| ACP
- Vous chassez à l'affût, toujours dans des miradors portatifs
?
M.L. -
Oui, parce que la pression de chasse est tellement forte dans
mes secteurs qu'à la chasse fine, tu finirais toujours par
arriver sur du monde. Aussi, parce qu'un gros buck c'est
tellement wise qu'il va te détecter bien avant que tu puisses
l'approcher pour le voir si tu marches vers lui. Il peut même
disparaître pour le reste de la saison si tu le déranges
moindrement. En plus, quand t'es haut dans les airs, ça
augmente de beaucoup ton champ de vision et ça diminue en même
temps les chances d'être détecté. Un mirador portatif, c'est
discret, ça ne trahit presque pas ta présence, ça s'enlève
et ça se remet dans un autre arbre très facilement et vite,
plus, que tu peux en placer plusieurs pour être toujours bien
positionnés par rapport aux vents contraires. Moi, si je pense
que je peux être mieux positionné ailleurs pour intercepter un
buck, je n'hésite pas à changer mon stand de place. Durant une
saison, je peux, comme ça, changer plusieurs fois de places
d'après ce que je constate du déplacement des chevreuils. Ça
m'a souvent rapporté. Par contre, si j'ai à changer un stand
de place, je le fais seulement au milieu du jour, pour éviter
le plus possible de déranger.
ACP - Vous
placez-vous bien haut ?
M.L. - Ça
dépend. Oui, autant que possible, mais je veux surtout, vu d'en
bas, être invisible aux yeux des chevreuils. Moi, j'ai une façon
bien particulière de mettre mon stand. Je ne me place pas
devant mon site, mais plutôt de façon à être derrière
l'arbre pour pouvoir me servir du tronc pour me cacher. Je passe
tout mon temps à attendre debout, la face, la poitrine et les
bras collés à l'écorce de l'arbre. Comme je passe mon temps
à travailler debout sur la construction, ça ne me fatigue pas
comme position. Si l'arbre est un feuillu dégarni comme en
novembre, je suis plus invisible comme ça. En plus, quand un
buck arrive, je n'ai presque pas à bouger pour tirer. J'ai
juste à glisser doucement ma main dans ma dragonne d'arc ou à
prendre mon poudre noire accrochée juste à côté de moi. Je
me mets, au minimum, à 20 pieds de haut, des fois jusqu'à
25-30 pieds dans les airs depuis que je chasse à l'arme à
poudre noire. Ça dépend toujours du meilleur endroit pour se
cacher dans l'arbre. L'important c'est pas d'attendre assis ou
debout dans un stand, mais de pas bouger surtout. On peut pas
s'imaginer combien de fois un gros buck a pu détecter la présence
d'un chasseur qui bougeait et qui s'est jamais aperçu de rien.
Pour ne pas bouger, il faut s'endurcir, être bien confortable
aussi et surtout, être bien habillé pour pas avoir froid.
ACP -
Est-ce que le choix du territoire est important pour chasser des
mâles adultes?
M.L.
- Oui, ça l'est! C'est sûr que des bucks adultes, comme
des femelles, y est sensé y en avoir un peu partout. Mais
proportionnellement au reste des autres chevreuils, ils sont en
petite quantité. Il faut savoir où ils sont parce que c'est
comme une race à part qui vit d'ailleurs longtemps à l'écart
des autres chevreuils durant l'année, et en plus, ils ne
couvrent pas beaucoup de territoires à part qu'au mois de
novembre. Mais les gros bucks vivent souvent plus près de nous
qu'on pense. Je me rappelle que j'ai déjà chassé à une place
où, du haut de mon stand, j'apercevais le mât du stade
olympique. Je me souviens aussi avoir chassé tout près des
parcs industriels d'où je pouvais apercevoir les camions entrer
ou sortir de la cour. J'ai déjà chassé collé à côté de
l'autoroute 20, en étant capable, de mon spot, de filmer les
chevreuils d'un côté et les automobiles de l'autre. Mieux
encore, j'ai déjà tué un gros buck d'un endroit où, du patio
de l'arrière d'une maison, on aurait pu me voir dans mon arbre.
