de terrain par année en milieu
sauvage. J’ai eu la chance d’entendre beaucoup de
vocalisations de chevreuils durant mes années de guidage à
Anticosti. Beaucoup moins sur notre terre dans l’Outaouais et
dans le même ordre en Alberta durant mes six semaines de pèlerinage
annuel comme guide. Dans deux de ces trois endroits, j’ai pu
à l’occasion me munir d’oreilles électroniques (Walker
Game ear) qui amplifient jusqu’à 25 fois les sons
environnants. Un soir de fin octobre, en Alberta, j’ai observé
une femelle avec deux faons et deux jeunes mâles de 1.5 an se
nourrissant dans un cham p
en friche à environ 75 mètres de moi. Les faons et la femelle
gardaient un constant contact auditif qui ressemblait à un
‘grunt’ très doux. A quelques occasions, un grunt plus fort
et grave fut émis par un jeune mâle et à tous coups, le
second pointait une oreille en sa direction sans pour autant répondre
ou approcher. Lorsque, mes oreilles ‘bioniques’ ne
fonctionnaient pas, je ne pouvais entendre aucun de ces appels.
Pour ce qui est des grognements (grunt) échangés
principalement entre les mâles, j’en ai aussi entendu
plusieurs variant entre l’appel de contact entre deux
individus, celui plus agressif avant et après une
confrontation, où encore le plus mielleux à séquence rapide
pour inciter une femelle à l’accouplement. Dans presque tous
les cas, j’ai eu ces contacts dans des secteurs à densité de
chevreuils passablement élevée et où le rapport des sexes
n’était pas trop débalancé. A ce sujet, je vous suggère un
petit exercice. Demandez à la plupart de vos amis chasseurs,
combien d’entre eux ont déjà entendu un chevreuil appeler ?
Combien en ont prélevé un avec cette technique et d’où
provenaient-il? Les réponses affirmatives seront peu nombreuses
et elles seront majoritairement dans des lieux rêveurs comme
Anticosti, la fameuse zone 7 ou encore la réserve Rouge Matawin.
Bon rapport des sexes et pression de chasse plus faible sont les
dénominateurs communs des ces endroits cités. Donc, la qualité
du territoire de chasse fait partie prenante du succès escompté.
Malgré tout, il est tout à fait possible de connaître du succès
sur nos territoires de chasse mais sur une base beaucoup plus
irrégulière. Par contre, en choisissant le bon “call” et
la localisation, vous pourrez substantiellement augmenter vos
chances de succès.
Voyons ensemble les principales tonalités à utiliser pour
duper un mâle chevreuil tout âge confondu.
Quoiqu’un groupe de chercheurs rendait publique une étude
approfondie sur le langage du chevreuil mentionnant qu’ils
avaient distingué 90 sons différents émis par le chevreuil et
les classifiaient en 12 groupes de vocalisation distincte, pour
nous, chasseurs, trois groupes sont importants à connaître;
les grognements (grunt); les bêlements (bleat), et les
ronflements, soufflements ou reniflements (snort). J’aurais même
tendance à dire que les plus importants à savoir imiter sont
les grognements et les bêlements.
Les femelles chevreuil bêlent pour trouver leurs faons. Elles bêleront
plus fortement pour signifier qu’elles sont perturbées ou que
quelque chose leur fait mal ou les dérange. Un mâle peut bêler
s’il est excité et n’a pas de femelle à servir. Il tente
d’attirer ainsi l’attention d’un femelle. Le soufflement
est associé au stress et à la panique. Dans le monde du
chevreuil, les grognements servent à prendre contact, signifier
ses intentions et avertir. Ils sont émis généralement par les
mâles, quoique les femelles grognent également mais moins
fort.
Dans un premier temps, voyons ensemble les différents
grognements. Il y a le grognement de contact qui est utilisé
toute l’année par la femelle et le mâle et qui signifie
simplement «SALUT». Ce grognement est doux, court et
d’intensité assez basse. Il est efficace en dehors du rut. Je
l’utilise lorsque je vois un buck hors de portée ou derrière
un obstacle. Je l’utilise également si je remarque la présence
d’un chevreuil mais que je ne peux le localiser.
Il y a le grognement de suivi qui est émis par le mâle adulte
qui suit à la trace ou remonte la piste d’une femelle en
chaleur. Généralement, le mâle aura le nez au sol ou très près
de l’arrière-train de la femelle. Le son est court, assez
bruyant, répétitif et intense. Ca ressemble à
uurp-urrp-urrp-urrp à 10 reprises et plus. Ce genre de
grognement est généralement fait par un buck en mouvement.
Dans ce cas, je répète l’appel au moins une dizaine de fois
en déplaçant ma tête d’un côté à l’autre et en
pointant mon call vers le bas. Je répète la séquence au
trente secondes, de trois à quatre fois avant de changer
d’emplacement. Si je chasse à l’affût, je fais ces séquences
au trente minutes. C’est l’appel que j’utilise le plus
souvent à l’aveuglette.
J’utilise ce type de grognement entrecoupé par des bêlements
intenses de femelle en chaleur. Dans ce cas, j’aime utiliser
deux appeaux différents: un pour la femelle ( la canne) et un
pour le mâle. De cette façon, je contrôle mieux le rythme et
la tonalité de mes appels. Avec ce type de combinaison, le bêlement
doit être assez fort et mielleux (environ deux secondes par bêlement).
Une femelle chevreuil en chaleur est comme une vache en chaleur:
elle bêle beaucoup pour attirer l’attention et faire connaître
son état physiologique.
Pour les bêlements produits plus particulièrement par les
femelles, ils sont efficaces en combinaison avec les
grognements. Mais ils peuvent être très productifs utilisés
seuls. Un doux bêlement est très rassurant pour tous les
chevreuils du voisinage et invite les chevreuils à venir
fraterniser. C’est le genre d’appel qui peut éviter la
panique dans un petit groupe de chevreuils qui, autrement,
auraient soufflé sans fin.
Voici
quelques petites considérations dont vous devez tenir compte si
vous utilisez les appeaux régulièrement. D’abord,
lorsqu’un mâle entend un appel, il arrête s’il est en
mouvement, dirige et fixe ses oreilles vers le son et attend un
nouvel appel pour confirmer ce qu’il a entendu. C’est à ce
moment précis qu’il commence à marcher dans la direction du
“calleur”. Si vous le voyez, ne faites rien, soyez patient
sans bouger. Plus de 50% du temps, il va bouger sa queue d’un
coté à l’autre et continuer son approche vers la source du
bruit. Si c’est le contraire, il faut reprendre “call” et
attirer son attention de nouveau. Chaque buck est différent et
c’est souvent son état physiologique qui dictera la vigueur
avec laquelle il répondra à votre appel. Après un appel,
lorsqu’un mâle apparaît et vous fixe de son regard, ne
bougez plus et n’allez surtout pas appeler de nouveau.
À quel taux de succès, devriez-vous vous attendre? En
novembre, à Anticosti, j’ai déjà fait venir plus de quatre
bucks par jour à plusieurs occasions. J’ai aussi connu des
journées de plusieurs femelles sans aucun buck. En octobre,
j’ai régulièrement fait abattre des mâles adultes qui s’étaient
éloignés mais qu’avec l’aide du “gruntcall”, j’ai pu
les ramener à portée de tir pour mes chasseurs. En Outaouais
et en Alberta, le succès de l’appel à l’aveuglette est
beaucoup plus bas. pour les raisons énoncées plus tôt Par
contre, le succès semble comparable à Anticosti en ce qui à
trait à faire bouger ou approcher un mâle déjà repéré plus
tôt. Dans les régions où la densité de chevreuils est moins
élevée, l’utilisation de l’appel devient une question de
probabilité où le succès augmente avec la fréquence
d’utilisation et l’endroit choisi pour s’exécuter. Comme
le rattling, l’appel peut être efficace si vous prenez toutes
les précautions d’usage comme avoir le vent de face, un bon
camouflage derrière un obstacle naturel et une intrusion
subtile dans un bon habitat à mâle mature comme une ligne de
frottages ou de grattages en milieu forestier assez dense.
La localisation est primordiale. L’appel n’a pas la portée
du rattling; vous devez être à proximité des chevreuils pour
connaître du succès. Les chevreuils utilisent de petits
territoires comparativement à l’orignal et vivent beaucoup
plus densément. Ce qui veut dire que lorsque vous faites de la
chasse fine, utilisez l’appel à plusieurs occasions. À tous
les 150 mètres ou à toutes les fois que vous rencontrez des
signes frais de la présence d’un mâle, laissez échapper
quelques appels. Je l’utilise beaucoup à la chasse fine pour
camoufler une erreur bruyante. Si vous chassez à l’affût,
faire un appel à tous les 15 minutes n’est pas exagéré. Le
printemps dernier, lors de mes stages intensifs de chasse sur
notre terre, je séparais le groupe de chasseur en deux et les
éloignait l’un de l’autre pour leur faire réaliser le peu
de portée du “gruntcall” et du bêlement à l’aide
d’une canne. A bon vent doux à moyen, les chasseurs pouvaient
entendre encore subtilement le son du grognement à environ 75 mètres
sur un terrain plat dans une foêt en repousse d’environ 15
ans. La distance tombait à moins de 50 mètres à mauvais vent
et elle diminuait encore plus si quelques conifères ou une
topographie importante du terrain apparaissaient. Il est juste
de croire que l’oreille du chevreuil beaucoup plus performante
lui permettra d’entendre un appel sur une plus grande distance
mais la portée restera de toute manière restreinte.
Je dois aussi vous mentionner que la pratique des appels en pré-saison
avec ces appeaux fera de vous un meilleur technicien de
l’appel et vous évitera les erreurs dues à l’excitation.
Voici les critères que je considère quand je choisis un tube
de grognement (gruntcall). J’aime un appeau avec un gros tube
pour pouvoir contrôler la tonalité en y introduisant un droit
à son extrémité pour imiter soit un mâle immature ou faire
des grognements plus gutturaux pour le mâle mature et dominant.
Je porte une attention particulière pour choisir un appeau qui
semble le moins sensible possible à la condensation et au
froid. Il ne doit pas demander un gros souffle pour produire des
sons et il doit également avoir un volume assez puissant au
besoin.
Quand je vous parle du bêlement d’une femelle, j’utilise
simplement la fameuse petite canne qu’on renverse, cette dernière
est un appeau d’une efficacité surprenante. De plus , cette
canne ne gèle pas et le son y est réaliste et constant.
Munie de ces deux types d’appeaux, je débute ma journée de
chasse comme à l’habitude en vérifiant le sens et la vélocité
du vent. Dans aucun cas, je me dis que l’appel sera ma
technique de chasse préconisée pour le journée. Pour moi, les
différents appels sont simplement des accompagnements que
j’utiliserai si le besoin et la situation le demande.
Rarement, je tente un appel sans avoir un doute de la présence
d’un chevreuil dans les parages. En d’autres termes, je ne
vais pas à la pêche avec mon ‘call’ à moins que je suis
dans un secteur que je crois particulièrement ‘hot’ comme
la découverte d’un grattage ou frottage frais du jour.
