La chronique de Louis Gagnon


Louis Gagnon est détenteur d'un baccalauréat en biologie animale. Louis n'est pas un gars de papier mais plutôt un gars de terrain. Aussi dès la fin de ses études, voulu-t-il réaliser un vieux rêve et devenir guide de chasse et trappeur professionnel. En août 1988, il foula la première fois le sol de l'île et vit du même coup son premier chevreuil. Il apprend vite. Dès sa première saison, sa performance égale celle des guides expérimentés. Pendant 10 ans, Louis Gagnon fut l'un des guides les plus productifs qu'Anticosti ait connus. En 1998, dans le but d'améliorer ses connaissances sur la chasse aux chevreuils, Gagnon s'embauche comme guide en Alberta et dans l'Outaouais. Aujourd'hui, après avoir chassé le cerf de Virginie pendant plus de 1000 journées durant lesquelles il a aidé directement à la récolte de plus de 500 mâles matures, Louis Gagnon vous livre ses connaissances approfondies sur la chasse au chevreuil."

Louis Gagnon à gauche sur la photo

Vous pouvez consulter le site web de Louis Gagnon " Chasserlechevreuil.com"  en cliquant ici ! 

 

Quinze articles parus :
 
PRÉDATION

Depuis maintenant huit ans, je chasse le chevreuil environ 60 jours par année dans des secteurs où abondent les prédateurs. En fait, le seul endroit où j’ai eu la chance de chasser des chevreuils sans prédation se trouve sur une île dans le milieu du Golfe St-Laurent, Anticosti. Ailleurs, les prédateurs sont le quotidien du chevreuil. En réalité, le chevreuil n’est nulle autre que la proie la plus hautement convoitée par la plupart des grands prédateurs du continent nord-américain incluant notre Québec. Les biologistes et scientifiques qui observent, étudient et gèrent les populations de chevreuils tiennent en considération ce fait. Curieusement; ce concept semble beaucoup moins intéresser les chasseurs. Pourtant la sécurité gouverne presque tous les comportements du chevreuil. La nourriture passe en second. De fait,  un chevreuil abandonnera la meilleure nourriture disponible pour ce rabattre sur un lunch de deuxième catégorie qui lui offrira une sécurité en béton.

Pour nous, chasseurs, connaître le chevreuil comme proie ne peut qu’être profitable puisque, à chaque automne, nous sommes l’un de ces plus sérieux prédateurs. Dans cette article, je discuterai des effets de la prédation sur la population générale de chevreuils et plus concrètement de l’effet des prédateurs  directement sur les comportements des chevreuils pendant la saison de chasse.

Une liste complète des prédateurs possibles du chevreuil pourrait en surprendre plusieurs. En effet, poser la question à une salle comble de chasseurs, le loup, le coyote et l’ours seront en tête de liste et habituellement les seuls mentionnés. Ajustons cette liste selon l’endroit où le chevreuil se trouve. En effet, le renard roux devient un prédateur efficace durant les premiers jours de la vie des faons; à Anticosti à tous le moins. Le lynx du Canada et le lynx roux font de même sur le continent. Le couguar dans l’ouest survit grassement sur un régime à haute teneur en chevreuil et vous pouvez pariez que si nous entendons parler de plus en plus de la ré-apparition du couguar au Québec, la récente explosion des densités de population de chevreuils  est sûrement un incitatif. En voulez-vous d’autres ? Un pékan mâle n’a aucun problème à se régaler d’un faon d’une semaine ou moins. En Floride, on documente plusieurs cas de crocodiles et d’alligators qui capturent des chevreuils venant s’abreuver. Dans notre cas, nous nous en tiendrons aux canidés et à l’ours noir.

Effets sur les populations de chevreuil.


En écologie animale, nous savons que la proie et le prédateur sont étroitement liés, à l’occasion le prédateur dépend beaucoup plus de la proie tandis qu’à d’autres occasions c’est l’inverse. Beaucoup d’exemples existent en littérature scientifique où les prédateurs ont eu un effet considérable sur les populations de proies disponibles dont le chevreuil. Près de nous, nous n’avons qu’à nous rappeler de l’épopée du chevreuil en Gaspésie durant les années 90. Plusieurs ont crié au scandale devant l’inertie des instances gouvernementales suite à l’effondrement de la population de chevreuils face à l’envahissement territorial par un super prédateur qu’est le coyote. Avec le recul, on s’entend maintenant pour dire que cette effondrement est plutôt un malheureux mélange de deux autres circonstances qui ont favorisé l’établissement de ce prédateur au point de presque éliminer complètement le chevreuil de toute la péninsule gaspésienne. En réalité, l’abattage abusif des résineux dans presque tous les ravages ancestraux fut le premier pas vers l’étacompe. Aujourd’hui, la Gaspésie et le Bas-St-Laurent sont devenus le royaume de l’orignal et cela pour encore une bonne trentaine d’année au moins.  Tant que les forêts n’auront pas eu le temps de vieillir, la rigueur de l’hiver sera le facteur déterminant suivi par la prédation provenant des populations de coyotes.

En réalité, il est très difficile de départir clairement qui de la qualité de l’habitat, de la rigueur de l’hiver ou de la prédation a le plus d’effet sur la population de chevreuils. Nous avons plutôt affaire à un système complexe étroitement relié dont  le prédateur, certaines années,  tire partie des deux autres éléments tandis que d’autres années, il en sort perdant. Certains modèles décrivant les relations prédateurs-proies sont  particulièrement bien établi chez les chercheurs spécialisés sur la question. Dans les cas qui nous intéressent, soit des populations d’ongulés à faible densité bien en bas de la capacité de support du milieu, les populations de  chevreuils sont souvent contrôlé par les prédateurs (le coyote et le chasseur) puisque dans beaucoup de régions plus nordique du Québec, nous avons affaiblit un paramètre important pour la survie du chevreuil en hiver soit le couvert forestier des ravages. Les prédateurs peuvent décimer des populations de proies dans des contextes précis comme la Gaspésie. Mais dans bien des cas, ils ne sont qu’un facteur de contrôle (Outaouais) et dans certains d’autres cas, ils ne réussissent même plus à contrôler l’expansion des populations de chevreuils comme c’est le cas de certains secteurs du sud-est du Québec.

Dans tous les cas d’étude chevreuil-prédateur, nous  faisons face à un système écologique qui est inter-relié, où aussitôt qu’un élément change, les autres réagissent positivement ou négativement. La relation proie-prédateur est sensible, complexe et surtout jamais stable.


Que peut-on faire de concret pour diminuer l’effet de la prédation. D’expérience, je crois que chaque chasseur, sérieusement impliquer dans la gestion du cheptel de chevreuils sur son territoire et ceux environnant, doit lui-même devenir un chasseur ou trappeur de canidés. De plus, il peut aussi s’assurer de prélever son ours annuellement. Un contrôle sportif des trois principaux prédateurs ne peut qu’aider à la survie et à l’augmentation des populations de chevreuils. Du point de vue de l’habitat, nous pouvons aussi intervenir en minimisant les coupes à blanc pour préconiser des coupes sélectives. En forêt de feuillus ou mixtes, protéger au maximum la repousse de conifères pour améliorer le couvert thermique et visuel. En  forêt de conifères, l’inverse est de mise, soit de protéger ou stimuler la repousse de feuillus pour introduire plus de nourriture.

Effet journalier des prédateurs sur le chevreuil.

Autre que la question de contrôle des populations, les prédateurs rendent les chevreuils beaucoup plus difficiles à chasser et à plusieurs occasions peuvent même vous faire manquer complètement un week-end ou une semaine de chasse. La présence de prédateurs près ou directement sur votre territoire, rend le chevreuil beaucoup plus nerveux et même à l’occasion le pousse à quitter momentanément le secteur. J’ai observé à plusieurs occasions ce phénomène avec le loup, en Alberta ,en Saskatchewan et même en Outaouais. Les loups, chassent souvent en grosse meute composée de cinq individus ou plus et pratiquent une chasse en embuscade basé sur la création d’un mouvement de panique des chevreuils vers une direction donnée où quelques individus bien positionnés peuvent attaquer par surprise. Les jeunes chevreuils s’y laissent prendre régulièrement mais les plus vieux, plus expérimentés choisiront souvent de se tapir en forêt dense si l’habitat le permet et laisseront passer la meute. Où encore éviteront d’utiliser les sentiers majeurs pour s’enfuir, sachant que des prédateurs y seront probablement embusqués. Suite au passage d’une meute de loups en activité de chasse, j’ai vu des superficies de plus de 500 acres se vider presque littéralement de leurs chevreuils.  Les quelques individus qui y restaient, avaient choisi des touffes de bois dense et ne s’aventuraient en milieu ouvert qu’à la faveur de la nuit. Deux amis à moi, passionnés du chevreuil, ont régulièrement observé ce même phénomène soit  Bernard Fiset dans l’Outaouais et Dominic Imbeau en Alberta. Ce dernier me disait d’ailleurs qu’il se faisait un devoir de trapper les canidés à chaque année.  Tandis que Fiset donne le droit d’accès à sa terre à un trappeur chevronné qui en plus y chasse l’ours le printemps venu.

Vous allez me dire que vous n’êtes pas concerné car vous n’avez pas de loup dans votre région ! Détrompez-vous car le même phénomène est observable avec le coyote. L’automne dernier, nous avons eu la malchance de voir l’effet spontané de la visite d’une meute de coyotes sur deux des terrains que je chassais dans l’Outaouais. En effet, sur notre terre, le matin de l’ouverture de la saison, l’un de mes chasseurs observa quatre coyotes traversant une immense étang à castor asséchée. Le groupe était divisé sur une distance d’environ 300 mètres. Avant leur apparition, un jeune ours noir sorti de la forêt en panique en se dirigeant vers le chasseur. Puis deux femelles chevreuils et un faon de l’année firent de même. Ce n’est que quelques minutes plus tard que les coyotes firent leur apparition. Moins de 30 minutes plus tard, environ 400 mètres plus à l’est, ma conjointe observa une femelle chevreuil paniquée, se tirer à l’eau devant notre maison et traverser le lac (environ 1000 pieds) à la nage pour finalement sortir  de l’eau au pied de notre demeure. Ma conjointe me raconta qu’elle était sur la galerie pour observer la scène et que les coyotes se mirent à hurler à tue-tête dans différentes directions autour du lac. Ont-ils connu du succès ? Je ne pourrais le dire. Je peux confirmer que les deux jours suivants furent très tranquille en terme d’activité pour le chevreuil et que la plupart des chevreuils  s’étaient réfugiés sur le dessus d’une montagne très densément boisée.

J’avais observé le même phénomène quelques semaines plus tôt durant la saison d’arc sur une autre terre. Nous tentions de prélever une femelle à l’arc pour un projet de QDMA et les coyotes chantaient au alentour depuis quelques heures. Nous bénéficions d’un magnifique champ de trèfle, aménagé dans les règles de l’art, en milieu forestier. Plus d’une douzaine de chevreuils y sortaient journalièrement. Ce soir-là, aucun. Le lendemain, nous décidions d’y passer la journée et encore une fois, les coyotes manifestaient tout le tour de nous et de nouveau aucun chevreuil ne voulurent s’aventurer à découvert. Ce n’est que trois jours plus tard que la situation est revenu à la normale lorsque enfin la meute de prédateurs avaient quitté les lieux pour probablement visiter un autre garde-manger . 

Les ours noirs ne sont pas en restent. Quoique ces derniers peuvent avoir un effet important sur la population de jeunes faons, ils deviennent beaucoup moins efficaces en période automnale. Par contre,  lorsqu’un chasseur décide d’utiliser une technique de chasse relié à l’utilisation d’appât, l’ours noir devient automatiquement un compétiteur qui non-seulement s’accapare une part importante de l’appât dédié aux chevreuils mais en plus, il effraie la grande majorité des chevreuils utilisant le site. Nous voilà donc revenu au même point que le coyote ou le loup.

Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour diminuer au maximum l’effet à court terme de la visite d’un groupe de coyotes ou de loup sur le territoire ou encore d’un ours sur nos appâts ? Je crois que oui mais la réponse est complexe et demande réflexion.  

La solution passe principalement par le type d’habitat que vous décidez de chasser, de la manière que vous voulez préparer votre chasse et finalement, quel technique vous voulez utiliser. Premièrement, assurez-vous de chasser des territoires offrant assez de forêts au couvert dense pour permettre aux chevreuils de toujours retrouver ces couverts de protection à quelques bonds de ces gardes-manger. Plus les garde-manger naturels ou artificiel (appât) seront près d’une zone forestière dense, moins vous serez handicapé par la fréquente visite des prédateurs. Si vous chassez une région bien pourvue en prédateur, évitez de chasser des territoires où les situations de restriction de mouvement sont fréquents. Par exemple, les rivières d’importance et les grands lacs sont favorables au succès des prédateurs lors d’une poursuite. De grands bûchers de quelques centaines d’acres vont dans le même sens, non seulement ils favorisent la vitesse de déplacement des prédateurs et la facilité de repérer leurs proies mais ils leurs procurent multiples autres denrées comme de nombreux rongeurs en période estivale pour ainsi bien les nourrir à l’année longue.

D’un point de vue plus comportemental (éthologique), la plupart des prédateurs cités précédemment misent sur l’élément de surprise pour capturer le chevreuil. L’une des stratégies d’évitement du chevreuil est justement d’éviter les situations qui le rendront vulnérable à ces attaques surprises. Comment s’y prend-t-il ?
 
D’abord, pour battre les prédateurs naturels,  notre chevreuil y va de deux gestes simples qu’il alterne ou utilise en combinaison. Le premier, très efficace,  est de se cacher et le deuxième est de se sauver. Quoique la plupart des chasseurs se représente le chevreuil avec la queue dans les airs bondissant à gauche et à droite pour se sauver, ce comportement est le dernier recourt qu’il utilise lorsqu’il s’est fait débusquer de sa cachette ou lorsqu’il n’a pas eu le temps de se glisser sous un couvert plus dense pour laisser passer le prédateur en question. L’art de se camoufler sous couvert est inné au chevreuil et se dernier commence à le mettre en pratique dès les premiers jours de sa naissance. Durant les premières semaines de leur vie, les faons passent plus de 95% de leur temps cachés dans les hautes herbes des sous-bois en attendant le retour de leur mère pour la téter. En vieillissant, le faon suit pas à pas sa mère et apprend les rudiments plus avancés de la cachette. Ceux qui ne retiennent pas la leçon vont vite faire partie du menu principal de l’un des nombreux prédateurs qui sillonnent le territoire. En effet, ce n’est que lorsque le faon commence à suivre sa mère que leur taux de mortalité s’accroît considérablement. Par contre, se cacher ne suffit pas car certains prédateurs, ceux de la famille des canidés, ont le sens de l’odorat très développé. Lorsqu’une meute de loups ou de coyotes a pris à partie un chevreuil en particulier, ils utilisent leur nez pour se maintenir sur la trace du chevreuil poursuivit. Évidemment, la meute travaille aussi en embuscade, un peu comme les chasseurs utilisent la technique de la battue pour pousser du chevreuil vers leurs tireurs. Ceci est une des principales raisons pourquoi cette technique de chasse n’a que peu d’effet sur des chevreuils plus âgés particulièrement si elle est déployé avec peu de préparation. Les vieux chevreuils opteront pour rapidement se dissimuler et laisser passer les loups, coyotes, chiens ou chasseurs. Lors d’une tentative d’approche ou d’attaque, le chevreuil, par sa vitesse d’accélération fulgurante, ces pattes beaucoup plus hautes et la connaissance approfondie de son territoire, il essaiera simplement de mettre assez de distance entre lui et ses poursuivants pour briser le contact visuel et également permettre à son odeur de s’évaporer ou de se mélanger avec celle de d’autres chevreuils utilisant le même système de trails. Ainsi les prédateurs le pourchassant n’ont que peu de chance de diminuer la distance les séparant de leur proie.

Se cacher est souvent plus efficace que n’importe lequel autre stratégie d’évitement. Comprendre comment le chevreuil se cache peut devenir très utile pour le chasseur. C’est principalement l’habitat dans lequel le chevreuil se trouve qui dictera si il doit se cacher ou se sauver. Ils choisissent des habitats et des canaux de déplacement qui leur permettre de rester camoufler au maximum ou encore de se sauver à toute allure pour atteinte des zones denses quasi impénétrables autres que par les sentiers subtiles qu’ils connaissent. Le système de défense du cerf de Virginie est axé majoritairement sur sa vitesse de déplacement fulgurante à courte distance et son étroite connaissance du milieu où il vit. Plusieurs études de réintroduction ou de déplacement de chevreuils ont clairement démontré ce point. En effet, des chevreuils qui avaient été relâchés récemment dans un nouvel habitat, ont échoué quand ils ont été poursuivis par des chiens tandis que les chevreuils résidents s’échappaient sans problème de ces derniers.

Le chasseur ne doit pas comprendre dans cet exemple qu’en chassant les sentiers bien établis, il augmente considérablement ses chances de récolte d’un buck mature. Au contraire, ces fameux sentiers semblent moins utilisés que les autres par les vieux chevreuils des deux sexes car ce habituellement sur ces sentiers que la majorité des embuscades sont montées par des prédateurs comme le loup ou le coyote. En effet, ces derniers ne chassent que rarement un individus en particulier, ils tuent souvent le premier à faire un erreur. Les vieux chevreuils ont appris que sur des territoire à forte prédation, éviter les gros sentiers de chevreuils ancestraux pour ce concentrer à utiliser des bandes de forêts plus dense, ainsi, ils sauveront leur peau. D’autant plus que ces sentiers majeurs, sont pour la plupart, régulièrement utilisés par les prédateurs pour ce déplacer rapidement sans bruit d’un secteur de chasse à l’autre.

Lorsqu’un chevreuil est poursuivit, j’ai régulièrement observé qui avaient tendance à effectuer un saut de côté d’un à deux mètres dans des touffes de bois plus serrées comme pour dissimuler leurs traces ou pour prendre avantage d’un sentier de chevreuils mieux entretenu. Selon un chercheur de l’ouest canadien spécialisé dans les stratégies déployées par le chevreuil pour contrer la prédation, ce genre de saut de coté est régulièrement employé lorsqu’il croise d’autres pistes de chevreuils pour mélanger son odeur à celle des autres chevreuils. De plus, ce comportement serait utilisé principalement en forêt plus dense pour aussi couper le contact visuel possible en la proie et le prédateur. Ce comportement met souvent fin à la poursuite ou retarde tellement la horde de loups ou coyotes qu’il devient impossible pour ces derniers de reprendre le temps perdu sur leur proie. En d’autres occasion, la stratégie est simplement de faire un large cercle pour remonter dans le centre de leur terrain. Ce comportement est utilisé plus fréquemment par les femelles qui ont généralement pas un aussi grand domaine vital que les mâles. Plutôt de se pousser dans un territoire qui leur ait inconnu, elle feront la boucle pour tenter de dissimuler leur odeurs et déboussoler les poursuivants.

L’appâtage à outrance est une autre méthode de chasse qui favorise la prédation puisqu’elle concentre le gibier. De plus en plus nombreuses sont les études provenant d’états américaines où l’appâtage sans restriction est permise. Ces études arrivent très majoritairement au même conclusion. Cette technique est la source de nombreux conflits entre propriétaires ou chasseurs de petites terres (200 acres et moins), les chasseurs augmentent le succès de chasse sur les jeunes chevreuils mais se classent souvent bons dernièrs pour la récolte de vieux individus mâles ou femelles, elle favorise l’établissement de fortes populations d’ours noirs qui profitent de la manne alimentaire pour mettre quelques kilogrammes de gras supplémentaires en banque pour l’hiver. Les femelles ourses auraient une meilleure productivité (plus de jeunes) et les jeunes de un an et demi, un meilleur taux de survie à leur premier hiver en hibernation. L’appâtage en petite quantité sur de nombreux sites auraient une meilleure incidence sur le succès de chasse pour des chevreuils âgés des deux sexes et semblerait intéressé moins les ours.

Il y a sûrement plusieurs autres adaptations et comportements non connus ou non documenté qui existent et assurent une protection adéquate au cerf de Virginie. Selon le stimuli du moment, ce dernier utilisera simplement le comportement particulier qui lui assure le plus de chance de succès pour contrer efficacement le danger potentiel venant  d’un prédateur naturel ou un chasseur.

