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La chronique de Denis Harvey
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L’examen de votre chevreuil après la récolte
Denis
Harvey, médecin vétérinaire
Octobre
2004
Avant de procéder à l’éviscération
de votre chevreuil, il peut quand même être intéressant de faire rapidement
un examen externe de l’animal que vous venez de récolter. Par chance, au Québec,
il existe très peu de maladies contagieuses chez le chevreuil. Nos durs hivers
y sont sans doute pour quelque chose ?
Chaque année, des chasseurs
rapportent cependant quelques cas de chevreuils souffrant de lésions assez
importantes aux sabots pour faire boiter l’animal ou même l’obliger dans
certains cas à courir sur trois pattes. Il s’agit généralement d’une
maladie assez commune et sans conséquence pour la qualité de la viande :
le piétin infectieux. Les animaux
atteints présentent aussi souvent des ulcères dans la bouche.
Trois maladies assez fréquentes
peuvent causer des masses :
1-
L’actinomycose : cause des abcès à la mâchoire. L’animal présentera
un bosse qui grossira avec le temps jusqu’à rendre la mastication impossible.
2-
La papillomatose (les verrues) : des verrues grises qui
peuvent se répandre sur toute la surface du corps. Normalement l’animal
s’immunise et les verrues
disparaissent après quelques mois.
3-
Le fibrome : petite masse dure et grise qui grossie très lentement.
Aucune
des ces maladies « à bosses » n’affectent pas la qualité de la
viande.
Certaines personnes affirment que si
l’abdomen est gonflé lorsqu’on retrouve le chevreuil, la viande n’est
plus bonne et que ce serait dû à la maladie ou à un délai trop long entre la
mort et la découverte de la carcasse : c’est faux. Dès qu’un ruminant
meurt, les gaz de fermentation dans le rumen, qui sont normalement éructés, ne
le sont plus et l’animal « ballonne » alors très rapidement. Plus
il fait chaud, plus ce processus est rapide. En cas de ballonnement,
par contre, il faut être très prudent lors de l’ouverture de
l’abdomen, car une ponction accidentelle du rumen pourrait contaminer une
grande partie de la viande avec du contenu digestif.
Les anomalies héréditaires et congénitales
Bien que très rares, certaines
anomalies peuvent quand même être observées. Il est à noter qu’aucune ne
compromet la qualité de la venaison. En voici une courte liste (photos tirées
de « The WhiteTail intrigue »:
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Une fois l’examen externe complété,
il est temps de procéder à l’éviscération de l’animal. Il sera intéressant
ici de vérifier son état de santé et de constater les résultats de votre
tir.
Il est d’abord important de noter
la quantité de gras sous la peau et dans les organes. À la fin de l’automne,
un animal en santé qui vit dans un écosystème équilibré devrait normalement
avoir une bonne réserve de gras ET une taille normale pour son âge.
Un animal plus petit que la moyenne mais gras, n’est pas forcément en santé,
au contraire. En effet, sous nos latitudes, un animal mal nourri aura tendance
à accumuler du gras au dépend de sa croissance afin de pouvoir affronter
l’hiver qui s’en vient.
Un peu d’anatomie :
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La cage thoracique contient les poumons et le cœur est
protégée par les côtes. Si votre tir a été précis, c’est
normalement là que vous devriez retrouver la blessure mortelle. Notez la
quantité de sang qui se trouve alors dans le thorax. Le diaphragme est la paroi
flexible qui sépare la cage thoracique de
l’abdomen. Dans l’abdomen, vous pouvez identifier les 4 compartiments
gastriques dont le plus gros, le rumen, qui sert chez les ruminants de « cuve
à fermentation ». Après avoir terminé d’éviscérer l’animal, il
est intéressant d’ouvrir le rumen pour en vérifier le contenu et se faire
une idée du régime alimentaire de l’animal. Assez souvent, vous observerez
des petits vers dans le rumen. S’ils sont très nombreux, ces vers peuvent
nuire un peu à la digestion. Accolé sur la paroi externe gauche du rumen se
trouve la rate, un organe foncé plus ou moins sphérique et de grosseur très
variable chez le chevreuil. Il ne faut pas confondre la rate avec le foie, qui
est plus gros et à droite du rumen. Même si le foie de chevreuil est un
excellent aliment, il est préférable de ne pas en consommer trop régulièrement,
car il peut contenir beaucoup de cadmium, un métal lourd toxique. Assez
souvent, la surface du foie présente des cicatrices blanchâtres en étoile. Il
s’agit de blessures causées par le passage de la grande douve hépatique.