De toute façon, quand on chasse autour de Montréal, on n'a pas
tellement le choix de chasser tout près de la civilisation. Les
chevreuils ont appris à vivre avec ça. Ces chevreuils-là sont
habitués aux dérangements, mais y reste qu'ils deviennent
hypernerveux dès qu'ils sentent la moindre petite pression de
chasse qui arrive, d'où le fait que c'est encore plus difficile
de voir un gros buck. C'est un peu de valeur que la banlieue de
Montréal arrête jamais de s'agrandir parce que beaucoup de
spots où je chassais sont aujourd'hui complètement disparus,
enterrés par des quartiers résidentiels ou des parcs
industriels. Le chevreuil a pas le choix de faire avec et de se
tasser, et nous autres aussi.
ACP - Comment
faites-vous pour savoir que c'est un endroit à gros bucks ?
M.L. - Si
t'as pas de bois sale sur la terre ou t'as l'intention de
chasser, oublie ça, il viendra jamais un gros buck, à part que
la nuit. Ce sera jamais trop sale là où tu décides de
chasser. Pour savoir si c'est un endroit à buck, tu vas le
savoir à partir de ta prospection. Des traces de gros bucks
comme des arbres écorchés par les frottages, ça reste visible
longtemps après la saison où cela a été fait. La grosseur de
l'arbre qu'il a choisi pour frotter ses cornes peut t'en dire
sur sa grosseur. En général, quand l'arbre commence à dépasser
cinq pouces de circonférence, t'as affaire à un très beau spécimen.
Les pistes aussi en disent long. Celles d'un buck doivent avoir
au moins deux pouces de largeur pour commencer à être intéressantes.
ACP - Est-ce
qu'il faut absolument se positionner près de lignes de
grattages pour récolter des gros bucks ?
|
|
| Saison
2002 : 10 pointes de 236 livres faisant 153 B&C
abattu au Québec dans la zone 8 à la poudre noire. |
M.L. - Il
m'arrive de ne pas appâter du tout et de chasser en fonction
des grattages que j'ai trouvés. C'est une bonne place, mais
attention! Beaucoup de chasseurs pensent qu'un gros buck va nécessairement
visiter son grattage à chacune de ses runs. C'est faux. Ils ont
du nez et ils s'en servent. J'ai remarqué que deux fois sur
trois, un gros buck fait le tour de son grattage à distance,
pour être capable de le sentir sous le vent. Comme ça, il sait
d'avance et sans même s'y rendre si un autre chevreuil est passé
avant lui et c'est surtout ça qu'il veut savoir. Sans jamais
que t'en aies eu connaissance, il va aussi savoir si t'es là si
tu fais l'erreur de te placer trop près de son grattage. C'est
surtout après avoir senti qu'un autre chevreuil est passé
avant lui qu'il va vouloir s'approcher pour gratter et uriner
par dessus. Il veut toujours avoir le dernier mot. C'est pour ça
que je préfère me placer bien en bas du grattage par rapport
au vent, à environ 75 verges, pour ne pas déranger son passage
et pour avoir de bien meilleures chances de l'apercevoir quand
il va faire son détour. Je commence à délaisser les grattages
quand le rut arrive, parce que les gros bucks aussi font pareil
pour s'occuper des femelles.
ACP - Comment
faites-vous pour arrêter votre choix sur l'arbre précis où
vous prendrez position?
M.L. - Il
y a beaucoup de facteurs comme je l'ai mentionné, mais j'en ai
oublié un, de loin le plus important : neutraliser son nez. On
peut pas s'imaginer comment le nez d'un chevreuil est
hyperpuissant. Quand un gros buck lève la tête haut dans les
airs, qu'il se lèche le nez et ouvre la bouche et les narines
bien grand pour mieux sentir, la moindre petite molécule
d'odeur humaine dans l'air et c'est fini. Il ne prendra même
pas la peine de chercher la source du danger avant de virer de
bord automatiquement et sans même te souffler. Probablement que
jamais plus tu le reverras de la saison à cet endroit-là. Pour
choisir un arbre, en plus de pouvoir bien me cacher dedans, je
le choisis toujours en fonction des vents.
ACP -
J'imagine donc que vous faites très attention aux odeurs?
Utilisez-vous un produit pour les neutraliser ?