Finalement un mot sur son dernier  grand prédateur, le chasseur. Nous ne sommes qu’un autre danger sur la liste déjà longue des ennemis potentiels du chevreuil. Dans ce sens, le chasseur ne doit pas utiliser de techniques de chasse se rapprochant des comportement utilisés par les prédateurs naturels du chevreuil. Le chevreuil âgé aura tôt fait de s’ajuster. Quand un chasseur se déplace lentement en faisant de la chasse fine, il réussit une imitation parfaite du prédateur. Automatiquement, le chevreuil adulte moins curieux et plus expérimenté maintient discrètement une distance qu’il trouve confortable en se cachant sous un couvert dense si il ne s’y trouve pas déjà. En d’autres termes, il se déplacera lentement devant vous pour ce mettre à l’abri et vous ne vous en rendrez même pas compte. Dans les milieux chassés toujours de la même manière, il se concentre à identifier les embûches humaines et à les éviter (il s’éloigne des vieux miradors ancestraux, quitte les salines à la fin de l’été et visite les sites d’appâtage la nuit venu seulement). Dans des secteurs sans ou avec peu de prédation depuis des générations, le chevreuil mature aura moins tendance à fuir aussi rapidement pour la recherche d’une couvert de très haute densité mais choisira souvent l’immobilité totale derrière un simple arbuste, une souche ou un obstacle partiel. Ce ne sera que lorsque la menace humaine deviendra trop sérieuse, qu’il se déplace rapidement à couvert plus dense pour décourager l’agresseur (c’est de cette façon que la plupart des chasseurs voient leurs chevreuils). Finalement, quand la pression des chasseurs devient trop difficile à éviter en continuant ses activités régulières, il arrête simplement tous ses déplacements diurnes pour devenir presque complètement nocturne. Dans la grande majorité des habitats agro-forestiers de l’est de l’Amérique du Nord, les mâles adultes, qui ont la chance d’atteindre l’âge vénérable de 4.5 ans et plus, deviendront à plus de 80% nocturnes selon la quantité et la qualité du couvert disponible. Une trop grande pression de chasse est le pire ennemi du chasseur qui recherche un trophée ou un mâle de qualité. Non seulement, ils sont peu nombreux à survivre à plusieurs années de chasse en milieu densément chasser mais les quelques rares individus qui restent rencontrent plus de hiboux durant leurs activités que de chasseurs.

Le fait de devenir presque nocturne apparaît pour plusieurs chercheurs en comportement animal comme l’adaptation la plus récente du chevreuil et la plus ponctuel. Ce n’est plus un secret pour personne que les chevreuils en milieu 100% forestier sont beaucoup plus diurnes que ceux en milieu agro-forestier. Ce phénomène est principalement dû à la pression de chasse plus élevé et la ressource alimentaire qui se retrouve concentré en milieu plus ouvert.

De bien connaître le comportement du chevreuil et surtout de toujours garder en tête que ce dernier est une proie depuis des milliers d’années fera de vous un bien meilleur chasseur. Jamais un chevreuil sacrifiera sa sécurité au détriment de son estomac. Par contre, un grand mâle pourrait omettre certaines règles de base en matière de survie lorsque le rut arrivera…mais cela est une autre histoire.

Louis Gagnon

9 juillet 2006


Remonter


L'ouest canadien

17 Novembre 2003. il est 7 h 00 du matin, il fait moins 22 Celsius. J’ai encore 15 minutes de VTT à rouler avant de déposer mon client le long du bûcher qui le mènera à son arbre. Environ 30 minutes plus tard, débutera une autre journée d’attente pour ce chasseur qui scrutera la transition entre une vielle coupe et une forêt mixte de longues épinettes blanches et de gros trembles. Les premières heures sont toujours les plus longues et les plus froides. En milieu forestier, dans l’ouest canadien, ce n’est généralement que vers 9 h 00 que les chevreuils commencent à bouger. Cette journée restera marquer comme un haut fait dans la mémoire de ce chasseur. M’étant basé presque exclusivement sur une augmentation anormale de l’activité des chevreuils dans ce bûcher, la veille en fin de journée, je conclus que ce secteur de coupe à blanc devrait servir de scène à une bonne compétition entre quelques bucks pour les yeux doux d’une femelle en chaleur. Résultats: A la fin de la journée, mon client avait vu 13 bucks différents donc sept plus âgés que 2.5 ans, cinq femelles et en prime deux orignaux, un lynx et un loup noir. Pas mal pour neuf heures de chasse. Évidemment, j’aurai pu aussi vous introduire l’ouest canadien avec une journée à … ce les gelés pour finalement réussir à voir un ‘’flag’’ blanc à la course à quelques centaines de mètres de vous dans le fond d’un champ, car ce scénario est également possible. J’aurai pu aussi vous raconter l’histoire de deux de mes chums qui après trois jours à se promener en pick-up à travers les milliers de km de rangs, sillonnant ainsi terre privée après terre privée pour finalement se faire mettre dehors de quelques-unes pour avoir passer illégalement sans permission, alors, ils décidèrent de rentrer dans notre Québec francophone avec un goût amer. Il y a aussi celui du québécois qui va dans l’ouest depuis plusieurs années et ramène son buck à chaque saison. Malheureusement, ce dernier, un huit pointes de 15 pouces de large, soit un mâle de 2.5 ans, contribuera encore à détériorer la réputation que les ‘’ frenchmen’’ ou les ‘’Québecker’’  ont si maladroitement acquise au court des années. 

Photo à venir

Pourquoi mettre tant de scénarios différents pour une destination similaire et pourquoi mettre de l’emphase sur notre réputation et nos tendances? Parce que plus de la moitié des chasseurs que je connais reviennent désappointés de l’ouest canadien et je crois que plus de 75 % des chasseurs québécois qui reviennent déçus, le sont, parce’qu’ils sont mal préparé et oublient de mettre toutes les informations dans leur contexte. Les deux principales raisons de l’insatisfaction de plusieurs sont à mon avis les suivantes: la persistance à chasser trop au sud et par le fait même être confronter à l’obligation de trouver des propriétaires terriens qui les laisseront chasser et la deuxième raison vient du fait que peu de chasseurs québécois ont la discipline de résister à la tentation d’un jeune et petit mâle de 2.5 ans ou un moyen mâle de 3.5 ans.


Voyons le premier problème rencontré soit celui du non-respect des terres privées et forcément celui de la difficulté de trouver une place disponible et adéquate pour chasser. Comme mise en situation, je demande toujours aux chasseurs que je dirige dans l’ouest, " allez-vous chasser sur n’importe lequel terre en Estrie sans demander de permission et/ou louer une terre ?" Nous connaissons la réponse et par respect, elle est la même dans l’ouest. Ce qui m’amène à vous dire que pour une première chasse, vous devez planifier au moins 3 à 4 jours de recherche et de prospection pour trouver un secteur de chasse. Pour la recherche, il est donc primordiale que l’une des personnes du groupe parle couramment l’anglais pour vous introduire aux propriétaires terriens lorsque vous choisissez de chasser au centre ou au sud des provinces. Pour la prospection, comme on retrouve le chevreuil presque partout soit de la frontière canado-américaine jusqu'aussi loin au nord au niveau de Fort-Mcmurray en Alberta, au nord des deux parcs suivants soient: Meadow lake provincial park et de Prince Albert National Park en Saskatchewan et finalement jusqu’à the Pas au Manitoba; le territoire est donc immense. La population de chevreuils en terme de densité pourrait se comparer à l'Outaouais agricole soit d'environ 4 à 5 chevreuils au km2 avec des pochettes renfermant près du double entrecoupées régulièrement de grande zone où vivent très peu de chevreuils. Cette distribution inégale de l'abondance du chevreuil rend la prospection obligatoire pour localiser adéquatement les sites à fort potentiel de trophée.

Après six saisons de chasse de plus de 40 jours dans l’ouest, je crois fermement que les plus beaux secteurs de chasse se trouvent en forêt publique plus au nord plutôt que les secteurs agricoles ou agroforestiers.

Voici quelques raisons pour expliquer ce phénomène. Quoique les secteurs agricoles de l'ouest canadien soutiennent une plus grande population de chevreuils que les grandes forêts boréales plus au nord, le chevreuil y est plus petit ( plus jeune), plus nocturne et sa population souffre d’un débalancement du rapport des sexes en faveur des femelles. En général, en milieu agricole,  au sud et au centre de ces provinces, les vieux chevreuils sont plus rares, le chevreuil en général bouge la première heure du jour et les dernières 15 minutes de la journée et comme la pression de chasse y est plus élevé, beaucoup plus de femelles y sont rencontré, ce qui nous rappelle nos propres populations de chevreuils. A titre d’exemple, il n’est pas rare en secteur agricole de voir 15 à 20 chevreuils par jour dont 4 à 5 mâles mais tous des 1.5 et 2.5 ans. De ce fait, beaucoup de québécois vont prendre un gros 2.5 ans qui aura huit à dix pointes et environ 16 pouces de large. Dans presque 100% des cas, le premier 3.5 ans à passer à portée de carabine sera récolté et aura un pointage d’environ 130 B&C. On est loin des monstre de rêve ornant les pages de magazines…

Donc au sud et au centre, en plus d’avoir des problèmes d’accessibilité, notre réputation est entachée par notre forte tendance à y récolter des jeunes chevreuils que les résidents ont eux-même déjà laissés passer pour une récolte future. Les chasseurs de l’ouest ont compris depuis belle lurette qu’une femelle a plus de viande et de meilleure qualité qu’un jeune mâle. Beaucoup ridiculisent la récolte d’une jeune mâle de 2.5 ans et moins. Comment réagiriez -vous si l’un de vos invités abattrait un jeune mâle de 1.5 ans ou 2.5 ans sur votre territoire quand vous appliquez les règles de QDM depuis plusieurs saisons?. Dans l’ouest, ces jeunes mâles, quoique beaucoup plus gros que les nôtres, sont rarement prélevés par les résidents. Alors, ils ne peuvent pas comprendre qu’un chasseur voyageant plus de 3000 km et dépensant plus de $1500.00 apposera son permis sur un chevreuil qui n’approche même de près les standard qu’un mâle mature peut atteindre sur ces sols de prélédiction.

 

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Finalement la dernière raison qui me pousse à favoriser le nord au détriment des zones du centre et du sud; la saison de chasse dure dans la plupart des zones concernées jusqu’à un mois et une semaine débutant aussitôt que le premier novembre. Voici donc un exemple désagréable mais concret de ce que j’ai vécu dans deux secteurs très populaire de la Saskatchewan soit les terres agroforestières au alentour de Spiritwood et celle d’Hudson bay. Dans les deux cas, j’y ai vu régulièrement des signes évident de chasse de nuit, de non-respect des clôtures, barrières et champs agricoles, de rapport des sexes débalancés et de jeunes populations de chevreuils. Un matin, dans un certain champ dont l’accès était libre à tous, j’avais rencontré trois groupes de chasseurs en camion et deux à pied. Le chevreuil dans ce secteur était tellement nerveux que le lendemain de l’ouverture pour les non-résidents canadiens, les chevreuils avaient complètement disparu des champs juste quelques minutes après les premières lueurs du jour.  

En réalité, les zones de chasse 56 à 69 représentent le meilleur potentiel trophée de la Saskatchewan. Ces zones sont presque à 100 % couverte de forêt publique libre d’accès à tous les résidents canadiens sans exception. La plupart des pourvoyeurs y sont regroupés dans ces immenses forêts mais ils ne détiennent que des droits exclusifs d’y guider des chasseurs américains en nombre contingenté. Le canadien non-résident de la Saskatchewan peut y chasser librement sans guide. De plus, comme mentionné précédemment, ces zones ouvrent au début de novembre pour fermer vers le 5 décembre. Vous y avez donc accès durant les meilleurs dates possibles contrairement aux zones agroforestières et agricoles plus au sud qui ouvre pour le canadien non-résident que durant la dernière semaine de novembre…ce qui est trop tard pour tirer pleinement avantage du rut.

Au Manitoba, le même principe existe entre les chevreuils forestiers et ceux agroforestiers ou agricoles. Les forêts publiques commencent sensiblement plus au sud que la Saskatchewan et de très bonne opportunité y sont présentes à partir du nord du village de Dauphin dans l’ouest pour se rendre aussi haut que the Pas, ce qui inclut le parc provincial Duck Mountain et la forêt provinciale de Porcupine; deux immenses forêts publiques ravagées partiellement par des feux de forêt qui ont crée des habitats de grandes qualités pour le chevreuil. Au Manitoba, le non-résident canadien peut chasser tout le mois de novembre. (Carte provenant du pamphlet de Saskatchewan et du Manitoba)

Revenons au deuxième problème que rencontre les chasseurs québécois dans l’ouest du pays. Pour récolter un gros chevreuil, vous devez absolument sans aucune exception toujours accepter de laisser passer tous les jeunes et moyens bucks que vous verrez. J’ai une connaissance à moi qui chasse l’ouest depuis maintenant trois ans avec succès, il n’a jamais récolté plus gros que 130 B&C soit la grosseur d’un beau buck québécois. Certains s’exclameront qu’il n’est pas chanceux…comme chasseur. Pourtant non, il n’a jamais chassé plus que 2 jours. Il est tout simplement incapable de s’abstenir de passer un chevreuil banal de l’ouest de peur de revenir sans chevreuil.  Le meilleur conseil que je peux vous donner serait de regarder le plus possible de photos de gros bucks en comparaison de la grosseur de leur corps et d’avoir  une image assez précise d’un buck faisant 150B&C. Allez relire l’article…..  et finalement vous faire à l’idée que vous reviendrez possiblement sans chevreuil plutôt que récolter le genre de chevreuil qui ne rencontre pas vos standards. Pourquoi tant d'emphase sur le fait de bien évaluer le panache d'un buck? Parceque les chevreuils de l'ouest ont un corps proportionnel au panache et il est très facile de sous ou de surévalué un trophée à plus de 100 mètres sous l'effet de l'excitation. Ajoutez quelques broussailles devant l'animal pour compliquer la situation et vous comprenez mieux la problématique.

(photo 3 et 4 à venir)

A quoi ressemble un mâle mature au nord de ces provinces et quelles sont les meilleurs dates pour en  récolter un ? Commençons par regarder les chiffres de la pourvoirie où je guide depuis maintenant six ans.  Le cœur de notre territoire est situé exactement au début des habitats forestiers dans le nord de Lac la Biche en Alberta. Notre succès de chasse avoisine les 70% et pourrait être de 100% si les exigences des clients réguliers n'augmentaient pas année après année.  Les dimensions moyennes des mâles constituant notre récolte sont les suivantes: environ 250 livres éviscéré et un pointage frisant les 150 B.C. Pour le chasseur moins difficile, un mâle de 8 à10 pointes avoisinant les 140 B.C ne représente pas à mon avis un très grand défi à réaliser.

Les deux semaines de la mi- novembre (10 nov-22nov) couvrent généralement la période du rut. Les conditions météorologiques froides et un peu de neige au sol peuvent stimuler considérablement les mouvements des chevreuils et rendent la chasse hallucinante. Durant ces dates, j'ai vu régulièrement 5 à 6 bucks matures par jour. Règle générale durant cette période, nous chassons les concentrations de femelles avoisinant la découverte de signes majeurs de mâles dominants. Durant ces deux semaines, nous récoltons toujours 2 à 3 chevreuils  au pointage supérieur à 170 B.C avant déduction. Quel sont donc vos chances de faire le livre des records qui demande un minimum de 170 B.C. net après déductions? Nous avons tué  130 chevreuils au cours des 6 dernières années et seulement 7 d'entre eux entreront dans le livre des record. Notre succès est de beaucoup supérieur à la moyenne des autres pourvoiries qui lui à son tour est de beaucoup supérieur aux chasseurs indépendants. On estime qu'un mâle mature (3.5 ans et plus) sur 500 fait le fameux livre des records dans l'ouest canadien. Au nord, en forêt, on évalue ce ratio à environ un mâle adulte (3.5 ans et plus) sur 150. Par contre, n’oubliez pas que beaucoup de chevreuils qui ne font pas le livre, dû à leur asymétrie, sont beaucoup pus imposant que ceux qui pourraient entrer dans le fameux livre.

La dernière semaine de novembre (23 nov-30 nov) offre une qualité de chasse comparable à la première semaine de novembre ou légèrement moindre. La frénésie du rut fait déjà partie de l'histoire. Les mâles recommencent à manger et la plupart des femelles ont été servies. Pour connaître du succès durant cette période, vous devez localiser les sources de nourriture et vous assurez d'être bien positionné sur les sentiers de gagnage qui mènent à cette bouffe.  Ça paraît assez simple à première vu mais n'y croyez surtout pas. J'ai vu des chevreuils, en milieu agricole, marcher jusqu'à 5 km pour avoir accès à une source de nourriture en particulier. Trouvez le bon sentier et voir le chevreuil que vous désirez récolter durant les heures légales peut vite devenir un casse-tête en milieu agricole. Encore un fois en forêt, le problème est moins  grand puisque après le rut,  les mâles matures retournent habituellement sur le même territoire que durant le pré-rut. Chassez de nouveau les zones de frottages et de grattages redevient l'une des stratégies efficaces.

Comment procéder pour augmenter votre succès de chasse?

Bien préparer et organiser veut dire qu'après avoir choisi son secteur de chasse, vous devez faire vos réservations d'avion, d'hôtel et de camion au moins trois mois à l'avance. A cette fin, vous trouverez à la fin de cette article, les adresses nécessaires. Vous devez également vous procurer des cartes routières et topographiques du secteur.

A mon avis, trois jours de prospections avant la chasse est un minimum. Rappelez-vous que vous êtes en territoire totalement nouveau sans aucune idée du développement routier, des perturbations forestières et des distances entre votre secteur de chasse et les principales convéniences. Donc, les premiers jours serviront à découvrir les principaux accès à la forêt, les pochettes de chevreuils ici et là et finalement la marche en forêt pour la découverte des signes et  l’évaluation du potentiel commencera après avoir repérer trois ou quatre  concentrations de chevreuils intéressantes. A titre d’indication, en pleine forêt sur une route, je ralentis et commence à me poser des questions si je croise environ quatre à cinq traces ou sentiers de chevreuils ou plus au kilomètre de route.  

C'est à l'aide de vos cartes topographiques que vous pourrez commencer votre prospection et avoir une idée des meilleurs secteurs. En forêt, les cerfs de l'ouest affectionnent les collines adjacentes aux ''swamps''. Les jeunes bûchers, les flancs de rivières. Tous changements brusques d'habitat et de topographie sont recherchés. Vous comprendrez que la connaissance d’une carte topographique et de la boussole ou le GPS sont presque obligatoires.

Tous les secteurs de fortes exploitations forestières ou de feux récents sont à mon avis les plus productifs. (photo 5 : photo de coupe forestière de l’ouest)Dans l’ouest, la plupart des coupes ont un chemin en bordure de la zone coupée. Par contre, le fond de la coupe à blanc est inaccessible par vtt ou camion et est de loin le secteur au plus grand potentiel pour observer du chevreuils de jour sur une base régulière. Les grands mâles ont vite adapté leurs déplacements pour utiliser ces fonds de bûchers en fonction du vent pour ainsi détecter si une femelles en chaleur s’alimente dans le secteur de coupe. Simplement s’embusquer dans le fond d’un bûcher à bon vent constitue une stratégie très valable dans l’ouest.

 Au risque de me répéter, peu importe quelle province vous choisissez, pour augmenter vos chances de succès, prévoyez un voyage d’au moins dix jours dont les trois premiers seront consacrés à la prospection d'avant chasse. Trop de chasseurs se sont rendus dans l'ouest pour chasser le chevreuil sans prévoir de prospection et sont malheureusement revenus sans gibier et en prime un goût amer de leur expérience. Vous commencez à comprendre que le succès n'est pas garantie et nécessite une bonne préparation. On ne se rend pas dans l'ouest canadien pour chasser un huit pointes de 120 B.C., ce genre de chevreuil existe au Québec à des coûts moindre. Vous allez chasser les provinces de l'ouest pour avoir la chance de prélever un mâle d'au moins 140 B.C.

Voici un petit truc pour vous aider à choisir votre secteur de chasse. En lisant régulièrement le magazine Big Buck qui se spécialise à raconter des histoires de chasse aux chevreuils principalement récoltés dans l’ouest canadien, vous apprendrez le nom d’un paquet de village où des monstres furent abattues. Si il y avait un gros chevreuils dans un secteur… il y en a possiblement d’autres. De plus, vous pouvez feuilleter le livre des records Boone et Crockett, dans la section Manitoba, Saskatchewan, vous aurez tous les noms des villages le plus près de la récolte de chaque chevreuils trophées enregistrés. Vous pouvez également y aller au hasard en fonction des accommodations comme les motels et restaurants car les forêts boréales au nord de la limite de l’agriculture renferment presque tous des populations intéressantes de chevreuils.