Dans la région des Grands Lacs, plus de 13% des cerfs de Virginie sont infestés
par ce gros vers plat de forme ovale (Fasciola magna). Il serait assez répandu
chez les chevreuils québécois, principalement dans les régions marécageuses.
À moins que l’infestation ne soit massive, les chevreuils parasités par la
douve du foie sont relativement en santé et leur viande est parfaitement
comestible. Les reins sont attachés sur le fond de l’abdomen et sont
normalement recouverts d’une épaisse couche de gras. Plusieurs spécialistes
recommandent de ne pas consommer les reins de nos ruminants sauvages en raison
de la forte concentration de cadmium qui s’y trouve.
La masse intestinale doit être
retirée prudemment pour éviter de perforer un intestin. Dans la partie arrière
de l’abdomen, on peut aussi localiser la vessie. Si elle est pleine, il est
intéressant d’en récolter l’urine en prévision de votre prochaine chasse.
Chez une femelle, vous pourrez facilement visualiser l’utérus et les deux
ovaires sous la vessie. L’examen des ovaires permet à une personne avertie de
savoir si l’animal était en chaleur ou non (cycle de 25-30 jours). Deux
semaines après la saillie, il est aussi possible pour un observateur attentif
de dire si la femelle était gestante ou non.
Très souvent, vous trouverez un ou
deux vers ronds et blancs d’une dizaine de cm qui se « promènent »
librement dans la cavité abdominale en-dehors des organes. Ce sont des Setarias.
Ce vers est commun et inoffensif. D’ailleurs, il est très important de savoir
qu’aucun des vers qui parasitent le chevreuil au Québec ne rend la viande
impropre à la consommation humaine. La présence de beaucoup de vers dans la
carcasse suggère cependant que la qualité de l’écosystème est marginale
et/ou qu’il y a une surpopulation
de chevreuils.
Finalement, à cause de la présence possible de certains
parasites qui se retrouvent souvent dans les muscles (toxoplasmes ou sarcocystes)
et peuvent causer des problèmes de santé, surtout chez les femmes enceintes,
il est fortement recommandé de ne pas consommer de la viande crue de ce gibier
à moins qu’elle n’ait été congelée pendant un certain temps.
Denis Harvey
Comment récolter « proprement » votre chevreuil
Denis
Harvey, médecin vétérinaire
Octobre
2004
Un peu de physiologie
Le sang circule dans les artères,
du cœur vers les poumons puis vers le reste du corps. Ce sang est alors très
oxygéné et pâle et il est poussé avec force dans les artères par la pompe
cardiaque. La rupture d’une artère produit donc un jet de sang rouge pâle
sous pression avec des bulles d’air si l’hémorragie origine d’un poumon.
Après avoir traversé les différents organes pour y déposer de l’oxygène
et ramassé les « déchets », le sang devient beaucoup plus foncé
et il retourne lentement au cœur par les veines. Même dans les grosses veines,
la pression sanguine est assez faible. La rupture d’une veine entraîne donc
un saignement foncé beaucoup moins important que la rupture d’une artère de
même dimension.
Pour mourir, l’animal doit perdre
rapidement environ un tiers de son volume sanguin. Chez un ruminant comme le
chevreuil, le volume sanguin total équivaut à près de 7% du poids vif. Par
exemple, un chevreuil de 100 kg a environ 7 litres de sang « dans le corps ».