Dans ce cas, je choisis un endroit près des signes en question,
j’essaie d’avoir la zone forestière la plus dense toujours
devant moi si le vent me le permet car je présume que par
nature, un mâle adulte aime toujours mieux arriver subtilement
par couvert épais. Je m’agenouille derrière un élément
naturel comme une souche, une roche ou un arbre et je m’exécute.
Si je suis dans la première semaine de chasse qui coïncide
avec le pré-rut alors j’utilise mon ‘gruntcall’ et je
tente un grunt de contact soit un ou deux sons d’environ un
seconde à volume moyen. Si je suis durant la deuxième semaine
qui approche le ‘peak’ du rut alors j’utilise autant la
fameuse canne que le grognement. Si j’entend un bruit suite à
un appel de femelle, je m’empresse de lâcher une série de
“grunt” court et rapide pour imiter un buck qui la poursuit.
Si je connais intimement le territoire que je me propose de
chasser, j’ai généralement une bonne idée des secteurs de
repos préconisés par les chevreuils en période de pression de
chasse élevée. En fin de journée, je m’approche à bon vent
de l’un d’eux et à proximité, camouflé au sol derrière
un obstacle naturel, j’exécute un appel en tenant compte de
la période de l’année. Cette stratégie se base sur le fait
que les mâles retournent dans leur site de repos, souvent ils
les quitteront qu’à la barre du jour pour aller s’alimenter
ou courir les femelles. Si un mâle est présent, en attendant
l’appel, il enregistrera la localisation pour y investiguer le
moment venu. Une couple de glandes tarsiennes accrochées sur
les branches environnantes peuvent améliorées le scénario et
ainsi vous protégeront contre les coups de vent inappropriés.
Voici une autre stratégie de chasse à l’aide de l’appel
qui m’a rapporté quelques succès sur des mâles matures et
plusieurs observations sur de plus jeunes individus. Basé sur
le même principe que la précédente soit la localisation des
sites de repos, je travaille en équipe avec mon client et nous
nous déplaçons à bon vent vers le site choisi en exécutant
des appels de mâles. J’arrête à proximité de l’endroit désigné
en laissant aller quelques “calls” de mâles et initiant une
petite séquense de rattling douce et courte d’une vingtaine
de secondes. Je quitte le secteur aussitôt en gruntant et
laissant derrière moi mon client à l’affût sur les lieux.
Certains mâles sont très lents à réagir et enregistrent
l’activité en question pour visiter l’endroit plusieurs
minutes plus tard lorsque le secteur sera à nouveau calme. C'est
la curiosité naturelle du chevreuil qui causera sa perte.
Encore un fois, l’utilisation d’un masque d’odeur créé
par l’ajout de glandes tarsiennes sera un plus.
Un autre scénario qui m’a rapporté des dividendes.
L’utilisation du ‘call’ en combinaison avec un appelant.
Cette technique simple peut être utilisée dans de petites
ouvertures de moins d’un acre de superficie. Un petit bûcher
ou un petit champ en friche feront très bien l’affaire. Dans
ce cas, l’utilisation de l’appel attire les chevreuils vers
le champ et l’appelant ne sert qu’à stimuler les chevreuils
à s’exposer dans l’ouverture. Sans le fameux chevreuil en
plastique, les mâles matures ont la fâcheuse habitude de venir
en bordure du champ, en le contournant à bon vent et attendre
une nouvelle manifestation pour investiguer plus fond le
secteur. Après une série d’appels, si vous entendez un bruit
suspicieux comme une branche qui craque ou autre, alors faite
simplement bouger la queue de votre appelant en laissant aller
un appel vraiment subtile.
Pour avoir une idée juste des sons émis par le chevreuil, je
vous suggère deux sources d’informations pratiques.
D’abord, je vous suggère fortement d’aller sur le site
internet suivant: www.chevreuil.net.(Page
Le chevreuil vous parle) Sur ce dernier, vous pouvez télécharger
un site auditif qui imite les sons les plus importants émis par
des chevreuils. Ceci vous permettra de vous familiariser avec
ces sons en plus d’apprendre leurs significations. Vous pouvez
également vous procurer la casette vidéo suivante Grunt Snort
Wheeze: Understanding the language and voice of the White-tailed
deer directement par le site internet de Quality Deer Management
soit www.QDMA.com
.
De maîtriser les différents appels de chevreuils ne vous
assurera pas la récolte d’un mâle mature. Un bon appel par
conditions parfaites sans vent couvre à peu près une surface
de 3 acres en forêt de densité moyenne. Avec le rapport des
sexes que nous avons actuellement dans la plupart des régions
du Québec, il est tout à fait logique de penser qu’il y a
environ un mâle de 3.5 ans par 1500 à 2000 acres de terrain.
Un petit calcul simple vous permet de constater qu’il faudra
beaucoup beaucoup d’appels pour qu’un de ces derniers vous
entente et se manifeste. Pour la plupart des chasseurs, ce
seront de jeunes sujets de 1.5 et 2.5 ans qui seront attirés
simplement parce que ce sont les seuls chevreuils existants dans
le secteur en plus d’être des individus plus curieux et moins
méfiants de nature.
Comme vous pouvez le constater, les grognements et les bêlements
sont des appels qui peuvent être efficaces durant différentes
périodes de l’année. Le chasseur polyvalent devrait maîtriser
cette technique pour ne pas manquer l’occasion qui fera le
larron. Pour ma part, l’appel est un ajout que je combine avec
d’autres techniques de chasse. Vous ne me verrez pas retourner
au camp si j’ai oublié mon appeau mais vous pouvez être
convaincu du contraire en ce qui à trait à ma carte, ma
boussole et mon GPS.
Louis Gagnon
24 octobre 2004
Remonter
Participez
à une étude sur le chevreuil !
Je sollicite les
différents chasseurs qui visitent le site chevreuil.net à se
joindre à moi pour mener à terme une étude facile à réaliser,
à peu de coût et révélatrice sur le comportement du
chevreuil.
Pour toute étude de
comportement et d'utilisation de l'habitat sur les grands mammifères
comme le chevreuil, les coûts reliés à la main d'oeuvre et à
l'utilisation d'outils électroniques comme des caméras
de surveillance deviennent vite hors budget pour les chercheurs
universitaires, les biologistes gouvernementaux etc.
Avec Chevreuil.net,
nous avons la chance d'avoir plus d'une vingtaine de chasseurs
qui possèdent une ou plusieurs caméras de surveillance.
J'aimerais mettre à contribution ces derniers pour qu'ils se joignent
à moi à
l'exécution d'une compilation de données sur le chevreuil qui
ainsi pourrait mettre en lumière un paquet de petits faits intéressants
qui autrement, ne seraient pas disponibles.
Comme nous aurons
plus d'une cinquantaine de caméras dans le bois qui
travailleront pour nous, il est facile de s'imaginer la quantité
d'information que nous recueillerons au courant des six
prochains mois.
Dans un premier
temps, vous pourrez vous enregistrer comme participant à
n'importe lequel moment de l'année sans aucun problème. Que
vous chassiez dans une autre province comme SasK-man par exemple
ou à plusieurs endroits au Canada comme Stéphane Monette, ce
n'est absolument pas un problème au contraire, car cela mettra
en lumière d'autres réalités sur le chevreuil.
Je voudrais que les
personnes intéressées à participer s'enregistrent directement
par message privé sous mon nom avec les informations suivantes.
Nom, adresse
e-mail, téléphone, zone de chasse au Québec ou
ailleurs, description assez détaillée du secteur de chasse,
pression de chasse sur le secteur
Exemple: Joe
Bleau, Joe@sympatico.ca,
819 423-2424, zone 6, Je chasse une terre de 120 acres forestières
à 90% qui est situé en milieu agro-forestier. Nous sommes deux
chasseurs sur la terre. Nous avons huit chasseurs qui chassent
sur les terres frontalières à la nôtre. Je crois que la
principale source de nourriture est un champ de soya à environ
un Km de ma place. Notre forêt est constitué d'environ 50% d'érablière
mature, de 20% de sapinière dense et jeune d'environ 30 ans et
finalement une coupe sélective dans une forêt de feuillus.
Comment marche l'étude.
Ne changez pas vos
habitudes d'utilisation de votre ou vos caméras. En d'autres
termes, si vous mettez votre caméra sur une saline, des trails
et finalement des appâts, s'est parfait. Je veux simplement une
compilation de vos observations.
Comment rédiger
votre compte-rendu mensuel.
Voici un exemple.
Du 1 juin 2004 au 14
juin 2004. caméra #1 sur une saline. 16 photos de femelles
seules dont 12 de jour, trois photos de femelles avec faons tous
de nuit, deux petits bucks de 1.5 ans de jour, un buck de 2.5
ans à trois reprises dont deux de nuit et un ours. La saline se
trouve dans la sapinière en bordure de l'érablière mature.
Visibilité moyenne au alentour : environ 50 mètres
Du 15 juin au 25
juin 2004. caméra #1 sur une trail de chevreuils en bordure de
la sapinière. Très sale, visibilité d'environ 25 mètres. 4
photos de femelles seules de jour. 2 de femelles avec faons de
jour.
deux photos du même
buck de 3.5 ans + de nuit.
Du 26 juin au 30
juin 2004 ma caméra était hors service.
Je suis tout à fait
ouvert à plus de détails que cela mais comme l'exemple me
suffit amplement.
J'aimerais avoir les
résultats de chacun dans les cinq premiers jours du nouveau
mois autant que possible pour que je puisse mettre à jour
les résultats totaux à date sur chevreuil.net à chaque deuxième
semaine du mois.
Je serais le seul à
avoir accès aux résultats bruts et en aucun temps le nom et la
localisation des participants ne sera dévoilés autre que dans
une énumération globale des noms. Il ne sert à rien à
personne de mousser ses résultats car l'analyse des données
sera globale et comparative en terme d'habitats, de jours ou de
nuit et ainsi de suite. Plus le nombre de participant sera grand
plus la valeur des informations sera utile pour tous les
chasseurs.
Merci sincèrement
pour votre participation et votre confiance.
Louis Gagnon
24 mai 2004
Remonter
Culture
de champs nourriciers pour chevreuils
Bilan sur les
semences (1re partie)
par Louis Gagnon
14 mars 2004
Le chasseur de
chevreuil est une espèce aussi sollicitée que son propre gibier.
Les compagnies productrices de matériels de chasse gravitant autour
du chevreuil, ont vite compris que le chasseur, grand rêveur en soi,
n’hésitera devant rien pour atteindre son but. Ce rêve a
souvent comme
idéal la récolte d’un buck pouvant figurer sur la page
couverture des
magazines de chasse.
Pour y réussir et
avoir une qualité de chasse à faire rêver, la nouvelle tendance
semble se déplacer vers l’achat de terre ou la location à long
terme pour
ainsi l’aménager et créer son propre paradis de chasse aux chevreuils.
Devant cet engouement,
aux États-Unis, depuis plus d’une décennie, de nombreux
biologistes, spécialisés sur le chevreuil et son habitat, ont constaté
cette tendance et saisi cette opportunité pour offrir leurs services
professionnels. Ainsi, ils suggèrent des aménagements
d’habitat pour
augmenter le nombre de chevreuils, la grosseur de ces derniers, et
produire une
plus grande quantité de bucks sur les territoires ainsi aménagés.