Après tant de mise en garde, voici une exemple concret de la manière de fonctionner qui vous aidera à réussir une semaine de chasse de rêve sans anicroche et peut-être couronné par la récolte d’un buck de grande classe. Après avoir choisi un secteur qui peut vous intéresser. Commander les cartes topographiques du secteur et étudier le système routier secondaire. A votre arrivée, les premiers jours, mettez du gaz dans le camion et ramoner les chemins forestiers à la recherche de signes (traces) de la présence de chevreuils. Il m’arrive régulièrement de conduire environ une heure à tous les matins pour avoir accès à une concentration de chevreuils importante sans grande pression de chasse. Donc, votre budget en gas doit être assez permissif. Comme déjà mentionné, repérer quelques concentrations de chevreuils avant de mettre un pied dans le bois. Une autre manière efficace est d’analyser le type de forêt. Tous les forêts d’âge moyenne à mature de tremble sont parmi les habitats de choix pour le chevreuil. (Photo6 : photo semi-aérienne de l’habitat montrant des type de forêt propice) Si vous avez des swamps ou des entremêlement de conifères au travers, vous avez en plus des possibilités de zones de repos. Des blocs de coupe ou de feu sont des zones de nourritures importantes. Une zone de perturbation majeure comme une coupe à blanc qui s’appuie sur une forêt mature de conifères et de trembles est un billet vers le succès. Pour connaître les compagnies forestières et la localisation des secteurs de coupes récents, je vous suggère de faire des appels à des bureaux environnementaux régionaux dont la liste se trouve sur la même brochure que celle de la réglementation de la chasse dans ces provinces.  Le biologiste régional vous indiquera le ou les secteurs découpe et la compagnie qui exécute les travaux.

Maintenant parlons technique de chasse. Quoique la plupart des techniques de chasse plus agressives comme l’utilisation d’urine, le call et  la chasse fine sont toutes plus efficaces dans l’ouest qu’au Québec, dû principalement à un meilleur rapport des sexes, ce ne sont quand même pas les plus efficaces dans l’ouest pour des mâles de grandes tailles.  La chasse à l’affût après une bonne prospection rapporte beaucoup plus de dividende particulièrement sur les vieux chevreuils. De cette manière, vous laissez ces derniers commentent des erreurs à votre place.  Soyez donc prêt à vous asseoir au sol ou dans un arbre pour de longues périodes de temps. Il va sans dire que vous devez être vêtu très chaudement de la tête jusqu’au pied pour des températures qui oscillent souvent au alentour de -15 C. A la pourvoirie où  je travaille, nous avons remarqué une étroite  corrélation entre la patience du chasseur et son succès. En d’autres termes, plus un chasseur est capable de rester longtemps à l’affût sur le même site plus son succès est élevé. Évidemment, si vous gelez, vous ne pouvez pas être patient. Donc la qualité de l’habillement est primordiale.

Une chasse dans l'ouest est plutôt ennuyeuse comparativement à une destination comme Anticosti où la chasse fine est le technique de prédilection. En contre partie, si vous avez la chance de voir un chevreuil de 300 livres avec une coiffure proportionnelle à son corps, vous comprendrez soudainement la raison de la popularité de cette destination. Je vois un ou deux chevreuils par saison rencontrant ces normes et à chaque fois la vision d'une telle rencontre me motive à continuer mon métier de guide dans ce coin de pays où les géants y vivent.

Question budget. Un  voyage en Saskatchewan ou au Manitoba basé sur 4 chasseurs; billet d'avion ($500-$600) location de camion pour 10 jours ( $1000 / 4 = $250), permis( $150), hôtel occupation double( $500) nourriture et essence ($350), le tout pour environ $1800 par chasseur.


Pour ce montant d’argent multiplié par 4 pour le groupe de chasseur soit un total d’environ $7000, imaginez-vous maintenant quel grandeur et qualité de terre privée vous pourriez  louer au Québec et en Ontario. Malgré ce montant, la qualité de chasse que ces provinces peuvent vous offrir reste une aubaine lorsque le tout est bien préparé et que le chasseur s’autodiscipline pour éviter la récolte d’un jeune individus. Aucune terre de l’est, même bien gérés et aménagé, n’arrivera à compétitionner la qualité de chasse des prairies canadiennes. Les sols sont parmi les plus riches au monde, le chevreuil y vit de la frontière américaine jusqu’aux territoires du Nord-ouest, le nombre de chasseurs est très bas comparativement à celui de l’est et finalement, ces derniers peuvent chasser plusieurs autres grands gibiers comme le cerf mulet, le wapiti et l’orignal lui aussi plus nombreux qu’au Québec. Devant ce constat, si vous avez 1500 à 2000$ de budget annuel à investir, c’est la destination pour garnir votre mur de trophée. (Photo 7: de succès de chasse)

Avion: Aircanada: www.aircanada.com ou 1-888-247-2262 ou Westjet: www.westjet.com ou 1-877-956-6982
Camion: Budget: 1800-268 8900, Hertz: 1-800-263 0678, National: 1800-227 7368, Avis: 1 800-321-3652 et Discount: 1 800 263 2355
Saskatchewan: www.se.gov.sk.ca ou  1-877-237-2273  
Carte de la Saskatchewan  map: (306) 787-2799
Manitoba: www.gov.mb.ca/conservation/wildlife/huntingg/
Carte du Manitoba map: (204) 945 6666 ou 1-877-627-7226

Louis Gagnon

10 DÉCEMBRE 2005


Remonter

 


Le Call du chevreuil

Chez la famille des ruminants, plusieurs points caractérisent et différencient le chevreuil des autres gros gibiers d’intérêt comme l’orignal et le wapiti. L’un de ces points importants pour le chasseur; le chevreuil nous apparaît comme un animal sans voix. A son opposé, l’orignal, un mastodonte plutôt expressif, a tôt fait, durant le rut, de manifester ses humeurs à l’aide d’appels plutôt intenses qui parfois frisent la soumission selon le sexe. Le Wapiti, un autre gibier imposant, lui aussi émettra sans relâche des appels, son cri ahurissant et à consonance métallique, vous glacera le sang dans les veines. Ces comportements d’appel bien connus depuis des lunes, aident les chasseurs sérieux dans leur quête d’une venaison de qualité. D’ailleurs ces deux gibiers vivent dans des habitats plus ouvert et ont tendance à réunir et dominer des petits harems de femelles durant le rut.

À l’opposé, le chevreuil vit principalement sous couvert forestier dense et n’a aucunement une stratégie de dominance sur un groupe de femelles. Il partage simplement un grand territoire avec d’autres mâles du secteur et le temps venu, il compétitionnera avec ces derniers pour chaque femelle qui tombera en chaleur. Il a simplement choisi durant son évolution de développer des moyens de communication différents et plus efficaces en fonction du type de vie qu’il préconise. Mammifère qui a besoin de socialiser à l’occasion, le chevreuil reste quand même un solitaire par nature. Son besoin de communiquer à favoriser un développement complexe d’odeur à base d’hormones qui lui servent mieux qu’un appel par ci par là.

Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas la possibilité et le capacité de communiquer vocalement. Au contraire, plusieurs évidences scientifiques ont clairement démontré la richesse du vocabulaire auditif chez le chevreuil dont la plupart des sons restent subtiles à l’oreille humaine. Ces mêmes sons peuvent probablement être entendus sur une bonne distance par les principaux intéressés que sont nos chevreuils.

Avant d’exploiter plus à fond le vocabulaire du seigneur des gibiers, je me dois de vous faire réfléchir sur quelques réalités qui vous aideront à mieux saisir la philosophie de l’appel en situation de chasse.

La plupart des études autant fondamentales que commerciales portant sur la vocalisation du chevreuil furent réalisées en milieu contrôlé donc dans des enclos. Est-ce réellement important de le mentionner? Oui puisse qu’il y a une différence majeure en les deux ‘sortes’ de chevreuils. Le chevreuil enclôturé, vit en densité beaucoup plus élevée que le chevreuil en milieu naturel. De plus, il n’a pas à se préoccuper de la possible prédation naturelle qui fait partie prenante de la vie du chevreuil sauvage. Finalement, le cheptel d’élevage est généralement constitué d’un rapport des sexes mieux balancé comparativement à celui en milieu sauvage où un rapport d’un mâle pour environ six femelles et plus est devenu malheureusement la norme. Quel est le rapport avec l’appel? Figurez-vous qu’il y a eu quelques études fort intéressantes sur le niveau de communication chez le cheval et le chevreuil en milieu d’élevage comparativement au milieu sauvage. Les résultats chez les deux espèces vont dans le même sens.

D’abord chez la gente chevaline, on n’a noté que les chevaux sauvages du nord-ouest américain et canadien sont beaucoup moins vocaux que ceux d’élevage. On croient que le risque de prédation et la densité de population plutôt faible chez les animaux sauvages semblent diminuer les vocalisations chez cette espèce comparativement aux chevaux d’élevage beaucoup plus auditifs. Chez le chevreuil, la même observation et les mêmes conclusions furent réalisées. En effet, les cerfs de Virginie d’élevage communiquent beaucoup plus fréquemment entre eux et avec un volume plus élevé que ceux en milieu naturel. Les raisons évoquées par les éthologistes(scientifique qui étudie le comportement animal) vont tout à fait dans le même sens que le cheval. On croit qu’en élevage, le chevreuil communique plus dû au fait que chaque individu vit en étroite relation avec son voisin et que cette promiscuité rend l’utilisation de la communication vocale performante. De plus, le chevreuil d’élevage perd beaucoup de sa méfiance légendaire, ce qui le rendrait encore plus auditif.
Comme la plupart des compagnies d’appeaux à chevreuil utilisent des séquences vidéos filmées en milieu contrôlé, le spectateur(nous) est souvent impressionné par l’étendue des communications entre les chevreuils et le haut taux de réponses de ces derniers à l’écoute de sons de chevreuils provenant d’un appeau.

Malheureusement, dans la réalité que fait face le commun des chasseurs que nous sommes, le chevreuil sauvage est beaucoup moins auditif et son niveau de méfiance face à tous stimulis provenant de son milieu environnant est très élevé. De plus, la loi du mâle, qui prévaut depuis plus de trente ans, a rendu la présence de mâles matures un évènement rare en soi. Tous ces faits réels rendent les différentes techniques d’appels beaucoup moins performantes que veulent nous le laisser croire ces mégas compagnies gravitant autour de l’industrie de la chasse aux chevreuils.

Je ne vous cite pas cette petite état des faits pour vous déconseiller l’achat ou encore l’utilisation des appeaux comme outil valable de chasse. Au contraire, je vous les ai signifié pour vous mettre en garde contre un excès d’optimiste qui forcément vous mènera vers un désappointement rapide.

Les chevreuils sauvages communiquent vocalement et répondrent à l’appel mais dans des circonstances précises. Contrairement à beaucoup d’autres personnes qui oeuvrent dans le domaine du chevreuil et de sa chasse, j’ai très peu d’expérience en milieu contrôlé (élevage). Mon expertise se résume à environ trois mois de terrain par année en milieu sauvage. J’ai eu la chance d’entendre beaucoup de vocalisations de chevreuils durant mes années de guidage à Anticosti. Beaucoup moins sur notre terre dans l’Outaouais et dans le même ordre en Alberta durant mes six semaines de pèlerinage annuel comme guide. Dans deux de ces trois endroits, j’ai pu à l’occasion me munir d’oreilles électroniques (Walker Game ear) qui amplifient jusqu’à 25 fois les sons environnants. Un soir de fin octobre, en Alberta, j’ai observé une femelle avec deux faons et deux jeunes mâles de 1.5 an se nourrissant dans un champ en friche à environ 75 mètres de moi. Les faons et la femelle gardaient un constant contact auditif qui ressemblait à un ‘grunt’ très doux. A quelques occasions, un grunt plus fort et grave fut émis par un jeune mâle et à tous coups, le second pointait une oreille en sa direction sans pour autant répondre ou approcher. Lorsque, mes oreilles ‘bioniques’ ne fonctionnaient pas, je ne pouvais entendre aucun de ces appels.

Pour ce qui est des grognements (grunt) échangés principalement entre les mâles, j’en ai aussi entendu plusieurs variant entre l’appel de contact entre deux individus, celui plus agressif avant et après une confrontation, où encore le plus mielleux à séquence rapide pour inciter une femelle à l’accouplement. Dans presque tous les cas, j’ai eu ces contacts dans des secteurs à densité de chevreuils passablement élevée et où le rapport des sexes n’était pas trop débalancé. A ce sujet, je vous suggère un petit exercice. Demandez à la plupart de vos amis chasseurs, combien d’entre eux ont déjà entendu un chevreuil appeler ? Combien en ont prélevé un avec cette technique et d’où provenaient-il? Les réponses affirmatives seront peu nombreuses et elles seront majoritairement dans des lieux rêveurs comme Anticosti, la fameuse zone 7 ou encore la réserve Rouge Matawin. Bon rapport des sexes et pression de chasse plus faible sont les dénominateurs communs des ces endroits cités. Donc, la qualité du territoire de chasse fait partie prenante du succès escompté.

Malgré tout, il est tout à fait possible de connaître du succès sur nos territoires de chasse mais sur une base beaucoup plus irrégulière. Par contre, en choisissant le bon “call” et la localisation, vous pourrez substantiellement augmenter vos chances de succès.

Voyons ensemble les principales tonalités à utiliser pour duper un mâle chevreuil tout âge confondu.

Quoiqu’un groupe de chercheurs rendait publique une étude approfondie sur le langage du chevreuil mentionnant qu’ils avaient distingué 90 sons différents émis par le chevreuil et les classifiaient en 12 groupes de vocalisation distincte, pour nous, chasseurs, trois groupes sont importants à connaître; les grognements (grunt); les bêlements (bleat), et les ronflements, soufflements ou reniflements (snort). J’aurais même tendance à dire que les plus importants à savoir imiter sont les grognements et les bêlements.
Les femelles chevreuil bêlent pour trouver leurs faons. Elles bêleront plus fortement pour signifier qu’elles sont perturbées ou que quelque chose leur fait mal ou les dérange. Un mâle peut bêler s’il est excité et n’a pas de femelle à servir. Il tente d’attirer ainsi l’attention d’un femelle. Le soufflement est associé au stress et à la panique. Dans le monde du chevreuil, les grognements servent à prendre contact, signifier ses intentions et avertir. Ils sont émis généralement par les mâles, quoique les femelles grognent également mais moins fort.
Dans un premier temps, voyons ensemble les différents grognements. Il y a le grognement de contact qui est utilisé toute l’année par la femelle et le mâle et qui signifie simplement «SALUT». Ce grognement est doux, court et d’intensité assez basse. Il est efficace en dehors du rut. Je l’utilise lorsque je vois un buck hors de portée ou derrière un obstacle. Je l’utilise également si je remarque la présence d’un chevreuil mais que je ne peux le localiser.
Il y a le grognement de suivi qui est émis par le mâle adulte qui suit à la trace ou remonte la piste d’une femelle en chaleur. Généralement, le mâle aura le nez au sol ou très près de l’arrière-train de la femelle. Le son est court, assez bruyant, répétitif et intense. Ca ressemble à uurp-urrp-urrp-urrp à 10 reprises et plus. Ce genre de grognement est généralement fait par un buck en mouvement. Dans ce cas, je répète l’appel au moins une dizaine de fois en déplaçant ma tête d’un côté à l’autre et en pointant mon call vers le bas. Je répète la séquence au trente secondes, de trois à quatre fois avant de changer d’emplacement. Si je chasse à l’affût, je fais ces séquences au trente minutes. C’est l’appel que j’utilise le plus souvent à l’aveuglette.
J’utilise ce type de grognement entrecoupé par des bêlements intenses de femelle en chaleur. Dans ce cas, j’aime utiliser deux appeaux différents: un pour la femelle ( la canne) et un pour le mâle. De cette façon, je contrôle mieux le rythme et la tonalité de mes appels. Avec ce type de combinaison, le bêlement doit être assez fort et mielleux (environ deux secondes par bêlement). Une femelle chevreuil en chaleur est comme une vache en chaleur: elle bêle beaucoup pour attirer l’attention et faire connaître son état physiologique.

Pour les bêlements produits plus particulièrement par les femelles, ils sont efficaces en combinaison avec les grognements. Mais ils peuvent être très productifs utilisés seuls. Un doux bêlement est très rassurant pour tous les chevreuils du voisinage et invite les chevreuils à venir fraterniser. C’est le genre d’appel qui peut éviter la panique dans un petit groupe de chevreuils qui, autrement, auraient soufflé sans fin.

Voici quelques petites considérations dont vous devez tenir compte si vous utilisez les appeaux régulièrement. D’abord, lorsqu’un mâle entend un appel, il arrête s’il est en mouvement, dirige et fixe ses oreilles vers le son et attend un nouvel appel pour confirmer ce qu’il a entendu. C’est à ce moment précis qu’il commence à marcher dans la direction du “calleur”. Si vous le voyez, ne faites rien, soyez patient sans bouger. Plus de 50% du temps, il va bouger sa queue d’un coté à l’autre et continuer son approche vers la source du bruit. Si c’est le contraire, il faut reprendre “call” et attirer son attention de nouveau. Chaque buck est différent et c’est souvent son état physiologique qui dictera la vigueur avec laquelle il répondra à votre appel. Après un appel, lorsqu’un mâle apparaît et vous fixe de son regard, ne bougez plus et n’allez surtout pas appeler de nouveau.

À quel taux de succès, devriez-vous vous attendre? En novembre, à Anticosti, j’ai déjà fait venir plus de quatre bucks par jour à plusieurs occasions. J’ai aussi connu des journées de plusieurs femelles sans aucun buck. En octobre, j’ai régulièrement fait abattre des mâles adultes qui s’étaient éloignés mais qu’avec l’aide du “gruntcall”, j’ai pu les ramener à portée de tir pour mes chasseurs. En Outaouais et en Alberta, le succès de l’appel à l’aveuglette est beaucoup plus bas. pour les raisons énoncées plus tôt Par contre, le succès semble comparable à Anticosti en ce qui à trait à faire bouger ou approcher un mâle déjà repéré plus tôt. Dans les régions où la densité de chevreuils est moins élevée, l’utilisation de l’appel devient une question de probabilité où le succès augmente avec la fréquence d’utilisation et l’endroit choisi pour s’exécuter. Comme le rattling, l’appel peut être efficace si vous prenez toutes les précautions d’usage comme avoir le vent de face, un bon camouflage derrière un obstacle naturel et une intrusion subtile dans un bon habitat à mâle mature comme une ligne de frottages ou de grattages en milieu forestier assez dense.

La localisation est primordiale. L’appel n’a pas la portée du rattling; vous devez être à proximité des chevreuils pour connaître du succès. Les chevreuils utilisent de petits territoires comparativement à l’orignal et vivent beaucoup plus densément. Ce qui veut dire que lorsque vous faites de la chasse fine, utilisez l’appel à plusieurs occasions. À tous les 150 mètres ou à toutes les fois que vous rencontrez des signes frais de la présence d’un mâle, laissez échapper quelques appels. Je l’utilise beaucoup à la chasse fine pour camoufler une erreur bruyante. Si vous chassez à l’affût, faire un appel à tous les 15 minutes n’est pas exagéré. Le printemps dernier, lors de mes stages intensifs de chasse sur notre terre, je séparais le groupe de chasseur en deux et les éloignait l’un de l’autre pour leur faire réaliser le peu de portée du “gruntcall” et du bêlement à l’aide d’une canne. A bon vent doux à moyen, les chasseurs pouvaient entendre encore subtilement le son du grognement à environ 75 mètres sur un terrain plat dans une foêt en repousse d’environ 15 ans. La distance tombait à moins de 50 mètres à mauvais vent et elle diminuait encore plus si quelques conifères ou une topographie importante du terrain apparaissaient. Il est juste de croire que l’oreille du chevreuil beaucoup plus performante lui permettra d’entendre un appel sur une plus grande distance mais la portée restera de toute manière restreinte.
Je dois aussi vous mentionner que la pratique des appels en pré-saison avec ces appeaux fera de vous un meilleur technicien de l’appel et vous évitera les erreurs dues à l’excitation.

Voici les critères que je considère quand je choisis un tube de grognement (gruntcall). J’aime un appeau avec un gros tube pour pouvoir contrôler la tonalité en y introduisant un droit à son extrémité pour imiter soit un mâle immature ou faire des grognements plus gutturaux pour le mâle mature et dominant. Je porte une attention particulière pour choisir un appeau qui semble le moins sensible possible à la condensation et au froid. Il ne doit pas demander un gros souffle pour produire des sons et il doit également avoir un volume assez puissant au besoin.

Quand je vous parle du bêlement d’une femelle, j’utilise simplement la fameuse petite canne qu’on renverse, cette dernière est un appeau d’une efficacité surprenante. De plus , cette canne ne gèle pas et le son y est réaliste et constant.