Chez cet animal, la perte rapide de 2,3 litres de sang entraînera donc une mort
très rapide.
Les zones vitales et les autres
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Normalement, une balle ou une flèche qui atteint le bas des poumons sectionnera plusieurs grosses artères et à cause de l’importante pression sanguine dans celles-ci, au moins deux litres de sang très clair et plein de bulles se retrouveront presque instantanément dans la cage thoracique. Cette hémorragie interne massive entraînera en quelques secondes le coma et la mort par manque de sang au cerveau. Une blessure au devant du cou qui sectionnerait les grosses artères qui irriguent le cerveau (carotides) aurait le même effet, mais dans ce cas, l’hémorragie serait surtout externe et on observerait pas de bulles. Une blessure au cœur sera aussi fatale, mais dans ce cas, l’hémorragie ne serait pas aussi rapide et l’animal aurait sans doute le temps de courir quelques dizaines ou centaines de mètres avant de s’écrouler. Finalement, un tir directement au cerveau entraînera une mort instantanée, mais sans hémorragie : la qualité de la venaison pourrait en souffrir parce que la saignée sera alors insuffisante. En outre, le cerveau est une cible TRÈS petite et les risques de blesser l’animal sont assez élevés (nez, oreilles …).
TOUTES
les autres parties (en rouge sur les images) de l’animal devraient être évitées
à tout prix sinon l’animal ira mourir au loin après beaucoup de
stress et de souffrances. Il ne sera souvent
jamais retrouvé et servira
de festin aux coyotes du coin ! Le sang s’écoulant de ces mauvaises blessures
est généralement veineux, donc foncé, et l’hémorragie est beaucoup plus
lente surtout si l’animal est très excité (les vaisseaux sanguins sont
contractés). Avec ce genre de blessure, il est fortement recommandé de ne pas
poursuivre l’animal blessé à moins d’être certain de pouvoir l’achever
rapidement. S’il est laissé tranquille, il devrait se coucher assez vite et
se « détendre » un peu, ce qui entraînera une dilatation des
vaisseaux sanguins (vasodilatation), une reprise ou une augmentation de l’hémorragie
et la mort. Par exemple, une blessure au foie produira du sang presque noir, et
si elle est assez importante, elle devrait tuer l’animal en 15 à 30 minutes.
Par contre, si le rumen ou les
intestins sont perforés, l’hémorragie sera mineure et rapidement contrôlée
à moins qu’un rein ou la rate n’ai été atteints en même temps. Quand les
compartiments gastriques sont perforés, il est fréquent que l’on retrouve du
contenu intestinal mêlé au sang. L’animal meurt alors de péritonite aiguë
plusieurs heures plus tard. Finalement, une blessure à l’épaule, conséquence
d’une mauvaise évaluation de la distance ou d’un manque de précision du
tir, n’empêchera généralement pas l’animal de courir sur une longue
distance, même sur trois pattes et il y a des fortes chances qu’il ne soit
plus localisable par la suite.
Une fois retrouvé, l’animal doit être approché avec
prudence :
1-
Vérifiez que l’animal est bien mort avec une approche lente, par derrière
et du côté du
dos pour éviter les éventuels coups de pattes. Ne pas tirer sur les
bois, mais plutôt vérifier si l’animal respire puis le toucher pour
s’assurer qu’il n’a plus de réaction. Au besoin, donner le coup de grâce
à la tête immédiatement. NE JAMAIS trancher la gorge d’un animal
pour l’achever ; c’est une technique inefficace et surtout inhumaine. Il est
inutile de vouloir saigner l’animal. Normalement un coup porté aux poumons a
déjà fait le travail.
2-
Déchargez votre arme dès que vous êtes certain de ne plus en avoir
besoin.