Sans contredit, l’aménagement le plus populaire issu de cette tendance,
est la création de champs nourriciers pouvant attirer un grand nombre
de chevreuils dans un secteur donné. Vous conviendrez avec moi que
plusieurs compagnies ont vite saisi l’opportunité de mettre sur
le marché une
quantité surprenante de semences ayant apparemment les attributs
pour attirer le buck de vos rêves dans votre champ.
Mais qu’en est-il
vraiment de l’efficacité de cette nouvelle mode ? Ces petits
champs peuvent-ils apporter la solution à nos espoirs de trophées
? Tous les types de graines actuellement sur le marché sont-ils aussi
bons les uns que les autres ? Les coûts reliés à la mise en
place de petits
champs nourriciers sont-ils abordables pour la moyenne des chasseurs
? Autant de questions et bien d’autres me sont souvent demandées
lors de mes séminaires. Devant cet intérêt, nous avons cru bon
d’éclairer les
lecteurs sur le sujet en réalisant nos propres tests pour ainsi
avoir une image plus globale entourant cette nouvelle tendance.
Comme le but premier
de cet article n’est pas de tester les différentes semences
quoique nous en parlerons en détail, l'emphase sera davantage portée
sur la méthodologie à suivre pour créer le champ parfait qui, avec
les années, deviendra de plus en plus productif.
Un potentiel intéressant.
D’abord, avant
d'entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous citer quelques
statistiques intéressantes au sujet des champs et leurs effets sur
les déplacements du chevreuil. Un bon champ d’environ une acre,
bien aménagé,
peut produire de quatre à six tonnes (une tonne = 850 kilos) de nourriture
pour le chevreuil. (Avez-vous pensé que ceci est l'équivalent de
près de 10 000 livres de pommes répartis sur six mois sans pratiquement
y laisser d’odeur humaine.) À titre de comparaison, un bûcher
de même envergure produira environ 80 à 200 kilos de nourriture selon
l’âge de ce dernier. Une forêt mature peut produire au maximum
50 kilos de
nourriture assimilable par le chevreuil par acre. On estime que les
chevreuils vivants en périphérie des zones agricoles peuvent
tripler leurs déplacements
journaliers pour avoir accès à un champ de qualité. Finalement,
les bêtes ayant la possibilité de se nourrir dans des champs agricoles
ont tendance à développer des masses corporelles plus grandes et
des panaches plus imposants. Quelques sondages ont démontré que,
les chasseurs
ayant aménagé des champs spécialement pour le chevreuil connaissent
plus de succès et récoltent aussi plus de mâles. À la lumière
de ces chiffres, vous comprenez mieux pourquoi il peut être attrayant
de créer ces petits champs.
Dans un premier temps,
vous n’avez pas besoin de posséder une grande terre
pour tirer avantage de la création d’un ou plusieurs champs. Partez
du principe que trois acres de champ par 100 acres de forêt peuvent
doubler l’utilisation de votre terre par la population de cerfs environnante.
Les grands champs de plus de deux acres doivent être évités
autant que possible. Trop grands, les chevreuils matures des deux sexes
hésiteront à s'y aventurer par crainte de s'exposer à découvert.
En raison de leur méfiance
légendaire, ils auront tendance à s'y alimenter
de nuit. À titre d’exemple, vous avez 50 acres de territoire de
chasse, deux petits champs d’une acre suffiront pour créer une différence
importante quant à l’utilisation de votre terre par le chevreuil.
Le choix de
l’emplacement dépendra du temps et de l’argent dont vous disposez
ainsi que de votre liberté de manœuvre si la terre ne vous appartient
pas. De vieux chemins forestiers, des champs en friche ou des éclaircies
utilisées pour piler le bois lors des dernières coupes sont tout
indiqués pour ceux qui ont un budget limité. Pour ceux qui disposent
d’un peu de machinerie et de ressources monétaires, la restauration
d’un bûcher est souvent recommandée et donne de très
bons résultats.
Finalement, pour budget sans limites, il peut être avantageux de
faire la coupe dans un secteur stratégiquement bien situé à
l’endroit où
le sol aura en plus les composantes pour produire une nourriture
de qualité. À
ce stade, il est important de comprendre que le champ peut prendre
la forme que vous désirez. En ce sens, il sera favorable de lui donner
une forme irrégulière pour en augmenter les bordures qui généralement
procurent une grande quantité d’autre nourriture d’appoint pour
le chevreuil.
Élaboration d'un
champ de semence
Passons immédiatement
à la méthodologie, nous reviendrons plus tard à l’aspect
monétaire de l’exercice. La première opération, peu
importe le choix
du site, consiste à mettre le sol complètement à nu. Pour ce faire,
vous pouvez utiliser différents outils. L’été dernier, nous
avons fait deux
champs directement sur notre terre dans deux types d’habitats
différents avec le
souci de maintenir les coûts le plus bas possible.
J’ai choisi de
restaurer une partie (environ un quart d’acre) d’une petite
coupe à blanc et finalement une ancienne zone de débardement (emplacement
utilisé par les entrepreneurs forestiers pour accumuler le bois
d'une coupe forestière avant son transport) d’environ 1,5 acre.
Dans le premier
cas, nous avons coupé complètement la repousse d’arbustes
et de framboisiers à l’aide d’une débroussailleuse. Ensuite,
nous avons
nettoyé ce secteur de tous les débris de l’ancienne coupe
comme les grosses
branches sèches, les roches ainsi que les souches et racines
des arbres coupés trois années plus tôt. Considérant que plusieurs
grosses souches n’ont pu être extraites avec un véhicule tout-terrain
(4 roues), nous avons cultivé autour de ces dernières pour éviter
l'utilisation de grosses machineries. Une fois le sol bien dégagé,
nous avons employé une petite herse à dents d’un mètre de largeur
pour compléter la préparation du sol. Celle-ci était simplement
fixée puis
remorquée à l'arrière du VTT. L’ajout d’un poids sur la
herse peut
aider considérablement à dénuder le sol convenablement. Je dois
vous aviser que
cette étape nécessite beaucoup de travail physique, car il
faut nettoyer régulièrement la herse qui se remplit de racines
de toutes les
grandeurs. De plus, si le sol de l’endroit choisi renferme beaucoup
de roches, ce travail a tendance à exposer ces dernières que vous
devriez idéalement enlever pour augmenter la productivité de
votre champ.
Tous les débris furent brûlés sur place et les cendres étendues
sur le futur
champ pour réduire l'acidité du sol.
Dans le cas de la zone
de débardement , nous avons dû utiliser un vieux tracteur
de ferme muni d’une pelle dompeuse pour étendre la terre organique,
entassée sur les côtés une dizaine d’années auparavant.
Cette étape était
primordiale car la pauvreté du sol sablonneux aurait nécessité
l’ajout d’une trop grande quantité de fertilisant et ainsi augmenté
les coûts monétaires de l'opération en plus d'engendrer des conséquences
néfastes sur l'environnement.
Une fois cette étape
terminée, vous devez faire un test de sol pour connaître
son pH. Toutes les coopératives agricoles du Québec vous expliqueront
comment prélever les échantillons de terre et feront ces tests
pour vous (environ 25 $). Sans avancer des explications très scientifiques
sur l’importance d'un pH équilibré, je vous résume les grandes
lignes de cette étape capitale. Pour la culture en général, un sol
peut avoir un pH variant entre 4,5 jusqu’à 7,5. Plus son pH est
bas, plus le
sol est acide. Les semences adéquates pour le chevreuil poussent bien
dans des sols au pH variant entre 6,2 et 7,0 selon le type de graines.
Notons simplement que la plupart des trèfles (blanc, alsike, ladino
ou spécialisés comme ceux de la compagnie WHITETAIL IMPERIAL Clover
et ceux de la compagnie BIOLOGIC) poussent bien à des pH variant entre
6,2 et 6,5. Pour augmenter le pH d’un sol acide, vous devez y incorporer
de la chaux à raison d’environ 1,5 à 2 tonnes par acre pour faire
passer un pH de 5,9 à 6,2. Cependant, il est bon de savoir que cette
même quantité de chaux sera insuffisante pour espérer obtenir
une hausse égale
(0,3) du niveau de pH, lorsqu'un sol est plus acide et que son
niveau de pH est plus bas. À titre de comparaison, pour une même
acre au pH de
5,6, vous aurez besoin d'approximativement 2 à 2,25 tonnes
pour accroître le pH à 5,9. Il est donc sage de demander conseil
auprès de
personnes compétentes pour bien évaluer les besoins en chaux de
votre sol, en fonction de la superficie traitée. Il est très important
d'avoir un bon pH car non seulement ce dernier favorise un meilleur
rendement de vos semences mais en plus il augmentera de manière très
significative l’assimilation de fertilisant par les plantes. En effet,
lorsqu'un pH est sous la barre du 6,0, l’effet des fertilisants peut
diminuer de plus de la moitié. La chaux en granule est vendue en sacs
de 10 à 40 kilos ou encore en vrac. Pour vous procurer une
quantité importante,
il est avantageux d'opter pour le vrac, vous réaliserez d'importantes
économies. En achetant de la chaux en sacs, vous payerez jusqu'à
250 $ pour une tonne, tandis qu'en vrac, une telle quantité peut vous
en coûter aussi peu qu'une trentaine de dollars !
Par conséquent, plus
votre sol sera pauvre, plus l'investissement sera considérable… Cependant
rassurez-vous, une fois le taux de pH idéal atteint,
celui-ci se maintiendra à un niveau acceptable pour les trois à cinq
années suivantes. En effet, les sols s'acidifient relativement lentement.
Pour éviter un investissement majeur après ces trois à cinq ans,
vous pouvez, si vous le désirez, entretenir votre sol avec un apport
minimal de chaux à chaque année.
Avant d’incorporer
la chaux à votre sol, il peut être bon d’étendre un herbicide
de type Round-Up pour vous assurer de tuer la repousse de mauvaises
herbes et ainsi avoir une excellente production pour plusieurs années
consécutives. Cette étape nécessite deux semaines de repos des champs
après l’application de l’herbicide avant d’entreprendre
l’étape finale
de la semence. Dans mon cas, j’ai choisi de ne pas utiliser d’herbicide,
le côté environnementaliste en moi a pris le dessus sur le
reste… J'ai aussi économisé
près de 200 $ en évitant cette étape.
Vient ensuite l’étape
de la fertilisation. Cette étape peut, elle aussi, faire
partie d’une prise de conscience environnementale. En effet, les
fertilisants
minéraux et chimiques sont très dommageables pour l’environnement.
Quoique l’utilisation de fertilisants peut facilement faire
doubler la productivité d’un champ, j’ai choisi de ne pas en utiliser
dans mes champs considérant que la chasse aux chevreuils est une
activité de loisir avant tout. Par contre, je me dois de vous
dire que
certains sols nécessitent l’utilisation de fertilisants pour procurer
une production convenable qui justifiera l’investissement en temps
et en argent pour la préparation de votre champ cultivé. Les compagnies
distributrices de semences pour les chevreuils ne vont pas réinventer
l’agriculture. La production de fourrage de qualité est une science
en soi très bien connue qui a fait l’objet de nombreuses études.