Munie de ces deux types d’appeaux, je débute ma journée de chasse comme à l’habitude en vérifiant le sens et la vélocité du vent. Dans aucun cas, je me dis que l’appel sera ma technique de chasse préconisée pour le journée. Pour moi, les différents appels sont simplement des accompagnements que j’utiliserai si le besoin et la situation le demande. Rarement, je tente un appel sans avoir un doute de la présence d’un chevreuil dans les parages. En d’autres termes, je ne vais pas à la pêche avec mon ‘call’ à moins que je suis dans un secteur que je crois particulièrement ‘hot’ comme la découverte d’un grattage ou frottage frais du jour.

Dans ce cas, je choisis un endroit près des signes en question, j’essaie d’avoir la zone forestière la plus dense toujours devant moi si le vent me le permet car je présume que par nature, un mâle adulte aime toujours mieux arriver subtilement par couvert épais. Je m’agenouille derrière un élément naturel comme une souche, une roche ou un arbre et je m’exécute. Si je suis dans la première semaine de chasse qui coïncide avec le pré-rut alors j’utilise mon ‘gruntcall’ et je tente un grunt de contact soit un ou deux sons d’environ un seconde à volume moyen. Si je suis durant la deuxième semaine qui approche le ‘peak’ du rut alors j’utilise autant la fameuse canne que le grognement. Si j’entend un bruit suite à un appel de femelle, je m’empresse de lâcher une série de “grunt” court et rapide pour imiter un buck qui la poursuit.

Si je connais intimement le territoire que je me propose de chasser, j’ai généralement une bonne idée des secteurs de repos préconisés par les chevreuils en période de pression de chasse élevée. En fin de journée, je m’approche à bon vent de l’un d’eux et à proximité, camouflé au sol derrière un obstacle naturel, j’exécute un appel en tenant compte de la période de l’année. Cette stratégie se base sur le fait que les mâles retournent dans leur site de repos, souvent ils les quitteront qu’à la barre du jour pour aller s’alimenter ou courir les femelles. Si un mâle est présent, en attendant l’appel, il enregistrera la localisation pour y investiguer le moment venu. Une couple de glandes tarsiennes accrochées sur les branches environnantes peuvent améliorées le scénario et ainsi vous protégeront contre les coups de vent inappropriés.

Voici une autre stratégie de chasse à l’aide de l’appel qui m’a rapporté quelques succès sur des mâles matures et plusieurs observations sur de plus jeunes individus. Basé sur le même principe que la précédente soit la localisation des sites de repos, je travaille en équipe avec mon client et nous nous déplaçons à bon vent vers le site choisi en exécutant des appels de mâles. J’arrête à proximité de l’endroit désigné en laissant aller quelques “calls” de mâles et initiant une petite séquense de rattling douce et courte d’une vingtaine de secondes. Je quitte le secteur aussitôt en gruntant et laissant derrière moi mon client à l’affût sur les lieux. Certains mâles sont très lents à réagir et enregistrent l’activité en question pour visiter l’endroit plusieurs minutes plus tard lorsque le secteur sera à nouveau calme. C'est la curiosité naturelle du chevreuil qui causera sa perte. Encore un fois, l’utilisation d’un masque d’odeur créé par l’ajout de glandes tarsiennes sera un plus.

Un autre scénario qui m’a rapporté des dividendes. L’utilisation du ‘call’ en combinaison avec un appelant. Cette technique simple peut être utilisée dans de petites ouvertures de moins d’un acre de superficie. Un petit bûcher ou un petit champ en friche feront très bien l’affaire. Dans ce cas, l’utilisation de l’appel attire les chevreuils vers le champ et l’appelant ne sert qu’à stimuler les chevreuils à s’exposer dans l’ouverture. Sans le fameux chevreuil en plastique, les mâles matures ont la fâcheuse habitude de venir en bordure du champ, en le contournant à bon vent et attendre une nouvelle manifestation pour investiguer plus fond le secteur. Après une série d’appels, si vous entendez un bruit suspicieux comme une branche qui craque ou autre, alors faite simplement bouger la queue de votre appelant en laissant aller un appel vraiment subtile.


Pour avoir une idée juste des sons émis par le chevreuil, je vous suggère deux sources d’informations pratiques. D’abord, je vous suggère fortement d’aller sur le site internet suivant: www.chevreuil.net.(Page Le chevreuil vous parle) Sur ce dernier, vous pouvez télécharger un site auditif qui imite les sons les plus importants émis par des chevreuils. Ceci vous permettra de vous familiariser avec ces sons en plus d’apprendre leurs significations. Vous pouvez également vous procurer la casette vidéo suivante Grunt Snort Wheeze: Understanding the language and voice of the White-tailed deer directement par le site internet de Quality Deer Management soit www.QDMA.com .

De maîtriser les différents appels de chevreuils ne vous assurera pas la récolte d’un mâle mature. Un bon appel par conditions parfaites sans vent couvre à peu près une surface de 3 acres en forêt de densité moyenne. Avec le rapport des sexes que nous avons actuellement dans la plupart des régions du Québec, il est tout à fait logique de penser qu’il y a environ un mâle de 3.5 ans par 1500 à 2000 acres de terrain. Un petit calcul simple vous permet de constater qu’il faudra beaucoup beaucoup d’appels pour qu’un de ces derniers vous entente et se manifeste. Pour la plupart des chasseurs, ce seront de jeunes sujets de 1.5 et 2.5 ans qui seront attirés simplement parce que ce sont les seuls chevreuils existants dans le secteur en plus d’être des individus plus curieux et moins méfiants de nature.

Comme vous pouvez le constater, les grognements et les bêlements sont des appels qui peuvent être efficaces durant différentes périodes de l’année. Le chasseur polyvalent devrait maîtriser cette technique pour ne pas manquer l’occasion qui fera le larron. Pour ma part, l’appel est un ajout que je combine avec d’autres techniques de chasse. Vous ne me verrez pas retourner au camp si j’ai oublié mon appeau mais vous pouvez être convaincu du contraire en ce qui à trait à ma carte, ma boussole et mon GPS.

Louis Gagnon

24 octobre 2004


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Participez à une étude sur le chevreuil !

 
Je sollicite les différents chasseurs qui visitent le site chevreuil.net à se joindre à moi pour mener à terme une étude facile à réaliser, à peu de coût et révélatrice sur le comportement du chevreuil.
 
Pour toute étude de comportement et d'utilisation de l'habitat sur les grands mammifères comme le chevreuil, les coûts reliés à la main d'oeuvre et à l'utilisation  d'outils électroniques comme des caméras de surveillance deviennent vite hors budget pour les chercheurs universitaires, les biologistes gouvernementaux etc. 
 
Avec Chevreuil.net, nous avons la chance d'avoir plus d'une vingtaine de chasseurs qui possèdent une ou plusieurs caméras de surveillance. J'aimerais mettre à contribution ces derniers pour qu'ils se joignent à moi à l'exécution d'une compilation de données sur le chevreuil qui ainsi pourrait mettre en lumière un paquet de petits faits intéressants qui autrement, ne seraient pas disponibles.
 
Comme nous aurons plus d'une cinquantaine de caméras dans le bois qui travailleront pour nous, il est facile de s'imaginer la quantité d'information que nous recueillerons au courant des six prochains mois.
 
Dans un premier temps, vous pourrez vous enregistrer comme participant à n'importe lequel moment de l'année sans aucun problème. Que vous chassiez dans une autre province comme SasK-man par exemple ou à plusieurs endroits au Canada comme Stéphane Monette, ce n'est absolument pas un problème au contraire, car cela mettra en lumière d'autres réalités sur le chevreuil.
 
Je voudrais que les personnes intéressées à participer s'enregistrent directement par message privé sous mon nom avec les informations suivantes.
 
Nom, adresse e-mail, téléphone,  zone de chasse au Québec ou ailleurs, description assez détaillée du secteur de chasse, pression de chasse sur le secteur
 
Exemple:  Joe Bleau, Joe@sympatico.ca, 819 423-2424, zone 6, Je chasse une terre de 120 acres forestières à 90% qui est situé en milieu agro-forestier. Nous sommes deux chasseurs sur la terre. Nous avons huit chasseurs qui chassent sur les terres frontalières à la nôtre. Je crois que la principale source de nourriture est un champ de soya à environ un Km de ma place. Notre forêt est constitué d'environ 50% d'érablière mature, de 20% de sapinière dense et jeune d'environ 30 ans et finalement une coupe sélective dans une forêt de feuillus.
 
Comment marche l'étude.
 
Ne changez pas vos habitudes d'utilisation de votre ou vos caméras. En d'autres termes, si vous mettez votre caméra sur une saline, des trails et finalement des appâts, s'est parfait. Je veux simplement une compilation de vos observations.
 
Comment rédiger votre compte-rendu mensuel.
 
Voici un exemple.
 
Du 1 juin 2004 au 14 juin 2004. caméra #1 sur une saline. 16 photos de femelles seules dont 12 de jour, trois photos de femelles avec faons tous de nuit, deux petits bucks de 1.5 ans de jour, un buck de 2.5 ans à trois reprises dont deux de nuit et un ours. La saline se trouve dans la sapinière en bordure de l'érablière mature. Visibilité moyenne au alentour : environ 50 mètres
 
Du 15 juin au 25 juin 2004. caméra #1 sur une trail de chevreuils en bordure de la sapinière. Très sale, visibilité d'environ 25 mètres. 4 photos de femelles seules de jour. 2 de femelles avec faons de jour.
deux photos du même buck de 3.5 ans +  de nuit.
 
Du 26 juin au 30 juin 2004 ma caméra était hors service.
 
Je suis tout à fait ouvert à plus de détails que cela mais comme l'exemple me suffit amplement.
 
J'aimerais avoir les résultats de chacun dans les cinq premiers jours du nouveau mois autant que possible pour que je puisse mettre à jour les résultats totaux à date sur chevreuil.net à chaque deuxième semaine du mois.
 
Je serais le seul à avoir accès aux résultats bruts et en aucun temps le nom et la localisation des participants ne sera dévoilés autre que dans une énumération globale des noms. Il ne sert à rien à personne de mousser ses résultats car l'analyse des données sera globale et comparative en terme d'habitats, de jours ou de nuit et ainsi de suite. Plus le nombre de participant sera grand plus la valeur des informations sera utile pour tous les chasseurs.
 
Merci sincèrement pour votre participation et votre confiance.
 

Louis Gagnon

24 mai 2004


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Culture de champs nourriciers pour chevreuils

Bilan sur les semences (1re partie)
par Louis Gagnon  14 mars 2004
 
Le chasseur de chevreuil est une espèce aussi sollicitée que son propre gibier. Les compagnies productrices de matériels de chasse gravitant autour du chevreuil, ont vite compris que le chasseur, grand rêveur en soi, n’hésitera devant rien pour atteindre son but. Ce rêve a souvent comme idéal la récolte d’un buck pouvant figurer sur la page couverture des magazines de chasse. 
 
Pour y réussir et avoir une qualité de chasse à faire rêver, la nouvelle tendance semble se déplacer vers l’achat de terre ou la location à long terme pour ainsi l’aménager et créer son propre paradis de chasse aux chevreuils.
 
Devant cet engouement, aux États-Unis, depuis plus d’une décennie, de nombreux biologistes, spécialisés sur le chevreuil et son habitat, ont constaté cette tendance et saisi cette opportunité pour offrir leurs services professionnels. Ainsi, ils suggèrent des aménagements d’habitat pour augmenter le nombre de chevreuils, la grosseur de ces derniers, et produire une plus grande quantité de bucks sur les territoires ainsi aménagés. Sans contredit, l’aménagement le plus populaire issu de cette tendance, est la création de champs nourriciers pouvant attirer un grand nombre de chevreuils dans un secteur donné. Vous conviendrez avec moi que plusieurs compagnies ont vite saisi l’opportunité de mettre sur le marché une quantité surprenante de semences ayant apparemment les attributs pour attirer le buck de vos rêves dans votre champ.
 
Mais qu’en est-il vraiment de l’efficacité de cette nouvelle mode ? Ces petits champs peuvent-ils apporter la solution à nos espoirs de trophées ? Tous les types de graines actuellement sur le marché sont-ils aussi bons les uns que les autres ? Les coûts reliés à la mise en place de petits champs nourriciers sont-ils abordables pour la moyenne des chasseurs ? Autant de questions et bien d’autres me sont souvent demandées lors de mes séminaires. Devant cet intérêt, nous avons cru bon
d’éclairer les lecteurs sur le sujet en réalisant nos propres tests pour ainsi avoir une image plus globale entourant cette nouvelle tendance.
 
Comme le but premier de cet article n’est pas de tester les différentes semences quoique nous en parlerons en détail, l'emphase sera davantage portée sur la méthodologie à suivre pour créer le champ parfait qui, avec les années, deviendra de plus en plus productif.
 
Un potentiel intéressant.

D’abord, avant d'entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous citer quelques statistiques intéressantes au sujet des champs et leurs effets sur les déplacements du chevreuil. Un bon champ d’environ une acre, bien aménagé, peut produire de quatre à six tonnes (une tonne = 850 kilos) de nourriture pour le chevreuil. (Avez-vous pensé que ceci est l'équivalent de près de 10 000 livres de pommes répartis sur six mois sans pratiquement y laisser d’odeur humaine.) À titre de comparaison, un bûcher de même envergure produira environ 80 à 200 kilos de nourriture selon l’âge de ce dernier. Une forêt mature peut produire au maximum 50 kilos de nourriture assimilable par le chevreuil par acre. On estime que les chevreuils vivants en périphérie des zones agricoles peuvent tripler leurs déplacements journaliers pour avoir accès à un champ de qualité. Finalement, les bêtes ayant la possibilité de se nourrir dans des champs agricoles ont tendance à développer des masses corporelles plus grandes et des panaches plus imposants. Quelques sondages ont démontré que, les chasseurs ayant aménagé des champs spécialement pour le chevreuil connaissent plus de succès et récoltent aussi plus de mâles. À la lumière de ces chiffres, vous comprenez mieux pourquoi il peut être attrayant de créer ces petits champs.

 
Dans un premier temps, vous n’avez pas besoin de posséder une grande terre pour tirer avantage de la création d’un ou plusieurs champs. Partez du principe que trois acres de champ par 100 acres de forêt peuvent doubler l’utilisation de votre terre par la population de cerfs environnante. Les grands champs de plus de deux acres doivent être évités autant que possible. Trop grands, les chevreuils matures des deux sexes hésiteront à s'y aventurer par crainte de s'exposer à découvert.
En raison de leur méfiance légendaire, ils auront tendance à s'y alimenter de nuit. À titre d’exemple, vous avez 50 acres de territoire de chasse, deux petits champs d’une acre suffiront pour créer une différence importante quant à l’utilisation de votre terre par le chevreuil.
 
Le choix de l’emplacement dépendra du temps et de l’argent dont vous disposez ainsi que de votre liberté de manœuvre si la terre ne vous appartient pas. De vieux chemins forestiers, des champs en friche ou des éclaircies utilisées pour piler le bois lors des dernières coupes sont tout indiqués pour ceux qui ont un budget limité. Pour ceux qui disposent d’un peu de machinerie et de ressources monétaires, la restauration d’un bûcher est souvent recommandée et donne de très bons résultats. Finalement, pour budget sans limites, il peut être avantageux de faire la coupe dans un secteur stratégiquement bien situé à l’endroit où le sol aura en plus les composantes pour produire une nourriture de qualité. À ce stade, il est important de comprendre que le champ peut prendre la forme que vous désirez. En ce sens, il sera favorable de lui donner une forme irrégulière pour en augmenter les bordures qui généralement procurent une grande quantité d’autre nourriture d’appoint pour le chevreuil.
Élaboration d'un champ de semence 

Passons immédiatement à la méthodologie, nous reviendrons plus tard à l’aspect monétaire de l’exercice. La première opération, peu importe le choix du site, consiste à mettre le sol complètement à nu. Pour ce faire, vous pouvez utiliser différents outils. L’été dernier, nous avons fait deux champs directement sur notre terre dans deux types d’habitats

différents avec le souci de maintenir les coûts le plus bas possible.
 

J’ai choisi de restaurer une partie (environ un quart d’acre) d’une petite coupe à blanc et finalement une ancienne zone de débardement (emplacement utilisé par les entrepreneurs forestiers pour accumuler le bois d'une coupe forestière avant son transport) d’environ 1,5 acre. Dans le premier cas, nous avons coupé complètement la repousse d’arbustes et de framboisiers à l’aide d’une débroussailleuse. Ensuite, nous avons nettoyé ce secteur de tous les débris de l’ancienne coupe

comme les grosses branches sèches, les roches ainsi que les souches et racines des arbres coupés trois années plus tôt. Considérant que plusieurs grosses souches n’ont pu être extraites avec un véhicule tout-terrain (4 roues), nous avons cultivé autour de ces dernières pour éviter l'utilisation de grosses machineries. Une fois le sol bien dégagé, nous avons employé une petite herse à dents d’un mètre de largeur pour compléter la préparation du sol. Celle-ci était simplement fixée puis remorquée à l'arrière du VTT. L’ajout d’un poids sur la herse peut aider considérablement à dénuder le sol convenablement. Je dois vous aviser que cette étape nécessite beaucoup de travail physique, car il faut nettoyer régulièrement la herse qui se remplit de racines de toutes les grandeurs. De plus, si le sol de l’endroit choisi renferme beaucoup de roches, ce travail a tendance à exposer ces dernières que vous devriez idéalement enlever pour augmenter la productivité de votre champ. Tous les débris furent brûlés sur place et les cendres étendues sur le futur champ pour réduire l'acidité du sol.
 
Dans le cas de la zone de débardement , nous avons dû utiliser un vieux tracteur de ferme muni d’une pelle dompeuse pour étendre la terre organique, entassée sur les côtés une dizaine d’années auparavant. Cette étape était primordiale car la pauvreté du sol sablonneux aurait nécessité l’ajout d’une trop grande quantité de fertilisant et ainsi augmenté les coûts monétaires de l'opération en plus d'engendrer des conséquences néfastes sur l'environnement.
 
 
Une fois cette étape terminée, vous devez faire un test de sol pour connaître son pH. Toutes les coopératives agricoles du Québec vous expliqueront comment prélever les échantillons de terre et feront ces tests pour vous (environ 25 $). Sans avancer des explications très scientifiques sur l’importance d'un pH équilibré, je vous résume les grandes lignes de cette étape capitale. Pour la culture en général, un sol peut avoir un pH variant entre 4,5 jusqu’à 7,5. Plus son pH est bas, plus le sol est acide. Les semences adéquates pour le chevreuil poussent bien dans des sols au pH variant entre 6,2 et 7,0 selon le type de graines. Notons simplement que la plupart des trèfles (blanc, alsike, ladino ou spécialisés comme ceux de la compagnie WHITETAIL IMPERIAL Clover et ceux de la compagnie BIOLOGIC) poussent bien à des pH variant entre 6,2 et 6,5. Pour augmenter le pH d’un sol acide, vous devez y incorporer de la chaux à raison d’environ 1,5 à 2 tonnes par acre pour faire passer un pH de 5,9 à 6,2. Cependant, il est bon de savoir que cette même quantité de chaux sera insuffisante pour espérer obtenir une hausse égale (0,3) du niveau de pH, lorsqu'un sol est plus acide et que son niveau de pH est plus bas. À titre de comparaison, pour une même acre au pH de 5,6,  vous aurez besoin d'approximativement 2 à 2,25 tonnes pour accroître le pH à 5,9. Il est donc sage de demander conseil auprès de personnes compétentes pour bien évaluer les besoins en chaux de votre sol, en fonction de la superficie traitée. Il est très important d'avoir un bon pH car non seulement ce dernier favorise un meilleur rendement de vos semences mais en plus il augmentera de manière très significative l’assimilation de fertilisant par les plantes. En effet, lorsqu'un pH est sous la barre du 6,0, l’effet des fertilisants peut diminuer de plus de la moitié. La chaux en granule est vendue en sacs de 10 à 40 kilos ou encore en vrac. Pour vous procurer une quantité importante, il est avantageux d'opter pour le vrac, vous réaliserez d'importantes économies. En achetant de la chaux en sacs, vous payerez jusqu'à 250 $ pour une tonne, tandis qu'en vrac, une telle quantité peut vous en coûter aussi peu qu'une trentaine de dollars !
 
Par conséquent, plus votre sol sera pauvre, plus l'investissement sera considérable…  Cependant rassurez-vous, une fois le taux de pH idéal atteint, celui-ci se maintiendra à un niveau acceptable pour les trois à cinq années suivantes. En effet, les sols s'acidifient relativement lentement. Pour éviter un investissement majeur après ces trois à cinq ans, vous pouvez, si vous le désirez, entretenir votre sol avec un apport minimal de chaux à chaque année.
 