3-
Apposez votre permis immédiatement, c’est la loi !
4-
Éviscérez (videz) l’animal le plus vite possible : plus il fait
chaud et/ou plus la recherche de l’animal a été longue, plus le temps
presse. Dans le passé, près de 50% des chevreuils n’étaient pas vidés
assez rapidement et/ou adéquatement, ce qui se traduisait par une perte moyenne
de 25 à 50% de la venaison (Warner 1977). J’ose espérer que l’époque où
on faisait le tour du village durant 2 jours avec un chevreuil mal vidé sur le
capot chaud d’un véhicule est complètement révolue !!!
Une
fois l’animal vidé et transporté au camp, pendez-le par les pattes arrières
dans un endroit frais et bien ventilé pour permettre aux muscles des cuisses de
se vider complètement et à la carcasse de refroidir le plus rapidement
possible. Au besoin, placez un rondin dans la cage thoracique pour bien
l’ouvrir. Il est important, si vous tenez à une viande de qualité, de
laisser « vieillir » votre animal assez longtemps (plus ou moins
deux semaines selon le poids), dans un endroit sec et très frais avant de faire
boucherie.
Sur ce, bonne
chasse et bonne bouffe.
Denis Harvey
L’adaptation
du cerf de Virginie à nos hivers
Denis
Harvey DMV
La digestion
chez le chevreuil :
Les
chevreuils sont d’abord des brouteurs, mais ils peuvent rapidement s’adapter
à d’autres types de régime alimentaire. Ruminants comme les bovins,
ils possèdent quatre compartiments gastriques distincts. Quand ils se
nourrissent, ils avalent rapidement sans les mastiquer les aliments disponibles
qui s’accumulent alors dans le rumen (deuxième compartiment gastrique), sorte
de grosse cuve à fermentation. Ils vont ensuite se mettre à l’abri afin de régurgiter,
grâce à leur réseau (premier compartiment gastrique) qui sert de « pompe
à régurgitation », ces aliments qu’ils mastiquent longuement avant de
les réavaler. : c’est la la rumination. Par la suite, les aliments séjournent
de nouveau dans le rumen et sont en partie fermentés par les protozoaires et
les bactéries qui s’y trouvent. Cette fermentation produit une certaine
quantité de chaleur qui permet, entre autres, au chevreuil de combler en partie
ses besoins énergétiques durant les journées froides d’hiver. Après un
certain temps, ce mélange d’aliments fermentés et de bactéries transite à
travers le feuillet (troisième compartiment gastrique) où une partie de
l’eau est réabsorbée. Les aliments aboutissent ensuite dans la caillette
(quatrième compartiment gastrique et véritable estomac) puis dans les
intestins pour y être digérés et absorbés. La digestion des ruminants est très
efficace et généralement moins de 5% des aliments ingérés se retrouvent dans
le fumier.
Les
mâles adultes qui ont réussi à passer à travers l’hiver engraissent
rapidement durant le printemps et l’été. Cependant, pendant le rût à
l’automne, ils peuvent perdre jusqu’à 25% de leur poids, ce qui hypothèque
leurs chances de survie durant les hivers particulièrement rigoureux ! Les
biches qui allaitent mangent beaucoup durant l’été, mais elle doivent
patienter jusqu’à l’automne et au sevrage des faons pour refaire leurs réserves
de graisse en prévision de l’hiver et de la prochaine gestation. Cette frange
de la population est donc particulièrement sensible à la qualité de
l’environnement à l’automne.