Les conclusions
sont toujours les mêmes. Au départ, plus votre sol est naturellement
riche en éléments organiques et minéraux, moins vous devrez
y consacrer de temps et d’argent pour y stimuler la production. D’où
l’importance capitale de choisir l’emplacement de votre champ autant
en fonction de la qualité du sol que de la facilité mécanique
de
préparer le terrain.
Tout comme le pH, ce sera le test de sol qui déterminera
le type d’engrais et la quantité à y étendre pour maximiser la
production. Pour ceux qui choisissent cette avenue, calculez un montant
légèrement supérieur en fertilisant que ce que vous aurez investi
en chaux.
Passons à l’étape
de la semence de votre champ. Peu importe le type de graines
choisi, cette étape sera presque toujours la même. Premièrement,
vous avez
besoin de faire un lit pour vos graines. Un lit veut simplement
dire que vous devez taper votre sol pour que les graines puissent
germer et s’enraciner le plus solidement possible.
Vous n’êtes pas
obligé d’utiliser un rouleau compresseur pour cette étape.
Pour les tests dont il est question dans cet article, nous avons simplement
utilisé notre VTT. En conduisant à basse vitesse partout sur le
sol dénudé, nos résultats furent suffisamment probants pour
vous suggérer
la même chose. Il est maintenant temps de semer votre futur champ.
Certaines graines sont beaucoup plus petites que d’autres. En général,
vous pouvez utiliser un semoir à main obtenu dans une pépinière
ou une coop.
Vous pouvez aussi vous procurez un semoir mécanique remorquable
par VTT. Certaines personnes sèment à la main à la volée, je ne
vous le suggère pas car vous devez avoir une bonne expérience
pour réussir
uniformément votre étendage. À cette étape, soyez le plus systématique
que possible pour éviter d’avoir des secteurs sans graines et
des secteurs avec trop de graines. Deux erreurs que nous avons
faites sur
notre terre… Les compagnies ont fait beaucoup de tests et le
poids de
graines suggéré pour une superficie donnée est généralement
calculé pour
procurer le meilleur résultat possible. Une trop grande concentration
de graines risque d’étouffer la pousse et ralentir le rendement.
Dernière étape avant
d’observer le fruit de vos efforts. Vous devez repasser
avec votre VTT pour enterrer vos graines. Encore une fois, vous pouvez
acheter des outils spéciaux qui s’attachent à votre VTT pour réaliser
cette étape. Par contre, vous pouvez aussi être imaginatif pour réduire
les frais en équipement. Faites comme nous et laissez traîner une
longueur de quatre pieds de clôture quadrillée comme celles entourant
la plupart des écoles. Ce fut suffisant pour remettre environ _
de pouce de terre sur les semences.
Comme vous voyez, le
procédé est assez simple en soi. Les résultats seront
en fonction de l’énergie et de l’argent que vous serez disposé
à investir.
Pour chaque étape de la méthodologie que vous négligerez, votre
futur garde-manger pour chevreuils s’en ressentira directement.
En semant vos
champs à la fin mai, vous devriez être en mesure de faire une coupe
au début du mois d'août pour préserver une hauteur d’environ
six pouces.
Ainsi, vous garderez les pousses jeunes donc plus protéiques et attrayantes
pour le chevreuil. Dans beaucoup de cas, vous n’aurez pas cette
option de coupe dû au sur-broutage qu’exerceront les
chevreuils. Une
coupe peut quand même s’avérer positive pour diminuer la
repousse de mauvaises
herbes si vous avez choisi l’option plus écologique sans herbicide.
Cette coupe aura comme effet de tuer une bonne partie de
cette mauvaise herbe.
Frais encourus
Maintenant, combien coûte
l’établissement d’un bon champ d’une acre de superficie
en milieu forestier ? De manière générale, les mêmes frais de base
reviennent toujours peu importe l’endroit sélectionné. Ces
frais reliés
au sol trop acide sont normaux. Il est très rare de trouver un endroit
qui ne nécessitera pas l’application d’au moins deux tonnes
de chaux par
acre. Calculez donc environ 150 $ pour cette étape. Les fertilisants
coûtent environ le même prix selon les besoins et finalement
les graines coûteront entre 30 et 200 $ à l’acre selon la sorte
que vous choisirez. Donc en moyenne, nous parlons d’environ 500
$ de produit
par acre cultivée.
Le prix peut vite
doubler voire quintupler si vous devez partir de zéro. En
effet, si vous choisissez le secteur pour produire un champ en fonction
de la qualité du sol et de la disposition stratégique de ce dernier
pour la chasse et que malheureusement cet endroit se trouve en pleine
forêt, les coûts grimpent rapidement. La coupe de bois peut se faire
généralement sans frais en échange de la valeur en bois du
secteur récolté.
Dans les régions où les forêts de grande valeur se font plus rares,
il peut être possible d’inclure dans l’échange, le désouchage
et le nettoyage
du secteur en question à moindres frais. Pour avoir travaillé
de concert avec quelques propriétaires qui ont payé pour le désouchage
et le nettoyage de quelques champs d’une acre, les coûts reliés
à cette opération s'élèvent à environ 1200 $/acre. En voici
la répartition:
8 heures de pelle technique en désouchage à 90 $/heure et 8 heures
de nettoyage avec une gratte munie d’une lame à dents qui sert
de peigne à 50
$/heure. Pour ces deux étapes, je vous recommande d'être présent
pour vous assurer que ces opérations seront faites avec soin afin
de conserver la couche de terre arable sur place. Certains sols n'ont
pas une couche arable très épaisse et le sable remonte vite en surface
lorsque l'opérateur de la machinerie va trop vite ou n'est pas attentif.
À cette facture, vous
devrez aussi ajouter la location de l’équipement pour
herser le champ si vous ne possédez pas de VTT. Comme vous pouvez
le constater,
la préparation d'une superficie cultivable peut facilement atteindre
2000 $/acre sans compter l'achat des semences proprement dites.
Peut-on réussir un
champ attrayant à moindre coût ? Sur notre terre, nous avons
établi un champ d’environ une acre pour la modique somme de 200
$ (incluant les
semences, et la préparation du sol). Évidemment, nous étions
propriétaires de la machinerie et nous avons choisi une semence (trèfle
ladino) qui pousse tout de même bien à un pH bas de 6,0 à 6,2. Je
n’ai donc pas eu besoin d'utiliser de chaux et j’ai choisi de
ne pas engraisser
le champ avec des fertilisants. Six à huit chevreuils s'y alimentaient
par jour.
Types de semences
Après tant de points
techniques sur la préparation, il ne nous reste plus
qu’à regarder le type de semences à préconiser. Sur ce sujet,
je dois vous
aviser de plusieurs petites choses. D’abord, il n’existe aucune
culture qui ne nécessite pas de travail. Quelques compagnies ont eu
l’audace de mettre sur le marché des mélanges de plantes
soi-disant faciles
à établir, qui ne requiert aucune préparation du sol… En
théorie, ils
sont conçus pour être semés directement à travers la végétation
en place, puis entrer graduellement en compétition avec celle-ci
pour finalement s’établir progressivement. Nous en avons testé
quelques-uns et le résultat
fut nul. Ne pensez-vous pas que si ces fameuses
plantes existaient, les cultivateurs seraient les premiers à les
utiliser pour ainsi réduire leur tâche et se débarrasser d'une partie
de leur machinerie pour la préparation du sol ? Deuxièmement, d’autres
compagnies ont fait la mise en marché de graines pour fourrage d’été
et d’autres pour fourrage d’automne. Excellente idée en soi puisque
les deux types de fourrage fournissent aux cerfs une nourriture appropriée
pour convenir à leurs besoins alimentaires spécifiques du moment.
Cependant au Québec, notre saison de production est trop courte pour
établir des champs spécialisés à haute teneur en protéines au
cours de l'été
(pour favoriser la croissance des cornes) puis poursuivre par la
mise en place de champs automnaux composés de plantes moins protéiques
mais plus grasses pour favoriser le gain de masse corporelle chez
le chevreuil.
Ceci étant dit, nous
avons testé sept sortes de graines dans plusieurs champs
et plusieurs régions du Québec. La plupart d’entre elles
furent mises en
compétition avec d’autres types de graines. Lorsque des graines
furent testées
par rapport à d’autres semences, la même méthodologie fut utilisée.
Les facteurs suivants ont été comparés:
- la rapidité
et le taux de germination des différentes semences ;
- la résistance
à la sécheresse ;
- la production à
l’ombre ;
- la résistance
au surbroutage induit par le chevreuil ;
- l’attrait pour
le chevreuil en été et en automne ;
- la résistance
aux gelées ;
- et finalement,
à titre d'information, le taux de pH idéal pour sa culture.
Nous avons comparé
deux types de mélange de la compagnie BIOLOGIC soit le
produit FullDraw composé d’une plante nommée
brassica et qui ressemble
à une sorte de laitue, puis le produit nommé New Zealand Fall Premium
Attactant (NZFPA), qui est un mélange de chicoré, de trèfle et de
plantes de la famille des navets. Un fait à noter pour les mélanges
BIOLOGIC, toutes les
graines sont issues de la Nouvelle-Zélande et elles font
fureur aux États-Unis. Nous avions également le produit Clover
de la compagnie
WHITETAIL IMPERIAL, qui est un trèfle blanc ladino à haut taux
de germination. Un trèfle blanc ordinaire ainsi que de la luzerne
obtenus auprès
des Coopératives agrées du Québec faisaient également partie
des semences testées. Le mélange Plantes Mixtes de la compagnie québécoise
LA FERME MONETTE, constitué de plus de dix sortes de plantes faisait
également partie du groupe et finalement le mélange Trophy Garden
de l’autre compagnie québécoise BUCK EXPERT, dont le mélange contient
pas moins de 14 espèces de plantes, complétait le tableau.
Dans quelques champs
d'environ une acre, des carreaux de superficie similaire
furent semés avec chaque type de graines. La même préparation fut
mise en place pour chaque type de semence.
Pour une idée globale des résultats obtenus, nous vous offrons
une présentation
par tableau pour vous rendre la consultation plus facile.
Tableau 1 DÉSOLÉ,
NON DISPONIBLE
À ce stade, il serait
trop simple de s’en tenir au tableau des résultats sans
émettre quelques commentaires suite à de nombreuses heures d’observations
directes et indirectes réalisées par des caméras de surveillance.
Il faut également savoir qu’un type de graines ne réagit pas
de la même façon d’un sol à un autre. Si la terre d’un
secteur donné lui
fournit la composition parfaite des éléments dont elle a besoin,
cette graine démontrera
très probablement une excellente croissance (à moins
de sécheresse, de gelée ou autre facteur externe). En contrepartie,
ce même type de graine peut procurer un rendement beaucoup moins
intéressant en un autre endroit, uniquement en raison d’un sol inadéquat.
C'est d’ailleurs ce
qui s’est produit lors de nos tests. Le rendement de certains
types de semences a différé légèrement d’une placette échantillon
à une autre. Notez que les résultats présentés dans le présent
article ont été constatés sur trois différents sites de tests.