Avant d’incorporer la chaux à votre sol, il peut être bon d’étendre un herbicide de type Round-Up pour vous assurer de tuer la repousse de mauvaises herbes et ainsi avoir une excellente production pour plusieurs années consécutives. Cette étape nécessite deux semaines de repos des champs après l’application de l’herbicide avant d’entreprendre l’étape finale de la semence. Dans mon cas, j’ai choisi de ne pas utiliser d’herbicide, le côté environnementaliste en moi a pris le dessus sur le
reste… J'ai aussi économisé près de 200 $ en évitant cette étape.
 
Vient ensuite l’étape de la fertilisation. Cette étape peut, elle aussi, faire partie d’une prise de conscience environnementale. En effet, les fertilisants minéraux et chimiques sont très dommageables pour l’environnement. Quoique l’utilisation de fertilisants peut facilement faire doubler la productivité d’un champ, j’ai choisi de ne pas en utiliser dans mes champs considérant que la chasse aux chevreuils est une activité de loisir avant tout. Par contre, je me dois de vous dire que certains sols nécessitent l’utilisation de fertilisants pour procurer une production convenable qui justifiera l’investissement en temps et en argent pour la préparation de votre champ cultivé. Les compagnies distributrices de semences pour les chevreuils ne vont pas réinventer l’agriculture. La production de fourrage de qualité est une science en soi très bien connue qui a fait l’objet de nombreuses études. Les conclusions sont toujours les mêmes. Au départ, plus votre sol est naturellement riche en éléments organiques et minéraux, moins vous devrez y consacrer de temps et d’argent pour y stimuler la production. D’où l’importance capitale de choisir l’emplacement de votre champ autant en fonction de la qualité du sol que de la facilité mécanique de
préparer le terrain. Tout comme le pH, ce sera le test de sol qui déterminera le type d’engrais et la quantité à y étendre pour maximiser la production. Pour ceux qui choisissent cette avenue, calculez un montant légèrement supérieur en fertilisant que ce que vous aurez investi en chaux.
 
Passons à l’étape de la semence de votre champ. Peu importe le type de graines choisi, cette étape sera presque toujours la même. Premièrement, vous avez besoin de faire un lit pour vos graines. Un lit veut simplement dire que vous devez taper votre sol pour que les graines puissent germer et s’enraciner le plus solidement possible.
 
Vous n’êtes pas obligé d’utiliser un rouleau compresseur pour cette étape. Pour les tests dont il est question dans cet article, nous avons simplement utilisé notre VTT. En conduisant à basse vitesse partout sur le sol dénudé, nos résultats furent suffisamment probants pour vous suggérer la même chose. Il est maintenant temps de semer votre futur champ. Certaines graines sont beaucoup plus petites que d’autres. En général, vous pouvez utiliser un semoir à main obtenu dans une pépinière ou une coop. Vous pouvez aussi vous procurez un semoir mécanique remorquable par VTT. Certaines personnes sèment à la main à la volée, je ne vous le suggère pas car vous devez avoir une bonne expérience pour réussir uniformément votre étendage. À cette étape, soyez le plus systématique que possible pour éviter d’avoir des secteurs sans graines et des secteurs avec trop de graines. Deux erreurs que nous avons faites sur notre terre… Les compagnies ont fait beaucoup de tests et le poids de graines suggéré pour une superficie donnée est généralement calculé pour procurer le meilleur résultat possible. Une trop grande concentration de graines risque d’étouffer la pousse et ralentir le rendement.
 
Dernière étape avant d’observer le fruit de vos efforts. Vous devez repasser avec votre VTT pour enterrer vos graines. Encore une fois, vous pouvez acheter des outils spéciaux qui s’attachent à votre VTT pour réaliser cette étape. Par contre, vous pouvez aussi être imaginatif pour réduire les frais en équipement. Faites comme nous et laissez traîner une longueur de quatre pieds de clôture quadrillée comme celles entourant la plupart des écoles. Ce fut suffisant pour remettre environ _ de pouce de terre sur les semences.
 
Comme vous voyez, le procédé est assez simple en soi. Les résultats seront en fonction de l’énergie et de l’argent que vous serez disposé à investir. Pour chaque étape de la méthodologie que vous négligerez, votre futur garde-manger pour chevreuils s’en ressentira directement. En semant vos champs à la fin mai, vous devriez être en mesure de faire une coupe au début du mois d'août pour préserver une hauteur d’environ six pouces. Ainsi, vous garderez les pousses jeunes donc plus protéiques et attrayantes pour le chevreuil. Dans beaucoup de cas, vous n’aurez pas cette option de coupe dû au sur-broutage qu’exerceront les chevreuils. Une coupe peut quand même s’avérer positive pour diminuer la repousse de mauvaises herbes si vous avez choisi l’option plus écologique sans herbicide. Cette coupe aura comme effet de tuer une bonne partie de
cette mauvaise herbe.
 
Frais encourus
Maintenant, combien coûte l’établissement d’un bon champ d’une acre de superficie en milieu forestier ? De manière générale, les mêmes frais de base reviennent toujours peu importe l’endroit sélectionné. Ces frais reliés au sol trop acide sont normaux. Il est très rare de trouver un endroit qui ne nécessitera pas l’application d’au moins deux tonnes de chaux par acre. Calculez donc environ 150 $ pour cette étape. Les fertilisants coûtent environ le même prix selon les besoins et finalement les graines coûteront entre 30 et 200 $ à l’acre selon la sorte que vous choisirez. Donc en moyenne, nous parlons d’environ 500 $ de produit par acre cultivée.
 
Le prix peut vite doubler voire quintupler si vous devez partir de zéro. En effet, si vous choisissez le secteur pour produire un champ en fonction de la qualité du sol et de la disposition stratégique de ce dernier pour la chasse et que malheureusement cet endroit se trouve en pleine forêt, les coûts grimpent rapidement. La coupe de bois peut se faire généralement sans frais en échange de la valeur en bois du secteur récolté. Dans les régions où les forêts de grande valeur se font plus rares, il peut être possible d’inclure dans l’échange, le désouchage et le nettoyage du secteur en question à moindres frais. Pour avoir travaillé de concert avec quelques propriétaires qui ont payé pour le désouchage et le nettoyage de quelques champs d’une acre, les coûts reliés à cette opération s'élèvent à environ 1200 $/acre. En voici la répartition: 8 heures de pelle technique en désouchage à 90 $/heure et 8 heures de nettoyage avec une gratte munie d’une lame à dents qui sert de peigne à 50 $/heure. Pour ces deux étapes, je vous recommande d'être présent pour vous assurer que ces opérations seront faites avec soin afin de conserver la couche de terre arable sur place. Certains sols n'ont pas une couche arable très épaisse et le sable remonte vite en surface lorsque l'opérateur de la machinerie va trop vite ou n'est pas attentif.
 
À cette facture, vous devrez aussi ajouter la location de l’équipement pour herser le champ si vous ne possédez pas de VTT. Comme vous pouvez le constater, la préparation d'une superficie cultivable peut facilement atteindre 2000 $/acre sans compter l'achat des semences proprement dites.
 
Peut-on réussir un champ attrayant à moindre coût ? Sur notre terre, nous avons établi un champ d’environ une acre pour la modique somme de 200 $ (incluant les semences, et la préparation du sol). Évidemment, nous étions propriétaires de la machinerie et nous avons choisi une semence (trèfle ladino) qui pousse tout de même bien à un pH bas de 6,0 à 6,2. Je n’ai donc pas eu besoin d'utiliser de chaux et j’ai choisi de ne pas engraisser le champ avec des fertilisants. Six à huit chevreuils s'y alimentaient par jour.
 
Types de semences
Après tant de points techniques sur la préparation, il ne nous reste plus qu’à regarder le type de semences à préconiser. Sur ce sujet, je dois vous aviser de plusieurs petites choses. D’abord, il n’existe aucune culture qui ne nécessite pas de travail. Quelques compagnies ont eu l’audace de mettre sur le marché des mélanges de plantes soi-disant faciles à établir, qui ne requiert aucune préparation du sol…  En théorie, ils sont conçus pour être semés directement à travers la végétation en place, puis entrer graduellement en compétition avec celle-ci pour finalement s’établir progressivement. Nous en avons testé
quelques-uns et le résultat fut nul. Ne pensez-vous pas que si ces fameuses plantes existaient, les cultivateurs seraient les premiers à les utiliser pour ainsi réduire leur tâche et se débarrasser d'une partie de leur machinerie pour la préparation du sol ? Deuxièmement, d’autres compagnies ont fait la mise en marché de graines pour fourrage d’été et d’autres pour fourrage d’automne. Excellente idée en soi puisque les deux types de fourrage fournissent aux cerfs une nourriture appropriée pour convenir à leurs besoins alimentaires spécifiques du moment. Cependant au Québec, notre saison de production est trop courte pour établir des champs spécialisés à haute teneur en protéines au cours de l'été (pour favoriser la croissance des cornes) puis poursuivre par la mise en place de champs automnaux composés de plantes moins protéiques mais plus grasses pour favoriser le gain de masse corporelle chez le chevreuil. 
 
Ceci étant dit, nous avons testé sept sortes de graines dans plusieurs champs et plusieurs régions du Québec. La plupart d’entre elles furent mises en compétition avec d’autres types de graines. Lorsque des graines furent testées par rapport à d’autres semences, la même méthodologie fut utilisée. Les facteurs suivants ont été comparés:
 
  •  la rapidité et le taux de germination des différentes semences ;
  • la résistance à la sécheresse ;
  • la production à l’ombre ;
  • la résistance au surbroutage induit par le chevreuil ;
  • l’attrait pour le chevreuil en été et en automne ;
  • la résistance aux gelées ;
  • et finalement, à titre d'information, le taux de pH idéal pour sa culture.
Nous avons comparé deux types de mélange de la compagnie BIOLOGIC soit le produit FullDraw  composé d’une plante nommée brassica et qui ressemble à une sorte de laitue, puis le produit nommé New Zealand Fall Premium Attactant (NZFPA), qui est un mélange de chicoré, de trèfle et de plantes de la famille des navets. Un fait à noter pour les mélanges
BIOLOGIC, toutes les graines sont issues de la Nouvelle-Zélande et elles font fureur aux États-Unis. Nous avions également le produit Clover de la compagnie WHITETAIL IMPERIAL, qui est un trèfle blanc ladino à haut taux de germination. Un trèfle blanc ordinaire ainsi que de la luzerne obtenus auprès des Coopératives agrées du Québec faisaient également partie des semences testées. Le mélange Plantes Mixtes de la compagnie québécoise LA FERME MONETTE, constitué de plus de dix sortes de plantes faisait également partie du groupe et finalement le mélange Trophy Garden de l’autre compagnie québécoise BUCK EXPERT, dont le mélange contient pas moins de 14 espèces de plantes, complétait le tableau.
 
Dans quelques champs d'environ une acre, des carreaux de superficie similaire furent semés avec chaque type de graines. La même préparation fut mise en place pour chaque type de semence. Pour une idée globale des résultats obtenus, nous vous offrons une présentation par tableau pour vous rendre la consultation plus facile.
 
Tableau 1 DÉSOLÉ, NON DISPONIBLE
À ce stade, il serait trop simple de s’en tenir au tableau des résultats sans émettre quelques commentaires suite à de nombreuses heures d’observations directes et indirectes réalisées par des caméras de surveillance. Il faut également savoir qu’un type de graines ne réagit pas de la même façon d’un sol à un autre. Si la terre d’un secteur donné lui fournit la composition parfaite des éléments dont elle a besoin, cette graine démontrera très probablement une excellente croissance (à moins de sécheresse, de gelée ou autre facteur externe). En contrepartie, ce même type de graine peut procurer un rendement beaucoup moins intéressant en un autre endroit, uniquement en raison d’un sol inadéquat.
 
C'est d’ailleurs ce qui s’est produit lors de nos tests. Le rendement de certains types de semences a différé légèrement d’une placette échantillon à une autre. Notez que les résultats présentés dans le présent article ont été constatés sur trois différents sites de tests. En effet, nous avions deux placettes échantillons en Outaouais puis une autre en Beauce. En Outaouais, les deux sites de tests ont révélé des rendements très similaires: le mélange Full Draw de BIOLOGIC est arrivé
bon premier, suivi du Clover de WHITETAIL (trèfle ladino à haut taux de germinaison), puis du trèfle blanc ordinaire. Les essais réalisés en Beauce, quant à eux, classent la luzerne en tête de ligne, suivi, ex æquo du Clover et du trèfle blanc. Le mélange Full Draw, qui s’est pourtant démarqué en Outaouais, termine la course en troisième position. Quant aux produits québécois, je suis forcé d'admettre des résultats plutôt mitigés, et ce, à tous les sites d’expérimentation. Ceux-ci sont
peut-être explicables par la toute récente incursion de ces compagnies dans un secteur d'activité dans lequel elles ont très peu d'expérience.
 
À la lumière de résultats aussi variables, quel type de semence devriez-vous employer dans votre propre secteur, me demanderez-vous ? Je crois, que pour la première année, il serait préférable de semer deux à trois types de mélanges pour deux bonnes raisons. Tout d’abord, cela vous permettra de constater le rendement de chacun par rapport au type de sol de votre champ. En second lieu, vous couvrirez ainsi vos arrières, dans le cas où une semence en particulier connaîtrait une
mauvaise saison.
 
Voyons ensemble plus en détail, les types de semences qui ont donné un rendement intéressant. Dans un premier temps, la luzerne s'est avérée définitivement très attrayante pour le chevreuil. De plus, elle présente l'avantage majeur d'être une plante vivace possédant une durée de vie variant de 10 à 15 ans. Pour lui assurer un bon rendement à long terme, il suffit de fertiliser le sol au besoin puis de vérifier et corriger, si nécessaire, le niveau de pH. Ce dernier point est toutefois l'inconvénient majeur en ce qui concerne ce produit. En effet, la luzerne nécessite un pH élevé (6,5 à 7) pour s'établir convenablement et ne produira pas de résultats concluants dans un sol trop acide. Elle est donc appropriée pour un sol dont le pH sera initialement élevé pour éviter de devoir procéder à un apport massif de chaux, ce qui entraînerait des coûts élevés. Généralement, un champ fraîchement défriché en milieu forestier sera plus ou moins indiqué pour y cultiver ce type de semence. Dans un champ déjà existant, les chances que le pH soit plus élevé sont meilleures. En tout premier lieu, avant d’arrêter votre choix sur ce type de semence, il est impératif de vérifier cette donnée. Si le niveau de pH de votre sol est faible, il serait plus sage
de se tourner vers d’autres types de semences qui y pousseront bien. Ou encore, déterminez un autre emplacement au sol plus approprié pour élaborer votre champ de luzerne.
 
Le mélange FullDraw de BIOLOGIC a également eu une cote de popularité très élevée auprès des chevreuils. Certaines nuits de surveillance, ce carré de champ était le seul à être visité par ces derniers. Sa résistance au broutage aurait pu être favorablement comparable aux autres puisque, malgré cette utilisation abusive, les plantes ont toujours continué à pousser.
 
Dans le cadre de cet article, j’ai eu la chance de visiter les installations de Charles Alseimers (photographe et chroniqueur américain spécialisé sur le chevreuil) ainsi que les terres aménagées par la compagnie NorthCountry WHITETAIL (Est-ce que tous les mots soulignés sont le nom de la compagnie?) dans l’état de New York où l'on se spécialise dans l’aménagement spécialisé de terres privées pour la production de chevreuils de qualité. Dans les deux cas, les résultats ressemblaient aux nôtres quant à l’attrait exercé par le mélange FullDraw.
 
Dans un autre ordre d’idée, il est normal de constater de bonnes résistances à la sécheresse des produits BIOLOGIC car les plantes proviennent de la Nouvelle-Zélande, un pays au climat sec. De plus, les compagnies américaines WHITETAIL IMPERIAL et BIOLOGIC ont plus de dix ans d’expérience dans le domaine des semences pour le chevreuil. Ces deux compagnies ont d'ailleurs des centres de recherche expérimentale où sont testés sur le terrain des mélanges sans cesse améliorés pour subvenir aux besoins alimentaires du chevreuil.
 
Par contre, au chapitre des inconvénients, la semence FullDraw nécessite d’être ressemée à chaque année puisqu’elle est une annuelle. En ce sens, elle engendre un investissement plus important. Cependant, la plupart des autres mélanges à l'essai doivent aussi être ressemés partiellement pour optimiser la productivité les saisons suivantes. Après trois ans, tous ces mélanges, à l’exception de la luzerne, devront être semés de nouveau pour produire à leur plein potentiel. À la lumière des résultats, je cultiverais personnellement la moitié d'un champ avec le produit BIOLOGIC FullDraw et l'autre moitié, avec le WHITETAIL IMPERIAL Clover. Si je n’avais aucune compétition avec les terres voisines, je choisirais le bon vieux mélange de trèfle blanc ordinaire des COOPS, en raison de son coût moins élevé.  Et si le sol de mon champ démontrait initialement un taux élevé de pH, j’envisagerais également l’emploi de la luzerne, qui s’avère aussi plus abordable que les mélanges spécialisés de différentes compagnies.
 
Quoique les graines des deux compagnies québécoises ont un certain attrait, elles nécessitent des améliorations notables pour rivaliser avec la compétition américaine. Pour avoir discuté à plusieurs occasions avec des agronomes et des botanistes, les compagnies québécoises font fausse route en tentant de mettre trop de types de plantes dans le même
mélange et par conséquent dans le même champ. Plusieurs sortes ne germent pas dû à la compétition entre elles pour s’établir ou à un sol inadéquat.
 
Maintenant, qu'en est-il des questions suivantes? Ces champs peuvent-ils concurrencer ceux des agriculteurs en milieu agro-forestier ? Y a-t-il d’autres aménagements à faire aux alentours de ces petits champs forestiers pour augmenter encore plus les chances de succès? Sont-ils la solution miracle pour les chasseurs! La disposition de certains champs peut-elle s’avérer plus stratégique que d’autres? La création de petits champs assure-t-elle des visites de jour par les cerfs environnants ? Peut-on aiguiller le déplacement des chevreuils fréquentant ces champs pour ainsi les forcer à emprunter les mêmes sentiers. Autant de questions et bien d’autres auxquelles je tenterai de répondre dans mon prochain article.
 
En conclusion, en raison du temps et des coûts relativement élevés impliqués dans la création de bons champs alimentaires, il est impératif de faire un choix éclairé quant à leur emplacement, choix qui sera dicté principalement par la qualité du sol. Si ce dernier ne constitue pas votre principal critère de décision, vous vous exposez à un rendement décevant ou alors vous serez contraints de pallier à la pauvreté du sol en injectant des sommes supplémentaires en divers produits, sans compter
le travail additionnel… De plus, la préparation du sol, malgré le travail considérable que représente cette étape, ne devrait en aucun cas être bâclée ou faite à la hâte. Et finalement, il serait beaucoup plus prudent et réfléchi, du moins pour la première année, de semer deux à trois types de semences (chacune dans une section distincte de votre champ), pour éviter les mauvaises surprises et les déceptions ! De cette façon, vous serez à même de constater celles qui offrent un bon rendement en fonction de la composition spécifique du sol de votre champ. N’oubliez pas qu’un taux de pH adéquat est également un facteur déterminant pour assurer une croissance optimale. Ne perdez pas de vue que les résultats finaux seront directement reliés à la rigueur de l’exercice. Par contre, le travail impliqué et l'argent investi n'ont d'égale que la satisfaction de voir votre territoire de chasse accroître son potentiel, pour vous mener vers le succès.
 
Pour cet article, je dois remercier plusieurs collaborateurs qui ont généreusement donné de leur temps et ont bien voulu partager leurs connaissances. Mario Boivin, mon fidèle second sur notre terre, Bernard Fiset, Eric Tremblay, Charles Alseimers et Doug Douherty
 

 Louis Gagnon
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La gestion de votre territoire pour une meilleure recolte de bucks adultes

A l'été 2001, j'écrivais mon premier article pour la revue Aventure Chasse et Pêche. Peu de monde me connaissaient à l'époque. Dans cet écrit, je  vous avais présenté une gestion novatrice des populations de chevreuil qui faisait rage chez nos voisins du sud. Basée sur l'abstention de récolter de jeunes mâles de 1.5 et 2.5 ans et  jumelée à l'augmentation de la récolte de femelles, cette philosophie tentait de vendre le concept d'une chasse de qualité appuyée sur la récolte de beaux individus (3.5 ans et plus) plutôt qu'un succès de chasse élevé mais représenté par plus de 80% de mâles de 1.5 ans (daguet). Cette idée venait d'une association de chasseur  qui s'appelait QDMA ( Quality Deer Management Association).  Aujourd'hui, cette même gang de passionnés est en train de gagner son pari même dans les états ultra-conservateurs comme la Pennsylvanie où, grâce à eux, il est maintenait impossible pour les 1 200 000 chasseurs  de récolter un buck n'ayant pas au moins 4 pointes sur un coté.