M.L. -
D'une manière, oui je fais attention, d'une manière, non. Fais
n'importe quoi, s'il a le vent pour lui et que t'es pas assez
haut dans ton arbre, y va te sentir, quoi que tu fasses. T'auras
beau laver ton linge avec des produits qui éliminent ou
masquent l'odeur humaine, y " pouïcher " toutes
sortes de neutralisants d'odeur ou à saveur naturelle, vous
acheter des vêtements spécialisés, c'est sûr que ça aide,
que ça diminue les risques, mais jamais assez pour t'assurer de
pas être détecté. Parce que tu respires et transpires
continuellement, tu dégages toujours des odeurs, quoi que tu
fasses. Je crois tellement à ça que je peux te dire que, comme
je travaille sur la construction le jour, pour chasser en après-midi,
je dois souvent partir de mon travail pour me rendre directement
chasser en mettant en chemin mon habit camo par-dessus mes vêtements
de travail sales de la journée. Mais, la loi no1, c'est que je
chasse au grand jamais à mauvais vent et j'arrive toujours par
une direction qui tient compte du nez des chevreuils. C'est bien
simple, s'il n'a pas le vent pour lui, il ne pourra pas me
sentir.
ACP - J'ai
saisi tout à l'heure que vous faites quand même très
attention à vos déplacements ?
M.L. -
Absolument! Le principe est de ne pas brûler ta place ou plutôt,
de retarder de la brûler le plus longtemps possible parce que
c'est inévitable que cela arrive à la longue. Je chasse pas
longtemps à la même place, deux ou trois séances de file, pas
plus. Je vais ailleurs ou je monte dans un autre stand, comme ça,
les gros bucks ont pas le temps de me détecter. Il faut faire
très attention quand tu vas baiter, de laisser le moins de
traces d'odeur de ta présence, de mettre des gants, des bottes
de caoutchouc, de ne toucher à rien, de passer et revenir
toujours par le même sentier pour que les chevreuils
s'habituent à ton odeur. J'ai aussi remarqué que beaucoup de
chasseurs font l'erreur de trop chasser leur spot quand c'est
pas le temps.
ACP -
Justement, c'est quand le meilleur temps pour récolter un gros
buck ?
M.L. -
Pour le savoir, ça prend un calendrier pour connaître la date
de la pleine lune du mois de novembre. Il y a des chasseurs qui
sont sceptiques au sujet de l'effet de la lune, mais les rédacteurs
de magazines américains l'ont appelée " ruting moon
", on pourrait dire en français " la lune du rut
", et ce n'est pas pour rien. La lune a l'effet d'activer
les mouvements des gros bucks, mais ça dépend toujours du
moment où elle arrive par rapport à la période du rut. Bon
an, mal an, le rut c'est à peu près du 8 au 20 novembre, avec
un pic qui commence autour du 15. Pour que la lune ait de
l'effet sur les bucks, il faut qu'elle arrive avant le gros
temps du rut, comme du 30 octobre au 12 de novembre. Quand c'est
le cas, la lune active les gros bucks qui bougent encore plus
parce que durant cette période d'avant le rut, la plupart des
femelles sont pas encore en chaleur. Donc, peu de femelles en
chaleur pour beaucoup de bucks " virés fou " par la
lune. Ça fait beaucoup plus de déplacements de gros bucks qui
n'arrêtent pas de courir après elles, parce qu'elles ne sont
pas encore prêtes pour l'accouplement et qu'elles veulent rien
savoir de ces gros messieurs-là. Et plus ils couvrent du
terrain pour trouver et suivre les femelles, plus tes vos
chances de finir par en voir un sont augmentées. Comme par
exemple, pour la prochaine saison, mon calendrier me dit que la
pleine lune va tomber le 9 novembre. Ça va être absolument
parfait comme date cette année. Ça veut dire que du 8 au 12
novembre, checkez-vous, car je peux vous prédire qu'il va y
avoir beaucoup d'action durant cette période-là parce que les
bucks vont courir après des femelles dont la plupart ne seront
pas encore en chaleur. Donc, elles vont vouloir se sauver des
gros bucks en approche qui, pour rester avec elles, vont devoir
se déplacer beaucoup plus que d'habitude. Moi, en tout cas,
vous pouvez être sûr que je vais chasser du matin au soir
durant cette période-là. Quand la lune tombe en plein dans le
gros temps du rut comme autour du 15 novembre, son effet se fait
moins sentir parce qu'aussitôt que le buck trouve une femelle,
elle a de bonnes chances d'être déjà en chaleur et il n'aura
donc pas besoin de courir longtemps pour en trouver une qui soit
réceptive. En plus, il va s'isoler avec elle pendant quelques
jours pour s'accoupler et pendant ce temps-là, il va disparaître
de la circulation. L'année passée, la pleine lune est arrivée
le 23 novembre, au moment où le rut était déjà commencé
depuis un bout de temps. Cela a eu l'effet de prolonger la période
de grande activité des bucks et de la déplacer un peu plus
vers la deuxième moitié du mois de novembre. Au lieu d'avoir
une période très concentrée d'activités durant la
mi-novembre, elle a été moins intense que d'habitude durant
cette période, mais plus étendue dans le temps, en continuant
jusque vers la fin du mois de novembre. Ça a été une saison
assez égale comme niveau d'activité sans pic, mais en général,
aussi bonne durant la troisième et la quatrième semaine de
novembre qu'au milieu.