Adaptation à l’hiver :
Adaptations physiologiques :
Sous
nos latitudes, les chevreuils ont toujours beaucoup de difficulté à combler
leurs besoins protéiques et surtout énergétiques durant l’hiver. Malgré
une fourrure dix fois plus épaisse que pendant l’été, dès que la température
extérieur baisse sous -5 à –10 degrés Celsius, les chevreuils brûlent plus
de calories qu’ils n’en obtiennent de leur alimentation. Ils maigrissent
alors rapidement. Plus ils sont petits, plus ils souffriront du froid, car les
animaux plus massifs ont un meilleur rapport « masse musculaire-surface
corporelle » et perdent donc moins de chaleur par unité de surface
corporelle. Par exemple, un chevreuil pesant moins de 40 kg aura beaucoup de
difficulté à survivre à un hiver le moindrement froid et long. La sélection
de lignées plus massives est donc favorisée dans le nord de l’aire de
distribution du cerf de Virginie. Durant un hiver normal, les chevreuils peuvent
perdre facilement jusqu’à 25% de leur poids sans conséquence notable pour
leur santé. Par contre, s’ils perdent plus de 40% de leur masse corporelle,
rien ne pourra les sauver et ils mourront avant le retour du printemps. Pour
s’adapter aux grands froids, les chevreuil réduisent leur activité physique
d’au moins 50% et leur prise alimentaire de plus de 30%. Ils deviennent alors
beaucoup plus sédentaires et entrent dans un état de semi hibernation afin de
diminuer au maximum leurs besoins énergétiques. Durant ces périodes de
disette, la flore normale du rumen (bactéries et protozoaires) peut avoir de la
difficulté à s’adapter rapidement à un nourrissage d’urgence et souvent
les animaux les plus faibles mourront de faim avec le rumen plein d’aliments
non digérés ! Durant les hivers les plus difficiles la malnutrition et le
froid commencent à tuer les faons en février tandis que les plus gros peuvent
résister quelques semaines de plus.
Le ravage :
C’est
surtout le retour des journées froides et non les premières chutes de neige
qui déclenche les migrations vers les ravages d’hiver. Même si la qualité
ou la quantité de nourriture disponible n’a pas une influence primordiale sur
ces migrations saisonnières, il semble que plus l’environnement est hostile,
plus le départ vers le ravage se fera tôt et plus les chevreuils diminueront
rapidement leur métabolisme de base. Les animaux réussissent ainsi à se
mettre à l’abri du vent froid, mais aussi des accumulations de neige trop
importantes qui empêchent les plus petits de se nourrir convenablement. Dès
que la couche de neige au sol dépasse 70 % de la hauteur de leurs pattes, les
chevreuils commencent à avoir de la difficulté à se déplacer. Les plus
petits ont alors besoin de « l’aide » des plus hauts sur pattes
pour ouvrir le chemin. Grâce au réseau de sentiers du ravage, les déplacement
rapides sont beaucoup plus faciles ce qui permet, entre autres, aux chevreuils
de fuir les prédateurs. Quand les conditions deviennent vraiment très
difficiles, même les gros mâles abandonnent leur refuge pour se joindre au
groupe dans le ravage. Plus le couvert de neige s’épaissit, plus la surface
du ravage diminue ce qui entraîne un baisse importante des réserves
alimentaire disponibles pour le groupe. Il faut noter que le cèdre blanc,
s’il est disponible en quantité importante (1,5 à 3 kg par jour et par
chevreuil), est le seul aliment suffisamment riche pour combler les besoins énergétiques
des chevreuils durant l’hiver. Malheureusement, les animaux doivent souvent se
rabattre sur des espèces de moindre qualité comme la pruche ou même le sapin.
Le
vrai tueur = les hivers qui ne finissent pas !
Même
si le froid et l’épaisseur de la neige peuvent mettre à rude épreuve une
population de chevreuils, le danger le plus grand auquel ils devront faire face
est le retour trop tardif du printemps, surtout si l’hiver a commencé tôt.