Dans cet état, avant la nouvelle régulation, 90% des mâles récoltés avaient 1.5 ans. Les bucks de 3.5 ans  et plus représentaient environ 3 % de la population de mâles soit un chevreuil sur 250 tout sexe confondu. Avec la nouvelle gestion, on devrait sauver environ 90 000 mâles de 1.5 an par année et à ce rythme, on croit ainsi diminuer la population de chevreuils de la Pennsylvanie de 20% en 5 ans mais augmenter le nombre de mâles de 2.5 ans et plus de plus de 50%.

Si ça marche au sud, ça doit marcher au nord. Après 4 ans d'exécution de cette philosophie sur notre terre dans l'Outaouais, deux années de séminaires hivernaux à travers le Québec et une première année de stage pratique sur le terrain, je m'aperçois que cette pratique commence à faire son chemin même au Québec.  À titre d'exemple, l'an dernier sur notre territoire, nous avions un grattage qui fut visité par pas moins de six bucks différents  incluant quatre mâles de 3.5 ans et plus. À l'achat de cette terre en 1998, nous n'avions aucun grattage sur le terrain. Ce printemps, j'ai visité plusieurs  terres lors de mes consultations privées, parmi celles-ci, quelques-unes avaient un grand potentiel pour produire des chevreuils de qualité voir même des trophées mais... aucun grattage et très peu de frottages de l'année précédente existaient sur ces terrains.

Toujours la même  histoire, la plupart des chasseurs ne comprennent pas la nécessité de préserver les jeunes mâles et de récolter plus de femelles. Avec la nouvelle vague de création de champs riches en milieu forestier, beaucoup croient que cet apport protéique important va suffire à contre-balancer les autres déficience majeures comme le rapport des sexes et  la structure d'âge de la population.

Pour vous illustrer le problème dans son entier, j'ai pensé vous présenter un concept  d'écologie des populations animales  développé par un scientifique européen du nom de Liebig. Son principe, la loi du minimum, fut imagée à l'aide d'une vielle chaudière perforrée sur le coté par quelques trous. Notre chaudière a trois trous, le premier est dans le bas de cette dernière, suivi, juste au dessus, par un autre trou et finalement un dernier trou beaucoup plus haut. Si nous voulons remplir le sceau avec de l'eau, il ne sert à rien de boucher les deux trous du haut avant celui du bas sinon l'eau continuera juste à couler par terre. Maintenant, revenons à nos chevreuils. Chaque trou est un problème que fait face une population de chevreuil en particulier. Par exemple,  le trou du bas  pourrait être le rapport des sexes trop dé balancé en faveur des femelles, le trou du milieu lui sera la structure d'âge de la population de mâle (trop jeune) et finalement le trou du haut sera la qualité alimentaire de l'habitat. Dans ce cas précis,  rien ne sert de boucher le trou du haut, soit le coté nutrition par la création de bons champs nourriciers si vous ne boucher pas les deux autres ouvertures.  Chaque population de chevreuils a des besoins distincts selon la gestion en place, ainsi le trou du bas, qui est toujours le premier à devoir être bouché avant d'espérer faire monter le niveau d'eau dans la chaudière, pourra être différent d'une population à l'autre.

Voici donc quelques exemples particuliers. À Anticosti, où la pression de chasse est contrôlée et le prélèvement de femelles est libéral, le trou du bas se situe au niveau de la nourriture en place de piètre qualité qui diminue le poids corporel moyen des chevreuils. Dans la zone 7, avant l'ouverture de la chasse au fusil et à la poudre noire, l'amélioration de la qualité des ravages et le contrôle de la prédation pouvaient être les premiers problèmes à solutionner. Par contre, dans quelques années, le trou du bas, sera comme dans la plupart des autres zones limitrophes, ce sera le rapport des sexes suivi par la structure d'âge qui deviendront les premiers à colmater. Sur notre terre dans la zone 10, maintenant que le trou du rapport des sexes a été bouché, nous commençons à s'attaquer au trou de la nutrition en créant entre autres des petits champs ça et là.

En réalité, le rapport des sexes suivi de la structure d'âge sont les trous du bas les plus communs lorsque la loi du mâle est en place depuis plusieurs décennies. A titre d'exemple, dans les zones 4-5-6 et 8 où les densités de population de chevreuils sont élevés dus à des hivers plus cléments et des habitats de hautes qualités, le succès de chasse globale y est lui aussi plus élevé mais le prélèvement de beaux mâles matures de 3.5 ans et plus, toutes proportions gardées, y semble plus bas que dans les zones moins populeuses  comme la 10, la 9 et certaines parties de la 3. Dans ce cas, la pression de chasse trop élevée sur la strate de mâles en place contribue à garder bas  le pourcentage de mâles qui réussissent à survivre à deux  saisons de chasse et plus.


Une gestion basée sur la loi du mâle équivaut jusqu'à un certain point à la gestion forestière en place. Lorsqu'on pratique une coupe à blanc, la repousse est bonne et dense mais les tiges sont petites et sans valeur commerciale pendant plusieurs décennies. Si on pratique une coupe de jardinage et ne prélevons qu'un certain pourcentage d' individus matures, nous aurons toujours un certain prélèvement sur une base régulière. Nos forêts auront des arbres de toutes les structures d'âge. Évidemment, l'appât du gain et l'indiscipline en ont décidé autrement. Aujourd'hui, beaucoup de régions du Québec sont en rupture de stock.

La gestion du chevreuil me rappelle beaucoup celle de nos forêts où le prélèvement éhonté sur la strate mâle a laissé en place une population de mâles matures décimés à moins d'un individu par plus de 1000 acres de terre. Peu de gens veulent entendre parler d'une interdiction de prélever de jeunes mâles en répétant qu'ils ne tueront rien car ils ne voient que ce type d'individu. Pensez-vous que la Pennsylvanie était différente ?  D'autres espèrent  une nouvelle position du gouvernement en faveur d'une gestion plus saine. Arrêtez de rêver, la faune au Québec est l'une des  dernières préoccupations du gouvernement. De plus, ne vous leurrez pas, les changements de cap important, comme ceux de l'état de Pennsylvanie, furent mis en place grâce aux lobbys puissants des compagnies d'assurances automobiles, des compagnies forestières et de l'union des agriculteurs en place; on est loin des chasseurs.

Au Québec, pour le moment, la solution passe par la création de petits groupes de chasseurs s'associant pour contrôler une portion de terre plus grande (400 acres ou plus) et y instaurer un système de gestion basé sur la philosophie QDM. J'entends déjà tous ces chasseurs durant mes cliniques me dirent que leurs voisins sont des ignorants, des braconniers, des grands galops, tir vite, etc. Ne sommes-nous pas, à l'occasion, l'image de nos voisins ? Dans mon coin, nous sommes en train de montrer l'exemple et à chaque saison, un nouveau groupe de chasseurs s'autodiscipline, cesse de prélever de jeunes mâles et applique plus massivement au tirage au sort pour obtenir des permis pour l'abattage de femelles. Seules l'association et l'éducation vaincront. Le gouvernement peut mettre une gestion globale en place mais rien nous empêche de mettre notre propre micro gestion sur nos terres. En terminant, pour ceux qui croient que cette gestion fonctionne que pour les riches seulement, je vous répondrez ceci. Pour avoir une bonne chance de prélever un mâle mature sur une base régulière, vous devez aller à Anticosti, dans l'ouest canadien, où chez un pourvoyeur ayant adopté la gestion QDM depuis plusieurs années ou encore posséder une terre assez grande pour exercer un contrôle sur la pression de chasse et le prélèvement. Toutes ces options ne sont-telles pas synonyme de richesse ? Si ce n'est pas votre cas comme la plupart d'entre nous d'ailleurs, qu'attendez-vous pour contacter vos voisins limitrophes de territoires de chasse pour entreprendre votre nouvelle gestion ?  

Colmatez le trou du bas sans tarder, le succès viendra.

Bonne chasse.  Louis Gagnon
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La Prospection
 
Durant ma première semaine de guidage de la saison 2001, mon chasseur, un client de longue date, me demanda de chasser un endroit précis de mon territoire où, deux ans plus tôt, il avait eu la chance de prélever un beau mâle mature. Plutôt que de lui accorder cette faveur, je choisis de tester durant quelques jours,  deux autres endroits  qui étaient moins achalandés par les chasseurs résidents. Malgré une continuelle pression de la part de mon chasseur, j'obtempéra à sa demande initiale qu'à la quatrième journée de son séjour.

Ce tree-stand magique n'avait rien de particulié à première vue. Situé sur un plateau, couvert d'une forêt mature ayant subit une coupe de jardinage; l'endroit était traversé par un vieux chemin forestier en repousse qui avait comme avantage de décourager les chasseurs  en VTT de s'y aventurer. Ce plateau d'environ 150 acres de superficie, était ceinturé par des chemins forestiers qui attiraient bon nombre de chasseurs. Pourtant, bon an mal an, j'y faisais récolter un à deux beaux mâles matures toujours à partir du même arbre.

Cette journée fatidique pour mon chasseur se déroula sans heurt. L'observation de chevreuils commença tôt pour atteindre son ''peak'' d'activité entre 9h00 et 12h00. A 13h30, une détonation provenant de l'est me figea sur place. A l'aide de mon GPS, je conclus que ce coup de feu ne pouvait être que mon chasseur. Utilisant des radios pour communiquer entre nous, je pus rapidement constater qu'il venait d'abattre un douze pointes de plus de 160 pouces selon le système de mesurage B&C. A mon arrivée sur les lieux, il me raconta son histoire de chasse en précisant que 16 chevreuils dont 8 mâles différents s'étaient exposés à lui durant cette matinée. Ce site d'affût avait de nouveau procuré une journée d'effervescence hors du commun à mon chasseur.

Ma connaissance approfondie du secteur, due à une prospection sérieuse, m'a permis de choisir le site d'affût parfait dans un territoire pourtant utiliser par multitude d'autres chasseurs. Comme guide de chasse pour chasseur de chevreuil trophée, ma ''job'' consiste principalement à prospecter sur une base régulière et trouver les petits secteurs particuliers qui sont utiliser intensément par plusieurs mâles matures. À ce petit jeu, vous l'aurez deviner, pour devenir performant, un guide doit devenir maître dans l'art de prospecter et mieux comprendre les déplacements naturels des chevreuils.

Pourquoi mettre tant d'emphase sur la prospection? Selon plusieurs études biologiques réalisées sur l'utilisation  du territoire et les déplacements naturels des mâles matures, un mâle âgé de 3.5 ans et plus  passerait 90%  de son temps (plus de 20 heures par jour) sur seulement 10% de son territoire total. De plus, à l'automne venu, comme ce mâle doit communiquer régulièrement avec les autres mâles environnants, ce 10% de territoire est souvent le même ou sinon il est voisin du 10% de l'habitat préférentiel des autres mâles matures avoisinants. Donc, si un mâle adulte, en milieu agro-forestier ou forestier utilise un territoire de 500 à 1000 acres variant  selon la disponibilité alimentaire, il est tout à fait légitime de penser que 90% de son temps sera investi sur une surface de 50 à 100 acres qui elle à son tour sera utilisé par d'autres mâles du secteur.  Si vous chasser à l'aveuglette sans prospection organisée et planifiée en fonction des comportements du chevreuil; vous avez 90% de chance de chasser sur une portion de terrain où les bucks matures   y passeront que seulement 10% de leur temps (moins de 4 heures par jour). En terme de chasseur, la prospection sert premièrement à repérer des mâles matures  et finalement trouver ce fameux 10% de territoire qui englobe généralement leurs sites de couchage ainsi que leurs principaux couloirs de déplacement.

Ma prospection se déroule principalement en deux étapes distinctes. La première est celle du bureau et nécessite l'utilisation de plusieurs types de cartes pour tenter de dénicher de futur sites potentiels qui justifieront une visite sur le terrain. Personnellement, j'utilise trois types de cartes soit la topographique 1/20000, la photo aérienne et finalement l'éco-forestière. 90% de ma prospection de bureau se fait à l'aide d'une topo 1/20000 et de photographies aériennes. Si à ma première excursion, le site est prometteur alors je pousse plus loin mon investigation à l'aide des cartes mentionnés précédemment.

Sur ma carte topographique 1/20000, je cherche deux particularités précises. Je préconise la découverte de secteur avec peu d'accès motorisées. Je note des secteurs avec plus de 500 mètres de superficie forestière sans route, sentier de V.T.T. ou si possible sentier pédestre. Beaucoup de sondage ont montré que seulement 10% des chasseurs s'aventurent plus profondément qu'un demi kilomètre en forêt hors des sentiers battus. (CARTE 1) Deuxièmement, je priorise la concentration d'habitat variés sur une petite superficie de terrain. Plus votre territoire renferme des habitats diversifiés, plus nombreuses seront les zones de transition. Ces transitions,  entre deux habitats différents qui se rencontrent, favorisent  l'établissement d'une zones forestières denses. Ces zones, en plus de servir de garde-manger naturel pour le chevreuil,  servent également de couloir de déplacement pour ces derniers qui s'y sentent plus confortable dû à la protection qu'offre le couvert. Je note les zones où trois habitats ou plus se rencontrent et se chevauchent. Beaucoup de lots boisés privés de plusieurs régions à chevreuils du sud du Québec offrent ces caractéristiques. Ces lots ont en général été perturbé en petites parties à la fois par de petites coupes à blanc réalisées sur une période de dix ans. Ce genre de territoire offre les meilleures conditions qu'une population de chevreuils peut espérer en milieu forestier soit une grande diversité d'habitat confinée sur une petite surface de territoire où nourriture, couvert de sécurité, couloirs de déplacement et eau se chevauchent.

Après avoir repérer quelques secteurs prometteurs dans une région donnée alors je commence  mes premières visites sur les terrains convoités. Si le temps  et la température me le permettrent, je ferai cette visite à la fin de la saison de chasse et plus particulièrement après les premières neiges. Quoique à cette occasion, je ne fermerai pas les yeux sur les frottages toujours très visibles, cette première tournée n'a pour but de m'assurer que le chevreuil est bien présent dans le secteur visé et que les habitats rencontrés sont bien ceux déjà visionnés à partir de mes photos aériennes. De plus à cette date, je consentis un effort considérable pour repérer une ou des pistes dont la grosseur ne laisse aucun doute dans mon esprit quant à l'auteur de cette trace. Alors débute mon traquage, je suis cette piste jusqu'à ce qu'elle me mène à une ou des couchettes. Cette manière de faire est la seule efficace que je connaisse et qui m'assure à 100% que j'ai trouvé le site de couchage d'un mâle mature. Cette donnée figure parmi les plus importantes à tenter d'obtenir durant votre prospection. La raison est simple. Juste après la saison de chasse, si vous découvrez un site de couchage d'un mâle mature, non seulement vous savez qu'il a survécu à la dernière saison de chasse mais en plus, vous savez maintenant où ce dernier se terrait pour contrer la pression de chasse. Quelques études, effectuées à l'aide de colliers télémétriques fixés à des mâles matures, ont démontré que les sites de couchage changent peu au courant de la saison automnale tant que la neige n'est pas assez épaisse pour chasser les chevreuils vers leur site de ravage. La majorité de mes connaissances sur les sites de couchage me vient directement de ma prospection d'après saison (décembre). Non seulement je n'ai pas à me soucier d'effrayer le mâle que je recherche mais je vais aussi me tenir debout dans sa couchette pour tenter d'avoir une meilleur compréhension du choix de l'emplacement de cette dernière.  Cette manière de faire m'a aidé à comprendre mieux les besoins de sécurité ainsi que les dispositifs de fuite de ces mâles adultes. 

En connaissant les sites de couchage des mâles adultes, vous pouvez commencer à figurer les déplacements naturels de ces derniers pour avoir accès à leur nourriture ou aux femelles selon la période de l'année. Plusieurs autres études en milieu naturel avec peu, moyennement ou beaucoup de pression de chasse, stipulent que lorsqu'un mâle à la chance d'atteindre 4.5 ans et plus, il devient nocturne à plus de 85% de son temps. Les mêmes études font également état d'une autre statistique fort intéressante; le 15% des activités effectués de jour le serait très près ou directement au alentour du site de couchage. Vous comprenez maintenant pourquoi je m'efforce de repérer adéquatement ces endroits. Si je n'ai pas pu faire cette exercice pour repérer les sites de couchage alors je m'efforce de les repérer sur ma carte éco-forestière ou ma photo aérienne. Les zones de prélédiction seront par beau temps; des dessus de montagne plus dense que la moyenne environnante et par temps pluvieux et venteux; des flancs conifèriens protégés des intempéries ou des ''swamps'' dense et peu humide. D'autres secteurs peuvent être utilisés comme ''chambre à coucher'', l'endroit doit simplement protéger  de manière efficace son occupant. Toutes les habitats quasi impénétrables sans  alerter tous ses occupants peu faire l'affaire. Règle générale, la majorité des chasseurs évitent ces secteurs comme la peste dû principalement à la difficulté d'y pénétrer sans faire de tapage.

Mes premières excursions de prospection se terminent généralement avec l'arrivée de la saison froide. Même si certaines  années, l'arrivée de la neige se fait attendre et que les accumulations  ne sont pas assez importantes pour pousser la majorité des chevreuils dans leur ravage, je n'investis pas plus de temps en prospection car le peu de neige au sol m'empêche de repérer les vieux grattages, ce qui me forcera de toute manière à retourner au printemps.  Je profite plutôt de la saison froide, pour visionner avec précision les cartes éco-forestières des quelques secteurs à fort potentiel que j'ai retenu suite à ma première visite. J'en profite également pour rencontrer les propriétaires de ces terres et tenter de négocier un droit d'accès pour la prochaine saison.

Sur ma photo aérienne et ma carte éco-forestière, je recherche les petits sites potentiels de nourriture. Car peu importe si vous chasser tôt en saison qui coïncide au pré-rut ou en plein coeur de la saison d'accouplement, les zones de nourriture sont aussi importantes à localiser que les sites de couchage. Rappelez-vous que ramener à sa plus simple expression, la vie d'un chevreuil se résume ainsi: il dort, il se nourrit et trois semaines par année, il recherche la compagnie du sexe opposé pour se reproduire. Si votre territoire fait parti d'un secteur agro-forestier, les champs de luzerne, trèfle, soya et blé d'inde seront notés. Je sélectionne les champs les plus petits et éloignés des principaux chemins. Si je suis en milieu forestier, je cherche les jeunes coupes (moins de dix ans), les chablis, les étangs à castor, les concentrations de chênes et de frênes matures mais avant tout, les concentrations de zones de transitions. 

Lorsque je crois avoir localiser les principaux sites alimentaires ainsi que les possibles zones de couchage alors j'attends le printemps pour retourner corroborer tout ceci sur le terrain. Je visite les garde-mangers et marche attentivement les parties de territoire qui séparent les aires de nourriture des sites de couchage. A cette date, je prend aussi une attention spéciale pour faire une petite visite aux topographies traditionnellement utilisées par les chevreuils pour passer d'un secteur à l'autre. Je pense entre autre aux dos d'âne, aux entrées des vallées (selles), aux flancs de colline en terrain forestier et finalement à toutes les zones de drainages (étangs, ruisseaux et petites rivières). En milieu forestier, les ''trails'' d'accès au sites d'alimentation ainsi que celles directement dans ces sites sont souvent plus subtiles. La concentration de crottins frais jumelée à l'observation de nombreuses espèces d'arbustes broutées sont les signes les plus sûrs de la présence d'une bonne utilisation de l'habitat par les chevreuils du territoire. Durant cette exercice, la densité du couvert est ma principale préoccupation. Les chevreuils sont des bêtes qui aiment les forêts denses. Ce seront ces zones embroussaillées qui serviront de couloirs de déplacement diurne pour la plupart des chevreuils utilisant le secteur. Si vous trouvez peu ou pas de signes( grattages et frottages) de la dernière saison du rut, votre secteur n'est probablement pas occupé de façon régulière par des mâles matures.

Durant vos sorties sur le terrain, commencez à noter l'alignement de tous les sentiers de chevreuils rencontrés. Notez également les fins des sentiers majeurs car elles vous diront l'origine et la destination de la ''trail'', ce qui, à mon sens,  est plus important comme information que le sentier lui-même. De cette façon, si je décide de chasser sur un sentier majeur, je choisirai une portion où plusieurs sentiers se rencontrent pour former ce couloir de déplacement et ce sera autant que possible à proximité d'un site de couchage connu

Durant votre prospection forestière, si vous ne notez aucun sentier majeur mais plusieurs  petits sentiers subtiles, vous avez possiblement affaire à une population de chevreuils de  faible ou de moyenne densité qui semble utiliser le territoire de manière plus égale. L'habitat trop homogène du secteur rend se type de terrain difficile pour localiser efficacement les zones propices à l'établissement d'une affût efficace.