ACP - Donc,
c'est pas seulement la pleine lune de novembre qui fait réagir
les bucks ?
|
|
| Bien
souvent un mâle mature, en plus d'être presque
toujours en mouvement, ne vous laissera que quelques
secondes pour effectuer votre tir. |
M.L. -
Non, pas seulement la pleine lune, mais le moment où elle
arrive par rapport au temps du rut. En résumé, quand la lune
devient pleine, mais que le rut n'est pas encore tout à fait
commencé, c'est le meilleur temps, du moins en théorie. La
chasse au gros a tendance à être meilleure durant cette période
parce que les femelles qui, pour la plupart en sont pas encore
prêtes à s'accoupler, les font courir beaucoup, ce qui
augmente les chances qu'on finisse par les apercevoir.
ACP - Et
la température dans tout ça ?
M.L. -
Quand j'ai tué mon 155 B&C, il faisait beau et le thermomètre
a grimpé à 20 oC durant la journée. C'est pour vous dire que,
quand c'est le temps du rut, y bougent, qui fasse n'importe quoi
comme température. Mais si y a gelé la nuit ou si mon baromètre
" drop " pour m'avertir que du mauvais temps s'en
vient bientôt, ça les activent aussi.
ACP -
Utilisez-vous des leurres ou des urines ?
M.L. - Moi
je pense qu'il n'y a aucune recette miracle, mais que si tu te
sers un peu de tout ce qui est efficace, tes chances de succès
sont bien meilleures. Les urines, ça fait partie de mes trucs.
Quand je trouve un grattage frais, c'est-à-dire qui a pas de
gel ou de neige dedans, je fais un test. Avec des gants, je mets
quelques gouttes d'urine de femelle en chaleur dedans et je
place une petite branche au centre. Si la branche est partie le
lendemain matin, ça veut dire qu'il est actif et je place tout
de suite un stand à bon vent et le plus éloigné possible.
Avant de monter sur mon stand, j'asperge autour de mon site un
peu d'urine de buck pour mieux camoufler ma présence. Une fois
en haut, je grunt et je fais des séances de rattling et assez
souvent c'est immanquable que j'ai de la visite.
ACP - Donc, le
grunt et le rattling, c'est bon ?
M.L. -
Oui, mais encore une fois, il n'y a pas de recette miracle et
surtout, qui marche à tous les coups. C'est surtout le matin
qu'il faut être là quand on chasse sur un scrape et qu'on veut
faire des séances d'appels. Je me sers de gros bois que je
frappe doucement ensemble si je chasse à l'arc en octobre,
pendant le prérut. Les cornes, c'est surtout bon durant les
deux semaines qui précèdent le rut, au début novembre, quand
les bucks délimitent encore leur territoire et leur rang dans
la hiérarchie. Je les frappe ensemble et les frotte le plus
fort possible pendant environ une minute, je les gratte aussi
après l'arbre. Quand j'ai fini, je fais une suite de grunts
courts, cinq ou six coups, et espacés entre eux de deux
secondes environ, comme pour imiter un buck qui, après un
combat, part en marchant vite derrière une femelle. Je fais des
séances à peu près aux cinq à dix minutes, pour avoir le
plus de chances possible qu'il m'entende, parce qu'un buck en déplacement
couvre beaucoup de territoires. Des fois c'est déjà arrivé
que le buck est entré direct, la tête basse et en marchant
presque comme un orignal tellement il faisait du bruit en s'avançant.