En effet, comme on l’a dit, les chevreuils réussissent assez bien à
supporter le froid et la famine pendant quelques mois grâce surtout à l’état
de semi-hibernation dans lequel ils se trouvent en hiver. Vers la mi-mars,
lorsque les journées allongent et que la température se réchauffe, ils
sortent de cet état de torpeur et leur besoins énergétique montent alors en
flèche. Les jeunes reprennent leur croissance et les fœtus des biches
gestantes entrent en phase de développement rapide. Les besoins en protéines
et en énergie des animaux amaigris et affaiblis par plusieurs mois de disette
devient alors énorme. Une dernière tempête de neige peut alors faire des
ravages importants dans toutes les franges de la population, mais ce sont
surtout les jeunes qui succombent en nombre important.
Conclusions :
Les
chevreuils ont survécu à des milliers d’hivers et se sont adaptés tant du
point de vue physique que comportemental au froid et à la neige de nos hivers
nordiques. Pourvu que le cheptel soit en santé et en équilibre avec l’écosystème
dans lequel il évolue, il devrait réussir à passer à travers encore bien
d’autres tempêtes de neige !!!
Références choisies :
Widlife ecology. W.H. Freeman. 1973.
White-tailed deer ecology and management. Lowell K. Halls. A wildlife
management institute book. 1984.
Denis Harvey
Même si récemment
encore, les cas de MDC n’étaient rapportés qu’au centre de l’Amérique
du Nord, l'épidémie s'étend maintenant lentement à l’ouest et à l’est
de cette région (figure 1). L'expansion de la maladie inquiète de plus en plus
les spécialistes, dont plusieurs affirment que la MDC est le principal problème
sanitaire qui menace la faune sauvage nord-américaine. De plus, même s’il
n’existe aucune preuve scientifique formelle que la MDC puisse se transmettre
à l’humain, la prudence est quand même de mise puisqu’on n’est pas
encore certain que la « barrière » des espèces soit vraiment
infranchissable ! D’ailleurs, l’annonce de la mort de trois chasseurs consécutive
à une encéphalite de type Creutzfeldt-Jacob dans une région où plusieurs cas
de MDC avaient été diagnostiqués a récemment fait monter d’un cran les
inquiétudes. Finalement, l'Agence canadienne d'inspection des aliments a déjà
fait abattre plus de 10 000 wapitis, cerfs, bisons et bovins par mesure de précaution
et le gouvernement fédéral a versé à ce jour plus de 100 millions de dollars
en indemnisation. Il s’agit donc d’un dossier à suivre de près comme
citoyen, chasseur et payeur de taxes !
Les
EST, dont fait partie la MDC (tableau 1) entraînent la dégénérescence
chronique du cerveau et se termine toujours par la mort des individus atteints.
On les dit « spongiformes » parce qu’à l’autopsie, le cerveau
est plein de trous et ressemble à une éponge.
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EST animales |
EST humaines |
| Maladie de la vache
folle |
Kuru |
| Tremblante du mouton |
Creutzfeld-Jakob |
| Maladie débilitante
chronique des cervidés |
Syndrome Gertsmann-Sträussler-Scheinker |
| Encéphalopathie
spongiforme féline |
Insomnie familiale
fatale |
| Encéphalopathie
transmissible du vison |
Tableau 1 : Principales encéphalopathies spongiformes
animales et humaines
Même si
certains chercheurs pensent que des virus ou des bactéries pourraient être
impliqués dans les EST, la plupart s’entendent pour dire que c’est un prion
« altéré » qui est responsable de l’apparition de ces maladies.
Les prions sont des protéines que l'on retrouve normalement en grande quantité
dans le cerveau des mammifères et des oiseaux en bonne santé. Même si on ne
connaît pas encore le rôle précis de ces protéines, on sait qu’elles sont
rapidement et continuellement détruites et remplacées. Chez les malades,
certains prions auraient acquis une forme tridimensionnelle anormale qui les empêcheraient
d’être détruites et leur donnerait la capacité d’altérer la forme des
prions normaux environnants. Tous ces nouveaux prions anormaux
s’accumuleraient alors inexorablement dans le cerveau du malade et feraient éclater
les cellules nerveuses causant les trous caractéristiques observés à
l’autopsie. Il s’agit donc d’une famille de maladies complètement
différente de ce que l’on connaissait jusqu’à maintenant et pour laquelle
il n’existe encore ni traitement, ni vaccin.