En effet, nous
avions deux placettes échantillons en Outaouais puis une autre
en Beauce. En Outaouais, les deux sites de tests ont révélé des
rendements très
similaires: le mélange Full Draw de BIOLOGIC est arrivé
bon premier, suivi du
Clover de WHITETAIL (trèfle ladino à haut taux de germinaison),
puis du trèfle blanc ordinaire. Les essais réalisés en Beauce,
quant à eux, classent la luzerne en tête de ligne, suivi, ex æquo
du Clover et du trèfle blanc. Le mélange Full Draw, qui s’est pourtant
démarqué en Outaouais, termine la course en troisième position.
Quant aux
produits québécois, je suis forcé d'admettre des résultats plutôt
mitigés, et ce, à tous les sites d’expérimentation. Ceux-ci
sont
peut-être explicables
par la toute récente incursion de ces compagnies dans
un secteur d'activité dans lequel elles ont très peu d'expérience.
À la lumière de résultats
aussi variables, quel type de semence devriez-vous
employer dans votre propre secteur, me demanderez-vous ? Je crois,
que pour la première année, il serait préférable de semer deux
à trois types
de mélanges pour deux bonnes raisons. Tout d’abord, cela vous
permettra de constater le rendement de chacun par rapport au type de
sol de votre champ. En second lieu, vous couvrirez ainsi vos arrières,
dans le cas où une semence en particulier connaîtrait une
mauvaise saison.
Voyons ensemble plus
en détail, les types de semences qui ont donné un rendement
intéressant. Dans un premier temps, la luzerne s'est avérée définitivement
très attrayante pour le chevreuil. De plus, elle présente l'avantage
majeur d'être une plante vivace possédant une durée de vie variant
de 10 à 15 ans. Pour lui assurer un bon rendement à long terme, il
suffit de fertiliser le sol au besoin puis de vérifier et
corriger, si nécessaire,
le niveau de pH. Ce dernier point est toutefois l'inconvénient
majeur en ce qui concerne ce produit. En effet, la luzerne
nécessite un pH élevé (6,5 à 7) pour s'établir convenablement
et ne produira
pas de résultats concluants dans un sol trop acide. Elle est donc
appropriée pour un sol dont le pH sera initialement élevé pour éviter
de devoir procéder à un apport massif de chaux, ce qui entraînerait
des coûts élevés. Généralement, un champ fraîchement défriché
en milieu forestier sera plus ou moins indiqué pour y cultiver ce
type de semence. Dans un champ déjà existant, les chances que le
pH soit plus élevé
sont meilleures. En tout premier lieu, avant d’arrêter votre
choix sur ce type de semence, il est impératif de vérifier cette
donnée. Si le
niveau de pH de votre sol est faible, il serait plus sage
de se tourner vers
d’autres types de semences qui y pousseront bien. Ou encore,
déterminez un autre emplacement au sol plus approprié pour élaborer
votre champ de luzerne.
Le mélange FullDraw
de BIOLOGIC a également eu une cote de popularité très
élevée auprès des chevreuils. Certaines nuits de surveillance,
ce carré de
champ était le seul à être visité par ces derniers. Sa résistance
au broutage aurait pu être favorablement comparable aux autres
puisque, malgré cette utilisation abusive, les plantes ont toujours
continué à pousser.
Dans le cadre de cet
article, j’ai eu la chance de visiter les installations
de Charles Alseimers (photographe et chroniqueur américain spécialisé
sur le chevreuil) ainsi que les terres aménagées par la compagnie
NorthCountry WHITETAIL (Est-ce que tous les mots soulignés sont
le nom de la compagnie?) dans l’état de New York où l'on se spécialise
dans l’aménagement spécialisé de terres privées pour la production
de chevreuils de qualité. Dans les deux cas, les résultats ressemblaient
aux nôtres quant à l’attrait exercé par le mélange FullDraw.
Dans un autre ordre
d’idée, il est normal de constater de bonnes résistances
à la sécheresse des produits BIOLOGIC car les plantes proviennent
de la Nouvelle-Zélande, un pays au climat sec. De plus, les compagnies
américaines WHITETAIL IMPERIAL et BIOLOGIC ont plus de dix ans
d’expérience dans le domaine des semences pour le chevreuil.
Ces deux
compagnies ont d'ailleurs des centres de recherche expérimentale
où sont testés
sur le terrain des mélanges sans cesse améliorés pour subvenir
aux besoins alimentaires du chevreuil.
Par contre, au
chapitre des inconvénients, la semence FullDraw nécessite d’être
ressemée à chaque année puisqu’elle est une annuelle. En ce
sens, elle
engendre un investissement plus important. Cependant, la plupart des
autres mélanges à l'essai doivent aussi être ressemés
partiellement pour
optimiser la productivité les saisons suivantes. Après trois
ans, tous ces mélanges,
à l’exception de la luzerne, devront être semés de nouveau
pour produire à leur plein potentiel. À la lumière des résultats,
je cultiverais personnellement la moitié d'un champ avec le produit
BIOLOGIC FullDraw et l'autre moitié, avec le WHITETAIL IMPERIAL Clover.
Si je n’avais aucune compétition avec les terres voisines, je choisirais
le bon vieux mélange de trèfle blanc ordinaire des COOPS, en raison
de son coût moins élevé. Et si le sol de mon champ démontrait
initialement un
taux élevé de pH, j’envisagerais également l’emploi de la
luzerne, qui s’avère aussi plus abordable que les mélanges spécialisés
de différentes compagnies.
Quoique les graines
des deux compagnies québécoises ont un certain attrait,
elles nécessitent des améliorations notables pour rivaliser avec
la compétition américaine. Pour avoir discuté à plusieurs
occasions avec
des agronomes et des botanistes, les compagnies québécoises font
fausse route en
tentant de mettre trop de types de plantes dans le même
mélange et par conséquent
dans le même champ. Plusieurs sortes ne germent
pas dû à la compétition entre elles pour s’établir ou à un
sol inadéquat.
Maintenant, qu'en
est-il des questions suivantes? Ces champs peuvent-ils concurrencer
ceux des agriculteurs en milieu agro-forestier ? Y a-t-il d’autres
aménagements à faire aux alentours de ces petits champs forestiers
pour augmenter encore plus les chances de succès? Sont-ils la solution
miracle pour les chasseurs! La disposition de certains champs peut-elle
s’avérer plus stratégique que d’autres? La création de
petits champs
assure-t-elle des visites de jour par les cerfs environnants ? Peut-on
aiguiller le déplacement des chevreuils fréquentant ces champs pour
ainsi les forcer à emprunter les mêmes sentiers. Autant de questions
et bien d’autres auxquelles je tenterai de répondre dans mon prochain
article.
En conclusion, en
raison du temps et des coûts relativement élevés impliqués
dans la création de bons champs alimentaires, il est impératif de
faire un choix éclairé quant à leur emplacement, choix qui sera
dicté principalement
par la qualité du sol. Si ce dernier ne constitue pas votre
principal critère de décision, vous vous exposez à un rendement
décevant ou
alors vous serez contraints de pallier à la pauvreté du sol en
injectant des sommes supplémentaires en divers produits, sans
compter
le travail
additionnel… De plus, la préparation du sol, malgré le travail
considérable que représente cette étape, ne devrait en aucun
cas être bâclée
ou faite à la hâte. Et finalement, il serait beaucoup plus prudent
et réfléchi, du moins pour la première année, de semer deux à
trois types de
semences (chacune dans une section distincte de votre champ),
pour éviter les mauvaises surprises et les déceptions ! De cette
façon, vous
serez à même de constater celles qui offrent un bon rendement
en fonction de la composition spécifique du sol de votre champ.
N’oubliez pas qu’un taux de pH adéquat est également un
facteur déterminant
pour assurer une croissance optimale. Ne perdez pas de vue que
les résultats finaux seront directement reliés à la rigueur de l’exercice.
Par contre, le travail impliqué et l'argent investi n'ont d'égale
que la satisfaction de voir votre territoire de chasse accroître son
potentiel, pour vous mener vers le succès.
Pour cet article, je
dois remercier plusieurs collaborateurs qui ont généreusement
donné de leur temps et ont bien voulu partager leurs connaissances.
Mario Boivin, mon fidèle second sur notre terre, Bernard Fiset,
Eric Tremblay, Charles Alseimers et Doug Douherty
Louis Gagnon
Remonter
La
gestion de votre territoire pour une meilleure recolte de bucks
adultes
A l'été 2001, j'écrivais
mon premier article pour la revue Aventure Chasse et Pêche. Peu de
monde me connaissaient à l'époque. Dans cet écrit, je vous
avais présenté une gestion novatrice des populations de chevreuil
qui faisait rage chez nos voisins du sud. Basée sur l'abstention de
récolter de jeunes mâles de 1.5 et 2.5 ans et jumelée à
l'augmentation de la récolte de femelles, cette philosophie tentait
de vendre le concept d'une chasse de qualité appuyée sur la récolte
de beaux individus (3.5 ans et plus) plutôt qu'un succès de chasse
élevé mais représenté par plus de 80% de mâles de 1.5 ans (daguet). Cette idée venait d'une association de chasseur qui
s'appelait QDMA ( Quality Deer Management Association).
Aujourd'hui, cette même gang de passionnés est en train de gagner
son pari même dans les états ultra-conservateurs comme la Pennsylvanie
où, grâce à eux, il est maintenait impossible pour
les 1 200 000 chasseurs de récolter un buck n'ayant pas
au moins 4 pointes sur un coté.
Dans cet état, avant la nouvelle régulation, 90% des mâles récoltés
avaient 1.5 ans. Les bucks de 3.5 ans et plus représentaient
environ 3 % de la population de mâles soit un chevreuil sur 250
tout sexe confondu. Avec la nouvelle gestion, on devrait sauver
environ 90 000 mâles de 1.5 an par année et à ce rythme, on croit
ainsi diminuer la population de chevreuils de la Pennsylvanie de 20%
en 5 ans mais augmenter le nombre de mâles de 2.5 ans et plus de
plus de 50%.
Si ça marche au sud, ça doit marcher au nord. Après 4 ans d'exécution
de cette philosophie sur notre terre dans l'Outaouais, deux années
de séminaires hivernaux à travers le Québec et une première année
de stage pratique sur le terrain, je m'aperçois que cette pratique
commence à faire son chemin même au Québec. À titre
d'exemple, l'an dernier sur notre territoire, nous avions un
grattage qui fut visité par pas moins de six bucks différents
incluant quatre mâles de 3.5 ans et plus. À l'achat de cette
terre en 1998, nous n'avions aucun grattage sur le terrain. Ce
printemps, j'ai visité plusieurs terres lors de mes
consultations privées, parmi celles-ci, quelques-unes avaient un
grand potentiel pour produire des chevreuils de qualité voir même
des trophées mais... aucun grattage et très peu de frottages de
l'année précédente existaient sur ces terrains.
Toujours la même histoire, la plupart des chasseurs ne
comprennent pas la nécessité de préserver les jeunes mâles et de
récolter plus de femelles. Avec la nouvelle vague de création de
champs riches en milieu forestier, beaucoup croient que cet apport protéique
important va suffire à contre-balancer les autres déficience
majeures comme le rapport des sexes et la structure d'âge de
la population.