Faut dire que cette fois-là, j'avais pas seulement callé, mais
j'avais aussi déversé sur une souche une vessie pleine d'urine
que j'avais prise sur un autre gros buck. Mais la grande majorité
du temps, il s'approche sans bruit et il reste à distance.
C'est donc très, très important de scruter plusieurs fois
autour avant de recommencer une autre séquence de calls. Si
j'entends le moindre craquement, ou que j'aperçois la moindre
touffe de poils, j'arrête tout ça. Je peux faire un coup de
grunt de temps en temps s'il se décide pas à venir. Je fais ça
très doux en serrant le bout du tube dans ma main ou même en
plaçant le tuyau dans mon manteau pour faire encore plus un son
étouffé.
ACP -
Utilisez-vous des glandes tarsiennes ?
M.L. -
Oui, au même titre que les urines. J'en garde toujours dans mon
congélateur ou j'en récupère chez le boucher. L'important,
c'est qu'elles sentent fort. Mais je n'accroche pas de glandes
tarsiennes après les branches. J'ai trop peur que le buck
puisse sentir la viande ou les odeurs de viande qui peuvent être
restées après. J'apporte plutôt une petite paire de ciseaux
et je coupe des poils pour qu'ils tombent sur le grattage du
buck. Comme ça, ça sent presque autant et ça laisse aucune
odeur étrangère.
ACP -
Quelle est la qualité première d'un chasseur de gros bucks ?
M.L. - Je
vais peut-être vous surprendre par ma réponse, mais c'est la
capacité d'en laisser passer plusieurs et d'être capable de
bien évaluer leur panache pour pas se tromper. Quand j'ai tué
mon palmé, c'était le cinquième buck que je voyais durant le
même matin et il est passé un 8 pointes qui était pas piqué
des vers. C'est très difficile de se retenir parce que ça
implique que des saisons, tu peux revenir sans buck et même
avec rien du tout, comme ça m'est déjà arrivé. C'est le prix
qu'il faut être prêt à payer. Mais une fois qu'on a réussi
une première fois à se retenir de tirer, les autres fois ça
devient moins difficile. C'est un peu plus facile lorsqu'on a
prospecté et qu'on sait à qui on a affaire sur son territoire.
J'ai assez souvent chassé pour un buck que je connaissais par
sa piste ou pour l'avoir vu grandir au fur et à mesure des années
et, ça aussi, ça aide à laisser passer les moyens. C'est
important aussi d'apprendre à les différencier parce qu'entre
un 110 et un 130 B&C, c'est pas toujours évident de savoir
faire la différence, surtout quand on est stressé ou que la
noirceur ou des branches empêchent de bien le voir. Pour
m'aider, je regarde beaucoup la largeur des oreilles par rapport
à celle du panache. Si ça excède de trois ou quatre pouces de
chaque côté, j'ai de bonnes chances que ce soit un beau.
ACP -
Avez-vous déjà dû effectuer des tirs difficiles ?
|
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| Résultat
d'un voyage fructueux effectué en 1995 en Saskatchewan
par Michel Laflamme et trois de ses compagnons de
chasse. |
M.L. -
Oui, ça m'est arrivé assez souvent parce qu'un gros buck, ça
stoppe pas nécessairement pour te laisser tirer sur lui
tranquillement. Le plus souvent, on l'entrevoit passer à
travers les branches parce qu'il cherche toujours à rester dans
le bois sale. En plus, parce qu'il ne vient pas pour les baites,
mais pour les femelles, il est presque tout le temps en
mouvement et il a le don de s'arrêter seulement à des endroits
où il sait qu'il est à couvert. J'ai été longtemps à l'arc
et je me rappelle avoir été obligé de tirer en supposant à
l'avance qu'il allait me donner juste une petite ouverture en
passant entre deux arbres. Dans le cas de ce buck, c'était la
seule chance qu'il me donnait et je l'ai prise parce que j'avais
une confiance totale en mon tir pour m'être pratiqué beaucoup.