La maladie débilitante chronique des cervidés (MDC).
Pour le moment,
la MDC touche le cerf de Virginie, le cerf mulet, le cerf à queue noir et le
wapiti. Après 18 à 36 mois d'incubation, la santé des animaux atteints
commence à se détériorer. Ils meurent généralement entre 1 à 6 mois après
l’apparition des premiers signes cliniques. Les malades maigrissent, ont très
mauvais poil, tremblent et marchent en titubant. Ils salivent abondamment
et avalent difficilement leur nourriture. Ils ont très soif (mangent de la
neige) et urinent beaucoup. À cause de leur mauvais état de santé général,
ils attrapent souvent des pneumonies ou d’autres maladies infectieuses. Il
n'existe pas encore de test commercial de dépistage de la maladie chez des
sujets vivants mais une compagnie américaine vient d’annoncer (décembre
2003) la mise en marché prochaine d’un test fiable à partir de prises de
sang. Pour encore un certain temps, seul l’autopsie et l’examen du cerveau
permettent de poser le diagnostic final.
Bien que
plusieurs spécialistes pensent que la maladie existe depuis très longtemps en
Amérique du Nord, ce n’est qu’en 1967 que le premier cas de MDC a été
formellement diagnostiqué au Colorado chez des cerfs gardés en captivité. Par
la suite, la maladie a été rapportée dans plusieurs états américains et
dans deux provinces canadiennes (figure 1) chez des cerfs et des wapitis en
captivité ou sauvages. Depuis 1996, la MDC a été diagnostiquée dans 40 élevages
de la Saskatchewan et dans deux fermes de l’Alberta. Huit cas de MDC ont aussi
été rapportés chez des cerfs mulets sauvages de la Saskatchewan.
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Figure 1 : États américains
et provinces canadiennes où des cas MDC ont été diagnostiqués (tiré
de Chronic Wasting Disease Alliance 2003) |
Bien qu’on ne
connaisse pas encore exactement le mode de transmission de la MDC, il semble que
même si dans certains cas, une biche puisse infecter ses faons durant la
gestation (contamination verticale), c’est la transmission horizontale
(contact entre animaux sans lien de parenté) qui est la forme la plus fréquente
de contamination. En effet, les études épidémiologiques montrent que la
plupart du temps, les animaux malades dans un même élevage ou dans une même région
n’ont pas de lien de parenté. On sait aussi maintenant que des cerfs d'élevage
peuvent transmettre la maladie à des cerfs sauvages, et vice versa, par de
simples contacts nasaux à travers les clôtures des enclos. De plus, il est
prouvé que des cervidés sains placés dans des enclos vides, mais où avaient
séjourné des animaux malades, ont à leur tour contracté la MDC. Pour le
moment, les experts croient que les animaux se contaminent au contact de matières
fécales, d'urine ou d’écoulement nasaux contenant des prions anormaux. On
sait aussi que les prions résistent à la plupart des méthodes de désinfection
connues (chaleur, désinfectants, etc.)
Une bonne
nouvelle : si la barrière des espèces peut être franchie expérimentalement,
sur le terrain, la transmission naturelle inter-espèce semblerait extrêmement
rare. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne d’ailleurs qu’il
n'a jamais été prouvé hors de tout doute que la MDC puisse se transmettre aux
humains comme c’est le cas pour la maladie de la vache folle, qui a fait
jusqu’à maintenant près de 150 victimes en Angleterre seulement. Par
prudence, il est conseillé aux chasseurs de ne pas garder la viande d’un
animal atteint et de ne pas consommer les tissus nerveux et lymphatique des
cervidés sauvages récoltés, même en dehors des zones où sévit l’épidémie.