Pour vous illustrer le problème dans son entier, j'ai pensé vous
présenter un concept d'écologie des populations animales
développé par un scientifique européen du nom de Liebig. Son principe, la loi du minimum, fut imagée à l'aide d'une vielle
chaudière perforrée sur le coté par quelques trous. Notre chaudière a trois trous, le premier est dans le bas de cette
dernière, suivi, juste au dessus, par un autre trou et finalement un
dernier trou beaucoup plus haut. Si nous voulons remplir le sceau
avec de l'eau, il ne sert à rien de boucher les deux trous du haut
avant celui du bas sinon l'eau continuera juste à couler par terre.
Maintenant, revenons à nos chevreuils. Chaque trou est un problème
que fait face une population de chevreuil en particulier. Par
exemple, le trou du bas pourrait être le rapport des
sexes trop dé balancé en faveur des femelles, le trou du milieu lui
sera la structure d'âge de la population de mâle (trop jeune) et
finalement le trou du haut sera la qualité alimentaire de
l'habitat. Dans ce cas précis, rien ne sert de boucher le
trou du haut, soit le coté nutrition par la création de bons champs
nourriciers si vous ne boucher pas les deux autres ouvertures.
Chaque population de chevreuils a des besoins distincts selon la
gestion en place, ainsi le trou du bas, qui est toujours le premier
à devoir être bouché avant d'espérer faire monter le niveau
d'eau dans la chaudière, pourra être différent d'une population
à l'autre.
Voici donc quelques exemples particuliers. À Anticosti,
où la pression de chasse est contrôlée et le prélèvement de
femelles est libéral, le trou du bas se situe au niveau de la
nourriture en place de piètre qualité qui diminue le poids corporel
moyen des chevreuils. Dans la zone 7, avant l'ouverture de la chasse
au fusil et à la poudre noire, l'amélioration de la qualité des
ravages et le contrôle
de la prédation pouvaient être les premiers problèmes à
solutionner. Par contre, dans quelques années, le trou du bas, sera
comme dans la plupart des autres zones limitrophes, ce sera le
rapport des sexes suivi par la structure d'âge qui deviendront les
premiers à colmater. Sur notre terre dans la zone 10, maintenant
que le trou du rapport des sexes a été bouché, nous commençons à s'attaquer au trou de la nutrition en créant entre
autres des petits champs ça et là.
En réalité, le rapport des sexes suivi de la structure d'âge sont
les trous du bas les plus communs lorsque la loi du mâle est en
place depuis plusieurs décennies. A titre d'exemple, dans les zones
4-5-6 et 8 où les densités de population de chevreuils sont élevés
dus à des hivers plus cléments et des habitats de hautes qualités,
le succès de chasse globale y est lui aussi plus élevé mais le prélèvement
de beaux mâles matures de 3.5 ans et plus, toutes proportions gardées,
y semble plus bas que dans les
zones moins populeuses comme la 10, la 9 et certaines parties
de la 3. Dans ce cas, la pression de chasse trop élevée sur la
strate de mâles en place contribue à garder bas le
pourcentage de mâles qui réussissent à survivre à deux
saisons de chasse et plus.
Une gestion basée sur
la loi du mâle équivaut jusqu'à un certain point à la gestion
forestière en place. Lorsqu'on pratique une coupe à blanc, la
repousse est bonne et dense mais les tiges sont petites et sans
valeur commerciale pendant plusieurs décennies. Si on pratique une
coupe de jardinage et ne prélevons qu'un certain pourcentage d'
individus matures, nous aurons toujours un certain prélèvement sur
une base régulière. Nos forêts auront des arbres de toutes les
structures d'âge. Évidemment, l'appât du gain et l'indiscipline en
ont décidé autrement. Aujourd'hui, beaucoup de régions du Québec
sont en rupture de stock.
La gestion du chevreuil me rappelle beaucoup celle de nos forêts où
le prélèvement éhonté sur la strate mâle a laissé en place une
population de mâles matures décimés à moins d'un individu par
plus de 1000 acres de terre. Peu de gens veulent entendre parler
d'une interdiction de prélever de jeunes mâles en répétant
qu'ils ne tueront rien car ils ne voient que ce type d'individu.
Pensez-vous que la Pennsylvanie était
différente ? D'autres espèrent une nouvelle position
du gouvernement en faveur d'une gestion plus saine. Arrêtez de rêver,
la faune au Québec est l'une des dernières préoccupations
du gouvernement. De plus, ne vous leurrez pas, les changements de
cap important, comme ceux de l'état de Pennsylvanie, furent mis en
place grâce aux lobbys puissants des compagnies d'assurances
automobiles, des compagnies forestières et de l'union des
agriculteurs en place; on est loin des chasseurs.
Au Québec, pour le moment, la solution passe par la création de
petits groupes de chasseurs s'associant pour contrôler une portion
de terre plus grande (400 acres ou plus) et y instaurer un système
de gestion basé sur la philosophie QDM. J'entends déjà tous ces
chasseurs durant mes cliniques me dirent que leurs voisins sont des
ignorants, des braconniers, des grands galops, tir vite, etc. Ne
sommes-nous pas, à l'occasion, l'image de nos voisins ? Dans mon
coin, nous sommes en train de montrer l'exemple et à chaque saison,
un nouveau groupe de chasseurs s'autodiscipline, cesse de prélever
de jeunes mâles et applique plus massivement au tirage au sort pour
obtenir des permis pour l'abattage de femelles. Seules l'association et l'éducation
vaincront. Le gouvernement peut mettre une gestion globale en place
mais rien nous empêche de mettre notre propre micro gestion sur nos
terres. En terminant, pour ceux qui croient que cette gestion
fonctionne que pour les riches seulement, je vous répondrez ceci.
Pour avoir une bonne chance de prélever un mâle mature
sur une base régulière, vous devez aller à Anticosti, dans
l'ouest canadien, où chez un pourvoyeur ayant adopté la gestion
QDM depuis plusieurs années ou encore posséder une terre assez
grande pour exercer un contrôle sur la pression de chasse et le prélèvement.
Toutes ces options ne sont-telles pas synonyme de richesse ? Si ce
n'est pas votre cas comme la plupart d'entre nous d'ailleurs,
qu'attendez-vous pour contacter vos voisins limitrophes de
territoires de chasse pour entreprendre votre nouvelle gestion ?
Colmatez le trou du bas sans tarder, le succès viendra.
Bonne chasse.
Louis Gagnon
Remonter
La
Prospection
Durant ma première
semaine de guidage de la saison 2001, mon chasseur, un client de
longue date, me demanda de chasser un endroit précis de mon
territoire où, deux ans plus tôt, il avait eu la chance de prélever
un beau mâle mature. Plutôt que de lui accorder cette faveur, je
choisis de tester durant quelques jours, deux autres endroits
qui étaient moins achalandés par les chasseurs résidents. Malgré
une continuelle pression de la part de mon chasseur, j'obtempéra à
sa demande initiale qu'à la quatrième journée de son séjour.
Ce tree-stand
magique n'avait rien de particulié à première vue. Situé sur un
plateau, couvert d'une forêt mature ayant subit une coupe de
jardinage; l'endroit était traversé par un vieux chemin forestier
en repousse qui avait comme avantage de décourager les chasseurs
en VTT de s'y aventurer. Ce plateau d'environ 150 acres de
superficie, était ceinturé par des chemins forestiers qui
attiraient bon nombre de chasseurs. Pourtant, bon an mal an, j'y
faisais récolter un à deux beaux mâles matures toujours à partir
du même arbre.
Cette journée
fatidique pour mon chasseur se déroula sans heurt. L'observation
de chevreuils commença tôt pour atteindre son ''peak'' d'activité
entre 9h00 et 12h00. A 13h30, une détonation provenant de l'est me
figea sur place. A l'aide de mon GPS, je conclus que ce coup de feu
ne pouvait être que mon chasseur. Utilisant des radios pour
communiquer entre nous, je pus rapidement constater qu'il venait
d'abattre un douze pointes de plus de 160 pouces selon le système
de mesurage B&C. A mon arrivée sur les lieux, il me raconta son
histoire de chasse en précisant que 16 chevreuils dont 8 mâles
différents s'étaient exposés à lui durant cette matinée. Ce
site d'affût avait de nouveau procuré une journée d'effervescence
hors du commun à mon chasseur.
Ma connaissance
approfondie du secteur, due à une prospection sérieuse, m'a permis
de choisir le site d'affût parfait dans un territoire pourtant
utiliser par multitude d'autres chasseurs. Comme guide de chasse
pour chasseur de chevreuil trophée, ma ''job'' consiste
principalement à prospecter sur une base régulière et trouver les
petits secteurs particuliers qui sont utiliser intensément par
plusieurs mâles matures. À ce petit jeu, vous l'aurez deviner,
pour devenir performant, un guide doit devenir maître dans l'art de
prospecter et mieux comprendre les déplacements naturels des
chevreuils.
Pourquoi mettre
tant d'emphase sur la prospection? Selon plusieurs études
biologiques réalisées sur l'utilisation du territoire et les
déplacements naturels des mâles matures, un mâle âgé de 3.5 ans
et plus passerait 90% de son temps (plus de 20 heures
par jour) sur seulement 10% de son territoire total. De plus, à
l'automne venu, comme ce mâle doit communiquer régulièrement avec
les autres mâles environnants, ce 10% de territoire est souvent le
même ou sinon il est voisin du 10% de l'habitat préférentiel des
autres mâles matures avoisinants. Donc, si un mâle adulte, en
milieu agro-forestier ou forestier utilise un territoire de 500 à
1000 acres variant selon la disponibilité alimentaire, il est
tout à fait légitime de penser que 90% de son temps sera investi
sur une surface de 50 à 100 acres qui elle à son tour sera utilisé
par d'autres mâles du secteur. Si vous chasser à
l'aveuglette sans prospection organisée et planifiée en fonction
des comportements du chevreuil; vous avez 90% de chance de chasser
sur une portion de terrain où les bucks matures y
passeront que seulement 10% de leur temps (moins de 4 heures par
jour). En terme de chasseur, la prospection sert premièrement à
repérer des mâles matures et finalement trouver ce fameux
10% de territoire qui englobe généralement leurs sites de couchage
ainsi que leurs principaux couloirs de déplacement.
Ma prospection se
déroule principalement en deux étapes distinctes. La première est
celle du bureau et nécessite l'utilisation de plusieurs types de
cartes pour tenter de dénicher de futur sites potentiels qui
justifieront une visite sur le terrain. Personnellement, j'utilise
trois types de cartes soit la topographique 1/20000, la photo aérienne
et finalement l'éco-forestière. 90% de ma prospection de bureau se
fait à l'aide d'une topo 1/20000 et de photographies aériennes. Si
à ma première excursion, le site est prometteur alors je pousse
plus loin mon investigation à l'aide des cartes mentionnés précédemment.
Sur ma carte
topographique 1/20000, je cherche deux particularités précises. Je
préconise la découverte de secteur avec peu d'accès motorisées.
Je note des secteurs avec plus de 500 mètres de superficie forestière
sans route, sentier de V.T.T. ou si possible sentier pédestre.