Allons un peu plus loin dans notre prospection. Imaginons que vous avez  deux ou trois territoires qui semblent rencontrer vos besoins de chasseur de mâle mature. Maintenant, seul les grattages et les frottages de l'automne précédent vous indiqueront si oui ou non, votre secteur fut visité par plus d'un mâle mature. Ici, je m'explique. Les chevreuils sont des animaux sociaux qui doivent communiquer entre eux. Contrairement à orignal, le cerf de Virginie communique  peu à l'aide de son. Plus de 90% de ses échanges avec les autres chevreuils se feront au niveau olfactif par le dépôt d'odeur sur les frottages et les grattages qu'il aura fait ça et là sur son territoire. Les frottages et les grattages  doivent être disposés dans des endroits stratégiques pour favoriser une communication efficace au plus haut point. Suivant cette logique, il est plutôt monnaie courante de trouver des petits secteurs denses près des sites de nourritures et des sites à forte concentration de femelles, où il y aura une densité importante de grattages et de frottages. Ces petits aimants à buck seront visités beaucoup plus fréquemment par tous les mâles environnants et, comme mentionné précédemment,  ils seront situés majoritairement sur des zones de convergence qui mènent aux petits groupes de femelles.  Ces petits couloirs de déplacement utilisés principalement par des mâles matures se retrouvent souvent dans des transitions denses entre deux habitats. En terme de frottages, recherchez des gros frottages (4 pouces et plus) qui semblent être utilisés depuis plusieurs saisons. N'allez pas croire que les petits frottages n'ont pas d'importance, mais les faits ont prouvé que seul les mâles matures frotteront des gros arbres tandis que les petits frottages peuvent être faits par des bucks de toutes les classes d'âge. Si vous avez la chance de repérer de très gros frottages (6 pouces et plus) bien utilisés , vous avez une certitude que ce secteur est régulièrement fréquenté par plus d'un mâle mature. 

Après deux visites sur le terrain, j'ai déjà assez de données accumulées pour bien évaluer les déplacements naturels des chevreuils utilisants le secteur. Connaissant les principales informations pour commencer à élaborer ma stratégie de chasse: site de couchage, concentration de la nourriture, localisation des femelles, lieux de grattages et frottages communicatifs ainsi que les couloirs de déplacement entre les différents sites d'intérêts pour les mâles matures, il ne me restera seulement qu'à évaluer deux points des plus capitaux qui décideront souvent du succès ou de l'échec de mes efforts. Ce sont la pression de chasse environnante ainsi que les vents dominants et l'influence de ces derniers sur les déplacements journaliers des chevreuils utilisant le territoire.

Avez-vous déjà remarquer qu'après une saison de chasse seulement, vous connaissez les principaux points névralgiques d'entrée et de sortie des chasseurs sur le territoire. Vous savez également quelles techniques de chasse utilise chaque groupe de chasseurs vous entourant en plus de connaître avec passablement d'exactitude la plupart des miradors du secteur. Cette pression de chasse, vous l'avez apprise malgré le fait que vous utilisez le territoire que quelques jours par année et que vos sens n'ont rien de comparable avec ceux du gibier tant convoité. Imaginez maintenant que votre survie dépendait de la connaissance de l'utilisation du  territoire par vos voisins chasseurs ! Il est fort à parier que vous y porteriez encore plus d'attention.  Cette situation est pourtant celle du chevreuil. Heureusement ce dernier à des sens olfactifs et auditifs beaucoup plus puissant que les vôtres pour détecter tous les éléments humains sur son territoire. En plus, il vit sur ce terrain 24 heures par jour. Pensez-vous toujours que ce dernier ne connait pas les principales installations de chasse sur son territoire et n'en tient pas compte lors de ces déplacements? Si votre réponse est oui, vous continuerez à faire partie du 90 % des chasseurs qui prélèvent des mâles de 2.5 ans et moins. Parmi une bonne dizaine d'études sur les taux de survie des mâles chevreuils, on constate que dans les secteurs soumis à une pression de chasse moyenne à élevée, un faon mâle a seulement 7% de chance d'attendre l'âge de 3.5 ans. Par contre, si ce dernier fait partie de ce groupe sélect de 7% et par le fait même devient un mâle mature, il a maintenant 70% de chance de survivre jusqu'à 5.5 ans. Pour réussir l'exploit, il doit s'adapter rapidement et éviter toutes installations et odeurs humaines. Il devient alors presque nocturne à 100% du temps ou encore n'utilise que des zones forestières denses que la grande majorité des chasseurs évitent. 

D'où l'importance capitale de bien jauger la pression de chasse pour faire exactement comme les chevreuils et simplement chasser toutes ces parcelles de terrain souvent repoussantes pour la grande majorité des chasseurs. Ce sera ces parties de territoire qu'utiliseront les mâles matures pour se déplacer de leur site de couchage vers leur zone de nourrissage. Ce seront les mêmes zones qui seront les plus utilisées pour déposer les odeurs sur les grattages et les frottages. Dans ces couloirs de déplacement dense et souvent évités par la confrèrerie de chasseur, la découverte de vieux frottages et grattages en bonne quantité durant votre prospection printanière sera de très bonne augure.

 Il ne vous restera qu'à évaluer l'effet du vent sur l'utilisation de ces couloirs par les chevreuils. En effet, non seulement vous devez penser à la manière d'accéder à ces sites prometteurs sans éveiller les soupçons mais vous devez en plus savoir si ces couloirs sont utilisés à bon vent seulement ou en tous temps. Je vous explique le tout plus en détail. Quoique les chevreuils ne marchent pas toujours le vent de face, la tendance des déplacements de jour est définitivement à bon vent particulièrement en territoire à forte pression de chasse ou à proximité des zones qui nécessitent une exposition en milieu plus ouvert. En milieu agro-forestier, un mâle adulte pourra se rentrer au champ nourricier à mauvais vent mais rendu à proximité, il essaiera de le contourner à bon vent avant de risquer une exposition pour s'y nourrir ou aller à la rencontre d'une femelle. Dans ce cas, un vent provenant de la même direction depuis quelques jours forcera les chevreuils  à utiliser un autre secteur nourricier si il leur est impossible de contourner l'endroit pour en vérifier la sécurité. En tenant compte de ce fait, vous comprendrez pourquoi par tel vent, les chevreuil préfèrent utiliser tel champ plutôt qu'un autre. En milieu forestier, le même phénomène existe. J'ai souvent vu un secteur se vider de ces chevreuils pour quelques jours à la suite d'un vent provenant d'une direction opposée. Alors, ils utiliseront une autre source alimentaire mieux disposée du point de vue de la sécurité. Une bonne prospection vous permettra de contrer le coup et de pouvoir vous ajuster pour chaque vent. Les mêmes notions de densité de couvert seront utilisées mais seul  la destination aura changée. En comprenant bien l'effet de la pression de chasse et l'utilisation du territoire en fonction des vents, vous aurez la chance de chasser des chevreuils aux déplacements naturels donc beaucoup plus prévisibles.

Si j'ai bien fait ma prospection de décembre et du printemps, je retournerai sur le terrain quelques jours seulement avant l'ouverture de la saison de chasse. Comme je n'utilise pas de saline ou de techniques d'appâtage, qui sont bien connues pour être inefficace pour les mâles matures, je n'ai aucune raison d'aller mettre des odeurs indésirables ou de créer du dérangement inutile les semaines précédant l'ouverture de la saison. Dans les faits, je retourne près de mon secteur de chasse environ une semaine avant l'ouverture pour vérifier si dans un premier temps, il n'y a aucun changement dans la géographie des lieux. Je veux simplement m'assurer qu'aucune nouvelle coupe forestière n'est apparût, qu'aucune nouvelle incursion humaine due à la pression de chasse est en train d'avoir lieu ou que les champs agricoles ont les mêmes cultures que l'année précédente. Si je suis dans un secteur où certains arbres à fruit comme le chêne, le frêne et le pommier peuvent influencer les déplacements des cerfs selon les années de fortes productions de fruit, j'en prends note et je m'ajuste en conséquence.  Finalement, j'en profite pour m'assurer que les signes de la présence de mâles matures que j'avais repérés le printemps passé sont de nouveau rafraîchis. Rappelez-vous qu'une semaine avant la saison de chasse, les mâles sont en pré-rut et ils doivent frotter depuis plus d'une quinzaine de jours. A cette date, dans les secteurs au sexe-ratio bien balancé, les grattages et les frottages ancestraux des années antérieures devraient commencer à être de nouveau revisités. Si vous ne trouverez aucun signe frais, seulement trois choses peuvent expliquer ce résultat: soit que vous avez mal fait votre prospection, soit que certains éléments environnants ont changé ou finalement que le ou les mâles localisés précédemment, à l'aide de signes, sont mort durant la dernière hiver.

Cette manière d'aborder votre saison de chasse et votre territoire vous procurera plusieurs avantages importants. D'abord, elle suppose que vous chasserez soit à l'affût sur le vif ou encore à l'affût à un endroit pré-déterminé à l'avance mais sans aménagement. La seule préparation acceptable sera de nettoyer un très subtil sentier donnant accès à votre affût sans mener trop de train et à la limite; préparer quelques lignes de tir discrètes si vous êtes un archer. Cette façon de préparer votre chasse, basée sur les déplacements naturels du chevreuil, coûte peu pécuniairement et énergiquement parlant. De plus,  les énergies investis annuellement seront comme un placement à intérêt composé, les données s'accumuleront avec les saisons diminuant de manière proportionnelle votre temps de prospection. Avec l'expérience et les saisons, vous apprendrez à connaître quel affût sera plus efficace tôt en saison versus d'autres qui pourraient vous procurer plus d'activité vers la fin de votre saison  coincïdant souvent avec le début du ''peak du rut''.

 En procédant ainsi, l'analyse et la prospection de mon territoire m'a porté autant de fruit en dix ans de guidage à Anticosti qu'en  cinq ans en Alberta et dans l'Outaouais québéçois. Dans les trois endroits, j'ai toujours pu observer l'effet de la pression de chasse sur les déplacements diurnes du chevreuils. Sans exception, j'ai toujours su tirer mon épingle du jeu parce que je connaissais les principaux sites de couchage, de nourriture, les axes majeures de déplacements et les besoins des mâles matures selon la période de l'année. En jumellant toutes ces connaissances, et tenant compte de la pression de chasse et de l'effet du vent, il n'y a aucune raison pour que le succès ne soit pas au rendez-vous pour vous aussi.

Je termine cet article en  vous expliquant ma théorie sur  l'efficacité du fameux ''tree-stand'' qui sert d'introduction à ce papier. Je n'ai pas chassé ce secteur avant la deuxième journée consécutive de vent venant de l'est. Je connaissais, à moins de 1.5 km de là, une ''swamp'' de plus de un km carré remplies de signes majeures de bucks. Tard à la fin novembre de ma première saison de guidage en Alberta, plus précisément durant le post-rut, plusieurs traces de bucks m'ont conduit à des couchettes dans différents secteurs de cette tourbière. Le premier groupe important de femelles, à proximité de ce sanctuaire à buck, semblait concentrer leur activité sur le plateau d'environ 150 acres où se situait mon ''tree-stand''. A ma première saison, comme guide dans ce secteur, j'avais chassé les principaux couloirs d'accès que pouvaient utiliser les bucks pour accéder au coeur du plateau. Mes succès furent mitigés car il y avait entre autres trop de possibilités pour concentrer les déplacements des bucks. A ma deuxième saison, je choisis d'investiguer à fond le plateau pour finalement découvrir un vieux chemin en repousse, inconnu des chasseurs locaux qui à partir d'un unique arbre donnait une ligne de tir de près de 500 pieds de chaque coté. Du sol, j'avais une visibilité réduite à moins de 100 pieds dû à la densité de la broussaille.  J'y installa mon tree-stand à environ 18 pieds du sol. C'est à ce moment que nous avons commencé à comprendre la dynamique de déplacement des bucks du secteur. Le poste d'affût ne devenait productif que par vent d'est sur quelques jours consécutif. En effet, le vent poussait les odeurs des femelles vers le bas de la vallée en direction de la swamp.  Donc, aussitôt qu'une femelle entrait en eostrus, cette dernière attirait plusieurs bucks dans le secteur qui provenaient pour la plupart de la tourbière. Comme ces derniers devaient traverser à un moment ou l'autre une grande route forestière où s'exerçait une pression de chasse assez importante; en conséquense, ces bucks attendaient la nuit pour croiser le chemin et visiter le plateau. Ce qui expliquait mon faible succès de chasse dans les couloirs de déplacements quoique densément boisés et remplis de signes de bucks matures. Par contre, une fois à l'intérieur du plateau, au coeur du domaine des femelles, ils y voyageaient de jour sans trop de méfiance puisque la végétation y était assez dense au niveau du sol et pratiquement aucun chasseur y pénétrait. Il suffisait simplement de trouver l'arbre qui nous donnerait une visibilité accrue sur la longueur du vieux sentier et attendre que les femelles aidées par le vent exécutent le travail pour nous. Maintenant, tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas de changements majeurs dans les habitats environnants, je connais ma destination de chasse par vent d'est.

Bonne chasse.  Louis Gagnon
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Les Bûchers:

A la fin septembre  2001, j'ai eu la chance de visiter la Pourvoirie du Lac Geneviève dans l'ouest de l'île d'Anticosti. Ayant guidé pendant 10 ans à Anticosti mais dans le secteur est de l'île, j'étais bien placé pour comparer la qualité du territoire. À mon arrivée, un ancien client dont la sortie coïncidait avec mon entrée, me reconnu et d'emblée me dit: << Louis, perd pas ton temps, va chasser dans les grands bûchers>> .


Quelques jours plus tard, je dû avouer que je n'avais jamais vu autant de chevreuils, utiliser le même habitat qu'à cette pourvoirie. Je comprenais mieux pourquoi depuis 4 ou 5 ans, on ne parle que du Lac Geneviève comme destination Anticostienne.

D'abord heureux, pour la clientèle et les guides de cette pourvoirie, je me suis ensuite demandé si ces aimants à chevreuils, les bûchers, pouvaient avoir le même effet ailleurs au Québec et pourquoi. Pour répondre à cette question, il faut comprendre que le chevreuil est un animal qui recherche des plantes au plus taux de digestibilité possible et qu'il peut vite changer ces plantes (métaboliser) en muscles et en gras. Conséquemment, le chevreuil aime mieux se déplacer largement pour s'assurer d'avoir des plantes hautement nutritives qui satisferont ces besoins élevés en protéines ( environ 16% en été et en automne). De ce fait, votre territoire de chasse peut sembler avoir une quantité inépuisable de nourriture, si cette dernière est peu assimilable, la densité de chevreuil restera basse et ces derniers auront tendance à passer plutôt que de s'y arrêter et y manger. La manière que le chevreuil procède pour sa nourriture,  pourrait être comparée à un gros bol de noix mélangés, déposé sur une table durant un party de bureau. Une heure plus tard, vous avez généralement un plat de peanuts qui reste car tous les autres types de noix ont été sélectionnés avant par les différents invités. Souvent, les forêts caractérisant nos territoires de chasse ressemblent à un gros plat de peanuts. 


Plusieurs études( > 50) ont caractérisé assez précisément l'effet des coupes forestières sur la  distribution et le déplacement du chevreuil. Quelque-unes effectuées plus spécifiquement dans l'hémisphère nord ont attiré mon attention. Trois points précis expliquent l'engouement du chevreuil pour les jeunes coupes forestières à blanc de moins de 6 ans. Les coupes forestières bénéficient d'un ensoleillement rapide et intense dès la fonde des neiges et sont donc les premiers secteurs forestiers où les plantes herbacées, qui incluent les trèfles, les graminées sauvages et les mauvaises herbes comme les chardons, vont commencer à pousser. Il est à noter à ce stade, que ces aliments seront grandement utilisés jusqu'à la fin juillet où ces plantes commenceront à être graduellement abandonner dû à leur maturité et ce au détriment du feuillage maintenant abondant des arbustes. 


Le second facteur, qui d'après la plupart des chercheurs est le plus important, semble être la forte repousse des arbustes de toutes sortes. Des jeunes pousses d'érables rouges, à sucres, à épis, de chênes, de trembles et d'un nombre considérable d'autres espèces ont deux caractéristiques communes. D'abord, leur jeune feuillage est très hautement digestif avec peu de fibre et un taux protéique très élevé ( > 16%). Plus tard, en saison automnale, ces jeunes arbustes sont souvent les derniers aliments de grandes apports énergétique pour le chevreuil. On a longtemps cru que lorsque la repousse dans les bûchers atteignant une hauteur de plus de 2 mètres, les chevreuils l'évitaient car la nourriture devenait inaccessible. La vérité est toute autre et porte à réflexion. En fait, lorsque les arbustes vieillissent, leur feuillage devient beaucoup plus fibreux et moins protéique, l'énergie déployée par le chevreuil devient trop élevé pour les bénéfices apportés. Si votre territoire de chasse vous appartient, ces vieux bûchers de plus de 6 ans devraient à nouveau être recouper et ainsi sacrifier pour maintenir la qualité du garde-manger.

Le faible taux de succès des prédateurs à capturer le chevreuil dans des vieux bûcher serait un facteur non négligeable et  déterminant qui stimule les chevreuils à utiliser ces derniers assidûment. En effet, non seulement, il peut être difficile pour un prédateur de tenter une approche en milieu ouvert mais en plus le sol des bûchers est souvent juché par de nombreux débris de coupe qui limitent le déplacement fluide des canidés et de l'ours noir.

Les études démontrent que des petites perturbations forestières de moins que 3 acres n'augmentent pas la densité globale de chevreuils dans le secteur mais à tendance à plutôt concentrer les chevreuils aux alentours des coupes. Donc, une petite coupe drainerait le chevreuil pour l'attirer dans un secteur donné. De grandes coupes à blanc,  de plusieurs dizaines d'acres et plus, comme celles que j'ai chassé à Anticosti, sur le territoire de la pourvoirie du Lac Geneviève, non seulement, elles canaliseraient les activités des chevreuils sur de très grandes surfaces environnantes mais en plus, elles contribueraient à
favoriser une augmentation substantielle de la productivité du chevreuil donc de sa population. Pour cause, car certaines études ont comparés le niveau de productivité végétale des zones de coupe comparativement à des forêts adjacentes semi-matures à matures ( âgées de 40 à 100 ). Dans les meilleurs cas, il peut y avoir jusqu'à 20 fois plus de nourriture digestible et assimilable pour le chevreuil dans les zones de coupe. On rapporte par exemple, qu'une érablière mature produit entre 10 et 40 kg de nourriture  par acre par année. Tandis qu'une coupe forestière de trois ans pourra favoriser la pousse de plus de 400 kg de nourriture à chevreuil qui de plus, serait beaucoup plus protéique donc encore meilleur pour ces derniers. 


Devant tant d'évidence, le chasseur de chevreuil à tout avantage à exploiter ces fameux bûchers. Par contre, quoique naturel, un site nourricier comme une coupe à blanc peut avoir les mêmes effets pervers qu'un champ agricole. Situé dans un secteur trop ouvert et facilement atteignable par la majorité des chasseurs du secteur, il deviendra vite utilisé de jour par des femelles et de jeunes mâles tandis que les mâles matures attendront le couvert de la nuit avant d'y pointer le museau. Alors les chasseurs les plus travaillants et expérimentés seront s'embusqués plus profondément en forêt sur les sentiers menant à ces garde-manger.

Bonne chasse.  Louis Gagnon
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LE RATTLING: TECHNIQUE EFFICACE

Entrechoquer deux cornes de chevreuil ensemble pour imiter le bruit d'un combat entre deux mâles matures est une technique éprouvée qui peut vous procurer des expériences de chasse excitantes et vous permettre d'accrocher  un buck de choix.

Avant de vous décrire la façon efficace de faire du rattling basée sur l'expérience de plusieurs guides que j'ai côtoyé au cours de ma carrière, vous devez comprendre deux choses importantes. La première, le rattling est beaucoup plus efficace sur des territoires où le sexe-ratio n'est pas trop débalancé en faveur des femelles et que quelques mâles matures utilisent le secteur sur une base régulière. Deuxièmement, même sur un bon territoire, pour connaître le succès vous devez faire beaucoup d'essais.

J'affectionne faire du rattling avec de grosses cornes. Le but est de faire du bruit pour attirer un mâle mature. Les petites cornes sonnent peu naturelles et sans tonalité. Par vent léger à moyen, les petites cornes sont totalement inefficaces. Les grosses cornes peuvent être entendues jusqu'à 500 mètres à bon vent et plus de 200 mètres à mauvais vent. Comme notre but est de tuer un gros buck, nous devons faire l'imitation d'un combat entre deux mâles matures.