Autre bonne
nouvelle : durant la saison de chasse 2002-2003, plus de 90 000 échantillons
de cerveau de cervidés sauvages provenant de 39 états américains ont été
soumis pour analyse. Seulement 302 étaient positifs, soit moins de 0,004%
des échantillons. De plus, aucun nouveau foyer de la maladie n’a été découvert
lors de cette enquête. Malheureusement, les résultats préliminaires de la
saison de chasse 2003 semblent moins encourageants !
En terminant, il
est intéressant de mentionner que plusieurs spécialistes de la faune pensent
maintenant que la disparition du loup des plaines américaines a permis à la
maladie de prendre l’expansion qu’elle connaît aujourd’hui. Le loup est
en effet un prédateur qui se spécialise dans la « chasse à courre »
des cervidés malades contrairement au couguar ou à l’homme, qui eux
chassent généralement à l’affût et peuvent ainsi tuer des animaux adultes
sains. D’après ces chercheurs, la prédation par les loups des cerfs atteints
de MCD permettrait d’éliminer ceux-ci à peu de frais dès l’apparition des
premiers signes nerveux qui diminuent la capacité de fuite à la course des
animaux malades. Ces spécialistes suggèrent donc de réintroduire le loup dans
les régions où l’épidémie fait rage afin de limiter les risques de
contagion à l’ensemble du cheptel sauvage. Évidemment, les éleveurs de bétail
de ces régions et certaines associations de chasseurs s’opposent
vigoureusement à ces projets de réintroduction du loup en disant que le remède
proposé serait pire que le mal ! Belles « discussions » en
perspective, à suivre !
Quelques références en ligne :
Ministère de l’agriculture, pêcherie et alimentation du Québec : http://www.agr.gouv.qc.ca/qasa/cqiasa/desa/pdf/Bul_no30.pdf
Site
Web de l’ Agence canadienne
d’inspection des aliments : http://www.inspection.gc.ca/francais/anima/heasan/disemala/cwdmdc/cwdmdcf.shtml
Chronic Wasting Disease on Animal and Plant
Health Inspection Service Website: http://www.aphis.usda.gov/lpa/issues/cwd/cwd.html
Chronic Wasting Disease Alliance's Website: http://www.cwd-info.org/
Denis Harvey
Le nourrissage artificiel d’animaux sauvages comme les chevreuils peut être catastrophique
On ne le dira jamais assez, le
nourrissage artificiel d’animaux sauvages comme les chevreuils peut être
catastrophique s’il est mal fait. Mes deux voisins nourrissent les chevreuils
depuis décembre avec du maïs et je commence à trouver des morts sur ma terre
(5 ouest) depuis 2 semaines. Dimanche matin (22 février) j’ai trouvé une
biche qui venait de mourir le long d’un sentier assez fréquenté par les
chevreuils du coin. Comme l’animal était encore chaud, j’ai pu faire
l’autopsie et trouver rapidement la cause de sa mort. Elle était morte en
pleine santé des suites d’une acidose du rumen, causée par un déséquilibre
alimentaire important. Son système digestif était rempli de maïs sans la
moindre particule de pruche ou de cèdre. Elle avait souffert de diarrhée
importante avant sa mort ; donc un cas typique de surcharge alimentaire. Je suis
allez jaser avec mes voisins qui ont accepté de diminuer les rations et de
couper le maïs avec de l’avoine. Il semble que plusieurs personnes dans le
coin aient commencé à nourrir les chevreuils depuis quelques semaines sans
vraiment savoir ce qu'ils font, ça n’augure rien de bon pour le reste de
l'hiver ! Dans mon cas, "mes" chevreuils doivent se contenter des
branches de pruche que je coupe long des sentiers et ils semblent pour le moment
encore en pleine forme !
Cliquez sur le lien pour voir les photos de l'autopsie :
http://www.medvet.umontreal.ca/techno/chevreuil/acidose/acidose.htm
Denis Harvey