Beaucoup de sondage ont montré que seulement 10% des chasseurs
s'aventurent plus profondément qu'un demi kilomètre en forêt hors
des sentiers battus. (CARTE 1) Deuxièmement, je priorise la
concentration d'habitat variés sur une petite superficie de
terrain. Plus votre territoire renferme des habitats diversifiés,
plus nombreuses seront les zones de transition. Ces transitions,
entre deux habitats différents qui se rencontrent, favorisent
l'établissement d'une zones forestières denses. Ces zones, en plus
de servir de garde-manger naturel pour le chevreuil, servent
également de couloir de déplacement pour ces derniers qui s'y
sentent plus confortable dû à la protection qu'offre le couvert.
Je note les zones où trois habitats ou plus se rencontrent et se
chevauchent. Beaucoup de lots boisés privés de plusieurs régions
à chevreuils du sud du Québec offrent ces caractéristiques. Ces
lots ont en général été perturbé en petites parties à la fois
par de petites coupes à blanc réalisées sur une période de dix
ans. Ce genre de territoire offre les meilleures conditions qu'une
population de chevreuils peut espérer en milieu forestier soit une
grande diversité d'habitat confinée sur une petite surface de
territoire où nourriture, couvert de sécurité, couloirs de déplacement
et eau se chevauchent.
Après avoir repérer
quelques secteurs prometteurs dans une région donnée alors je
commence mes premières visites sur les terrains convoités.
Si le temps et la température me le permettrent, je ferai
cette visite à la fin de la saison de chasse et plus particulièrement
après les premières neiges. Quoique à cette occasion, je ne
fermerai pas les yeux sur les frottages toujours très visibles,
cette première tournée n'a pour but de m'assurer que le chevreuil
est bien présent dans le secteur visé et que les habitats rencontrés
sont bien ceux déjà visionnés à partir de mes photos aériennes.
De plus à cette date, je consentis un effort considérable pour repérer
une ou des pistes dont la grosseur ne laisse aucun doute dans mon
esprit quant à l'auteur de cette trace. Alors débute mon traquage,
je suis cette piste jusqu'à ce qu'elle me mène à une ou des
couchettes. Cette manière de faire est la seule efficace que je
connaisse et qui m'assure à 100% que j'ai trouvé le site de
couchage d'un mâle mature. Cette donnée figure parmi les plus
importantes à tenter d'obtenir durant votre prospection. La raison
est simple. Juste après la saison de chasse, si vous découvrez un
site de couchage d'un mâle mature, non seulement vous savez qu'il a
survécu à la dernière saison de chasse mais en plus, vous savez
maintenant où ce dernier se terrait pour contrer la pression de
chasse. Quelques études, effectuées à l'aide de colliers télémétriques
fixés à des mâles matures, ont démontré que les sites de
couchage changent peu au courant de la saison automnale tant que la
neige n'est pas assez épaisse pour chasser les chevreuils vers leur
site de ravage. La majorité de mes connaissances sur les sites de
couchage me vient directement de ma prospection d'après saison (décembre).
Non seulement je n'ai pas à me soucier d'effrayer le mâle que je
recherche mais je vais aussi me tenir debout dans sa couchette pour
tenter d'avoir une meilleur compréhension du choix de l'emplacement
de cette dernière. Cette manière de faire m'a aidé à
comprendre mieux les besoins de sécurité ainsi que les dispositifs
de fuite de ces mâles adultes.
En connaissant les
sites de couchage des mâles adultes, vous pouvez commencer à
figurer les déplacements naturels de ces derniers pour avoir accès
à leur nourriture ou aux femelles selon la période de l'année.
Plusieurs autres études en milieu naturel avec peu, moyennement ou
beaucoup de pression de chasse, stipulent que lorsqu'un mâle à la
chance d'atteindre 4.5 ans et plus, il devient nocturne à plus de
85% de son temps. Les mêmes études font également état d'une
autre statistique fort intéressante; le 15% des activités effectués
de jour le serait très près ou directement au alentour du site de
couchage. Vous comprenez maintenant pourquoi je m'efforce de repérer
adéquatement ces endroits. Si je n'ai pas pu faire cette exercice
pour repérer les sites de couchage alors je m'efforce de les repérer
sur ma carte éco-forestière ou ma photo aérienne. Les zones de prélédiction
seront par beau temps; des dessus de montagne plus dense que la
moyenne environnante et par temps pluvieux et venteux; des flancs
conifèriens protégés des intempéries ou des ''swamps'' dense et
peu humide. D'autres secteurs peuvent être utilisés comme
''chambre à coucher'', l'endroit doit simplement protéger de
manière efficace son occupant. Toutes les habitats quasi impénétrables
sans alerter tous ses occupants peu faire l'affaire. Règle générale,
la majorité des chasseurs évitent ces secteurs comme la peste dû
principalement à la difficulté d'y pénétrer sans faire de
tapage.
Mes premières
excursions de prospection se terminent généralement avec l'arrivée
de la saison froide. Même si certaines années, l'arrivée de
la neige se fait attendre et que les accumulations ne sont pas
assez importantes pour pousser la majorité des chevreuils dans leur
ravage, je n'investis pas plus de temps en prospection car le peu de
neige au sol m'empêche de repérer les vieux grattages, ce qui me
forcera de toute manière à retourner au printemps. Je
profite plutôt de la saison froide, pour visionner avec précision
les cartes éco-forestières des quelques secteurs à fort potentiel
que j'ai retenu suite à ma première visite. J'en profite également
pour rencontrer les propriétaires de ces terres et tenter de négocier
un droit d'accès pour la prochaine saison.
Sur ma photo aérienne
et ma carte éco-forestière, je recherche les petits sites
potentiels de nourriture. Car peu importe si vous chasser tôt en
saison qui coïncide au pré-rut ou en plein coeur de la saison
d'accouplement, les zones de nourriture sont aussi importantes à
localiser que les sites de couchage. Rappelez-vous que ramener à sa
plus simple expression, la vie d'un chevreuil se résume ainsi: il
dort, il se nourrit et trois semaines par année, il recherche la
compagnie du sexe opposé pour se reproduire. Si votre territoire
fait parti d'un secteur agro-forestier, les champs de luzerne, trèfle,
soya et blé d'inde seront notés. Je sélectionne les champs les
plus petits et éloignés des principaux chemins. Si je suis en
milieu forestier, je cherche les jeunes coupes (moins de dix ans),
les chablis, les étangs à castor, les concentrations de chênes et
de frênes matures mais avant tout, les concentrations de zones de
transitions.
Lorsque je crois
avoir localiser les principaux sites alimentaires ainsi que les
possibles zones de couchage alors j'attends le printemps pour
retourner corroborer tout ceci sur le terrain. Je visite les
garde-mangers et marche attentivement les parties de territoire qui
séparent les aires de nourriture des sites de couchage. A cette
date, je prend aussi une attention spéciale pour faire une petite visite
aux topographies traditionnellement utilisées par les chevreuils
pour passer d'un secteur à l'autre. Je pense entre autre aux dos d'âne,
aux entrées des vallées (selles), aux flancs de colline en terrain
forestier et finalement à toutes les zones de drainages (étangs,
ruisseaux et petites rivières). En milieu forestier, les ''trails''
d'accès au sites d'alimentation ainsi que celles directement dans
ces sites sont souvent plus subtiles. La concentration de crottins
frais jumelée à l'observation de nombreuses espèces d'arbustes
broutées sont les signes les plus sûrs de la présence d'une bonne
utilisation de l'habitat par les chevreuils du territoire. Durant
cette exercice, la densité du couvert est ma principale préoccupation.
Les chevreuils sont des bêtes qui aiment les forêts denses. Ce
seront ces zones embroussaillées qui serviront de couloirs de déplacement
diurne pour la plupart des chevreuils utilisant le secteur. Si vous
trouvez peu ou pas de signes( grattages et frottages) de la dernière
saison du rut, votre secteur n'est probablement pas occupé de façon
régulière par des mâles matures.
Durant vos sorties
sur le terrain, commencez à noter l'alignement de tous les sentiers
de chevreuils rencontrés. Notez également les fins des sentiers
majeurs car elles vous diront l'origine et la destination de la ''trail'',
ce qui, à mon sens, est plus important comme information que
le sentier lui-même. De cette façon, si je décide de chasser sur
un sentier majeur, je choisirai une portion où plusieurs sentiers
se rencontrent pour former ce couloir de déplacement et ce sera
autant que possible à proximité d'un site de couchage connu
Durant votre
prospection forestière, si vous ne notez aucun sentier majeur mais
plusieurs petits sentiers subtiles, vous avez possiblement
affaire à une population de chevreuils de faible ou de
moyenne densité qui semble utiliser le territoire de manière plus
égale. L'habitat trop homogène du secteur rend se type de terrain
difficile pour localiser efficacement les zones propices à l'établissement
d'une affût efficace.
Allons un peu plus
loin dans notre prospection. Imaginons que vous avez deux ou
trois territoires qui semblent rencontrer vos besoins de chasseur de
mâle mature. Maintenant, seul les grattages et les frottages de
l'automne précédent vous indiqueront si oui ou non, votre secteur
fut visité par plus d'un mâle mature. Ici, je m'explique. Les
chevreuils sont des animaux sociaux qui doivent communiquer entre
eux. Contrairement à orignal, le cerf de Virginie communique
peu à l'aide de son. Plus de 90% de ses échanges avec les autres
chevreuils se feront au niveau olfactif par le dépôt d'odeur sur
les frottages et les grattages qu'il aura fait ça et là sur son
territoire. Les frottages et les grattages doivent être
disposés dans des endroits stratégiques pour favoriser une
communication efficace au plus haut point. Suivant cette logique, il
est plutôt monnaie courante de trouver des petits secteurs denses
près des sites de nourritures et des sites à forte concentration
de femelles, où il y aura une densité importante de grattages et
de frottages. Ces petits aimants à buck seront visités beaucoup
plus fréquemment par tous les mâles environnants et, comme mentionné
précédemment, ils seront situés majoritairement sur des
zones de convergence qui mènent aux petits groupes de femelles.
Ces petits couloirs de déplacement utilisés principalement par des
mâles matures se retrouvent souvent dans des transitions denses
entre deux habitats. En terme de frottages, recherchez des gros
frottages (4 pouces et plus) qui semblent être utilisés depuis
plusieurs saisons. N'allez pas croire que les petits frottages n'ont
pas d'importance, mais les faits ont prouvé que seul les mâles
matures frotteront des gros arbres tandis que les petits frottages
peuvent être faits par des bucks de toutes les classes d'âge. Si
vous avez la chance de repérer de très gros frottages (6 pouces et
plus) bien utilisés , vous avez une certitude que ce secteur est régulièrement
fréquenté par plus d'un mâle mature.
Après deux
visites sur le terrain, j'ai déjà assez de données accumulées
pour bien évaluer les déplacements naturels des chevreuils
utilisants le secteur. Connaissant les principales informations pour
commencer à élaborer ma stratégie de chasse: site de couchage,
concentration de la nourriture, localisation des femelles, lieux de
grattages et frottages communicatifs ainsi que les couloirs de déplacement
entre les différents sites d'intérêts pour les mâles matures, il
ne me restera seulement qu'à évaluer deux points des plus capitaux
qui décideront souvent du succès ou de l'échec de mes efforts. Ce
sont la pression de chasse environnante ainsi que les vents
dominants et l'influence de ces derniers sur les déplacements
journaliers des chevreuils utilisant le territoire.