Lorsque je fais de la chasse fine, je fais du rattling à environ tous les 400 mètres. Je préfère exécuter des séquences de rattling de une à deux minutes entrecoupées chacune de dix minutes d'attentes. Dans l'Outaouais et en Alberta, j'évite les milieux très ouverts comme les bords de champs et les très grands bûchers. Des vieux bûchers légèrement en pente, des transitions douces entre deux types de forêts, des abords de ruisseaux ou des hauts de coteaux m'ont procuré plus de réussite.

Dans des habitats semblables, je reste du coté de la forêt la plus dense en concentrant mon regard dans cette direction. Les mâles qui répondrent à une séquence de rattling vont à plus de 50% des cas essayer de contourner la provenance du son pour vérifier à l'aide de leur odorat qu'il s'agit bien d'un combat de chevreuils. Pour cette raison, j'aime bien faire du rattling en équipe de deux où le rattleur se place à environ 50 mètres devant le tireur et les deux face au vent. De cette manière, lorsqu'un mâle essaie de contourner la source de bruit, il risque d'arriver en face du tireur sans que le rattleur n'ait eu seulement la chance de voir le fameux buck. De plus de cette manière, vous pouvez faire du rattling dans des secteurs plus dense où la visibilité est moindre. La seule correction à apporter sera la distance entre le tireur et le rattleur qui devra être moins grande.  Les matins sont nettement plus efficaces que les autres heures de la journée. De plus, les journées couvertes sans grand vent où la température est légèrement sous la normale saisonnière m'ont apporté plus de succès.

Régulièrement, j'ai entendu un mâle s'approché mais arrêté juste avant d'être visible. A ce moment, l'utilisation d'un gruntcall m'a permis d'attirer ce dernier quelques mètres plus proche où mon client à pu réussir le tir fatal. L'ajout d'urine de qualité ou l'utilisation des glandes tarsiennes prélevées sur les mâles déjà récoltés peuvent être des atouts de premier plan qui serviront à camoufler substantiellement votre odeur  des mâles vous contournant. Rappelez-vous qu'un bon ratio mâle-femelle et beaucoup d'essais sont la base du succès.

Bonne chasse.  Louis Gagnon

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LA PRÉPARATION MENTALE DE LA CHASSE

Comment un chasseur de chevreuil-Trophée doit-il se préparer mentalement aux longues heures d'attentes souvent sous-zéro, au grand vent ou à la pluie etc...? Comment le chasseur moyen (le guerrier de fin de semaine) peut-il efficacement ramener ces idées et son esprit au même niveau de tranquillité de la forêt après avoir été agressé toute la semaine par les bruits incessant de la ville? Être mentalement préparé pour sa chasse est aussi important qu'une bonne prospection, qu'un bon choix d'affût ou que le bon maniement de son arme.

 La chasse aux gros chevreuils est assez similaire à n'importe lequel autre sport professionnel, la différence entre le victoire et l'échec est souvent mesurable en millimètres ou en fraction de secondes. J'ai arrêté depuis longtemps de compter les beaux bucks que j'ai littéralement échappé par manque de concentration, de préparation ou de conviction. Ces situations frustrantes m'arrivaient plus régulièrement durant les premières années de ma carrière et encore aujourd'hui en début de saison.

J'ai finalement appris que le succès sur une base régulière passait par la préparation mentale de l'activité de chasse. Au cours de ma carrière de guide, je me suis vite aperçu que le succès frappait plus régulièrement les guides et les chasseurs positifs. Le genre de personne qui après un échec sait se relever et revenir plus fort. A quoi sert de se décourager après trois ou quatre jours d'inactivité, tuer un chevreuil prend deux secondes et ces deux secondes peuvent arriver n'importe quand, donc il vous faut travailler de manière efficace, intelligente et concentrée jusqu'à l'arrivée de ces deux secondes capitales.

Pour y être prêt convenablement, vous devez connaître votre équipement de chasse à la lettre. Je ne compte plus les chevreuils que j'ai tué à l'aide d'un tir précis au travers une petite ouverture parmi les broussailles. Année après année, les clients qui tirent inadéquatement au champ de tir ont toujours ramener moins de chevreuils. Lorsqu'on sait que la qualité de nos tirs frisse la perfection, on se sent plus sûr de soi et un tir difficile nous motive au lieu de nous effrayer.

Pour garder un esprit positif et rester patiemment assis sur votre stand même après plusieurs heures voire même plusieurs jours sans avoir vu un seul chevreuil, vous devez avoir des vêtements chauds et un siège confortable. Déjà de combattre mentalement pour vous convaincre que la chance va tourner peut devenir très dur, imaginez l'exercice en étant mal assis ou gelé!

Quand vous êtes au bureau et pensez constamment à la chasse, votre travail de bureau avance lentement et les erreurs s'accumulent. Lorsque vous êtes assis à votre affût à essayer de solutionner les problèmes à  votre job, l'inverse se produit inévitablement. À votre affût, vous devez vous fondre avec la nature et comprendre qu'est qui se passe actuellement autour de vous. L'excitation d'un écureuil m'a souvent révélé un chevreuil qui s'approchait sans bruit.

Bref, pour augmenter vos chances de succès, vous devez passer le plus d'heure possibles sur le terrain et peut importe les conditions climatiques, à penser '' chevreuils'' pour ainsi chasser intelligemment avec de l'équipement de qualité donc vous maîtriser le maniement. De cette façon, lorsque les deux secondes se présenteront, vous serez en action et saurez en tirer profit.

Bonne chasse.  Louis Gagnon

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CHASSEZ LES ZONES DE TRANSITIONS

Le chevreuil est avant tout une créature de broussailles. Peu importe l'endroit où vous chasserez au Québec, vous trouverez toujours plus de chevreuils dans les zones broussailleuses et denses.

Les zones broussailleuses sont des zones de transitions entre deux habitats ou plus qui se rencontrent: la rencontre entre un champ, la forêt mature et une coupe forestière est un exemple de choix  puisqu'elle favorisent l'établissement de transitions douces qui se chevauchent dans chaque habitat.
Un exemple commun que l'on retrouve sur des lots privés dans plusieurs régions du Québec. Ces lots ont en général été perturbé en petites parties à la fois par des coupes à blanc ou des coupes d'éclaircie commerciale. Ces genres de coupes réalisées sur une quinzaine d'années offrent les meilleures conditions qu"une population de chevreuils peut espérer en milieu forestier.

Par secteur, la régénération y est dense: elle favorise ainsi les déplacements de jour chez le chevreuil. La repousse est basse et très ensoleillé: elle bénéficie d'une longue période de croissance. Lorsque les feuilles tombent, la densité de la repousse est telle que le chevreuil bénéficie toujours d'une protection verticale qui joue un rôle d'écran protecteur contre le chasseur. Les jeunes repousses des quatre premières années d'après coupe sont plus
élevées en valeur protéique, ce qui stimule l'utilisation du secteur par les chevreuils. La diversité des zones de transitions entre deux habitats est fabuleuse. Jusqu'à 600 espèces de plantes y ont été dénombré, quelle variété de menu pour nos chevreuils qui sont avant tout de fins gourmets! Une étude biologique récente démontre clairement que les zones de transition en bordure
de jeunes coupes forestières produisaient de 50 à 100 fois plus de nourriture qu'une forêt mature. La même étude a démontré sans équivoque que ces zones étaient 10 fois plus fréquentées par le chevreuil que toutes autres zones forestières confondues.

Donc le chasseur qui profite d'un habitat forestier offrant plusieurs perturbations majeures s'étant produites sur des périodes variant de trois à vingt ans est un privilégié. Il trouve dans le même secteur de la nourriture naturelle, des zones de repos et des tunnels de déplacement sécuritaire pour ces chevreuils.

Comment peut-on tirer avantage d'un habitat semblable lorsque la densité de la végétation est telle que la visibilité et le déplacement sont difficiles, voir impossibles pour le chasseur? Ma réponse comporte trois volets, soit la prospection, la préparation et la subtilité.  Utiliser vos mêmes méthodes de chasse en y faisant quelques modifications.

Durant l'été, je vous suggère de marcher ces secteurs pour repérer les sentiers que les chevreuils utilisent pour avoir accès à ces garde-mangers naturel. Si vous repérez des arbres qui peuvent accueillir un petit mirador et qui sont localisés de bon vent pour tirer avantage du secteur, faites y un sentier subtil pour y avoir accès. Si vous n'en trouvez pas, regardez pour localiser
une souche où vous pourrez vous y asseoir derrière et être bien camouflé. Le secret réside dans la subtilité d'atteindre votre poste d'affût sans éveiller l'attention. Si votre secteur choisi se situe à proximité d'un cours d'eau, rien ne vous empêche de construire une saline. Dans ce cas, assurez-vous qu'un canal de forêt dense connecte les zones de transition et votre saline, vos
chances sont supérieures pour qu'un mâle mature l'utilise régulièrement et en plein jour. Les zones de transitions sont comme des pommes sans l'argent et les efforts que cela nécessite.

Bonne chasse.  Louis Gagnon

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VOULEZ-VOUS RÉCOLTER UN GROS BUCK? JOUEZ LES POURCENTAGES

Lorsqu'un chasseur de chevreuil se fixe l'objectif de récolter un gros mâle mature, l'unique façon d'atteindre son but sur une base annuelle  consiste à surveiller tous les détails aussi petit soient-ils et jouer la carte des pourcentages.

Peu importe votre technique de chasse, la façon la plus efficace de tuer un gros buck est de vous glisser à l'intérieur de son domaine vital (territoire) sans éveiller aucun de ses sens. Pour y arriver, vos efforts devraient être axées sur la réduction de vos propres odeurs au minimal. Tous connaissent la façon d'y arriver mais peu s'en donne la peine et la plupart oublient quelques points capitaux. L'odeur de votre haleine dégagent plus d'odeur que tous le reste de votre corps. Mâcher de la gomme de sapin ou simplement quelques aiguilles de sapin à chaque heure d'affût peut vous aider. Les lubrifiants à carabine sont très odorants, l'essence et l'huile des V.T.T. ainsi que les imperméabilisants de bottes de cuir ou Gortex dégagent des odeurs mortelles pour le chasseur. Évitez également de manger de la friture le matin car vos mains, votre visage et vos cheveux conserveront ces odeurs pour la journée. Le bacon goûte bon mais sent très fort.

Voyons maintenant comment avoir accès à votre site de chasse. Vous devez tout mettre en oeuvre pour ne déranger aucun chevreuil sur votre faisant vers votre site d'affût. Avoir accès à bon vent sans couper de sentiers de chevreuils ou le moins possible, éliminer les principaux branchages qui nuisent à une démarche silencieuse, prendre avantage de la topographie naturelle du terrain comme un ravin ou un petit ruisseau pour atteindre votre affût sans bruit et finalement vous assurez que vous pouvez trouver votre site de noirceur. Un sentier très discret aménagé quelques semaines plutôt aidera le chasseur à atteindre son site sans déranger le gibier.

Analysons votre choix d'affût. Se marie-t-il bien avec le décor environnant? Lorsque vous êtes sur votre mirador, votre silhouette contraste-t-elle par rapport à l'arrière-plan? N'oubliez pas que vous devez permettre aux chevreuils de tous les sexes et classes d'âge de visiter votre site et de le quitter sans détecter votre présence. je vous suggère d'avoir au moins trois sites d'affût différents pour ainsi diminuer le risque de contamination suite à votre présence accrue à cette endroit. De plus en agissant de la sorte, vous aurez toujours un bon site à utiliser en faveur du vent. Le chasseur habile à manier son arc ou sa carabine sait tirer profit de fenêtre de tir étroite plutôt que risquer une complète exposition à la vue des chevreuils.

Lorsque tous ces petits détails sont maîtrisés, le chasseur n'a plus qu'à travailler le coté mental de sa chasse pour garder une attitude gagnante dès la première minute de chasse jusqu'au succès. Persistance devient la clé du succès. Chaque heure passée sur votre site de chasse vous rapproche de votre trophée. Selon un sondage récent auprès de chasseurs de mâles matures, il faudrait entre 75 et 100 heure d'affût à ces derniers pour atteindre régulièrement leur objectif. Si vous êtes de ceux qui quittent le poste à tous les midis pour un lunch au chaud qui dure environ 3 heures; après 5 jours de chasse, vous aurez sacrifié 15 heures de chasse en plus d'avoir créé des dérangements inutiles dus à vos déplacements. En agissant de la sorte, 15 à 20% de votre temps de chasse sera passé à l'intérieur du camp à accumuler des odeurs indésirables.

Si l'obsession des détails vous habite et ainsi diminuer sans cesse les pourcentages d'erreur, vous ferez partie du groupe sélect de chasseur qui récoltent un gros buck à tous les ans.

Bonne chasse.  Louis Gagnon

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QUAND VOTRE GROS BUCK DISPARAÎT

Y-a-t-il quelque chose de plus frustrant que d'avoir prospecter et bien préparer sa saison de chasse pour finalement s'apercevoir de la disparition du buck tant convoité? La plupart des chasseurs qui  poursuivent depuis plusieurs années des mâles matures peuvent vous rencontrer plusieurs histoires sur ces disparitions soudaines. Comme bien d'autres, j'ai eu à me confronter à ce genre de défi qui devient vite une obsession. Y-a-t-il des stratégies efficaces à déployer pour récolter ce genre de buck qui se transforme en fantôme à la première heure de chasse de chaque saison? Je crois que oui mais à condition de savoir à qui vous avez affaire.

Un mâle mature sorti victorieux de 3 saisons de chasse ou plus devient une machine de survie dont les comportements ressemblent peu ou pas aux femelles et aux jeunes mâles chevreuils qui l'entourent. A la limite, je dirais que le chasseur de trophée à affaire à une autre espèce aux sens très affûtés. Les chasseurs qui persistent à utiliser les mêmes techniques de chasse que celles utilisées pour la récolte de jeunes chevreuils n'auront que rarement la chance de prélever un mâle mature.

Trois particularités majeures différencient ces gros mâles. D'abord ces derniers utilisent rarement le même système de sentiers que les autres chevreuils. Un vieux buck a souvent une routine difficile à cartographier sans être repérer. Deuxièmement, les sites choisis pour ces séances de repos sont souvent les fourrés les plus difficiles à pénétrer sans y alerter toutes les espèces vivantes dans ce boisé. Finalement, à mon sens la plus importante des particularités, l'extrême sensibilité des mâles matures à toutes intrusions
humaines.

Il y a plusieurs raisons possibles à la disparition des mâles matures. Les premières sont le changement de disponibilité de la nourriture comme la récolte du champ de blé d'inde du voisin ou encore une soudaine coupe forestière ou simplement l'arrivée des premiers gels sévères rendant la luzerne désintéresante.  Mais selon plusieurs guides de chasse, une tonne d'étude biologique et plusieurs chasseurs d'expérience, l'intrusion humaine serait la cause première de la disparition soudaine de votre gros buck. D'ailleurs tous
s'entendent pour dire que ces derniers ne changent pas de territoire mais deviennent simplement nocturnes, dorment dans des endroits que la plupart des chasseurs évitent et utilisent des corridors sélectifs de déplacement au couvert dense. Ces mêmes études démontrent aussi que peu importe la pression de chasse, aucun mâle mature ne devient 100% nocturne. Mais presque sans exception, leurs mouvement journaliers prennent place très près de leur site de
couchage.

Comment chasser effectivement ces gros bucks sensibles? Si vous êtes un chasseur à l'affût ou un archer, vous devez chasser ces mâles le plus près possible de leur possible site de couchage sans bien sûr alerter ces derniers de votre présence. Un site de couchage est souvent le morceau de bois que tous les autres chasseurs évitent. Donc, prendre attention aux déplacements des autres chasseurs devrait être une priorité de chaque instant pour le chasseur de gros buck. De plus, comme les mâles matures évitent autant que possible la présence humaine, ils choisissent souvent de se déplacer en milieu de journée pendant que vous êtes entrés au camp pour votre soupe chaude. Le chasseur plus patient qui passe la journée complète à l'extérieur augmente donc ses chances de succès. Finalement, éviter les techniques communes et agressives comme la battue bruyante et le site d'appâtage. Ces techniques sont toutes indiquées pour rendre vos gros chevreuils nocturnes.

Bonne chasse.  Louis Gagnon

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LE RUT : COMMENT LE CHASSER

«À part quelques sites vraiment particuliers comme Anticosti, vous chasserez probablement le chevreuil au cours de l'une des phases du rut. Voyons ensemble comment tirer profit de ce cycle biologique.»

 

  • Si votre saison de chasse coïncide avec le début du pré-rut qui commence juste après la perte des velours, vous devrez surtout visiter les sources de nourriture légèrement ou complètement à couvert. Déjà, à cette époque, comme énoncé précédemment, les mâles dominants sont plus discrets et cherchent à se nourrir à des endroits plus renfermés et près de leurs sites de repos. À cette époque, les chasseurs préconisant les sites appâtés avec du maïs, des carottes ou des pommes, auront le plus de succès. Aussi à ce moment de l'année, je vous suggère déjà de bien évaluer la pression de chasse du secteur pour savoir où concentrer vos énergies. Plus cette pression de chasse sera élevée plus vous devrez vous assurer de chasser près des sites de repos. Si vous êtes parmi ceux qui ont fait leurs devoirs à la lettre et qui ont trouvé trois différents sites pour chasser, j'opterai alors pour chasser d'abord le site où la nourriture est la plus concentrée. Les mâles, à cette époque, sont plus réguliers avec l'horaire de leurs déplacements. N'oubliez pas qu'ils utilisent cette période pour accroître leur réserve lipidique. Donc, pensez nourriture, nourriture, nourriture. C'est encore une fois à cette période de l'année que la pression de chasse peut devenir votre plus grand ennemi. Récolter un mâle mature sur une base régulière durant cette phase du rut est un grand défi pour la plupart des chasseurs.

 

  • Si vous prévoyez chasser vers la fin du pré-rut (environ du 20 octobre au 10 novembre), vous serez dans la période de l'année qui offre le plus d'alternatives quant aux techniques de chasse possibles. Ce n'est pas encore la période des grandes folies amoureuses chez les mâles dominants mais c'est la saison où le chasseur méticuleux peut, par l'étude des grattages et des frottages, prévoir les mouvements des mâles matures. Pendant cette phase du rut, j'opterais pour chasser dans des secteurs denses, offrant sécurité et nourriture, et très près l'un de l'autre avec des transitions assez bien définies entre chaque habitat. Je ne négligerais pas les sites de repos ni les sources de nourriture. En fait, la température (direction et vélocité du vent, ensoleillement et pluie) sera la principale ligne directrice pour m'aider à faire mon choix quant à l'endroit et à la technique de chasse à préconiser durant cette période. À mon sens, c'est le temps pour les chasseurs à l'affût de s'embusquer sur les trajets de grattages et de frottages. Le rattling et le grunt call devraient se pratiquer dans les endroits fréquentés par plusieurs mâles. Les endroits où vous aurez localisé des poteaux de signalisation et plusieurs frottages sur des arbres de taille et d'essence différentes sont souvent gages de la présence de plusieurs mâles dans le secteur.

 

  • Je ne peux imaginer une meilleure journée de chasse qu'en milieu novembre lors d'un vent léger jumelé à une température sous la normale saisonnière. Dans ces conditions, je sais que tous mes rêves peuvent devenir réalité. Le rut est assurément la période de l'année où le plus de mâles matures sont récoltés par des chasseurs très moyens. Quoique presque tous les types d'habitats peuvent vous apporter le succès, concentrez vos efforts dans les couloirs naturels où l'air circule bien car les odeurs que les mâles recherchent circuleront très bien elles aussi. J'essaie à cette période d'évier les forêts trop denses pour m'assurer d'avoir la meilleure visibilité possible. Je consacre moins d'énergie sur le rattling pour utiliser plus de senteurs et de leurres olfactifs. Si vous chassez à l'affût, les mouvements des mâles étant moins prévisibles, essayez alors de vous embusquer très près des concentrations de femelles. À nouveau les champs et les coupes forestières redeviennent des endroits intéressants.

Bonne chasse.  Louis Gagnon

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«Je m'abstiens volontairement de parler de la chasse durant la période de post-rut. Je suis totalement contre cette pratique. Les mâles, à cette époque, sortent d'une période très exigeante qui leur a fait perdre jusqu'à 25% de leur poids; ainsi les survivants ne méritent-ils pas d'êtres tranquilles pour tenter de refaire leur réserve de gras en prévision de l'hiver qui vient.»

 

Site web de Louis Gagnon : chasserlechevreuil.com

"Imaginez le reste du livre ! "

Critique de Pierre Chabot : 5/5

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