ACP
- C'est donc important de se pratiquer pour apprendre à bien
tirer ?
M.L. -
Oui, je pense que c'est très important, mais pas juste ça.
J'ai toujours chassé avec un arc que je savais parfaitement réglé
pour l'avoir ajusté moi-même avec mes pointes de chasse. Ça
prend donc une arme sûre avec un tir sûr et pour ça, il y a
juste une manière d'y arriver, c'est de se pratiquer régulièrement
au tir avec une arme qu'on vérifie régulièrement pour
s'assurer qu'elle est toujours parfaitement ajustée. Et ce
n'est pas seulement important pour l'arc, mais c'est aussi
valable pour la carabine, la poudre noire et même l'arbalète.
Souvent, tu dois chasser longtemps pour finir par avoir une
occasion qui se présente de tirer sur un beau buck. De plus,
c'est souvent la seule chance qu'il va te donner de toute ta
saison et il ne faut pas la manquer, d'où l'importance
d'ajuster parfaitement son arme et de se pratiquer souvent pour
bien tirer. J'ai longtemps aimé faire les tournois de tirs à
l'arc intérieurs et extérieurs, un peu partout au Québec. Ça
m'a énormément aidé à garder la forme et à réussir mes
chasses. J'ai remporté beaucoup de championnats, dont le
provincial extérieur et je suis d'ailleurs encore membre du
club de tir à l'arc des archers de Boucherville.
ACP - Monsieur
Laflamme, qu'est-ce qu'on pourrait dire de tout ça, en résumé
?
M.L - En résumé,
on pourrait dire que chasser les gros bucks, c'est comme une
vocation… plusieurs le veulent, mais pas beaucoup sont prêts
à faire les efforts, à investir le temps et les sacrifices nécessaires
qu'il faut faire. Cela se comprend parce que cela demande énormément,
c'est assez souvent long et, des fois même, c'est très
frustrant. Autant la largeur que la hauteur des pines nous font
tout oublier. Un beau rack massif, ça te marque à jamais et ça
veut dire que toi aussi, comme ton trophée, t'es rendu dans une
classe à part, surtout si t'es capable de faire ça régulièrement.
Il faut être prêt à y mettre de l'effort, du temps et à
faire le sacrifice de laisser passer des bucks pas assez matures
et ça, c'est peut-être le plus difficile du travail. Il faut
savoir aussi qu'un gros exige d'être très méticuleux et de réfléchir
à tout ce qu'on fait. Il faut avoir particulièrement de la
considération pour son nez, en faisant bien attention de lui
donner aucune chance de vous détecter par les odeurs, en
chassant haut et surtout en considérant de toujours vous déplacer
et vous positionner à bon vent, dans du bois sale et pas
longtemps à la même place. Chasser plus intensément durant le
meilleur temps du mois de novembre, en tenant compte de la lune
et de son effet selon l'arrivée du rut, c'est également très
important. Connaître son territoire par cœur pour savoir où
ils passent toujours, où ils font leurs grattés et les
frottages, c'est essentiel pour déterminer exactement où y
faut chasser. Ne pas croire en un produit ou une recette
miracle, mais vous servir de tout ce qui est bon, l'appâtage,
le call, le rattling et les urines, dans l'idée d'améliorer
vos chances le plus possible. Finalement, comme je l'ai dit, une
arme parfaitement ajustée dans les mains d'un chasseur qui
s'entraîne régulièrement parce qu'il sait qu'il n'aura
probablement qu'une seule chance par saison d'en ramener un
beau, c'est aussi essentiel que tout le reste.
ACP -
Monsieur Laflamme, au nom de tous nos lecteurs, j'aimerais vous
remercier infiniment pour nous avoir si bien raconté votre
passion et vos secrets pour la chasse des gros bucks! Je suis sûr
que votre expérience et vos conseils vont profiter à tous. Je
vous souhaite encore de longues années de chasse!
M.L. -
Tout le plaisir a été pour moi Monsieur Veilleux.
Édition
Hiver 2003
Volume 11 no 4
Chevreuil.net
remercie Aventure chasse et pêche
de nous avoir permis de publier cet article !
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