Avez-vous déjà
remarquer qu'après une saison de chasse seulement, vous connaissez
les principaux points névralgiques d'entrée et de sortie des
chasseurs sur le territoire. Vous savez également quelles
techniques de chasse utilise chaque groupe de chasseurs vous
entourant en plus de connaître avec passablement d'exactitude la
plupart des miradors du secteur. Cette pression de chasse, vous
l'avez apprise malgré le fait que vous utilisez le territoire que
quelques jours par année et que vos sens n'ont rien de comparable
avec ceux du gibier tant convoité. Imaginez maintenant que votre
survie dépendait de la connaissance de l'utilisation du
territoire par vos voisins chasseurs ! Il est fort à parier que
vous y porteriez encore plus d'attention. Cette situation est
pourtant celle du chevreuil. Heureusement ce dernier à des sens
olfactifs et auditifs beaucoup plus puissant que les vôtres pour détecter
tous les éléments humains sur son territoire. En plus, il vit sur
ce terrain 24 heures par jour. Pensez-vous toujours que ce dernier
ne connait pas les principales installations de chasse sur son
territoire et n'en tient pas compte lors de ces déplacements? Si
votre réponse est oui, vous continuerez à faire partie du 90 % des
chasseurs qui prélèvent des mâles de 2.5 ans et moins. Parmi une
bonne dizaine d'études sur les taux de survie des mâles
chevreuils, on constate que dans les secteurs soumis à une pression
de chasse moyenne à élevée, un faon mâle a seulement 7% de
chance d'attendre l'âge de 3.5 ans. Par contre, si ce dernier fait
partie de ce groupe sélect de 7% et par le fait même devient un mâle
mature, il a maintenant 70% de chance de survivre jusqu'à 5.5 ans.
Pour réussir l'exploit, il doit s'adapter rapidement et éviter
toutes installations et odeurs humaines. Il devient alors presque
nocturne à 100% du temps ou encore n'utilise que des zones forestières
denses que la grande majorité des chasseurs évitent.
D'où l'importance
capitale de bien jauger la pression de chasse pour faire exactement
comme les chevreuils et simplement chasser toutes ces parcelles de
terrain souvent repoussantes pour la grande majorité des chasseurs.
Ce sera ces parties de territoire qu'utiliseront les mâles matures
pour se déplacer de leur site de couchage vers leur zone de
nourrissage. Ce seront les mêmes zones qui seront les plus utilisées
pour déposer les odeurs sur les grattages et les frottages. Dans
ces couloirs de déplacement dense et souvent évités par la confrèrerie
de chasseur, la découverte de vieux frottages et grattages en bonne
quantité durant votre prospection printanière sera de très bonne
augure.
Il ne vous
restera qu'à évaluer l'effet du vent sur l'utilisation de ces
couloirs par les chevreuils. En effet, non seulement vous devez
penser à la manière d'accéder à ces sites prometteurs sans éveiller
les soupçons mais vous devez en plus savoir si ces couloirs sont
utilisés à bon vent seulement ou en tous temps. Je vous explique
le tout plus en détail. Quoique les chevreuils ne marchent pas
toujours le vent de face, la tendance des déplacements de jour est
définitivement à bon vent particulièrement en territoire à forte
pression de chasse ou à proximité des zones qui nécessitent une
exposition en milieu plus ouvert. En milieu agro-forestier, un mâle
adulte pourra se rentrer au champ nourricier à mauvais vent mais
rendu à proximité, il essaiera de le contourner à bon vent avant
de risquer une exposition pour s'y nourrir ou aller à la rencontre
d'une femelle. Dans ce cas, un vent provenant de la même direction
depuis quelques jours forcera les chevreuils à utiliser un
autre secteur nourricier si il leur est impossible de contourner
l'endroit pour en vérifier la sécurité. En tenant compte de ce
fait, vous comprendrez pourquoi par tel vent, les chevreuil préfèrent
utiliser tel champ plutôt qu'un autre. En milieu forestier, le même
phénomène existe. J'ai souvent vu un secteur se vider de ces
chevreuils pour quelques jours à la suite d'un vent provenant d'une
direction opposée. Alors, ils utiliseront une autre source
alimentaire mieux disposée du point de vue de la sécurité. Une
bonne prospection vous permettra de contrer le coup et de pouvoir
vous ajuster pour chaque vent. Les mêmes notions de densité de
couvert seront utilisées mais seul la destination aura changée.
En comprenant bien l'effet de la pression de chasse et l'utilisation
du territoire en fonction des vents, vous aurez la chance de chasser
des chevreuils aux déplacements naturels donc beaucoup plus prévisibles.
Si j'ai bien fait
ma prospection de décembre et du printemps, je retournerai sur le
terrain quelques jours seulement avant l'ouverture de la saison de
chasse. Comme je n'utilise pas de saline ou de techniques d'appâtage,
qui sont bien connues pour être inefficace pour les mâles matures,
je n'ai aucune raison d'aller mettre des odeurs indésirables ou de
créer du dérangement inutile les semaines précédant l'ouverture
de la saison. Dans les faits, je retourne près de mon secteur de
chasse environ une semaine avant l'ouverture pour vérifier si dans
un premier temps, il n'y a aucun changement dans la géographie des
lieux. Je veux simplement m'assurer qu'aucune nouvelle coupe forestière
n'est apparût, qu'aucune nouvelle incursion humaine due à la
pression de chasse est en train d'avoir lieu ou que les champs
agricoles ont les mêmes cultures que l'année précédente. Si je
suis dans un secteur où certains arbres à fruit comme le chêne,
le frêne et le pommier peuvent influencer les déplacements des
cerfs selon les années de fortes productions de fruit, j'en prends
note et je m'ajuste en conséquence. Finalement, j'en profite
pour m'assurer que les signes de la présence de mâles matures que
j'avais repérés le printemps passé sont de nouveau rafraîchis. Rappelez-vous
qu'une semaine avant la saison de chasse, les mâles sont en pré-rut
et ils doivent frotter depuis plus d'une quinzaine de jours. A cette
date, dans les secteurs au sexe-ratio bien balancé, les grattages
et les frottages ancestraux des années antérieures devraient
commencer à être de nouveau revisités. Si vous ne trouverez aucun
signe frais, seulement trois choses peuvent expliquer ce résultat:
soit que vous avez mal fait votre prospection, soit que certains éléments
environnants ont changé ou finalement que le ou les mâles localisés
précédemment, à l'aide de signes, sont mort durant la dernière
hiver.
Cette manière
d'aborder votre saison de chasse et votre territoire vous procurera
plusieurs avantages importants. D'abord, elle suppose que vous
chasserez soit à l'affût sur le vif ou encore à l'affût à un
endroit pré-déterminé à l'avance mais sans aménagement. La
seule préparation acceptable sera de nettoyer un très subtil
sentier donnant accès à votre affût sans mener trop de train et
à la limite; préparer quelques lignes de tir discrètes si vous êtes
un archer. Cette façon de préparer votre chasse, basée sur les déplacements
naturels du chevreuil, coûte peu pécuniairement et énergiquement
parlant. De plus, les énergies investis annuellement seront
comme un placement à intérêt composé, les données s'accumuleront
avec les saisons diminuant de manière proportionnelle votre temps
de prospection. Avec l'expérience et les saisons, vous apprendrez
à connaître quel affût sera plus efficace tôt en saison versus
d'autres qui pourraient vous procurer plus d'activité vers la fin
de votre saison coincïdant souvent avec le début du ''peak
du rut''.
En procédant
ainsi, l'analyse et la prospection de mon territoire m'a porté
autant de fruit en dix ans de guidage à Anticosti qu'en cinq
ans en Alberta et dans l'Outaouais québéçois. Dans les trois
endroits, j'ai toujours pu observer l'effet de la pression de chasse
sur les déplacements diurnes du chevreuils. Sans exception, j'ai
toujours su tirer mon épingle du jeu parce que je connaissais les
principaux sites de couchage, de nourriture, les axes majeures de déplacements
et les besoins des mâles matures selon la période de l'année. En
jumellant toutes ces connaissances, et tenant compte de la pression
de chasse et de l'effet du vent, il n'y a aucune raison pour que le
succès ne soit pas au rendez-vous pour vous aussi.
Je termine cet
article en vous expliquant ma théorie sur l'efficacité
du fameux ''tree-stand'' qui sert d'introduction à ce papier. Je
n'ai pas chassé ce secteur avant la deuxième journée consécutive
de vent venant de l'est. Je connaissais, à moins de 1.5 km de là,
une ''swamp'' de plus de un km carré remplies de signes majeures de
bucks. Tard à la fin novembre de ma première saison de guidage en
Alberta, plus précisément durant le post-rut, plusieurs traces de
bucks m'ont conduit à des couchettes dans différents secteurs de
cette tourbière. Le premier groupe important de femelles, à
proximité de ce sanctuaire à buck, semblait concentrer leur
activité sur le plateau d'environ 150 acres où se situait mon ''tree-stand''.
A ma première saison, comme guide dans ce secteur, j'avais chassé
les principaux couloirs d'accès que pouvaient utiliser les bucks
pour accéder au coeur du plateau. Mes succès furent mitigés car
il y avait entre autres trop de possibilités pour concentrer les déplacements
des bucks. A ma deuxième saison, je choisis d'investiguer à fond
le plateau pour finalement découvrir un vieux chemin en repousse,
inconnu des chasseurs locaux qui à partir d'un unique arbre donnait
une ligne de tir de près de 500 pieds de chaque coté. Du sol,
j'avais une visibilité réduite à moins de 100 pieds dû à la
densité de la broussaille. J'y installa mon tree-stand à
environ 18 pieds du sol. C'est à ce moment que nous avons commencé
à comprendre la dynamique de déplacement des bucks du secteur. Le
poste d'affût ne devenait productif que par vent d'est sur quelques
jours consécutif. En effet, le vent poussait les odeurs des
femelles vers le bas de la vallée en direction de la swamp.
Donc, aussitôt qu'une femelle entrait en eostrus, cette dernière
attirait plusieurs bucks dans le secteur qui provenaient pour la
plupart de la tourbière. Comme ces derniers devaient traverser à
un moment ou l'autre une grande route forestière où s'exerçait
une pression de chasse assez importante; en conséquense, ces bucks
attendaient la nuit pour croiser le chemin et visiter le plateau. Ce
qui expliquait mon faible succès de chasse dans les couloirs de déplacements
quoique densément boisés et remplis de signes de bucks matures.
Par contre, une fois à l'intérieur du plateau, au coeur du domaine
des femelles, ils y voyageaient de jour sans trop de méfiance
puisque la végétation y était assez dense au niveau du sol et
pratiquement aucun chasseur y pénétrait. Il suffisait simplement
de trouver l'arbre qui nous donnerait une visibilité accrue sur la
longueur du vieux sentier et attendre que les femelles aidées par
le vent exécutent le travail pour nous. Maintenant, tant et aussi
longtemps qu'il n'y aura pas de changements majeurs dans les
habitats environnants, je connais ma destination de chasse par vent
d'est.
Bonne chasse.
Louis Gagnon
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